L'Odyssée

Classical

(Poème épique, grec, v. 725 av. J.-C., 12 110 vers)

Introduction

« L’Odyssée » (gr : « Odysseia ») est le second des deux poèmes épiques attribués au poète grec ancien Homère (le premier étant « L’Iliade »), et généralement considéré comme la deuxième œuvre conservée de la littérature occidentale. Il fut probablement composé vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C. et constitue, en partie, une suite à « L’Iliade ». Il est universellement reconnu comme l’un des plus grands récits de tous les temps et exerça une influence profonde sur la littérature européenne ultérieure, en particulier à la Renaissance.

Ulysse ému par le chant de Démodocos

Le poème est centré sur le héros grec Ulysse (ou Odysseus, ainsi qu’il était désigné dans les mythes grecs) et son long voyage de retour vers Ithaque après la chute de Troie. Son périple décennal, riche en aventures, le mena à travers les îles Ioniennes et le Péloponnèse, et jusqu’en Égypte, en Afrique du Nord et en Méditerranée occidentale, tandis que le dieu marin courroucé Poséidon l’empêchait de regagner son foyer.

Résumé — Synopsis de l’Odyssée

Dix ans après la chute de Troie, et vingt ans après que le héros grec Ulysse eut quitté son foyer d’Ithaque pour combattre les Troyens aux côtés des autres Grecs, le fils d’Ulysse, Télémaque, et son épouse, Pénélope, sont assiégés par plus de cent prétendants qui s’efforcent de persuader Pénélope que son mari est mort et qu’elle doit en épouser un.

statue de Pénélope

Statue de Pénélope

Encouragé par la déesse Athéna (toujours protectrice d’Ulysse), Télémaque part à la recherche de son père, rendant visite à d’anciens compagnons d’Ulysse tels que Nestor, Ménélas et Hélène, rentrés chez eux depuis longtemps. Ils le reçoivent somptueusement et racontent la fin de la guerre de Troie, y compris l’épisode du cheval de bois. Ménélas apprend à Télémaque qu’il a entendu dire qu’Ulysse est retenu captif par la nymphe Calypso.

La scène se transporte ensuite sur l’île de Calypso, où Ulysse a passé sept années en captivité. Calypso se laisse finalement convaincre de le libérer par Hermès et Zeus, mais l’embarcation de fortune d’Ulysse est brisée par son ennemi juré, Poséidon, et il nage jusqu’à une île. Il est découvert par la jeune Nausicaa et ses suivantes, puis accueilli chaleureusement par le roi Alcinoos et la reine Arété chez les Phéaciens. Ulysse entreprend alors de raconter l’histoire extraordinaire de son retour de Troie.

Ulysse raconte comment lui et ses douze navires furent déportés de leur route par des tempêtes, comment ils visitèrent les léthargiques Lotophages et leur nourriture effaçant la mémoire, avant d’être capturés par le Cyclope géant Polyphème (le fils de Poséidon), ne s’échappant qu’après avoir aveuglé le géant avec un pieu de bois. Malgré l’aide d’Éole, le maître des Vents, Ulysse et son équipage furent à nouveau déportés juste au moment où le foyer était presque en vue. Ils échappèrent de justesse aux Lestrygons anthropophages, pour rencontrer bientôt après la déesse-sorcière Circé. Circé transforma la moitié de ses hommes en porcs, mais Ulysse, prévenu par Hermès, était devenu insensible à la magie de Circé.

Après une année de festins et de beuveries sur l’île de Circé, les Grecs reprennent la mer et atteignent la lisière occidentale du monde. Ulysse accomplit un sacrifice aux morts et invoque l’esprit du vieux devin Tirésias pour le conseiller, ainsi que les esprits de plusieurs autres hommes et femmes célèbres et celui de sa propre mère, morte de chagrin en raison de sa longue absence, qui lui donne des nouvelles alarmantes de la situation dans son propre foyer.

Conseillés une fois encore par Circé sur les étapes restantes de leur voyage, ils longèrent le pays des Sirènes, passèrent entre le monstre aux têtes multiples Scylla et le gouffre Charybde, et, ignorant allègrement les mises en garde de Tirésias et de Circé, chassèrent les bovins sacrés du dieu du soleil Hélios. Pour ce sacrilège, ils furent châtiés par un naufrage dans lequel tous se noyèrent, à l’exception d’Ulysse lui-même. Il fut rejeté sur le rivage de l’île de Calypso, qui le contraignit à demeurer auprès d’elle comme amant.

Athéna révèle Ithaque à Ulysse

Athéna révèle Ithaque à Ulysse

À ce stade, Homère nous a mis au courant, et le reste du récit est raconté directement dans l’ordre chronologique.

Ayant écouté son histoire avec une attention captivée, les Phéaciens acceptent d’aider Ulysse à rentrer chez lui, et le déposent enfin une nuit dans un port caché de son île natale d’Ithaque. Déguisé en mendiant errant et racontant un récit fictif sur lui-même, Ulysse apprend d’un porcher local comment les choses se passent dans sa maison. Par les manœuvres d’Athéna, il retrouve son propre fils, Télémaque, qui revient juste de Sparte, et ils conviennent ensemble que les prétendants insolents et de plus en plus impatients doivent être mis à mort. Avec l’aide renouvelée d’Athéna, un concours de tir à l’arc est organisé par Pénélope pour les prétendants, que l’Ulysse déguisé remporte aisément, avant de passer promptement tous les autres prétendants au fil de l’épée.

Ce n’est qu’alors qu’Ulysse révèle et prouve sa véritable identité à son épouse et à son vieux père, Laërte. Bien qu’Ulysse ait effectivement décimé deux générations d’hommes d’Ithaque (les marins naufragés et les prétendants exécutés), Athéna intervient une dernière fois et, enfin, Ithaque retrouve la paix.

Analyse — De quoi traite l’Odyssée

Comme « L’Iliade », « L’Odyssée » est attribuée au poète épique grec Homère, bien qu’elle ait probablement été composée plus tard qu’« L’Iliade », dans les années de maturité d’Homère, sans doute vers 725 av. J.-C. Comme « L’Iliade » également, elle fut manifestement composée dans une tradition orale, et était sans doute davantage destinée à être chantée que lue, probablement accompagnée d’un instrument à cordes simple dont on pincait les notes pour marquer ponctuellement le rythme. Elle est écrite en grec homérique (une variante archaïque du grec ionien, avec des apports d’autres dialectes tels que l’éolien) et comprend 12 110 vers en hexamètre dactylique, habituellement répartis en 24 chants.

De nombreuses copies du poème nous sont parvenues (par exemple, un recensement de tous les papyrus égyptiens survivants, réalisé en 1963, a révélé que près de la moitié des 1 596 « livres » individuels étaient des copies d’« L’Iliade » ou de « L’Odyssée », ou des commentaires sur ces œuvres). On relève des parallèles saisissants entre nombre des éléments d’« L’Odyssée » et les légendes sumériennes bien plus anciennes contenues dans l’« Épopée de Gilgamesh ». Aujourd’hui, le mot « odyssée » est passé dans la langue française pour désigner tout voyage épique ou errance prolongée.

le cyclope Polyphème

Le Cyclope Polyphème

Comme dans « L’Iliade », Homère recourt abondamment aux « épithètes » dans « L’Odyssée », ces formules descriptives employées régulièrement pour compléter un vers autant que pour apporter des détails sur les personnages, telles qu’Ulysse « le ravisseur de villes » et Ménélas « le chef roux ». Les épithètes, tout comme les récits en arrière-plan répétés et les longues comparaisons épiques, sont des procédés courants de la tradition orale, conçus pour faciliter la tâche de l’aède tout en rappelant au public des informations importantes.

Par rapport à « L’Iliade »*, le poème comporte de nombreux changements de décor et une intrigue bien plus complexe. Il met en œuvre ce qui semble être une idée résolument moderne (par la suite imitée par bien des auteurs d’épopées littéraires) : commencer l’intrigue à un point chronologiquement proche du dénouement de l’histoire globale, et décrire les événements antérieurs par des retours en arrière ou des récits enchâssés. Ce procédé n’a rien de déconcertant, cependant, car Homère brodait sur une histoire que ses auditeurs connaissaient fort bien, et il y avait peu de risque que son public s’y perde, en dépit des multiples intrigues secondaires.

Le personnage d’Ulysse incarne nombre des idéaux auxquels les anciens Grecs aspiraient : valeur guerrière, loyauté, piété et intelligence. Son intelligence est un mélange d’observation aiguë, d’instinct et d’astuce pratique ; c’est un menteur rapide et inventif, mais aussi d’une extrême prudence. Cependant, il est également dépeint comme profondément humain — il commet des erreurs, se fourre dans des situations délicates, perd patience et est souvent poussé aux larmes —, et on le voit jouer de nombreux rôles (comme époux, père et fils, mais aussi comme athlète, chef d’armée, marin, charpentier, conteur, mendiant en haillons, amant, etc.).

Les autres personnages sont nettement secondaires, bien que le fils d’Ulysse, Télémaque, manifeste une évolution certaine, passant d’un garçon passif et éprouvé à un homme de valeur et d’action, respectueux des dieux et des hommes, et loyal envers sa mère et son père. Les quatre premiers chants de « L’Odyssée » sont souvent désignés sous le nom de « Télémaquie », car ils suivent le propre périple de Télémaque.

Parmi les thèmes explorés par « L’Odyssée »* figurent le retour au foyer, la vengeance, le rétablissement de l’ordre, l’hospitalité, le respect des dieux, l’ordre et le destin, et, peut-être plus important encore, la fidélité (la fidélité d’Ulysse dans sa persévérance à tenter de rentrer chez lui, même après vingt ans, la fidélité de Télémaque, celle de Pénélope et celle des serviteurs Euryclée et Eumée).

Ressources

Créé :1 janvier 2025

Modifié :15 novembre 2024