Miser Catulle, desinas ineptire (Catullus 8)

Classical

(Poème lyrique, latin/romain, v. 65 av. J.-C., 19 vers)

Introduction

« Miser Catulle, desinas ineptire » (« Malheureux Catulle, cesse d’être insensé ») est un poème lyrique du poète romain Catulle, communément désigné sous le nom de « Catullus 8 » ou « Carmina VIII » d’après sa position dans le catalogue généralement admis de l’œuvre de Catulle. Le poème date d’environ 65 av. J.-C. et décrit la misère et la tristesse de Catulle après avoir été rejeté par sa maîtresse, Lesbie, ainsi que sa résolution plus ou moins ferme d’accepter sa perte et d’aller de l’avant.

Catulle et Lesbie

Catulle et Lesbie

Résumé

Le poète se reproche sa folie de s’accrocher à un amour qui a manifestement achevé son cours. Il évoque la splendeur de cet amour tant qu’il dura, puis affirme crûment qu’elle ne le veut plus. Il s’engage à être fort et résolu, à ne pas la poursuivre, et s’efforce de se consoler en imaginant qu’elle regrettera sa décision. Il se figure que personne ne voudra désormais la voir ni l’aimer, mais finit par se raidir à nouveau pour supporter sa propre misère et demeurer ferme dans sa résolution.

Analyse

Bien que le poème s’adresse tout du long à Catulle lui-même et que le nom de sa bien-aimée ne soit nulle part mentionné, le sujet est manifestement sa liaison amoureuse avortée avec Lesbie, pseudonyme qu’utilise Catulle dans nombre de ses poèmes pour désigner Clodia, l’épouse de l’éminent homme d’État romain Clodius.

L’usage du mètre choliambique (également appelé iambique boiteux ou claudicant, car il fait retomber le lecteur sur le mauvais « pied » en inversant les accents des dernières mesures) produit un effet heurté et inégal, mimant l’impasse dans laquelle s’enferment les pensées de Catulle.

Lesbie et Catulle

Lesbie et Catulle

Le premier mot du poème, « miser », est un terme privilégié et une autodescription récurrente chez Catulle. On peut le traduire par « misérable », « malheureux » ou « chagriné », mais aussi par « malade d’amour », ce qui crée peut-être un ton plus conforme à l’intention de Catulle dans ce poème. Le dernier mot du poème, « obdura » (« endure »), également employé aux vers 11 et 12, est un impératif brutal par lequel Catulle tente de se tirer de son accablement.

Ainsi, le poème parcourt une progression depuis le désespoir absolu de Catulle après son abandon par Lesbie, en passant par une section centrale où il se souvient des aspects agréables de l’existence (qui, raisonne-t-il, doivent toujours exister) et reconnaît que les choses ont irrémédiablement changé, puis une phase où il exprime sa colère et sa frustration envers Lesbie, et enfin sa résolution de surmonter son abattement et d’aller de l’avant. À la fin, Catulle le poète rationnel l’emporte sur Catulle l’amant irrationnel.

Cependant, l’usage répété et outrancier des questions rhétoriques vers la fin du poème, aux vers 15 à 18 (qui confère également à cette section un tempo rapide et quelque peu affolé, reflétant peut-être l’état d’esprit du locuteur), paraît en réalité chercher à provoquer Lesbie pour qu’elle le reprenne, suggérant qu’il n’a pas véritablement renoncé. Il semble donc qu’il ne puisse se maîtriser davantage qu’au début du récit, et le dernier « obdura » apparaît moins convaincant et plus triste que le précédent.

Ressources

Créé :25 octobre 2024

Modifié :25 octobre 2024