1. Accueil
  2. Classical Literature
  3. Rome
  4. Catullus
  5. Traductions de Catulle
  6. Traduction du Carme 50 de Catulle

Traduction du Carme 50 de Catulle

Classical

Introduction

Le Carmen 50 de Catulle raconte une séance d’écriture poétique animée entre Catulle et son ami Licinius Calvus, ainsi que la léthargie et l’ennui que ressent Catulle par la suite. Le poème adopte un ton moqueur, apparent dans l’usage d’un langage urbain ainsi que dans le mètre hendécasyllabique. Chaque vers compte onze pieds poétiques.

Dans ce poème, Catulle et Licinius Calvus, qui était à la fois poète et orateur, s’adonnent à un échange passionné et hédoniste de poésie et de personnalité. Par la suite, Catulle ne peut ni manger ni dormir ; il s’agite sans repos, rêvant éveillé à une nouvelle séance poétique. Il témoigne ensuite de son attachement à la forme poétique, qui lui confère la capacité d’exprimer son humeur, mais il met en garde Calvus contre l’hubris, de crainte que le dieu Némésis (qui châtie les arrogants) ne le punisse.

Traduction du poème 50 de Catulle

Le Carmen 50 démarre sur un ton très léger alors que les deux amis sont emportés par l’inspiration créative, puis prend une tournure sombre lorsque son ami l’abandonne. Les six premiers vers du poème comportent un vocabulaire joyeux : loisir, plaisir, jeu, rire, boisson. Mais l’absence de la camaraderie de Calvus, membre de l’illustre gens Licinia, est pour Catulle une source de désespoir autant que l’absence de création artistique. Ce malheur contraste vivement avec le début du poème et souligne l’estime dans laquelle Catulle tient l’amitié. La deuxième partie du poème se subdivise en deux sections plus courtes : la première où Catulle décrit la cause de sa souffrance (Et je m’en allai de là, épris de ton charme et de ton esprit, 50, 7-8). Le terme « épris » (incensus) en latin est souvent suivi de « amour » (amore), ce qui suggère des connotations érotiques ainsi qu’un degré élevé d’affection pour le talent poétique et les qualités personnelles de son ami. La deuxième sous-section décrit sa souffrance psychologique (anxiété, désir, mélancolie).

Le poème est relié au Carmen 51 par son thème du loisir (Hier, Licinius, dans le loisir, 50.1), qui revêt de multiples significations, mais qui pour Catulle et d’autres personnages éminents aurait signifié un retrait délibéré de la vie publique afin de se consacrer à des entreprises artistiques importantes. Il semble que le Carmen 50 et le Carmen 51 aient été conçus pour être lus ensemble. Tous deux décrivent la détresse de Catulle (« me miserum », 50.9). Son malheur est au cœur de chaque poème, bien que Lesbie, et l’amour, soient les objets du désir dans le Carmen 51, qui est donc plus grave. Dans le Carmen 50, il recherche un effet plus léger pour manifester un désir analogue de l’amitié de Calvus. Dans les deux cas, il énumère ses symptômes afin de mettre en valeur son affection pour le destinataire. Un érotisme ludique s’empare des vers 7-8. Catulle est si captivé par le charme et l’esprit de Calvus, et par le plaisir de leur temps passé à créer ensemble, que le reste de l’existence perd tout son éclat.

Aux vers 18-21 du poème, on observe à nouveau un changement de ton avec la référence à Némésis, divinité très puissante et symbole du châtiment de l’excès. L’invocation en apparence inappropriée de Némésis souligne le ton sarcastique du Carmen 50, bien qu’on puisse également y lire un avertissement adressé à Catulle lui-même : ne pas s’appuyer sur la camaraderie et le romantisme à l’excès, de peur d’être puni par une détresse émotionnelle.

Carmen 50

VersTexte latinTraduction française
1HESTERNO, Licini, die otiosiHier, Licinius, nous avons fait fête
2multum lusimus in meis tabellis,et bien joué avec mes tablettes,
3ut conuenerat esse delicatos:comme nous l’avions convenu pour notre plaisir.
4scribens uersiculos uterque nostrumChacun de nous, charmant son humeur, écrivait des vers,
5ludebat numero modo hoc modo illoc,tantôt dans un mètre, tantôt dans un autre,
6reddens mutua per iocum atque uinum.nous répondant l’un à l’autre, dans le rire et le vin.
7atque illinc abii tuo leporeEt je m’en allai de là, si épris
8incensus, Licini, facetiisque,de ton charme et de ton esprit, Licinius,
9ut nec me miserum cibus iuuaretque la nourriture ne soulageait ma douleur,
10nec somnus tegeret quiete ocellos,ni le sommeil ne répandait le repos sur mes yeux,
11sed toto indomitus furore lectomais agité d’une fièvre incontrôlable, je me tournais dans mon lit,
12uersarer, cupiens uidere lucem,désirant voir l’aurore,
13ut tecum loquerer, simulque ut essem.afin de te parler et d’être avec toi.
14at defessa labore membra postquamMais quand mes membres, épuisés par la fatigue,
15semimortua lectulo iacebant,gisent à demi morts sur ma couche,
16hoc, iucunde, tibi poema feci,je fis ce poème pour toi, mon doux ami,
17ex quo perspiceres meum dolorem.pour que tu puisses y lire ma souffrance.
18nunc audax caue sis, precesque nostras,Maintenant, ne sois pas trop présomptueux, et ne méprise pas,
19oramus, caue despuas, ocelle,je t’en prie, la prunelle de mes yeux, ne repousse pas mes prières,
20ne poenas Nemesis reposcat a te.de peur que Némésis n’exige de toi son tribut.
21est uehemens dea: laedere hanc caueto.C’est une déesse impérieuse — garde-toi de l’offenser.

Ressources

Projet VRoma

Créé :1 janvier 2025

Modifié :27 octobre 2024