Traduction du Carme 69 de Catulle
Introduction
Dans le poème 69, Catulle s’en prend à Rufus, qui eut une liaison avec Lesbie après la mort de son mari. Catulle eut également une liaison avec elle et l’évoqua dans plusieurs de ses vers. Mais dans le poème 69, il ne la mentionne nullement. Il se concentre plutôt sur ce qui éloigne les femmes de Rufus (Marcus Caelius Rufus).
Dans les deux premiers vers, Catulle dit à Rufus qu’il n’a pas à s’étonner si aucune femme ne veut « placer sa cuisse tendre sous lui ». C’est une manière détournée de dire qu’aucune femme ne veut partager sa couche. Aux vers trois et quatre, Catulle fait observer à Rufus qu’il ne saurait séduire les femmes avec de jolies robes ni de fines joyaux.
Les femmes ne s’intéressent pas à lui car quelqu’un répand sur son compte des rumeurs calomnieuses (vers 5). Ces rumeurs prétendent qu’il « sent le bouc puant ». Catulle situe ce bouc sous les aisselles de Rufus. Puisque Rufus exhale l’odeur d’une bête repoussante, nulle femme ne voudrait s’unir à lui, ainsi que l’affirment les vers 7 et 8.
Catulle conseille à Rufus de faire disparaître l’odeur de ses aisselles, alors peut-être les femmes cesseront-elles de le fuir. Catulle ne révèle pas à Rufus qui propage les rumeurs sur ses aisselles malodorantes, mais puisqu’il les met en vers, il pourrait bien en être le calomniateur. Il s’agirait là d’une tentative pour entraver toute éventuelle réconciliation entre Rufus et Lesbie. Un homme aux aisselles malodorantes ne saurait certainement pas satisfaire la femme que Catulle aime.
Si l’on considère la place du poème 69 de Catulle entre les poèmes 68 et 70, il apparaît comme une pause légère entre deux sujets plus graves. Dans le poème 68, Catulle aborde des thèmes majeurs tels que l’amour, la mort et la fidélité. Puis, dans le poème 70, il évoque brièvement la nature éphémère de l’amour d’une femme. Il sépare les deux par une moquerie sur les aisselles malodorantes d’un homme. Le poème 69 pourrait être une tentative d’introduire l’humour pour offrir un contrepoint comique par l’insulte.
En employant le mot « rumeur » au vers 5, il est manifeste que Catulle cherche à jeter le discrédit sur Rufus. Malgré les conseils qu’il lui donne pour résoudre le problème, Catulle ne semble guère estimer l’homme qu’il conseille. Après une pause dans les insultes à l’égard de Rufus dans le poème 70, Catulle le mentionne à nouveau dans le poème 71 lorsqu’il reparle de l’odeur de bouc. Dans le poème 71, il fait aussi allusion au fait que cet homme qui sent le bouc souffre de la goutte. Il semble bien que le calomniateur soit Catulle lui-même, qui n’est manifestement pas impressionné par cet homme.
Carmen 69
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | NOLI admirari, quare tibi femina nulla, | Tu n’as pas à t’étonner pourquoi aucune femme délicate |
| 2 | Rufe, uelit tenerum supposuisse femur, | ne daigne placer sa cuisse tendre sous toi, Rufus, |
| 3 | non si illam rarae labefactes munere uestis | pas même si tu l’ébranles par le don d’une robe d’étoffe fine, |
| 4 | aut perluciduli deliciis lapidis. | ou de quelque joyau transparent et délicieux. |
| 5 | laedit te quaedam mala fabula, qua tibi fertur | Ce qui te nuit est une calomnie qui prétend |
| 6 | ualle sub alarum trux habitare caper. | qu’un rude bouc habite sous tes aisselles : |
| 7 | hunc metuunt omnes, neque mirum: nam mala ualde est | c’est cela qu’elles redoutent toutes, et sans étonnement ; c’est une bête effroyable, |
| 8 | bestia, nec quicum bella puella cubet. | et nullement compagne de lit pour une jolie fille. |
| 9 | quare aut crudelem nasorum interfice pestem, | Alors tue ce qui outrage si cruellement nos nez, |
| 10 | aut admirari desine cur fugiunt. | ou ne t’étonne plus de les voir s’enfuir. |
