Traduction du Carme 83 de Catulle
Introduction
Dans ce poème, Catulle revient à ses poèmes consacrés à Lesbie. Celui-ci inclut une conversation entre Catulle et le mari de Lesbie. Catulle sait que Lesbie parle de lui à son époux, qui n’autre que Quintus Metellus Celer, gouverneur de Gaule.
Bien qu’elle fût mariée à un éminent citoyen romain, elle le trompait avec plusieurs hommes. Elle et Quintus se querellaient souvent en public, et Cicéron croyait qu’elle avait empoisonné son mari. Par la suite, les rumeurs abondaient selon lesquelles elle avait eu une liaison avec Cicéron.
Aux vers trois à six, le poète s’adresse au mari de Lesbie. Il le traite de mulet stupide — ce qui est une manière polie de l’appeler âne bête, curieusement après l’avoir qualifié de sot. Il semble que Lesbie soit en colère à propos de quelque chose liée au poète. Et, parce qu’elle est en colère, elle grogne, tempête et brûle, donc elle parle. Au vers deux, le poète semble penser que le gouverneur trouve une grande joie à écouter Lesbie parler de lui.
Le locuteur du poème demeure inconnu. Il pourrait s’agir de Catulle ; en tant qu’amant de longue date de Lesbie, il aurait pu aisément la mettre en colère. Dans le poème 79, Catulle a parlé de Lesbie et de lui-même à la troisième personne. Ce locuteur inconnu réapparaît, car Catulle ne se désignerait pas normalement lui-même tout en parlant en son propre nom.
Au vers trois, le poète écrit : « Si elle m’oubliait et se taisait, elle aurait le cœur intact. » Le contraire de « cœur intact » serait « le cœur brisé ». Ainsi, le locuteur du poème l’aurait peut-être blessée, ce qui pourrait expliquer sa colère. Puisqu’elle se souvient de lui et ne se tait pas, on peut affirmer qu’elle a toujours le cœur brisé. Elle a bonne mémoire, mais ce souvenir la brûle, c’est pourquoi elle parle. En raison de l’incertitude quant au locuteur, la relation est difficile à saisir. Catulle écrit-il au sujet d’un autre amant qui l’aurait blessée ? Ou écrit-il sur lui-même, de façon étrange, à la troisième personne ?
Carmen 83
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | LESBIA mi praesente uiro mala plurima dicit: | LESBIE dit de moi beaucoup de choses cruelles en présence de son mari, |
| 2 | haec illi fatuo maxima laetitia est. | ce qui est une grande joie pour le sot. |
| 3 | mule, nihil sentis? si nostri oblita taceret, | Mulet stupide, tu ne comprends rien. Si elle m’oubliait et se taisait, |
| 4 | sana esset: nunc quod gannit et obloquitur, | elle aurait le cœur intact. Mais en l’état, ses grognements et ses invectives signifient ceci : |
| 5 | non solum meminit, sed, quae multo acrior est res, | elle non seulement se souvient, mais — chose bien plus grave — |
| 6 | irata est. hoc est, uritur et loquitur | elle est en colère ; c’est-à-dire qu’elle brûle, et c’est pourquoi elle parle. |
