Odi et amo (Catullus 85)
(Épigramme / Distique élégiaque, latin / romain, c. 65 av. J.-C., 2 vers)
Introduction
« Odi et amo » (« Je hais et j’aime ») est un court poème, ou épigramme, du poète lyrique romain Catulle, composé sous forme de distique élégiaque vers 65 av. J.-C. Il est souvent désigné sous le nom de « Catulle 85 » ou « Carmen LXXXV », d’après sa position dans le catalogue généralement admis des œuvres de Catulle. En dépit de sa brièveté, c’est l’un des poèmes les plus célèbres et les plus chargés d’émotion de Catulle, et sa déclaration de sentiments contradictoires à l’égard de sa maîtresse, Lesbie, est réputée pour sa force et sa concision.
Résumé
Après la constatation nue qu’il hait et aime à la fois, le poète s’interroge sur les raisons d’un tel état. Il n’apporte aucune réponse à cette question, mais sait seulement que c’est vrai et que ce conflit est la source de grandes souffrances.
Analyse
Bien que son nom n’apparaisse nulle part dans le poème, celui-ci est censé désigner, comme tant d’autres poèmes de Catulle, Lesbie, généralement considérée comme un pseudonyme désignant Clodia (l’épouse de l’éminent homme d’État romain Clodius), avec laquelle Catulle eut une liaison pendant quelque temps. Il est manifeste qu’à ce stade, la relation commençait à se déliter, et l’on a qualifié ce poème de paradoxe de l’amant désabusé.
Le poème est construit sous la forme d’un distique élégiaque, une forme poétique brève de deux vers couramment employée par les poètes lyriques grecs pour traiter divers sujets de faible envergure. Il se compose de vers alternés en hexamètre dactylique et en pentamètre dactylique : deux dactyles suivis d’une syllabe longue, une césure, puis deux nouveaux dactyles suivis d’une syllabe longue.
Le poème compte huit verbes, aucun adjectif et aucun substantif. Cette inversion de la structure poétique habituelle (généralement riche en noms et en adjectifs) peut être interprétée comme une mise en relief du drame et des émotions contradictoires ressenties par Catulle. Il parvient à son but par de violents changements de tonalité : une simple constatation d’abord, puis une curieuse interrogation psychologique sur les motifs, suivie d’un aveu d’incompréhension presque blasé, menant à un constat factuel, et s’achevant par l’explosion du dernier mot, « excrucior » (littéralement, « être mis en croix »). Ce mot final reçoit un élan supplémentaire par ses quatre syllabes, contre deux ou trois pour les autres mots du poème.
Les sentiments contrastés et inconsistants que l’amour suscite, ainsi que l’idée d’une relation amour-haine, comptent parmi les thèmes les plus répandus de la littérature universelle, et Catulle nullement le premier poète à s’y être intéressé. Toutefois, le dramatisme de ce court poème est accentué par la triste constatation que ce tourment surgit indépendamment de la volonté humaine — ce que souligne particulièrement l’usage du verbe passif « fieri » — et que le poète ne peut qu’acter la situation et souffrir cruellement.
En dépit de sa brièveté, ce poème a probablement été traduit plus que tout autre poème de Catulle, et il est remarquable de constater combien un seul distique peut offrir tant de possibilités de traduction subtilement différentes.
Ressources
- Original latin et traduction littérale anglaise (WikiSource) : https://en.wikisource.org/wiki/Catullus_85
- Lecture audio de l’original latin (latin classique) : http://jcmckeown.com/audio/la5103d1t11.php


