Contexte
Contexte du mythe nordique des Völsung-Niflung et de l’épopée allemande des Nibelungen.
Sources
Les sources relatives à la saga de Sigurd/Siegfried et à la chute de la famille burgonde sont nombreuses. L’ampleur de sa popularité explique qu’elle fut transmise dans plusieurs langues germaniques. Chaque œuvre présente des variantes par rapport aux autres. Toutefois, le cycle des Nibelungen se divise globalement entre les traditions allemande et nordique (islandaise).
Je me suis appuyé sur cinq œuvres ou sources principales.
- Saga des Völsung
- Nibelungenlied
- Thiðrekssaga
- Les poèmes eddiques tirés de l’Edda poétique
- L’Edda en prose de Snorri Sturluson
Il existe de nombreuses autres sources pour cette légende, mais je souhaite me concentrer sur celles qui sont à ma disposition. Voir la Bibliographie.
Comme indiqué précédemment, ces récits relèvent de deux traditions distinctes. Les trois œuvres islandaises (la Volsunga et les deux Eddas) appartiennent à la catégorie des traditions orales nordiques. Voir la Saga des Völsung.
La Saga des Völsung (la « Saga des Völsungs ») s’appuie très probablement sur les divers poèmes de l’Edda poétique, et probablement aussi sur l’Edda en prose. (Je reviendrai plus en détail sur l’Edda poétique et l’Edda en prose dans l’article suivant, intitulé l’Edda.)
Le Nibelungenlied (le « Chant des Nibelungen »), très probablement composé par un poète en Autriche (v. 1210), relève quant à lui de la tradition orale allemande.
Bien que la Thiðrekssaga (les « Faits de Thiðrek ») ait été rédigée en Norvège au XIIIe siècle, elle s’appuie essentiellement sur la tradition orale allemande plutôt que sur la tradition nordique (bien qu’on y relève quelques traces d’influence islandaise). La majeure partie de l’intrigue est centrée sur Thiðrek. Thiðrek (Thidrek) est plus connu dans la littérature allemande sous le nom de Dietrich de Bern (Vérone), figure librement inspirée du personnage historique de Théodoric le Grand, roi ostrogoth d’Italie (règne 493-526 apr. J.-C.). De nombreuses légendes relatives à Dietrich se retrouvent dans la littérature, regroupées sous le nom de Dietrichsage.
La tradition allemande diffère de la tradition nordique à bien des égards. La manière dont Sigurd ou Siegfried conquit le trésor varie selon les sources. La rencontre de Siegfried avec Brunhild et la famille burgonde diffère entre la Volsunga et l’Edda. La façon dont Sigurd/Siegfried conquit Brynhild/Brunhild en mariage pour Gunnar/Gunther varie également. Les circonstances de l’assassinat de Sigurd/Siegfried — l’auteur, le mode et le lieu — présentent aussi des divergences. Dans la version nordique, c’est Atli qui convoite le trésor de Sigurd ; dans la légende allemande, c’est Kriemhild qui réclame le trésor de son premier époux, qu’Hagen lui a dérobé.
Le Nibelungenlied se déroule à l’époque de la chevalerie, à l’image des légendes arthuriennes ou carolingiennes. En revanche, la Saga des Völsung et les deux Eddas situent l’action dans un contexte plus proche de l’époque historique d’Attila le Hun et des grandes migrations germaniques (Ve siècle apr. J.-C.) ou de la période barbare de l’ère viking (VIIIe–Xe siècle). Voir « Qui étaient les peuples nordiques et germaniques ? » dans l’article À propos des mythes nordiques.
Informations complémentaires
Titres
Volsunga Saga – « Saga des Völsungs ».
Nibelungenlied – « Chant des Nibelungen ».
Thiðrekssaga – « Faits de Thiðrek ».
Sources
Volsunga Saga fut rédigée v. 1270.
Nibelungenlied fut rédigé v. 1200.
Thiðrekssaga fut rédigée v. 1250.
Articles connexes
L’Edda
Deux recueils de littérature islandaise, connus sous le nom d’Edda, furent rédigés au XIIIe siècle. Tous deux fournissent des connaissances précieuses sur la mythologie nordique, notamment en ce qui concerne les divinités scandinaves.
Edda en prose
L’une de ces œuvres fut rédigée par l’homme politique, historien et poète islandais Snorri Sturluson (1179-1241), sous le titre d’Edda en prose, également appelée Edda younger ou Edda snorrienne. L’Edda en prose mêle mythes nordiques et langue poétique, connue sous le nom de poésie scaldique. Elle fut composée au début du XIIIe siècle, probablement vers 1220.
L’Edda en prose se divise en plusieurs sections : Gylfaginning (« La Mystification de Gylfi »), Skáldskaparmál (« Le Langage de la poésie ») et Háttatal (« Catalogue des mètres »).
La Gylfaginning présente un intérêt particulier car elle contient de nombreux mythes nordiques sur la création, plusieurs récits consacrés aux dieux, aux géants et aux nains, ainsi que le Ragnarök. Elle constitue ma source principale pour ces récits.
Dans le Skáldskaparmál, on trouve un ensemble hétérogène de mythes, notamment un résumé de l’histoire du héros Sigurd et des Niflungs (ou Nibelungen), proche de celle que l’on retrouve dans la Saga des Völsung. Il relate brièvement la mise à mort de Fafnir et de Regin par Sigurd, la façon dont il conquit Brynhild pour Gunnar et épousa Gudrun, la sœur de Gunnar, puis sa mort causée par les machinations de Brynhild. Le récit se tourne ensuite vers le mariage contraint de Gudrun avec Atli, la chute de la famille burgonde, et s’achève sur la mort de tous les enfants de Gudrun causée par le roi Jormunrek des Goths.
Snorri est également l’auteur de l’Heimskringla, qui relate l’histoire des rois de Norvège. Pour ceux qui s’intéressent aux mythes nordiques, la partie pertinente est la Saga des Ynglingar, premier volet de l’Heimskringla. La Saga des Ynglingar apporte des détails supplémentaires sur les dieux nordiques, mais Snorri les présente comme les premiers souverains mortels de la Norvège.
Il convient de noter que Snorri écrivait à une époque où toute la Scandinavie (y compris l’Islande) s’était convertie au christianisme dès le XIe siècle ; il connaissait donc bien la Bible ainsi que la mythologie classique grecque et romaine. Snorri mentionne Dieu et la Création, Adam et Ève, ainsi que Noé et le Déluge. Il compare également plusieurs dieux nordiques aux héros de la guerre de Troie. Par exemple : Thor ressemble à Hector, Vidar à Énée, Ali (Váli, fils d’Odin) à Hélénos et enfin leur ennemi Loki à Ulysse (Odysseus). Il compare même le Ragnarök à la chute de Troie, et affirme que les dieux, connus sous le nom d’Ases, étaient originaires d’Asie.
Edda poétique
L’Edda poétique rassemble une collection de poèmes islandais anciens préservés dans le manuscrit appelé Codex Regius, compilé dans la seconde moitié du XIIIe siècle. On l’appelle parfois l’Edda ancienne, car ses sources sont plus anciennes.
L’Edda poétique comprend au total 31 poèmes. Bien que l’Edda en prose de Snorri soit antérieure à l’Edda poétique, les poèmes qui la composent sont beaucoup plus anciens. Snorri s’y réfère fréquemment. Dater chaque poème de l’Edda poétique s’avère très difficile. On estime que ces poèmes furent composés entre 800 et 1100 (à l’époque des Vikings). L’Atlakvida serait le plus ancien des poèmes, composé autour du IXe siècle.
Les chercheurs modernes divisent la collection de l’Edda poétique en deux groupes : une section mythologique et une section héroïque.
La section mythologique comprend 10 poèmes, principalement consacrés aux dieux Ases et à leurs interactions avec les géants, les humains et les nains.
(Notons que dans la traduction de Carolyne Larrington (1996), quatre poèmes supplémentaires ne figurant pas dans le Codex Regius sont inclus : Baldrs Draumar (« Le Songe de Baldr ») ; Rigsthula (« La Liste de Rig ») ; Hyndluljod (« Le Chant de Hyndla ») ; et Grottasongr (« Le Chant de Grotti »). Ces poèmes supplémentaires relèveraient de la catégorie mythologique.)
Voici la liste des poèmes du groupe mythologique (sans inclure les poèmes supplémentaires déjà mentionnés).
| La Prophétie de la Voyante | Voluspa |
| Les Dires de l'Être Suprême | Havamal |
| Les Dires de Vafthrudnir | Vafthrudnismal |
| Les Dires de Grimnir | Grimnismal |
| [Le Voyage de Skirnir](/norse/sagas/of-thor-giants/wooing-of-gerd) | Skirnismal |
| Le Chant de Harbard | Harbardzljod |
| [Le Poème d'Hymir](/norse/sagas/of-thor-giants/fishing-expedition) | Hymiskvida |
| [La Querelle de Loki](/norse/asgard/aesir/loki) | Lokasenna |
| [Le Poème de Thrym](/norse/sagas/of-thor-giants/blushing-bride) | Thrymskvida |
| Les Dires de Tout-Sage | Alvissmal |
Dans la section héroïque, liée à la légende des Nibelungen — celle de Sigurd et de la destruction de la famille burgonde par Atli (Attila) — on dénombre 20 poèmes.
Un poème appartenant également à la section héroïque, mais indépendant du cycle des Nibelungen, est le Volundarkvida — le « Chant de Volund ». Volund est le divin maître-forgeron, connu dans la légende anglaise sous le nom de Wayland.
Les poèmes de l’Edda poétique exercèrent une influence considérable sur la Saga des Völsung, bien que certains poèmes diffèrent légèrement de la saga. Ils influencèrent probablement aussi le Nibelungenlied et la Thiðrekssaga.
Ci-dessous, j’ai listé les titres des poèmes de l’Edda poétique relatifs au conte des Nibelungen.
| Le Premier Poème de Helgi Hundingsbani | Helgakvida Hundingsbana I |
| Le Poème de Helgi Hiorvardsson | Helgakvida Hiorvardssonar |
| Le Second Poème de Helgi Hundingsbani | Helgakvida Hundingsbana II |
| La Mort de Sinfiotli | Fra Daudi Sinfiotla |
| La Prophétie de Gripr | Gripisspa |
| Le Chant de Regin | Reginsmal |
| Le Chant de Fafnir | Fafnismal |
| Le Chant de Sigrdrifa | Sigrdrifumal |
| Fragment d'un poème sur Sigurd | Brot af Sigurdarkvida |
| Le Premier Chant de Gudrun | Gudrunarkvida I |
| Un court poème sur Sigurd | Sigurdarkvida en skamma |
| La Chevauchée de Brynhild vers l'Enfer | Helreid Brynhildar |
| La Mort des Niflungs | Fra Daudi Niflunga |
| Le Second Chant de Gudrun | Gudrunarkvida II |
| Le Troisième Chant de Gudrun | Gudrunarkvida III |
| La Plainte d'Oddrun | Oddrunargratr |
| Le Chant d'Atli | Atlakvida |
| Le Poème groenlandais d'Atli | Atlamal |
| L'Exhortation de Gudrun | Gudrunarhvot |
| Le Chant de Hamdir | Hamdismal |
Informations complémentaires
Sources
L'Edda poétique fut compilée dans le manuscrit du Codex Regius dans la seconde moitié du XIIIe siècle.
L'Edda en prose fut rédigée par Snorri Sturluson, v. 1222.
Articles connexes
Qui étaient les Nibelungen ?
Il règne une certaine confusion quant à l’identité des Nibelungen. Lorsque Siegfried arriva pour la première fois à Worms, en Burgondie, Hagen raconta à Gunther les aventures de Siegfried au pays des Nibelungen.
Le pays des Nibelungen était gouverné par le premier roi nommé Nibelung (Nibelung Ier). Nibelung Ier avait deux fils, Schilbung et Nibelung II, qui devaient régner conjointement après la mort de leur père. C’est ce peuple que l’on désignait sous le nom de Nibelungen dans la première partie du Nibelungenlied. Ils étaient les gardiens du trésor des Nibelungen, veillé par le nain nommé Alberich.
Siegfried arriva avec une petite troupe de fidèles et vainquit les Nibelungen au combat, tuant Schilbung et Nibelung II. Siegfried devint le seigneur du pays des Nibelungen. Il vainquit Alberich et s’empara de l’anneau du trésor des Nibelungen.
À la mort de Siegfried, Alberich remit le trésor à Kriemhild à Worms, mais Hagen, le homme de main de Gunther, le déroba à la veuve endeuillée. Hagen coula le trésor dans le Rhin. Dans un premier temps, le poète affirme qu’Hagen s’empara du trésor sans le consentement du roi. Dans la seconde moitié du poème, Hagen déclara à Kriemhild que lui et ses frères avaient juré de ne jamais révéler l’emplacement du trésor.
Finalement, Kriemhild épousa un roi de Hongrie nommé Etzel, espérant ainsi se venger d’Hagen et récupérer son trésor. Lorsque Kriemhild attira ses frères en Hongrie, ses frères et le peuple burgonde furent eux-mêmes désignés sous le nom de Nibelungen. Les Burgondes et les Nibelungen devinrent ainsi interchangeables.
Hagen et Gunther furent les derniers des Nibelungen à périr des suites des machinations et de la vengeance de Kriemhild.
Dans la nordique Saga des Völsung, la famille burgonde était connue sous le nom de Giukings ou de Niflungs. Gudrun (Kriemhild) et ses frères Gunnar (Gunther), Hogni (Hagen) et Guttorm étaient les enfants de Giuki et Grimhild, d’où leur nom de Giukings.
C’est Atli (Etzel) qui convoitait le trésor. Atli captura et tua Gunnar et Hogni lorsqu’ils refusèrent de révéler l’emplacement du trésor caché. Lorsque Gudrun vengea ses frères en assassinant Atli, elle fut aidée par son neveu Niflung, le fils d’Hogni. Les Burgondes étaient donc également appelés les Niflungs.
Une différence notable entre la Saga des Völsung et le Nibelungenlied réside dans la façon dont Sigurd (Siegfried) conquit le trésor : il le prit au dragon nommé Fafnir, et non dans un royaume mythique. En outre, les frères de Gudrun ne lui dérobèrent pas le trésor de Sigurd. Gudrun ne semblait pas s’intéresser au trésor, bien qu’elle possédât l’anneau maudit, l’Andvaranaut.
Pour les curieux, Sigurd appartenait à une famille appelée les Völsungs. Les Völsungs étaient les enfants ou les descendants de Volsung. Dans la légende allemande (Nibelungenlied), Siegfried appartenait à la famille des Waelsings, et le héros Dietrich à celle des Amelungs.
Avant de comparer l’intrigue des sagas, j’ai dressé la liste de tous les noms importants des personnages que l’on retrouve dans les cinq sources.
| Edda (Poétique/Prose) | Saga des Völsung | Nibelungenlied | Thiðrekssaga | Historique |
| Völsungs | Völsungs | Waelsings | Tarlungs | – |
| Volsung | Volsung | – | Sifjan | – |
| – | Signy | – | (sans nom) | – |
| Sigmund | Sigmund | Siegmund | Sigmund | – |
| Hiordis | Hjordis | Sieglind | Sisibe | – |
| Sigurd | Sigurd | Siegfried | Sigurd | Sigebert Ier (Franc, mort en 575) |
| Svanhild | Swanhild | – | – | Sunilda (Ostrogoth, morte v. 370 apr. J.-C.) |
| Giukings, Niflungs, Hniflungs | Giukings | Nibelungen | Niflungs | – |
| Giuki | Giuki | Dancrat | Aldrian | – |
| Grimhild | Grimhild | Uote | Oda | – |
| Gudrun | Gudrun | Kriemhild | Grimhild | Hildico ou Ildico (Wisigoth, v. 453 apr. J.-C.) |
| Gunnar | Gunnar | Gunther | Gunnar | Guntharius (Burgonde, mort en 437 apr. J.-C.) |
| Hogni | Hogni | Hagen | Hogni | – |
| Guthorm, Gothorm | Guttorm | – | Guthorm | – |
| – | – | Gernot | Gernoz | – |
| – | – | Giselher | Gisler, Gislher | – |
| Hniflung | Niflung | – | Aldrian | – |
| Maison des Huns | Maison des Huns | Maison des Huns | Maison des Huns | – |
| Atli | Atli | Etzel, Attila | Attila | Attila (Hun, mort en 453 apr. J.-C.) |
| Brynhild | Brynhild | Brunhild | Brynhild | Brunehaut (Wisigoth, v. 567 apr. J.-C.) |
| – | – | Helche | Erka | – |
| – | – | Herrat | Herrað, Herad | – |
| – | – | Bloedelin | Blodlin | Bleda (Hun, mort en 445 apr. J.-C.) |
| – | – | Amelungs | Amelungs | Amali |
| Thiodrek | – | Dietrich | Thiðrek | Théodoric le Grand (Ostrogoth, règne 493-526 apr. J.-C.) |
| – | – | Deitmar | Thetmar | Théodemir |
| Iormunrekk | Jormunrek | Ermanrik, Ermanaric | Erminrek | Ermanaric (Ostrogoth, mort en 375 apr. J.-C.) |
| – | – | Walter (Waltharius ou Walther) | Valtari | – |
| – | – | Hildegund (Hiltgunt) | Hildigunn | – |
| Volund | – | Weland (Wayland) | Velent | – |
| Viðga | – | Witege | Viðga | – |
| Regin (forgeron) | Regin (forgeron) | – | Mimir (forgeron) | – |
| Fafnir (dragon) | Fafnir (dragon) | – | Regin (dragon) | – |
Informations complémentaires
Comparaison des intrigues
J’ai mentionné à plusieurs reprises les similitudes et les différences d’intrigues et de thèmes entre la Saga des Völsung et le Nibelungenlied. Un troisième récit majeur, la Thiðrekssaga, suit la tradition allemande de plus près, à l’instar du Nibelungenlied, plutôt que la tradition islandaise.
Les thèmes centraux sont la mort du héros, Sigurd/Siegfried, et la destruction de la famille royale burgonde. Comme je l’ai dit, ces deux œuvres sont des récits d’amour, de vengeance et de malédiction entourant un trésor fabuleux.
Les deux récits relèvent de traditions différentes — la tradition nordique (islandaise) et la tradition allemande. Tous deux sont anciens et proviennent de la tradition orale avant d’être jamais consignés par écrit. Ces traditions présentent des dénouements radicalement différents.
Dans la tradition allemande, Hagen (Hogni) tue Siegfried, mais dans la légende islandaise, le meurtrier de Sigurd est Guttorm, le frère cadet d’Hogni.
Dans la tradition nordique, la légende veut que Gudrun (Kriemhild) venge ses frères en tuant son second époux Atli (Attila). Dans la tradition orale allemande, c’est Kriemhild (Gudrun) qui périt, et non son époux Etzel (Attila). Dans la saga islandaise, Gudrun se marie très reluctant avec Atli, tandis que la tradition allemande montre Kriemhild épousant Etzel parce qu’elle y voit l’instrument idéal pour provoquer la chute d’Hagen et de ses frères.
Voici un tableau permettant de comparer les similitudes et les différences entre les deux récits.
| **Edda** (Poétique/Prose) (Nordique - Islande) | **Saga des Völsung** (Nordique - Islande) | **Nibelungenlied** (Allemand - Autriche) |
| L'histoire commence avec l'arrière-arrière-grand-père de Sigurd – Sigi, le fils d'Odin. | L'histoire commence à Worms, en Burgondie, avec la présentation de Kriemhild, sa famille et sa vision. | |
| Plusieurs poèmes sur Helgi, et Sigmund apparaît lors de la mort de Sinfjotli. | L'histoire de Sigmund et Signy, et d'Helgi, le fils de Sigmund. Sigmund est tué au combat par l'ancien prétendant de sa femme. | Aucun récit sur Siegmund, le père de Siegfried, bien qu'il apparaisse dans le Nibelungenlied et soit apparemment encore en vie lors de l'assassinat de Siegfried. |
| Le récit de la façon dont Sigurd conquit le trésor et l'anneau maudit d'Andvari en tuant un dragon (Fafnir). Sigurd pouvait comprendre le langage des animaux lorsqu'il goûta le sang du dragon. | Le récit de la façon dont Sigurd conquit le trésor et l'anneau maudit d'Andvari en tuant un dragon (Fafnir). Sigurd pouvait comprendre le langage des animaux lorsqu'il goûta le sang du dragon. | Hagen raconte brièvement comment Siegfried conquit le trésor, sa cape magique et son épée (Balmung), des rois du pays des Nibelungen. La peau de Siegfried devint invulnérable aux armes lorsqu'il fut baigné dans le sang du dragon. |
| Les frères de Gudrun étaient Gunnar, Hogni et Guttorm. Gunther était roi. | Les frères de Gudrun étaient Gunnar, Hogni et Guttorm. Gunther était roi. | Hagen était l'oncle de Gunther et Kriemhild, ainsi que le vassal fidèle de Gunther. Les frères de Kriemhild étaient Gunther, Gernot et Giselher. Les frères étaient co-régents de la Burgondie. |
| Dans le Sigrdrifumal (Edda poétique), Sigurd trouva Sigrdrifa (Brynhild) endormie avec son armure, au milieu d'un mur de boucliers. Sigurd réveilla Sigrdrifa en lui retirant son armure. Dans l'Edda en prose, Sigurd rencontra d'abord Brynhild dans un édifice au sommet de la montagne, et la réveilla comme dans le Sigrdrifumal. | Sigurd rencontra d'abord Brynhild en traversant un cercle de feu, tomba amoureux d'elle, lui offrit l'anneau d'Andvari et promit d'épouser la Walkyrie à son retour. Sigurd eut également un fils de Brynhild. La mère de Gudrun fit oublier Brynhild à Sigurd grâce à une potion magique, et il épousa Gudrun à la place. Sigurd conquit Brynhild pour Gunnar en traversant le cercle de feu. | Siegfried conquit Brunhild pour Gunther en la vainquant dans une épreuve de force (grâce à une cape d'invisibilité), en échange du mariage avec la sœur de Gunther, Kriemhild. Brunhild était vierge lorsque Gunther l'épousa. |
| Gudrun et Brynhild se querellèrent sur la supériorité de leurs époux respectifs. Gudrun révéla la vérité sur celui qui avait réellement conquis Brynhild en traversant un mur de flammes, puis montra l'anneau que Brynhild avait autrefois porté. Honteuse que Gudrun ait révélé la vérité, elle exigea que Gunnar et Hogni tuent Sigurd pour avoir rompu son serment (ce qui était un mensonge). | Sigurd ne révéla la vérité sur la supercherie à Brynhild que lorsque sa mémoire lui revint (lorsque les effets de la drogue se dissipèrent). Brynhild, jalouse de Gudrun, demanda la mort de Sigurd à son mari, mais Gunnar et Hogni ne pouvaient pas lui nuire car ils étaient les frères de sang de Sigurd. Ils chargèrent donc leur jeune frère (Gothorm ou Guthorm) d'assassiner Sigurd. | Kriemhild heurta Brunhild sur la question de préséance et lui révéla que c'était Siegfried qui l'avait vaincue lors de l'épreuve et dans la nuit de noces, exhibant l'anneau et la ceinture comme preuves. Brunhild voulut la mort de Siegfried. Gunther et Hagen participèrent au complot pour l'assassinat de Siegfried. |
| Dans l'Edda en prose, Gunnar et Hogni chargèrent leur jeune frère Gothorm de tuer Sigurd. Gothorm ne parvint qu'à blesser mortellement Sigurd alors que le héros dormait auprès de son épouse. Sigurd tua Guthorm en lui jetant son épée. Dans le Brot af Sigurdarkvida, Guthorm assassina Sigurd dans la forêt. Sur l'ordre de Brynhild, Gunnar et Hogni jetèrent le corps de Sigurd dans le lit de leur sœur. Brynhild rit en entendant Gudrun se lamenter sur la mort de Sigurd. | Guttorm (le jeune frère de Gudrun) blessa mortellement Sigurd alors qu'il dormait auprès de son épouse. Sigurd parvint à tuer Guttorm en lui jetant une épée. | Siegfried fut assassiné par Hagen lors d'une partie de chasse, alors qu'il buvait à une source dans les bois. |
| Brynhild fit tuer le fils de Sigurd et Gudrun lors des funérailles de Sigurd. Brynhild se suicida également et fut enterrée avec Sigurd. | Brynhild fit tuer le fils de Sigurd et Gudrun lors des funérailles de Sigurd. Brynhild se suicida également et fut enterrée avec Sigurd. | Après les funérailles, Brunhild n'apparaît plus dans le récit. |
| Atli voulait épouser Gudrun à cause du trésor et de l'anneau. La mère de Gudrun lui donna une potion magique pour lui faire oublier Sigurd, afin qu'elle épouse Atli. | Atli voulait épouser Gudrun à cause du trésor et de l'anneau. La mère de Gudrun lui donna une potion magique pour lui faire oublier Sigurd, afin qu'elle épouse Atli. | Kriemhild épousa Etzel uniquement parce qu'elle pensait pouvoir se venger d'Hagen et de Gunther. |
| Gunther et Hogni coulèrent le trésor dans le Rhin et jurèrent de ne jamais en révéler l'emplacement avant d'aller rendre visite à leur sœur. | Gunther et Hogni coulèrent le trésor dans le Rhin et jurèrent de ne jamais en révéler l'emplacement avant d'aller rendre visite à leur sœur. | Hagen déroba le trésor des Nibelungen à Kriemhild et le coula dans le Rhin. (Cela se produisit avant le mariage de Kriemhild avec Etzel). |
| Les guerriers d'Atli capturèrent Gunnar et Hogni dans une embuscade. | Gunnar et Hogni furent capturés par les guerriers d'Atli dans une embuscade. | Combat entre les Burgondes et les Huns au palais. Dietrich captura Gunther et Hagen et les fit prisonniers. |
| Gunnar ne révélerait pas l'emplacement du trésor à Atli, à moins que son frère ne soit mort (pour qu'Hogni ne puisse pas connaître sa trahison). Atli fit tuer Hogni, mais Gunnar refusa catégoriquement de divulguer l'emplacement du trésor. Atli jeta Gunnar dans une fosse aux serpents. | Gunnar ne révélerait pas l'emplacement du trésor à Atli, à moins que son frère ne soit mort (pour qu'Hogni ne puisse pas connaître sa trahison). Atli fit tuer Hogni, mais Gunnar refusa catégoriquement de divulguer l'emplacement du trésor. Atli jeta Gunnar dans une fosse aux serpents. | Kriemhild assassina son frère Gunther, alors qu'il était ligoté et sans défense. Hagen refusa de révéler l'emplacement du trésor à Kriemhild. Kriemhild exécuta Hagen avec sa propre épée. |
| Gudrun vengea la mort de ses frères (Gunnar et Hogni) en enivrant son mari Atli, puis en lui servant la chair de ses propres fils. Ensuite, elle lui plongea une épée dans le corps avant d'incendier la salle. | Gudrun décida de venger ses frères sur son mari. Gudrun tua ses deux propres fils engendrés par Atli. Atli et ses convives furent enivrés de vin. Gudrun servit les cœurs de ses fils à Atli, révélant son forfait avant d'assassiner son mari. Les convives d'Atli périrent dans l'incendie. | Hildebrand exécuta Kriemhild pour avoir tué le prisonnier Hagen. Fin du récit. |
| Gudrun exhorta ses fils à venger leur demi-sœur Svanhild, assassinée par Iormunrekk. Hamdir et Sorli périrent lors de la tentative d'assassinat contre Iormunrekk. | Gudrun se remaria et eut trois fils de son nouveau mari. Les trois fils de Gudrun périrent en tentant de venger leur demi-sœur (Svanhild), assassinée par le roi Jormunrek. Hamdir et Sorli périrent lors de la tentative d'assassinat contre Jormunrek. Fin du récit. |