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Traduction du Carme 70 de Catulle

Classical

Introduction

Le poème 70 de Catulle est un chant d’amour moqueur consacré à une femme singulière. Elle lui déclare qu’elle ne veut épouser que lui. Elle s’efforce de le convaincre qu’elle ne désire personne d’autre et que Jupiter lui-même ne saurait la séduire. Catulle conclut alors, par une image saisissante, que les paroles qu’une femme adresse à son amant devraient être écrites dans le vent et sur l’eau courante.

Le poème oppose amour et désillusion. Les deux premiers vers évoquent l’amour passionné que lui porte sa bien-aimée. Son attachement serait si profond que même le pouvoir de séduction du dieu du ciel ne pourrait l’ébranler — ce qui est remarquable, étant donné que Jupiter, à l’instar de son homologue grec Zeus, était un célèbre séducteur. Aucune femme ne pouvait ni ne savait repousser ses avances.

Catulle voit clair dans les propos de sa bien-aimée. Aux troisième et quatrième vers, il révèle son incrédulité. Ces vers incarnent la méfiance du poème. Selon l’expérience de Catulle, les paroles des femmes sont éphémères : elles ne sont ni fixes ni durables. Elles ont la consistance du vent ou de l’eau courante. Autant dire que Catulle doute profondément de la sincérité des propos de sa bien-aimée.

Qui pourrait les croire véridiques ?

Aucune femme ne préférerait un simple mortel à la puissance d’un dieu — surtout le roi des dieux !

Le poème 70 de Catulle forme un diptyque avec lepoème 72. Dans le poème 72, Catulle s’adresse directement à Lesbie, la femme évoquée dans le poème 70. Il rappelle sa promesse de n’aimer que lui et de résister même à Jupiter. Il évoque ensuite la valeur qu’il accordait à son amour, tout en confessant qu’il l’aimait davantage d’un amour familial que d’un amour romantique.

Il est difficile de saisir pleinement le poème 70 sans le mettre en regard du poème 72. Bien que le poème 70 soit bref, il n’est pas fait pour être lu à la hâte. Ses vers n’ont ni le rythme saccadé ni la cadence brève. Une tristesse imprègne le poème, en particulier lorsque Catulle constate l’impermanence des paroles féminines. Les deux derniers vers laissent entendre que Lesbie l’a trahi ou a rompu une promesse. Le choix de l’adjectif « ardent » pour qualifier l’amant révèle l’ardeur et l’enthousiasme qui animaient leur relation. Mais quelque chose les a empêchés de s’accomplir, comme le montre le poème 72.

La tristesse et la déception du poème se ressentent dans les rejets des premier et troisième vers. Ces vers ne sont pas conçus pour s’achever par une pause. Ils se prolongent au contraire dans les phrases complètes qui se terminent aux deuxième et quatrième vers. Le nombre de mots commençant par un « w » ralentit le lecteur : des combinaisons telles que « running water » et « written in the wind » ne peuvent se lire à un rythme naturel sans perdre leur mélancolie.

Carmen 70

VerseTexte latinTraduction française
1NVLLI se dicit mulier mea nubere malleLa femme que j’aime déclare qu’il n’est personne qu’elle préférerait épouser
2quam mihi, non si se Iuppiter ipse petat.plutôt que moi, même si Jupiter lui-même venait la courtiser.
3dicit: sed mulier cupido quod dicit amanti,Elle le dit ; — mais ce qu’une femme dit à son amant ardent,
4in uento et rapida scribere oportet aqua.il convient de l’écrire dans le vent et sur l’eau courante.

Ressources

Projet VRoma

Créé :1 janvier 2025

Modifié :27 octobre 2024