Traduction du Carme 75 de Catulle
Introduction
Dans ce poème, Catulle s’adresse à Lesbie, qu’il appelle « ma Lesbie ». Dès le premier vers, il exprime à quel point son esprit est accablé par la faute de celle-ci. Il en est blessé et désorienté. Au second vers, il poursuit sa plainte élégiaque en décrivant comment son esprit s’est perdu lui-même par sa propre dévotion à elle. Ces deux premiers vers suggèrent que Catulle a déjà perdu Lesbie au profit de Caelius.
Au troisième vers, Catulle déclare que son esprit ne peut plus lui souhaiter aucun bien, même si elle devenait la meilleure des femmes. Au quatrième vers, il prolonge cette pensée et affirme qu’il ne peut non plus cesser de l’aimer. Il termine le vers en précisant qu’elle a fait le pire qu’elle pouvait faire.
Tout au long de sa vie, Catulle a aimé Lesbie, mais celle-ci ne lui a pas toujours rendu la pareille. Elle était mariée à un autre homme et le trompait avec Catulle. On rapporte également qu’elle aurait empoisonné son époux, puis aurait eu une liaison avec un autre homme pendant une brève absence de Catulle. Lesbie a manifestement commis des actes cruels à l’égard du poète. Les sources historiques la dépeignent comme une femme vivant selon ses propres désirs, alors que Catulle aurait voulu qu’elle ne vive que pour lui.
Ce poème a des allures de reproche accablant, à la manière romaine antique, adressé à Lesbie. Il l’accuse d’avoir réduit et ruiné son esprit. Il écrit ensuite qu’elle pourrait devenir la meilleure des femmes — remarque empreinte d’ironie à l’adresse de celle qui a détruit son esprit. Que pourrait-elle répondre à une telle déclaration ? Qu’elle est désolée ? Il affirme qu’il l’aimera toujours, bien qu’elle lui ait fait le pire imaginable. Finira-t-il par la harceler ?
Carmen 75
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | HVC est mens deducta tua mea Lesbia, culpa | Jusqu’à ce point est réduit mon esprit par ta faute, ma Lesbie, |
| 2 | atque ita se officio perdidit ipsa suo, | et il s’est ainsi perdu par sa propre dévotion, |
| 3 | ut iam nec bene uelle queat tibi, si optima fias, | si bien que désormais il ne peut te vouloir du bien, dusses-tu devenir la meilleure des femmes, |
| 4 | nec desistere amare, omnia si facias. | ni cesser de t’aimer, dusses-tu commettre le pire. |
