Traduction du Carme 21 de Catulle
Introduction
Dans ce poème, Catulle s’adresse à Aurélius, qui souhaite avoir une liaison avec Juventius — son amant. Catulle qualifie Aurélius de père de toutes les famines. Cette référence ne concerne pas la faim de nourriture, mais la faim de satisfaire son appétit sexuel. Catulle espère qu’Aurélius restera affamé, et ce pour de nombreuses années à venir. Ensuite, Catulle expose le problème qui le tourmente. À la ligne quatre, il révèle qu’Aurélius souhaite sodomiser son favori — Juventius.
Aux lignes cinq et six, Catulle indique qu’Aurélius ne tente pas de sodomiser Juventius en secret, discrètement. Il reste constamment aux côtés de Juventius, plaisante avec lui, et essaie tout ce qu’il peut pour séduire le jeune homme. À la ligne sept, Catulle dit à Aurélius que ses efforts sont vains, car il complote contre Catulle lui-même. Puis, à la ligne huit, Catulle le menace en déclarant qu’il lui mettra son pénis dans la bouche. Catulle explique que s’il sodomise Aurélius, celui-ci ne poursuivra plus Juventius. À la ligne neuf, Catulle emploie la métaphore du ventre plein : ainsi, Aurélius n’aura plus faim de Juventius.
Aux lignes 10 et 11, Catulle exprime son contrariété à l’idée que Juventius apprendra à avoir faim et soif, puisqu’il n’aura pas de relations sexuelles. Ensuite, il répète sa menace aux lignes 12 et 13. Si Aurélius ne s’arrête pas, Catulle lui mettra son pénis dans la bouche. S’il s’arrête, Catulle le laissera indemne.
Catulle était particulièrement possessif envers Juventius. Il évoque son amant masculin dans plusieurs poèmes, et comment d’autres hommes convoitaient également Juventius. Il y a une certaine dose d’humour dans ce poème, notamment lorsque Catulle menace de « nourrir » Aurélius en lui mettant son pénis dans la bouche. La menace devrait suffire à « satisfaire » la faim d’Aurélius, bien qu’il ne s’agisse pas de la faim qu’il éprouve pour Juventius.
Les Romains qui entretenaient des relations avec d’autres hommes avaient une compréhension claire des différents rôles dans leurs relations homosexuelles. Certains hommes étaient dominants, tandis que d’autres jouaient le rôle féminin. Il semble qu’Aurélius ait pu être l’homme dominé par les autres. S’il ne l’avait pas été, Catulle ne l’aurait pas menacé de cette manière. La menace comporte sans doute une part d’humour, mais l’exécuter réellement aurait été profondément humiliant. Aurélius aurait été couvert de honte si Catulle lui avait mis son pénis dans la bouche. Par cette menace, Catulle affirme sa masculinité.
Carmen 21
| Ligne | Texte latin | Traduction française |
|---|---|---|
| 1 | AVRELI, pater esuritionum, | Aurélius, père de toutes les famines, |
| 2 | non harum modo, sed quot aut fuerunt | non seulement celles-ci, mais toutes celles qui ont été |
| 3 | aut sunt aut aliis erunt in annis, | ou qui sont ou qui seront dans les années à venir, |
| 4 | pedicare cupis meos amores. | tu souhaites sodomiser mon favori. |
| 5 | nec clam: nam simul es, iocaris una, | Et pas en secret : tu restes avec lui, tu plaisantes en sa compagnie, |
| 6 | haerens ad latus omnia experiris. | tu te colles à son flanc et ne laisses rien inessayé. |
| 7 | frustra: nam insidias mihi instruentem | Tout en vain : car tu ourdis des intrigues contre moi, |
| 8 | tangam te prior irrumatione. | je te prendrai le premier par la bouche. |
| 9 | atque id si faceres satur, tacerem: | Et si tu faisais cela le ventre plein, je me tairais ; |
| 10 | nunc ipsum id doleo, quod esurire | Tel quel, ce qui m’irrite, c’est que |
| 11 | me me puer et sitire discet. | mon garçon apprendra à avoir faim et soif. |
| 12 | quare desine, dum licet pudico, | Arrête donc, tant que tu peux le faire sans dommage, |
| 13 | ne finem facias, sed irrumatus. | ou tu devras t’arrêter après que je t’aurai pris par la bouche. |
