Le Conte du Graal

Arthurian Legends

Le Conte du Graal (« Le Roman du Graal ») ou Perceval le Gallois fut le premier récit du Graal à être composé. Il fut écrit par le poète français Chrétien de Troyes vers 1180. Bien que l’œuvre soit demeurée inachevée, j’en ai inclus l’intégralité du récit, car elle constitua la matière source dont s’inspirèrent les auteurs ultérieurs pour leurs propres versions des aventures de Perceval.

Les premières aventures de Perceval

Comme on l’a mentionné précédemment, Chrétien de Troyes n’eut jamais l’occasion d’achever le récit du Graal. D’autres auteurs tentèrent de compléter l’histoire en reprenant là où Chrétien l’avait laissée.

Ici, deux personnages devaient occuper le centre de la scène : Perceval et Gauvain.

Le récit débuta par la rencontre de Perceval avec un chevalier. Perceval était un jeune Gallois, ignorant des usages courtois et des arts martiaux de la chevalerie. Il menait une vie retirée auprès de sa mère, qui ne voulait en aucun cas que Perceval apprît quoi que ce fût sur les chevaliers, car son mari et ses deux fils aînés avaient été tués. Dans un premier temps, Perceval crut que le chevalier était un ange venu du ciel, tant son armure brillait d’un éclat éblouissant. Curieux, il demanda au chevalier pourquoi il portait une telle armure et maniait des armes aussi étranges. Malgré le désespoir de sa mère, Perceval était bien décidé à devenir chevalier.

(On notera que dans ce récit, ni la mère de Perceval ni ses autres proches ne sont nommés. En réalité, le nom du héros n’est révélé qu’à mi-parcours du livre, lorsque la cousine de Perceval, une demoiselle rencontrée à l’extérieur du château du Graal, le nomme.)

Se rendant compte qu’elle ne pourrait dissuader son fils de partir, elle lui enjoignit de prier dans une chapelle — il n’était jamais entré dans une église — et lui enseigna comment traiter une dame avec respect et courtoisie.

Elle lui dit que lorsqu’un chevalier conquiert l’amour d’une dame, celui-ci recevrait un grand honneur s’il obtenait d’elle un baiser et un anneau. Perceval comprit de travers la plupart de ses instructions. Lorsqu’il quitta sa mère, il la vit s’évanouir, mais ne revint pas sur ses pas. Il se dirigea vers le château du roi Arthur, espérant que le roi le ferait chevalier.

Avant la tombée de la nuit, il vécut sa première aventure en découvrant une tente, qu’il prit pour l’église dont sa mère avait parlé. À l’intérieur de la tente, il trouva une demoiselle. Interprétant de travers les conseils de sa mère, il embrassa de force la jeune femme, persuadé d’acquérir ainsi un grand honneur. Voyant un anneau à son doigt, il le lui déroba. Perceval s’empara ensuite des vivres appartenant à l’amant de la demoiselle.

Lorsque Perceval eut quitté la demoiselle en larmes, son amant survint. Celui-ci reprocha à la malheureuse d’avoir séduit un étranger. Son compagnon se mit à la maltraiter. Il devint connu sous le nom d’« Orgueilleux Chevalier de la Lande ». L’Orgueilleux Chevalier était résolu à retrouver le jeune Gallois et à lui trancher la tête. (Dans Peredur — Mabinogion —, ils apparaissent comme le chevalier et la demoiselle de la Fierté de la Clairière, mais selon Wolfram von Eschenbach dans Parzival, ils se nommaient le duc Orilus de Lalander et son épouse Jeschute de Karnant.)

Perceval arriva à la cour d’Arthur, où il rencontra le Chevalier Rouge de Quinqueroy, qui avait dérobé la coupe d’or du roi. Aucun chevalier de la cour n’avait le courage de reprendre la coupe d’or au Chevalier Rouge, car celui-ci avait blessé de nombreux Chevaliers de la Table Ronde. (Selon Peredur — Mabinogion —, le Chevalier de Quinqueroy était simplement connu sous le nom de Chevalier Rouge, mais dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach, il s’appelait Ither de Gaheviez.)

Perceval se présenta devant le roi et exigea que celui-ci le fît chevalier et lui conférât l’armure rouge pareille à celle du Chevalier Rouge de Quinqueroy. Sire Keu, le sénéchal de la cour du roi, déclara sarcastiquement à Perceval que l’armure rouge portée par le Chevalier Rouge lui appartenait, et qu’il devait aller la lui reprendre.

Ne comprenant pas que Keu plaisantait, Perceval se lança aussitôt à la poursuite du Chevalier Rouge. Avant de quitter la salle du roi, Perceval rencontra l’une des dames d’honneur de la reine Guenièvre. Cette dame rit en voyant Perceval, persuaded que ce jeune homme deviendrait l’un des plus grands chevaliers. Personne ne l’avait vue rire depuis six ans, jusqu’à ce jour. Keu, jaloux de la suggestion de la dame selon laquelle Perceval serait un grand chevalier, la gifla et donna un coup de pied au bouffon de la cour d’Arthur.

Perceval somma le Chevalier Rouge de déposer son armure sur l’ordre du roi. Le Chevalier Rouge attaqua le jeune homme. Perceval tua le Chevalier Rouge avec l’un de ses javelots. Revêtant l’armure rouge et emportant les armes du chevalier mort, Perceval remit la coupe d’or à un écuyer pour qu’il la restituât au roi, avec le message qu’il vengerait la dame que Sire Keu avait giflée. Le bouffon du roi prédit que le nouveau chevalier sans nom vengerait la demoiselle et se vengerait lui-même de Sire Keu en lui brisant le bras et l’omoplate.

Perceval quitta le château, désormais muni de l’armure qu’il convoitait. Il souhaitait à présent retourner auprès de sa mère, mais ignorait quelle direction prendre pour rentrer chez lui. Il rencontra le seigneur Gornemant de Gohort, qui lui offrit l’hospitalité et lui enseigna les usages courtois ainsi que quelques techniques pour manier l’armure et les armes qu’il portait. Gornemant lui prodigua de nombreux conseils, notamment de ne pas trop parler, sous peine que les gens le prissent pour un sot.

Ce conseil devait avoir des conséquences fâcheuses.

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Titre du manuscrit

Le Conte du Graal ("Le Roman du Graal") ou Perceval fut composé par Chrétien de Troyes vers 1180.

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La dame Blancheflor

Perceval quitta Gornemant et trouva refuge au château de Biaurepaire, appartenant à la dame Blancheflor. En ce temps-là, l’armée du seigneur Clamadeu assiégeait son château à Biaurepaire, espérant s’emparer de ses terres. Biaurepaire avait subi de graves revers. La plus grande partie de la garnison de Biaurepaire était désormais prisonnière de Clamadeu. Celui-ci espérait également contraindre Blancheflor à l’épouser, car elle passait pour une beauté sans égale. Perceval promit de porter secours à Blancheflor. Celle-ci offrit à Perceval son amour et le gouvernement de ses terres.

Dans un premier temps, Perceval vainquit Anguingueron en combat singulier. Le héros épargna le sénéchal à condition qu’il se rendît prisonnier du roi Arthur. Perceval chargea Anguingueron de transmettre un message à la dame que Sire Keu avait giflée : il la vengerait bientôt. Anguingueron s’acquitta de tout ce que Perceval lui avait ordonné. Nul ne connaissait le nom de Perceval, mais on pouvait l’identifier comme le Chevalier Rouge. Lorsqu’Arthur apprit ses exploits, le roi regretta que Perceval ne fût point présent à sa cour.

Plusieurs jours plus tard, Perceval vainquit le seigneur d’Anguingueron en combat singulier, faisant de Clamadeu lui aussi un prisonnier du roi Arthur. Perceval donna à Clamadeu la même consigne concernant le message à la demoiselle que Keu avait giflée.

Chaque prisonnier que Perceval envoyait au roi Arthur était libéré et devenait membre de la compagnie de la Table Ronde. En ces temps, donner sa parole de se constituer prisonnier constituait un engagement sacré : rompre ce serment était considéré comme un péché et une trahison.

(Selon le roman gallois Peredur — Mabinogion —, le nom de la dame n’est pas mentionné, à moins qu’il ne s’agisse d’Angharad à la Main d’Or. Selon Wolfram von Eschenbach dans Parzival (1210), elle se nommait Condwiramurs, que le héros épousa.)

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Le château du Graal

Perceval séjourna auprès de Blancheflor jusqu’à ce qu’il décidât de retourner chez lui, promettant de revenir à Biaurepaire avec sa mère si cette dernière était encore en vie. Il chemina jusqu’à trouver refuge auprès d’un homme qui pêchait dans la rivière. Perceval découvrit que cet homme, son hôte, était le seigneur du château. Il apparut que le seigneur était estropié.

Son hôte offrit à Perceval une épée magnifique, cadeau qu’il avait reçu de sa nièce aux longs cheveux blonds. Perceval n’avait jamais vu lame plus belle que celle que lui donnait son hôte infirme.

Durant son séjour, il fut témoin de plusieurs processions étranges. Un écuyer portait une Lance qui saigne, passant devant Perceval et son hôte pour se rendre dans la pièce voisine. Deux autres écuyers suivirent le premier, chacun portant un candélabre. Une demoiselle succéda à ces deux écuyers, portant le Graal. Le Graal illuminait la salle plus vivement que toutes les chandelles réunies. Une autre demoiselle portant un plateau d’argent sculpté la suivait.

Bien que Perceval fût curieux de connaître la raison pour laquelle la lance saignait et ce que représentait le Graal, il respecta le conseil de Gornemant de ne pas trop parler et garda le silence. Le Graal défila à plusieurs reprises durant le repas. Perceval décida de questionner les serviteurs de son hôte au sujet de la lance et du Graal plutôt que de s’adresser à l’hôte lui-même.

Cependant, le lendemain, Perceval s’éveilla et découvrit que le château tout entier semblait désert. Il s’habilla et s’arma. À l’instant où il quitta le château, le pont-levis se releva. Il eut beau crier, il ne put réintégrer le château.

Perceval n’avait pas parcouru une grande distance lorsqu’il rencontra une demoiselle qui pleurait sur un chevalier décapité, tué par l’Orgueilleux Chevalier. Perceval s’efforça de consoler la jeune femme. Il apprit que le château appartenait au Roi Pêcheur. La jeune femme reconnut l’épée que le Roi Pêcheur avait offerte à Perceval. Elle l’avertit que l’épée se briserait s’il s’en servait. Un forgeron nommé Trabuchet, qui habitait près du lac au-delà de Cotouatre, était le seul homme capable de la réparer.

Lorsqu’elle apprit qu’il n’avait posé aucune question sur la lance qui saignait ni sur qui était servi par le Graal, elle fut accablée de détresse. Si Perceval avait posé des questions sur la Lance et le Graal, son hôte estropié aurait été guéri, et les terres dévastées autour du château auraient été restaurées.

La demoiselle entendit également son nom : Perceval. Elle lui révéla alors qu’elle était sa cousine et que sa mère était morte de chagrin après son départ (dans le récit gallois Peredur — Mabinogion —, la demoiselle était la sœur de lait de Peredur). Perceval promit de venger la mort du chevalier de sa cousine. (C’est ici que le nom de Perceval est révélé pour la première fois dans le livre. Bien que Perceval ne fût pas lui-même certain de son nom, il confia à sa cousine son véritable patronyme.)

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Venger la demoiselle

Tandis qu’il cherchait à venger le chevalier décapité, il retrouva la demoiselle qu’il avait rencontrée lors de sa première aventure. Celle-ci était vêtue d’une robe en haillons qui couvrait à peine sa nudité. Elle supplia Perceval de s’en aller avant que son amant jaloux, l’Orgueilleux Chevalier, ne tuât quiconque tenterait de l’aider — comme il avait tué l’amant de la cousine de Perceval.

Perceval affronta l’Orgueilleux Chevalier ; ils s’affrontèrent en duel et Perceval vainquit son adversaire. Il épargna l’Orgueilleux Chevalier à condition qu’il se rendît prisonnier du roi Arthur. Perceval l’assura que la demoiselle n’avait commis aucune faute, réconciliant ainsi le couple.

Après avoir reçu les derniers prisonniers, Arthur décida de retrouver le Chevalier Rouge sans nom, espérant que Perceval rejoindrait la Table Ronde. Par un heureux hasard, ils trouvèrent Perceval un matin, plongé dans une rêverie : le sang sur la neige — provenant d’une oie blessée par un faucon poursuivant — lui rappelait le teint rose d’une belle jeune fille (contemplation pour le moins singulière).

Sire Sagremor demanda à Perceval de se présenter devant le roi. Sagremor prit la rêverie de Perceval pour un affront délibéré. Offensé, il attaqua Perceval, mais fut désarçonné par le héros. Perceval reprit sa contemplation du sang. Sire Keu déclara au roi qu’il ramènerait ce chevalier de force s’il le fallait. Ne reconnaissant pas Perceval, Keu attaqua le Chevalier Rouge songeur. Mais Perceval le désarçonna aisément, lui brisant le bras et l’omoplate dans sa chute — accomplissant ainsi la prédiction du bouffon.

Sire Gauvain ramena Perceval sans combat, découvrant qu’il s’agissait du jeune homme que son oncle (Arthur) cherchait. Ils devinrent amis. Arthur fut ravi de faire enfin la connaissance de Perceval, qui avait accompli de merveilleux exploits en son nom. Le roi regagna Caerleon avec Perceval. Une grande fête marqua l’admission de Perceval au rang de chevalier de la Table Ronde.

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La quête commence

Cependant, l’allégresse fut de courte durée. La femme la plus laide montée sur une mule pénétra dans la cour d’Arthur. Elle réprimanda Perceval pour n’avoir pas posé les questions essentielles sur le mystère du château du Graal. Elle lui annonça que d’indicibles souffrances s’abattraient sur la Bretagne en raison de son silence.

L'armement et le départ des chevaliers

L'armement et le départ des chevaliers
Sir Edward Burne-Jones
Tapisserie, 1895-96
Musée et galerie d'art de Birmingham

La demoiselle informa l’assemblée que quiconque souhaitait devenir le plus grand chevalier du monde devait se rendre au Château Orgueilleux, afin de délivrer une demoiselle assiégée au pied du Mont Esclere. Ce chevalier serait récompensé par une « Épée aux Courroies Étranges ».

Nombre de braves chevaliers désirèrent se lancer dans cette entreprise, parmi lesquels Gauvain et Perceval. Girflet voulait se rendre au Château Orgueilleux, tandis que Kahedin déclarait vouloir gagner le Mont Périlleux (Dolorus).

Cependant, un chevalier nommé Guinganbresil arriva à la cour d’Arthur, accusant Gauvain d’avoir tué son seigneur sans l’avoir préalablement défié. Gauvain n’eut d’autre choix que de renoncer à la quête du Graal pour répondre à cette grave accusation. Il devait affronter Guinganbresil en combat singulier devant le roi Escavalon, afin de laver son honneur.

Tous les chevaliers engagés dans la quête quittèrent la cour d’Arthur.

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La dame à la manche courte

Gauvain organisa son départ en emportant sept destriers et deux écus. Sept écuyers l’accompagnaient. Il tenta de suivre Guinganbresil, mais se trouva bientôt mêlé à un tournoi de joute opposant deux seigneurs.

Les deux filles de Tiebaut de Tintagel étaient en querelle au sujet du mérite respectif des chevaliers. L’aînée, qui avait provoqué la discorde entre son père et son amant, faisait l’éloge de Meliant de Liz — son amant —, vantant sa prestance, sa valeur et son habileté à la joute. La cadette, apercevant un chevalier sans nom (Gauvain) qui observait le tournoi, déclara qu’il était bien plus beau et meilleur chevalier que Meliant. L’aînée, offensée par cette remarque, gifla sa cadette.

L’aînée mentit à son père, l’assurant que le chevalier sans nom (Gauvain) avec ses nombreux chevaux et écus n’était point un vrai chevalier. Elle l’accusa d’être un marchand cherchant à éviter les droits de douane en se faisant passer pour chevalier. Entendant cela, le seigneur Tiebaut partit à la recherche de Gauvain. La cadette, ayant entendu les allégations mensongères de sa sœur, chercha également à trouver Gauvain.

Lorsque Tiebaut s’aperçut que l’accusation de sa fille était infondée, il s’efforça d’aider Gauvain. La cadette de Tiebaut arriva alors et supplia Gauvain, en tant que chevalier, de défendre son honneur contre sa sœur aînée. Par amour pour elle, elle lui demanda de jouter contre Meliant de Liz le lendemain. Gauvain accepta.

Après leur départ, Tiebaut découvrit la cause de la querelle de ses filles et comprit que l’aînée était en tort. Il fit confectionner une longue manche pour sa cadette et lui dit de la remettre à Gauvain en témoignage de son affection pour son champion.

Le lendemain, Gauvain reçut avec joie la manche de la cadette de Tiebaut. Au tournoi, il jouta et vainquit Meliant de Liz. En qualité de vainqueur, Gauvain s’empara du destrier de Meliant et le remit à la cadette de Tiebaut. Gauvain remporta trois autres joutes et offrit les trois chevaux à l’épouse de son hôte et à ses deux filles.

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L’ajournement du duel

Un jour après avoir quitté Tintagel, le cheval que montait Gauvain perdit un fer, le rendant gravement boiteux. Gauvain arriva au château où il rencontra un jeune chevalier, seigneur des lieux, qui partait en chasse. Le jeune seigneur, ne reconnaissant pas Gauvain, invita son ennemi à séjourner dans sa demeure. Il demanda à sa sœur de divertir son nouvel hôte.

La belle sœur du seigneur fit plus que divertir son hôte. Attirés l’un par l’autre, ils se mirent à s’embrasser. Le vavasseur du chevalier les surprit en train de s’embrasser. Il reconnut immédiatement Gauvain. Le vavasseur accusa la dame de trahison. Il lui révéla que Gauvain était le chevalier qui avait tué son père.

Le vavasseur les quitta et se rendit en ville, où il souleva une foule en colère. Le maire de la ville mena la foule déchaînée contre Gauvain.

Consciente qu’elle serait tuée en même temps que Gauvain, la dame se prépara à l’aider à défendre la demeure de son frère. Gauvain s’arma prestement, mais se trouvait dépourvu d’écu. Il fixa un heavy échiquier de pierre à son bras pour s’en servir comme bouclier. Ainsi équipé, Gauvain se prépara à défendre l’unique entrée de la demeure.

Gauvain tua le premier homme qui tenta de franchir la porte. Les autres battirent en retraite, effrayés par l’habileté de Gauvain à l’épée, tandis que la dame accablait la foule de lourds pièces d’échecs. La foule menaça alors de mettre le feu à la demeure.

Guinganbresil survint et découvrit qui séjournait au château de son seigneur. Lorsque le jeune seigneur revint de la chasse, il apprit par Guinganbresil qu’il avait offert l’hospitalité à son ennemi dans sa propre demeure. Ce seigneur n’était autre que le roi Escavalon. Guinganbresil ayant promis à Gauvain, à la cour d’Arthur, un sauf-conduit pour l’affronter en duel, ses engagements étaient désormais rompus lorsque les habitants de la ville attaquèrent Gauvain au château d’Escavalon. Par honneur, Escavalon devait protéger son ennemi, car il avait personnellement invité Gauvain. Guinganbresil conseilla à son roi de reporter le duel d’un an. Durant cette année, Gauvain devait trouver la Lance qui saigne ou affronter Guinganbresil en combat singulier.

Escavalon dispersa la foule de sa demeure. Il soumit à Gauvain la proposition de Guinganbresil d’ajourner le duel. Gauvain accepta le report et entreprit sa quête de la Lance qui saigne.

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Le repentir de Perceval

Au cours de sa quête du Graal, Perceval passa cinq années à errer dans les campagnes, perdant peu à peu la foi en Dieu, ou oubliant simplement le Christ, jusqu’au jour où il rencontra un ermite qui se révéla être son oncle.

Perceval apprit que sa mère était la sœur de cet ermite et du Roi Pêcheur. Son oncle était au courant de sa mésaventure au château du Graal, où il n’avait posé aucune question concernant le Graal et la lance. Cet échec était considéré comme un péché dont il devait se repentir.

Perceval resta auprès de son oncle, s’efforçant de renouveler sa foi en Dieu et en Jésus.

On n’entend plus parler de Perceval dans ce livre inachevé, et le récit revint alors aux aventures de Gauvain.

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Le château des merveilles

Gauvain rencontra ensuite une demoiselle en larmes penchée sur un chevalier blessé. Le blessé conseilla à Gauvain de ne pas poursuivre sur cette route, le mettant en garde contre un danger tel qu’aucun chevalier n’en reviendrait.

Gauvain était de ces chevaliers errants qui ne résistaient pas à l’aventure, en dépit des mises en garde. Il décida de poursuivre sa route périlleuse, jusqu’à ce qu’il rencontrât une autre demoiselle, d’une grande beauté, en un château apparemment désert. L’orgueilleuse demoiselle avertit Gauvain de ne point voyager en sa compagnie : il risquait malheur, honte et déshonneur, sinon la mort. Gauvain n’ tint nul compte de sa mise en garde.

Lorsque Gauvain alla chercher le palefroi de la demoiselle, un groupe de personnes sortirent de leurs demeures ; elles avertirent Gauvain de ne point voyager avec l’orgueilleuse demoiselle, car elle était malfaisante et avait causé la perte de nombreux chevaliers. Gauvain ignora également cet avertissement, comme il l’avait fait pour les deux précédents.

Gauvain revint avec l’orgueilleuse demoiselle auprès de la demoiselle et du chevalier blessé, et aida à panser la blessure du chevalier. Celui-ci demanda à Gauvain de lui céder le haricot monté par un écuyer qui approchait. Gauvain s’empara du haricot de l’écuyer après avoir été grossièrement éconduit. Tandis qu’il aidait la demoiselle à monter son palefroi, le chevalier blessé déroba le destrier de Gauvain, lui abandonnant le haricot.

Gauvain découvrit que le chevalier blessé se nommait Greoreas, qu’il avait jadis puni pour avoir violé une demoiselle. La vengeance de Greoreas consista à voler le destrier favori de Gauvain. L’orgueilleuse demoiselle se rit du fâcheux sort de Gauvain. Ce dernier n’eut d’autre choix que de monter le haricot.

Lorsqu’il atteignit une rivière bordée d’un château sur l’autre rive, Gauvain et l’orgueilleuse demoiselle découvrirent une barque. À toutes les fenêtres, on apercevait des dames et des demoiselles qui les observaient. Avant qu’il pût monter à bord, il fut attaqué par le neveu de Greoreas, monté sur son destrier dérobé. Gauvain parvint à désarçonner son ennemi et récupérer son cheval. L’orgueilleuse demoiselle s’évanouit avec la barque.

Un instant plus tard, il rencontra un batelier. Celui-ci exigea le cheval de Gauvain, mais le héros refusa. Cependant, Gauvain remit le neveu de Greoreas comme prisonnier au batelier, en échange de la traversée vers le château.

Gauvain apprit du batelier que la demoiselle qui l’accompagnait n’était point une vierge, mais une femme malfaisante qui attirait de braves chevaliers vers une mort certaine, la tête tranchée de leur corps.

Gauvain passa une nuit dans la demeure du batelier avant de décider de se rendre au château. Le batelier tenta de l’en dissuader, car tout chevalier qui pénétrait dans ce château ne pouvait en ressortir vivant. Gauvain apprit également que deux reines habitaient le château, qui était enchanté — ou maudit. Gauvain insista pour entrer et voir les demoiselles qui l’avaient observé jouter la veille, sous peine d’être à jamais qualifié de lâche. À contrecoeur, le batelier fit traverser Gauvain.

Gauvain pénétra dans la salle du château et ne vit rien à craindre. Il aperçut un lit inhabituel, mais d’une grande beauté, et souhaita s’y reposer. Le batelier l’en dissuada, car c’était le Lit des Merveilles, et qu’il mourrait à l’instant même où il s’assiérait dessus, mais Gauvain tint bon. Ne voulant point voir le héros mourir, le batelier quitta la salle.

Gauvain ignora l’avertissement du batelier et s’assit sur le lit. Toutes les fenêtres de la salle s’ouvrirent violemment. Cinq cents flèches et carreaux d’arbalète furent décochés sur lui et se plantèrent dans son écu, avant que les fenêtres ne se refermassent par magie.

Avant qu’il pût arracher les flèches de son écu, l’une des portes s’ouvrit à la volée et un lion fondit sur Gauvain. Celui-ci abattit le fauve d’un seul coup d’épée. Il trancha la tête et les pattes antérieures du lion. Les pattes demeurèrent fichées dans son écu.

Le batelier revint auprès de Gauvain, ravi, et l’informa que l’enchantement du château et du lit était brisé. Écuyers et demoiselles vinrent l’accueillir et le servir. En brisant l’enchantement du château, il était devenu le nouveau seigneur des lieux.

L’une des demoiselles qui retourna auprès des deux reines était la fille de l’une et la petite-fille de l’autre. La princesse déclara aux reines qu’elle appréciait le nouveau seigneur.

Lorsque Gauvain regarda au-dehors depuis l’une des tours, il déclara qu’il aurait aimé aller chasser dans la belle forêt, mais le batelier lui dit qu’il ne pourrait jamais quitter le château. Cette nouvelle chagrina Gauvain. Lorsque la princesse revit Gauvain, elle s’aperçut qu’il était préoccupé et courroucé, et en informa les deux reines.

La reine aînée se rendit auprès de Gauvain pour le réconforter et s’entretint avec lui de diverses choses au sujet du monde extérieur au château. Elle s’enquit tout particulièrement des enfants de Lot et d’Urien, ainsi que d’Arthur. Gauvain parut retrouver la joie au fil de sa conversation avec la reine.

Le lendemain, depuis la tour, Gauvain aperçut l’orgueilleuse demoiselle avec laquelle il avait voyagé, s’entretenant avec un chevalier portant un écu écartelé, sur l’autre rive. Lorsqu’il demanda à la reine si elle les connaissait, il apprit que la demoiselle était une femme malfaisante, et que le chevalier qui l’accompagnait avait coutume de tuer ou de capturer d’autres chevaliers par divertissement.

Gauvain dit à la reine qu’il souhaiterait s’entretenir à nouveau avec cette demoiselle. La reine fut contrariée et lui rappela qu’il ne pouvait quitter le château. Gauvain fut à son tour affecté par cette interdiction. Ils parvinrent à un compromis. Il lui serait permis de sortir, à condition de rentrer avant la tombée de la nuit. En retour, la reine s’engageait à ne point lui demander son nom avant sept jours.

Gauvain sortit du château. Il combattit et vainquit le chevalier, le livrant prisonnier au batelier.

La demoiselle trompa alors Gauvain en le poussant à franchir le Gué Périlleux, prétendant que le chevalier — son amant — que Gauvain venait de vaincre traversait souvent ce gué pour l’amour d’elle. Lorsque Gauvain disparut de la vue des habitants du château, ceux-ci crurent que l’orgueilleuse demoiselle menait leur nouveau seigneur à la mort. Les deux reines et tous les occupants se mirent à le pleurer.

Le gué étant étroit, Gauvain crut pouvoir le franchir d’un bond, mais son cheval atterrit au milieu du cours d’eau. Il se serait noyé si sa monture n’avait su nager jusqu’à l’autre rive.

Sur l’autre rive, Gauvain aperçut un autre château et rencontra un chevalier. Celui-ci lui déclara qu’il était soit très courageux, soit très imprudent, car tous ceux qui avaient tenté le Gué Périlleux s’étaient noyés. Gauvain comprit que la demoiselle avait cherché à le noyer. Il apprit qu’elle était connue sous le nom d’« Orgueilleuse Pucelle de Logres », désignée dans d’autres versions du récit du Graal sous le nom d’Orgueilleuse. Le chevalier son amant à l’écu écartelé était connu comme l’« Orgueilleux Chevalier de la Pierre et du Chemin Étroit ». Il défendait les passages menant en Galloway.

Gauvain découvrit également que le chevalier à qui il parlait se nommait Guiromelant et qu’il résidait au Château d’Orueneles. Lorsque Gauvain chercha à en savoir plus sur le château où il séjournait, Guiromelant le crut menteur, car nul chevalier n’était jamais ressorti vivant du château enchanté. Pour le convaincre, Gauvain lui montra les pattes de lion qui restaient fichées dans son écu.

Gauvain apprit plusieurs vérités au sujet du château où il séjournait. La reine aînée était Ygraine, mère du roi Arthur et grand-mère de Gauvain. L’autre reine n’était autre que la propre mère de Gauvain. (Son nom n’est pas mentionné dans le Conte du Graal, mais il s’agissait de Morgawse. Cependant, la Première Continuation l’appelle Norcadet ou Morcadet, lequel n’était qu’un autre nom de Morgawse.) Quant à la princesse, elle était la propre sœur de Gauvain, nommée Clarissant, fille de la reine cadette.

Ygraine était venue en ce château après la mort d’Uther. Elle y avait mené sa fille, enceinte de Clarissant, après la mort de Lot. Arthur n’avait pas revu sa mère depuis plus de soixante ans, et Gauvain n’avait pas revu la sienne depuis vingt-cinq ans. Le château où Gauvain avait séjourné s’appelait le Roc de Champguin (très probablement l’Autre Monde).

Bien que Guiromelant fût épris de Clarissant, il haïssait Gauvain, car Lot, le père de Gauvain, avait tué son propre père, et Gauvain avait tué le cousin de Guiromelant. Guiromelant aurait tant voulu tuer Gauvain, sans se douter qu’il s’entretenait avec l’homme même qu’il haïssait par-dessus tout. Il pria Gauvain, à son retour au château, de remettre son anneau à Clarissant, espérant que la princesse deviendrait sa bien-aimée. Gauvain s’y engagea volontiers.

Après que Guiromelant eut répondu à toutes les questions de Gauvain, il lui demanda son nom. Gauvain le lui révéla avec franchise. Guiromelant fut furieux de se trouver en face de son ennemi, mais il était désarmé. Gauvain aurait préféré ne point combattre Guiromelant, si sa sœur lui accordait son amour. Cependant, Guiromelant exigea un combat à mort. Gauvain accepta à contrecoeur un duel, une semaine plus tard, en amenant Arthur et sa cour pour assister au combat singulier.

Au lieu d’emprunter le pont que Guiromelant se proposait de lui faire traverser, Gauvain choisit de retraverser le Gué Périlleux. Cette fois, le destrier de Gauvain franchit d’un bond l’étroit passage. Gauvain rejoignit l’Orgueilleuse Pucelle (Orgueilleuse), dont l’attitude envers lui avait changé. Elle demanda pardon à Gauvain, car elle n’avait cessé de tenter de l’humilier et de le faire périr.

Elle expliqua à Gauvain les raisons de son comportement envers lui et les autres chevaliers : Guiromelant croyait pouvoir conquérir son amour en tuant son premier amant en combat singulier. Orgueilleuse promit de suivre, respecter et obéir à Gauvain sans plus l’insulter ni se montrer malfaisante. Le héros regagna le château avec la demoiselle.

Lorsque les habitants virent Gauvain revenir sain et sauf au château, ils cessèrent leurs lamentations et se mirent à célébrer son retour. Gauvain remit l’anneau de Guiromelant à sa sœur, déclarant qu’il s’agissait d’un gage de l’amour que Guiromelant lui portait.

Ygraine et sa fille observaient Gauvain et Clarissant en conversation. La reine cadette espérait qu’ils se marieraient un jour, sans reconnaître — ou sans réaliser — que Gauvain était son propre fils.

Gauvain envoya l’un des écuyers comme messager auprès du roi Arthur pour le prier de se rendre au Roc de Champguin, afin d’assister au combat singulier entre Guiromelant et lui-même. À l’arrivée de son oncle, Gauvain espérait réunir Arthur avec sa mère et sa sœur.

Le messager de Gauvain venait d’arriver dans la ville d’Orcanie, où Arthur tenait sa cour. Guenièvre s’entretenait avec la dame Lore lorsque le récit s’interrompit brutalement, en plein milieu d’une phrase.


Comme je l’ai dit précédemment, Chrétien de Troyes ne termina jamais cette œuvre consacrée au Graal. Il revint à d’autres auteurs de tenter d’achever le récit. Peu après la mort de Chrétien, deux écrivains entreprirent de composer des Continuations distinctes au roman de Perceval et du Graal. Ces œuvres furent désignées sous le nom de Continuations du Graal.

Si vous souhaitez lire l’une des Continuations du Graal, la Première Continuation du Graal poursuit le récit des aventures de Gauvain. La Deuxième Continuation et les autres continuations relatent les aventures ultérieures de Perceval. Voir la section suivante pour les versions alternatives du Graal.

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Généalogie

Maison de Perceval (version de Chrétien de Troyes)

Créé :2 avril 2000

Modifié :16 mai 2024