Traduction du Carme 80 de Catulle
Introduction
Les poèmes de Catulle montrent au monde que Rome, dans l’Antiquité, était ouverte à toutes sortes de relations. Dans le poème 80, Catullea écrit sur Gellius, qu’il considérait comme un homme pervers et répugnant. Gellius entretenait des relations sexuelles avec plusieurs hommes, ce qui déconcertait Catulle, qui avait lui-même des relations homosexuelles. Ce n’était pas le caractère homosexuel de ces relations qui troublait Catulle, mais bien la nature de celles-ci qui le laissait perplexe.
Dans ce poème, Catulle parle de Gellius et de sa pratique de la fellation sur des hommes, notamment un homme nommé Victor. Dans les quatre premiers vers, Catulle s’interroge sur la raison pour laquelle Gellius se réveille avec les lèvres blanches après une longue sieste. Il demande ensuite si les rumeurs sont fondées lorsqu’il « avale[r] les grandes érections d’un homme ? » Aux vers sept et huit, Catulle affirme que les cuisses rompues du pauvre Victor le proclament, car les lèvres de Gellius portent la trace du liquide qu’il a « trait. »
Il ne semble pas que Catulle cherche à humilier Gellius. Il s’interroge simplement sur l’apparence de Gellius au réveil. Catulle fait référence à la couleur blanche à plusieurs reprises. Il pourrait s’agir d’une allusion à l’expression « albus et ater », un terme homosexuel utilisé pour décrire les relations amoureuses entre hommes. L’albus désignait le rôle féminin, le passif dans la relation, tandis que l’ater correspondait au rôle masculin. Très vraisemblablement, les références aux lèvres blanches de Gellius constituaient également une allusion à son rôle de partenaire passif dans ses relations avec les hommes.
Souvent, lorsque Catulle écrivait des poèmes peu bienveillants, il adoptait un ton moqueur. Or, dans ce poème, ce ton moqueur est absent. Il mentionne des rumeurs, ce qui montre que l’on parle en mal de Gellius. Il n’y a rien de rédempteur chez Gellius dans le poème que Catulle consacre à cet homme. La seule personne qui aurait pu être satisfaite de Gellius était Victor, qui a certainement tiré du plaisir des actions de ce dernier.
Carmen 80
| Vers | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | QVID dicam, Gelli, quare rosea ista labella | QUELLE raison puis-je invoquer, Gellius, pour expliquer ces lèvres rosées |
| 2 | hiberna fiant candidiora niue, | devenant plus blanches que la neige |
| 3 | mane domo cum exis et cum te octaua quiete | lorsque tu sors le matin ou que la huitième heure t’éveille |
| 4 | e molli longo suscitat hora die? | de ta douce sieste aux longues heures du jour ? |
| 5 | nescio quid certe est: an uere fama susurrat | Il y a assurément quelque chose : la rumeur murmure-t-elle vrai |
| 6 | grandia te medii tenta uorare uiri? | que tu avales les grandes érections d’un homme ? |
| 7 | sic certe est: clamant Victoris rupta miselli | Ainsi en est-il assurément : les cuisses rompues du pauvre Victor le proclament, |
| 8 | ilia, et emulso labra notata sero. | et tes lèvres marquées du liquide que tu as trait. |
