Traduction du Carme 88 de Catulle
Introduction
Dans le poème 88, le poète interroge le comportement de Gellius, dont il a traité dans d’autres poèmes. Gellius est un autre personnage queCatulle** n’apprécie guère**. Le poète le tourne en dérision sur le plan sexuel dans une série de poèmes, dont celui-ci.
Dans les deux premiers vers, Catulle s’interroge sur ce que fait Gellius tandis qu’il « frétille » avec sa mère et sa sœur, gardant leurs tuniques de veillée en désordre. Une tunique de veillée serait un vêtement que porterait une femme lors d’une veillée funèbre pour un être cher. Puis, au troisième vers, il demande pourquoi Gellius ne laisse pas son oncle se marier. Catulle s’interroge sur l’ampleur de la culpabilité que Gellius éprouve.
Ensuite, il formule une affirmation audacieuse sur l’étendue de cette culpabilité. Le « il » pourrait désigner Gellius ou l’oncle. Bien que l’antécédent soit incertain, ce qui est certain dans ce poème, c’est que Catulle accuse Gellius de commettre l’inceste avec sa mère et sa sœur, et peut-être avec son oncle.
Catulle considère que la culpabilité est immense. Il recourt à l’hyperbole pour en décrire l’étendue et la profondeur en évoquant Téthys et Océan. Il y a tant de culpabilité que la Titanide des eaux douces ne pourrait la nettoyer. Il affirme qu’Océan — avec un O majuscule, le Titan des mers salées — ne pourrait non plus laver toute cette faute. Puis, au septième vers, Catulle déclare que cette culpabilité ne saurait être effacée, car il n’y a point de culpabilité chez un homme tel que Gellius.
Le dernier vers du poème révèle ce que Catulle pense véritablement du personnage. Il affirme que celui-ci n’éprouverait aucune culpabilité, même s’il se penchait et se dévorait lui-même. Catulle joue sur le mot « caput » (tête) dans le dernier vers. Le double sens pourrait désigner sa tête, ou bien son pénis, comme s’il parvenait à avoir des relations sexuelles avec lui-même.
Carmen 88
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | QVID facit is, Gelli, qui cum matre atque sorore | QUE fait-il, Gellius, qui frétille avec sa mère et sa sœur, |
| 2 | prurit, et abiectis peruigilat tunicis? | Et veille, les tuniques de veillée toutes rejetées ? |
| 3 | quid facit is, patruum qui non sinit esse maritum? | Que fait-il, qui ne laisse pas son oncle être un mari ? |
| 4 | ecquid scis quantum suscipiat sceleris? | Sais-tu quelle somme de forfaits il contracte ? |
| 5 | suscipit, o Gelli, quantum non ultima Tethys | Plus il en contracte, ô Gellius, que la lointaine Téthys |
| 6 | nec genitor Nympharum abluit Oceanus: | ne saurait laver, ni Océan, père des nymphes : |
| 7 | nam nihil est quicquam sceleris, quo prodeat ultra, | car il n’est plus aucune faute au-delà de laquelle il puisse aller, |
| 8 | non si demisso se ipse uoret capite. | même s’il baissait la tête et se dévorait lui-même. |
