Traduction du Carme 25 de Catulle
Introduction
Dans ce poème, Catullus s’adresse à Thallus, un homme qu’il ne respecte pas. Dès le premier vers, Catullus le qualifie de sodomite, premier indice de son profond mépris. Après l’avoir ainsi traité, il déclare que Thallus est plus mou que la fourrure de lapin, le duvet d’oie et les toiles d’araignée. Mais, parmi ces choses douces, il ajoute qu’il est également plus mou que le pénis flasque d’un vieillard.
Si Thallus est mou, il est aussi rapace, ce qui explique probablement que Catullus le traite de sodomite. Catullus le compare à une tempête balayant tout sur son passage, envoyée par la Mère divine. Après cette comparaison, le lecteur comprend pourquoi Catullus accable Thallus de tant d’injures : celui-ci détient certains de ses biens.
Aux vers six et sept, nous apprenons que Thallus possède le manteau de Catullus, une serviette et des tablettes. Au vers huit, Catullus affirme que Thallus les conserve pour les exhiber comme s’il s’agissait d’héritages familiaux. Dans un choix lexical pour le moins surprenant pour un homme d’une telle mollesse, Catullus ordonne à Thallus de lâcher ces objets de ses griffes. Il revient ensuite aux descriptions de douceur en estimant que les griffes pourraient blesser ses parties les plus tendres — comme ses flancs ou ses mains. Au vers 11, Catullus menace que ces parties délicates pourraient être marquées par un fouet qui laisserait des cicatrices. Aux vers 12 et 13, il conseille à Thallus de restituer les objets afin de ne pas être ballotté comme une petite embarcation prise dans une tempête déchaînée.
Thallus semble posséder deux facettes. Il est à la fois mou et desséché, mais sait aussi se montrer particulièrement importun. Ces deux aspects ont tellement déstabilisé Catullus qu’il a fini par perdre certains de ses biens au profit de Thallus.
Bien que Catullus le qualifie de sodomite mou, il semble éprouver une certaine sollicitude pour le bien-être de Thallus. Catullus ne paraît pas être du genre à recourir à la violence pour récupérer quelques effets personnels. L’avertissement concernant les marques que pourrait lui infliger un fouet s’il ne restitue pas les objets dérobés semble donc dicté par la bienveillance, d’autant plus que Thallus pourrait bien voler quelqu’un de moins clément que lui.
Il convient de rappeler que Catullus entretenait également des relations avec des hommes, si bien qu’il aurait été, techniquement, un sodomite lui aussi. En dépit de son appétit sexuel pour les hommes comme pour les femmes, Catullus évoquait généralement les autres sodomites avec une pointe de mépris plutôt qu’avec déférence.
Carmen 25
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | CINAEDE Thalle, mollior cuniculi capillo | Thallus, toi le sodomite, plus mou que la fourrure de lapin |
| 2 | uel anseris medullula uel imula oricilla | ou le duvet d’oie ou le lobe de l’oreille, |
| 3 | uel pene languido senis situque araneoso, | ou le pénis flasque d’un vieillard ou une poussiéreuse toile d’araignée ; |
| 4 | idemque, Thalle, turbida rapacior procella, | et aussi, Thallus, plus rapace qu’une tempête déchaînée |
| 5 | cum diua mulier aries ostendit oscitantes, | lorsque la Mère divine montre que les vagues se gonflent. |
| 6 | remitte pallium mihi meum, quod inuolasti, | rends-moi mon manteau que tu as dérobé, |
| 7 | sudariumque Saetabum catagraphosque Thynos, | ainsi que ma serviette de Saetabis et mes tablettes de Bithynie, |
| 8 | inepte, quae palam soles habere tamquam auita. | ô sot, que tu gardes ouvertement et dont tu fais étalage, comme s’ils étaient des héritages. |
| 9 | quae nunc tuis ab unguibus reglutina et remitte, | Décolle et laisse aussitôt tomber ces objets de tes griffes, |
| 10 | ne laneum latusculum manusque mollicellas | de peur que tes flancs duveteux et tes petites mains délicates |
| 11 | inusta turpiter tibi flagella conscribillent, | ne reçoivent la marque honteuse de figures gravées par le fouet, |
| 12 | et insolenter aestues, uelut minuta magno | et que tu ne sois violemment ballotté, contrairement à tes habitudes, |
| 13 | deprensa nauis in mari, uesaniente uento. | telle une minuscule embarcation prise dans la vaste mer, lorsque le vent fait rage avec folie. |
