Traduction du Carme 82 de Catulle
Introduction
Catullus a composé ce poème à l’intention de son ami Quintus. La logique du poème est presque circulaire : Catullus commence par évoquer le désir de Quintus de voir Catullus lui devoir ses propres yeux. Mais, au deuxième vers, Catullus mentionne qu’il pourrait devoir quelque chose de plus cher que ses yeux, s’il existe quoi que ce soit de plus précieux encore.
Aux vers trois et quatre, Catullus demande à Quintus de ne pas lui prendre ce qui lui est plus cher que ses yeux, ni quoi que ce soit d’autre qui lui soit plus précieux encore. Ainsi, dans l’ensemble, Quintus souhaite que Catullus lui soit redevable de quelque chose de cher, mais Catullus ne veut pas qu’il lui prenne quoi que ce soit qui lui soit précieux. Puisqu’ils sont amis, et potentiellement amants, Catullus lui donne déjà quelque chose de précieux — son affection.
Toutefois, le poème pourrait revêtir un sens autre qu’amoureux pour Catullus. Quintus était associé à Clodia, que Catullus aime et nomme Lesbie dans sa poésie. Elle pourrait être ce « quelque chose » qui lui est plus cher que ses yeux. Dans d’autres poèmes consacrés à Lesbie, Catullus la décrit effectivement comme plus précieuse à ses yeux que ses propres yeux.
Catullus pourrait également écrire sur la cécité, d’autant plus que l’amour est aveugle. Il aime Quintus. Il aime Lesbie. Il aime pouvoir les voir. Il ne veut perdre ni la vue ni ses amours. Le poème, particulièrement au vers trois, porte également une nuance subtilement menaçante lorsque Catullus dit à Quintus qu’il ne doit pas lui prendre ce qui lui est plus cher que ses yeux, ni ses yeux eux-mêmes.
Quintus ne devrait rien prendre de cher à son ami s’il souhaite que celui-ci lui doive quelque chose de précieux. Dans d’autres traductions, le mot « arracher » est employé à la place de « prendre », si bien que la tonalité menaçante du vers trois est bien présente.
Carmen 82
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | QVINTI, si tibi uis oculos debere Catullum | QUINTUS, si tu veux que Catullus te doive ses yeux, |
| 2 | aut aliud si quid carius est oculis, | ou toute autre chose plus chère que les yeux, s’il est quelque chose de plus cher, |
| 3 | eripere ei noli, multo quod carius illi | ne lui arrache pas ce qui lui est bien plus cher |
| 4 | est oculis seu quid carius est oculis. | que ses yeux, ou quoi que ce soit de plus cher encore que les yeux. |
