1. Accueil
  2. Classical Literature
  3. Rome
  4. Catullus
  5. Traductions de Catulle
  6. Traduction du Carme 101 de Catulle

Traduction du Carme 101 de Catulle

Classical

Introduction Ce poème de dix vers de Catulle est chargé d’émotion. Il l’a écrit à l’attention de son frère, décédé. Catulle s’adresse en réalité aux cendres muettes de son frère. Il entame le poème en évoquant ses errances à travers des pays et par-delà les mers. Au deuxième vers, il arrive auprès de son frère pour participer aux tristes obsèques. Au troisième vers, il offre à son frère le dernier tribut (la récompense) de la mort. Au quatrième vers, ces récompenses semblent être les paroles que Catulle adresse aux cendres.

Bien que le poème soit centré sur son frère, Catulle exprime sa détresse d’avoir été privé de lui. Sa description insiste sur le fait que c’est son frère qui s’est laissé arracher à Catulle. Il ne met pas « fortune » avec une majuscule ; au contraire, il semble accuser son frère. Toutefois, certaines traductions écrivent « Fortune » avec une majuscule, ce qui modifie légèrement le sens du cinquième vers. Au sixième vers, il répète que son frère lui a été « si cruellement arraché ! » Il commence le vers par le mot « hélas » et le termine par un point d’exclamation. Il est manifeste que Catulle est rongé par la douleur et la colère.

Le septième vers montre Catulle offrant des présents à son frère, et au huitième, il explique que ces offrandes lui ont été transmises par leurs ancêtres. Le sacrifice funéraire est un tribut dolorable selon Catulle. Il les offre, mouillées de ses larmes, à son frère au neuvième vers. Puis, au dixième vers, il dit à son frère « salut et adieu » pour l’éternité.

Ce poème bouleversant est rendu encore plus poignant par l’image de Catulle s’adressant aux cendres de son frère mort. Catulle ne semble trouver aucun réconfort dans les rituels de la cérémonie funéraire et les sacrifices accomplis. Les rituels apportent souvent une certaine consolation aux survivants. Hélas, Catulle sait que son frère ne lui parlera plus jamais. Le « salut et adieu » fut le dernier adieu, valable pour l’éternité. La consolation est peut-être là, mais Catulle reste accablé de chagrin.

Ce poème funèbre montre combien Catulle aimait son frère et combien il va lui manquer. Cependant, il existe une autre interprétation du poème qui en écarte la douleur et le chagrin. La seconde signification du poème est une réflexion sur le poème épique, l’Odyssée. Dans cette lecture, le locuteur est Ulysse, qui a effectivement voyagé à travers les terres et les mers. Dans l’Odyssée, l’un de ses compagnons meurt en tombant d’un toit. Catulle pourrait-il s’inspirer de l’amour d’Ulysse pour ses compagnons de navire, qui étaient comme ses frères ?

Le compagnon mort aupalais de Circé** est Elpénor**. Dans l’Odyssée, Ulysse s’aventure dans l’Au-delà. Là, il aperçoit Elpénor qui demande à être inhumé. Il est tombé du toit du palais de Circé et son corps reste sans sépulture. Cela constitue une offense aux dieux, pour qui il était essentiel de prendre soin des défunts en leur accordant des rites funéraires appropriés. Ulysse retourne effectivement à Aiaia. Il accomplit les rites funéraires d’Elpénor, qui incluent sa crémation et l’érection d’un tombeau pour ses cendres.

Le poème pourrait être la voix d’Ulysse s’adressant à Elpénor après avoir accompli la crémation et les autres rites funéraires. Quelques autres héros antiques, comme Énée et Hercule, ont également voyagé sur de nombreuses terres et mers. Mais ce moment de douleur pour un frère défunt semble convenir uniquement à Ulysse, qui, en dépit de ses nombreux défauts, tenait profondément à son équipage.

Catulle possède un talent verbal qui éclate dans ce poème. La traduction française est belle en soi. Mais la qualité mélodique du latin original échappe aux lecteurs qui ne maîtrisent pas cette langue archaïque. Les mots sont simples, et c’est ce qui les rend si puissants. En latin comme en français, le dernier vers du poème est à la fois une salutation et un adieu. « Salut » est la salutation, qui correspond au latin ave. Ainsi, en latin, le dernier vers est ave et vale. La qualité poétique saute aux yeux en latin. Comme d’autres œuvres littéraires antiques, le poème ressuscite le frère le temps de sa lecture. Songeons à Achille, qui renaît chaque fois que quelqu’un lit l’Iliade. Catulle et son frère, ou Ulysse et son compagnon, vivent pour l’éternité à travers ce poème. C’est un poème parfait pour lire lors de funérailles, si bien que les lecteurs pourraient eux aussi dire salut et adieu pour toujours, comme l’avait prédit Catulle au dixième vers.

Le génie de Catulle ne saurait être surestimé dans cette analyse. Il donne voix à la douleur et au chagrin du deuil, mais aussi à l’espoir de saluer un être cher par la poésie.** Sans ce poème, le frère de Catulle aurait été oublié depuis des millénaires**. On comprend aisément pourquoi le poème 101 de Catulle est devenu un poème favori pour tant de lecteurs. Sa lecture offre à quiconque a perdu un être cher des mots à prononcer et des émotions à ressentir. Il demeure d’une actualité saisissante.

Carmen 101

VersTexte latinTraduction française
1MVLTAS per gentes et multa per aequora uectusErrant à travers de nombreux pays et par-delà de nombreuses mers
2aduenio has miseras, frater, ad inferias,je viens, mon frère, à ces tristes obsèques,
3ut te postremo donarem munere mortispour t’offrir le dernier tribut de la mort,
4et mutam nequiquam alloquerer cinerem.et parler, bien que ce soit en vain, à tes cendres muettes,
5quandoquidem fortuna mihi tete abstulit ipsum.puisque la fortune t’a ravi toi-même à moi
6heu miser indigne frater adempte mihi,hélas, mon frère, si cruellement arraché à moi !
7nunc tamen interea haec, prisco quae more parentumCependant, reçois ces offrandes, qui selon la coutume de nos pères
8tradita sunt tristi munere ad inferias,nous ont été transmises — un tribut douloureux — pour un sacrifice funéraire ;
9accipe fraterno multum manantia fletu,reçois-les, mouillées des nombreuses larmes d’un frère,
10atque in perpetuum, frater, aue atque uale.et pour l’éternité, ô mon frère, salut et adieu !

Ressources

Projet VRoma

Créé :1 janvier 2025

Modifié :25 octobre 2024