Le Cimetière périlleux
Le Cimetière périlleux (L’Âtre périlleux) est un roman en ancien français du XIIIe siècle. Le Cimetière périlleux est l’un des rares romans médiévaux français dont Gauvain soit le héros. Bien que Gauvain apparaisse dans de nombreux récits français, il y tient souvent un rôle secondaire face à des héros tels que Perceval, Lancelot ou d’autres héros plus obscurs.
Gauvain vécut de nombreuses aventures dans Le Cimetière périlleux, aussi ai-je divisé ce récit en deux parties principales.
Le Cimetière périlleux
Cette première partie du Cimetière périlleux relate les aventures de Gauvain, depuis le château du roi Arthur jusqu’à la mort au combat d’Escanor de la Montagne.
L’Enlèvement de l’Échanson
Le récit commença lors du grand banquet de la Pentecôte, lorsqu’une dame vêtue d’une robe de soie cramoisie chevaucha jusqu’à la cour d’Arthur pour solliciter un don. Cette dame souhaitait servir d’échanson auprès d’Arthur pour la journée, et désirait que le meilleur chevalier du roi la protégeât de tout affront. Arthur se montra fort réticent à nommer le meilleur de ses chevaliers, ne voulant froisser ceux qu’il ne choisissait pas. Le roi suggéra que son propre neveu, Gauvain, protégeât son honneur. La dame accepta avec empressement, car c’était secrètement à Gauvain qu’elle souhaitait cette charge.
Le lendemain, la dame servait à la table d’Arthur lorsqu’un grand chevalier hautain pénétra au galop dans la cour et enleva l’échanson, défiant tout chevalier de venir la secourir. Le chevalier géant prétendit que la dame était sa bien-aimée. Tous furent stupéfaits de l’outrageant défi du chevalier, et pourtant aucun des chevaliers présents à la table d’Arthur n’osait affronter ce prétentieux guerrier.
Gauvain, en tant que protecteur de l’échanson, aurait dû être celui qui secourût la dame, mais il se trouvait face à un dilemme : se précipiter pour sauver la demoiselle, ou attendre la fin du repas. Gauvain jugea plus sage d’attendre la fin du banquet.
Le roi fut profondément courroucé par l’enlèvement de la dame et par l’inaction de Gauvain en tant que protecteur. Sire Keu, le sénéchal d’Arthur, fut encore plus indigné par l’attitude de Gauvain et admonesta le neveu du roi. Keu déclara qu’il sauverait lui-même la dame, si Gauvain se montrait aussi lâche. Keu regagna précipitamment sa chambre, s’arma et sortit du château à cheval.
Arthur, à présent, craignait que son fidèle sénéchal ne trouvât la mort, car il ne croyait guère que Keu eût la moindre chance contre le chevalier géant. Arthur réprimanda son neveu pour ne pas être intervenu aussitôt après l’enlèvement. Gauvain répondit à son oncle qu’il ne voulait pas interrompre grossièrement le banquet du roi. Ainsi réprimandé par le roi, Gauvain quitta la table, se rendit à sa chambre, revêtit son armure et ses armes, et chevaucha Gringalet. (Gringalet était le destrier de Gauvain, qui apparaît fréquemment dans les légendes arthuriennes aux côtés de son maître.)
Le sénéchal parvint à rejoindre le ravisseur avant que le chevalier géant ne s’éloignât trop du château. Comme il est coutume dans la plupart des romans médiévaux, le chevalier anonyme vainquit aisément l’imprudent sire Keu lors de la joute. Keu fut désarçonné, se cassant le bras droit en tombant dans un fossé. Le géant laissa Keu dans le fossé.
C’est ainsi que Gauvain retrouva le sénéchal. Gauvain fut peiné de voir Keu blessé et s’efforça de lui porter secours. Sire Keu injuria Gauvain en le traitant de lâche, pour être arrivé trop tard pour arrêter le ravisseur. Keu regagna le château tandis que Gauvain poursuivait sa route à la poursuite du ravisseur et de l’échanson.
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La Mort de Gauvain
Vers midi, Gauvain entendit les cris de plusieurs femmes et partit voir ce qui se passait. Il découvrit trois femmes en larmes ainsi qu’un jeune homme aveugle ; ses yeux avaient été arrachés et saignaient encore. Gauvain demanda à l’une des demoiselles la raison de leur affliction, mais elle s’évanouit avant de pouvoir lui apprendre quoi que ce soit d’important. La deuxième demoiselle ne dit pas davantage avant de s’évanouir à son tour.
C’est de la troisième demoiselle que Gauvain apprit que « Gauvain » avait été tué par deux chevaliers. Le jeune aveugle avait tenté de porter secours au prétendu Gauvain, mais il avait perdu la vue sous les coups de l’un des chevaliers. Les deux chevaliers avaient massacré un chevalier désarmé, qu’ils avaient pris à tort pour Gauvain, et mutilé son corps. Ils lui avaient tranché la tête et séparé ses membres du tronc. C’était de Gauvain que les trois demoiselles portaient le deuil.
Gauvain, sans révéler son identité, ne parvint pas à convaincre le jeune homme et la demoiselle que le chevalier qu’ils croyaient mort était en réalité vivant. Il jura donc de revenir les voir pour prouver que Gauvain n’était pas mort. Gauvain poursuivit alors sa route à la poursuite du ravisseur ; il n’entamerait cette nouvelle quête qu’après avoir tué le ravisseur, dans la seconde partie du roman, La Reconquête de sa Réputation.
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La Dame du Cimetière périlleux
L’autre chevalier, accompagné de la demoiselle captive, atteignit un château avant la tombée de la nuit. Le chevalier géant trouva l’hospitalité auprès du seigneur des lieux. Cependant, Gauvain arriva trop tard. Le gardien de la porte refusait l’entrée à quiconque une fois le soleil couché et les portes fermées. Sans autre choix, Gauvain dut dormir à la belle étoile.
Non loin du château se trouvaient un vieux cimetière abandonné et une chapelle en ruines. Gauvain décida de passer la nuit dans le cimetière. Il ne fallut pas longtemps avant que le héros n’aperçoive un jeune seigneur se dirigeant vers le château. Lorsque Gauvain prit la parole, le jeune homme, effrayé, crut que le diable était venu le tuer ou s’emparer de son âme.
Le jeune seigneur fut soulagé d’apprendre l’identité de Gauvain et lui offrit son aide pour pénétrer dans le château, car il n’était pas prudent de rester dans le cimetière après la tombée de la nuit. Ordinairement, lorsque le seigneur arrivait au château tardivement et que les portes étaient fermées, l’un des domestiques descendait une corde depuis le sommet des remparts afin qu’il pût escalader la muraille. Mais Gauvain refusa d’entrer dans le château si cela signifiait abandonner son cheval.
Cependant, le jeune seigneur se montra disposé à aider Gauvain, afin que le ravisseur ne pût jouir de sa captive. Le jeune homme retourna au château, qui appartenait à son beau-frère. Il demanda à son beau-frère un don : que la belle captive du chevalier dormît dans la chambre de sa sœur, mais qu’elle fût rendue à son ravisseur le lendemain matin. Le chevalier s’y opposa vainement, mais son hôte avait déjà accordé sa promesse à son beau-frère, et il aurait contraint le chevalier à s’y plier. Le chevalier accepta donc à contrecoeur et permit à sa captive de passer la nuit dans la chambre de l’épouse de l’hôte. Le jeune seigneur et la famille de sa sœur furent peinés d’apprendre que Gauvain passait la nuit dans le cimetière, craignant qu’il ne fût plus vivant au matin, mais ils redoutaient d’ouvrir les portes.
De retour au cimetière, Gauvain était assis sur l’une des tombes, et avant qu’il pût trouver le sommeil, la dalle de pierre recouvrant la sépulture se mit à se soulever d’elle-même. Stupéfait, Gauvain regarda avec une horreur croissante la pierre qui continuait de s’entrouvrir. Dans le cercueil, une jeune et belle femme blonde se dressa, vêtue d’une robe de samit rouge et vert. Elle reconnut aussitôt Gauvain et le rassura : elle n’était ni spectre ni démon. Cependant, elle était prisonnière du cimetière à cause d’un chevalier démoniaque. Elle lui raconta la malédiction du Cimetière périlleux.
À la mort de sa mère, son père s’était remarié. Sa belle-mère était une sorcière, jalouse que la beauté de sa belle-fille surpassât la sienne ; elle jeta donc un enchantement qui frappa sa belle-fille de folie. Des années plus tard, un étrange chevalier — un démon sous forme humaine — apparut, lui promettant de la guérir de sa folie à la condition qu’elle s’engageât à devenir sa bien-aimée. Son amant démoniaque ne la visitait que la nuit dans le cimetière, et le jour, la demoiselle devait dormir dans le cercueil. Elle regrettait amèrement d’avoir laissé ce chevalier démoniaque devenir son amant. Seul le plus hardi des chevaliers pouvait la délivrer de cet étrange amant.
Gauvain accepta de l’aider, et elle l’informa que s’il venait à faiblir, il lui suffirait de regarder la croix au sommet de la chapelle pour recouvrer ses forces et son courage. Gauvain n’eut pas le temps de recevoir d’autres instructions, car le chevalier démoniaque arriva sur ces entrefaites.
Le chevalier fut jaloux et furieux de la voir avec Gauvain. Ils s’attaquèrent à coups de lance, puis d’épée. Les deux chevaliers subirent de nombreuses blessures. Chaque fois que Gauvain faiblissait au cours de ce long combat, la blonde demoiselle lui rappelait de regarder la croix de la chapelle pour retrouver ses forces et son courage. Finalement, ce fut le chevalier démoniaque qui commença à se lasser de cette longue lutte, repoussé jusqu’à la tombe par les coups d’épée de Gauvain. Le chevalier démoniaque trébucha et tomba dans le cercueil où la demoiselle dormait le jour. Le choc de sa chute fit tomber son épée de sa main et envoler son heaume. Gauvain ne perdit pas un instant et trancha la tête du chevalier démoniaque de son épée.
La demoiselle se réjouit d’être libérée de l’horrible chevalier et de sa malédiction. Épuisés par le combat, Gauvain et la demoiselle dormirent dans le cimetière.
Les habitants du château entendirent la bataille depuis le cimetière et s’inquiétèrent pour la sécurité de Gauvain, en particulier le jeune seigneur qui s’était lié d’amitié avec lui, mais aucun n’osa sortir du château la nuit, même après la fin du combat. Ils s’y rendirent dès l’aube. Tous se réjouirent en voyant que Gauvain était vivant. Le jeune seigneur fit apporter nourriture et boisson depuis le château. Il informa également le héros qu’il avait tenu sa promesse la nuit précédente.
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Escanor de la Montagne
Au château, le ravisseur retrouva sa captive, et ils poursuivirent leur route après le petit-déjeuner. Lorsque Gauvain apprit leur départ, il voulut se lancer à leur poursuite. La blonde demoiselle du Cimetière périlleux et le jeune seigneur souhaitaient l’accompagner dans ce voyage.
Gauvain quitta le cimetière avec ses compagnons, mais il ne parvint pas à rattraper le ravisseur avant la nuit. Le ravisseur et sa captive atteignirent un autre château et furent reçus par le seigneur des lieux. Le jeune compagnon de Gauvain était également parent de ce seigneur par alliance.
Avant que le ravisseur et sa captive n’entrassent dans le château, la blonde demoiselle du Cimetière périlleux s’inquiéta de ce que Gauvain dût affronter le chevalier qu’ils suivaient, car elle l’avait reconnu. Elle supplia Gauvain de ne pas le combattre, car elle savait que la mère de Gauvain avait mis son fils en garde contre un chevalier nommé Escanor de la Montagne. Curieusement, Escanor possédait le don que la plupart des gens associaient à Gauvain lui-même : sa force augmentait à chaque heure du matin, atteignant son apogée à midi, avant de décliner à chaque heure de l’après-midi.
Autre détail intéressant révélé par la demoiselle : la mère de Gauvain était une fée. Bien que le texte ne mentionne pas son nom, cette « fée » laissait entendre que la mère de Gauvain était Morgane, sœur du roi Arthur, car elle était connue sous le nom de Morgane la Fée. Ordinairement, la mère de Gauvain et sœur d’Arthur était une femme ordinaire, nommée Morgause ou Morcadès ; l’auteur avait peut-être confondu la mère de Gauvain avec Morgane la Fée.
Ne pouvant dissuader Gauvain d’affronter Escanor, elle lui conseilla de le combattre tard dans l’après-midi, voire la nuit. Gauvain accepta.
Sur l’injonction de Gauvain, son jeune ami se rendit auprès du seigneur et convainquit son parent de confier la captive à l’épouse de ce dernier, qui était une autre sœur du compagnon de Gauvain. Le seigneur ne pouvait refuser ce don, aussi le ravisseur ne put-il coucher avec la demoiselle une fois de plus. Escanor fut à nouveau courroucé par le jeune seigneur au service de Gauvain.
Escanor n’accepta de céder sa captive que parce qu’il aurait été contraint d’affronter Gauvain la nuit. Gauvain apprit qu’Escanor avait cédé à la requête de son hôte.
Au matin, Gauvain se leva tôt et parvint à confronter le ravisseur à l’extérieur du château, sur la route.
Il fut révélé qu’Escanor avait préparé ce jour depuis longtemps. C’était lui qui avait envoyé la demoiselle au château d’Arthur. Il espérait que Gauvain le suivrait et l’affronterait. La demoiselle était en réalité la bien-aimée d’Escanor. À ce stade, Escanor ne désirait plus combattre Gauvain et était disposé à laisser son poursuivant s’en aller sans combat, mais Gauvain considéra que cela le ferait passer pour un lâche.
L’ami de Gauvain, se souvenant du conseil de la demoiselle au héros, tenta de retarder le combat, suggérant que l’endroit n’était pas propice à un affrontement et proposant plutôt un champ ouvert. Les deux chevaliers acceptèrent et suivirent le jeune seigneur.
Chaque demoiselle craignait désormais pour son chevalier, alors qu’elles étaient assises sur la colline sous un arbre. La demoiselle d’Escanor regrettait à présent le stratagème de son amant.
Les deux chevaliers chargèrent, lances abaissées l’une contre l’autre. Les deux lances se brisèrent sur le bouclier adverse. Gauvain dégaina immédiatement son épée, mais Escanor suggéra que le compagnon de Gauvain allât chercher d’autres lances au château. Lorsque le seigneur revint avec six lances et les offrit d’abord à Gauvain, celui-ci gracieusement invita son ami à les présenter d’abord à Escanor. Cela permit à Escanor de choisir les trois meilleures. Mais ce fut en vain : toutes les lances furent brisées lors des joutes. Les deux chevaliers s’attaquèrent alors à l’épée.
Gauvain se battait fort bien, jusqu’à ce qu’il fendît profondément le bouclier d’Escanor, mais son épée y resta coincée. Escanor tordit son bouclier de sorte que Gauvain perdit son épée. Désarmé, Gauvain s’éloigna au galop et ramassa l’une des lances brisées qu’Escanor avait rejetées. Au lieu de viser le chevalier, Gauvain frappa le cheval d’Escanor. Escanor fut outré que Gauvain eût tué son destrier, en bondissant sur ses pieds. Pour Escanor, tuer le cheval d’un adversaire était un acte lâche ; il perdit tout respect pour Gauvain. Gauvain, voyant la taille imposante d’Escanor, craignit pour Gringalet, et mit vite pied à terre pour combattre son ennemi à pied. Gauvain parvint également à récupérer son épée.
Les deux chevaliers combattirent longuement et âprement, tantôt avec l’avantage pour Escanor, tantôt pour Gauvain. À mesure que le soleil montait, Escanor devenait plus fort. Le bouclier les protégeait à peine, et leurs hauberts étaient déchirés en plusieurs endroits, laissant apparaître leurs blessures sanglantes.
Le combat s’acheva brusquement lorsque l’épée d’Escanor s’enfonça dans le bouclier de Gauvain, et qu’Escanor ne put la dégager. Escanor, craignant à présent la mort, implora la merci. Au lieu d’accepter la reddition de son ennemi, Gauvain l’acheva : son épée fendit la tête d’Escanor jusqu’aux épaules.
Le jeune seigneur et la blonde dame furent transportés de joie par la victoire de Gauvain, mais la demoiselle d’Escanor pleurait son chevalier mort. Gauvain la consola en lui promettant de retourner au château de son oncle, où Arthur pourrait lui trouver un meilleur époux. La demoiselle accepta la suggestion de Gauvain. Les deux dames et le jeune seigneur accompagnèrent donc Gauvain au château d’Arthur, mais l’aventure de Gauvain ne s’achèverait pas si tôt.
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La Reconquête de sa Réputation
La seconde partie du Cimetière périlleux n’a rien à voir avec l’aventure antérieure de Gauvain contre le chevalier démoniaque dans le cimetière et contre Escanor. Malgré le titre de ce roman, Le Cimetière périlleux, le reste de l’histoire de Gauvain dans cette deuxième partie n’a aucun rapport avec le cimetière.
Cependant, une scène antérieure (dans La Mort de Gauvain), où Gauvain avait rencontré les trois demoiselles et le jeune aveugle, est liée aux nouvelles aventures de Gauvain. Gauvain entreprit à présent de retrouver les coupables qui avaient prétendu l’avoir tué et mutilé.
La Dame et l’Épervier
Tout d’abord, ils retournèrent au château, celui qui se trouvait près du Cimetière périlleux, où Gauvain s’était remis de ses blessures et avait retrouvé ses forces. Les deux dames et le jeune seigneur décidèrent d’accompagner Gauvain à Cardueil, mais à sept lieues du château de son oncle, Gauvain et ses compagnons entendirent une demoiselle pleurer de détresse dans la forêt.
Gauvain décida de porter secours à la dame et demanda au jeune seigneur de conduire les deux dames au château d’Arthur. Gauvain se sépara d’eux et partit à la recherche de la demoiselle en larmes.
Ayant trouvé la demoiselle, elle l’informa que l’épervier de fierté de son amant, qu’elle avait en garde, s’était envolé et s’était perché sur une haute branche d’un chêne. Gauvain promit d’aider la demoiselle, descendit de cheval, retira son armure et ses armes, se préparant à grimper à l’arbre si nécessaire. À l’instant où il saisit l’épervier, le chevalier de la dame revint. Le chevalier crut que sa bien-aimée lui avait été infidèle. Bien qu’il n’eût fait qu’honorablement récupérer l’épervier qui s’était échappé, le chevalier ne crut ni sa dame ni Gauvain. Par vengeance, le chevalier s’en alla avec le palefroi de la dame et le destrier de Gauvain.
La dame était à présent affligée que son amant l’eût abandonnée, mais Gauvain promit d’aider la demoiselle au teint clair. Gauvain revêtit son armure et son heaume, et ils marchèrent jusqu’à ce qu’il se mit à pleuvoir et à neiger. Ils trouvèrent un maigre abri sous la croix sur la colline. Le héros et la demoiselle avaient froid et faim.
Bien qu’ils jouissent du plus sommaire des abris sous la croix, ils ne pouvaient y demeurer ; mais eurent la bonne fortune de rencontrer un chevalier et son écuyer. Le chevalier disposait d’un palefroi de rechange. Le chevalier (nous apprendrions plus tard son nom : Raguidel de l’Angarde) se déclara prêt à céder son propre destrier et le palefroi à Gauvain et sa compagne, en échange d’un don qu’il réclamerait ultérieurement. Le chevalier reçut l’épervier en guise de rappel de leur marché, au cas où ils se rencontreraient à nouveau. Puis ils se séparèrent.
Gauvain et la dame au teint clair voyagèrent à travers la forêt jusqu’à ce qu’ils atteignissent le royaume de la Forteresse Rouge. Là, Gauvain rencontra une belle dame châtiée par le Roi de la Forteresse Rouge. Depuis trois ans, le Roi du Chevalier Rouge contraignait la dame à se tenir dans une fontaine très froide et noire, où elle devait rester debout toute la journée, du lever au coucher du soleil, quatre jours par semaine. Le roi avait arrogant affirmé qu’aucun chevalier n’était meilleur que lui. La dame avait eu le courage de lui répliquer qu’il y avait à la cour du roi Arthur des chevaliers qui le surpassaient. Le Roi de la Forteresse Rouge tuerait tout chevalier qui tenterait de briser la coutume pour la délivrer, en combat singulier. Il empalerait alors la tête du chevalier vaincu sur un pieu, près de la fontaine noire. Le Roi de la Forteresse Rouge avait collectionné cinquante-quatre têtes depuis l’établissement de cette coutume cruelle.
Gauvain brisa la coutume en vainquant le Roi de la Forteresse Rouge, qu’il apprit se nommer Brun Sans Pitié. Gauvain refusa de divulguer son propre nom tant qu’il n’aurait pas recouvré son nom et son cheval. Gauvain n’accepterait la reddition de Brun qu’à la condition que le roi se rendît prisonnier du roi Arthur. Brun accepta et emmena la dame qu’il avait maltraitée, le lendemain matin, à la cour d’Arthur. Gauvain refusa de séjourner à la Forteresse Rouge de Brun et poursuivit sa route. Ils furent contraints de dormir dans les bois.
Gauvain rencontra ensuite un chevalier qui se montra d’abord amical, jusqu’à ce que l’inconnu racontât son histoire au héros. Ce chevalier avait du mal à conquérir la dame qu’il aimait. Elle ne consentirait à devenir sa bien-aimée que s’il acceptait Gauvain comme garant. Le chevalier pensait que c’était là une promesse en l’air, car il avait entendu des nouvelles et croyait que Gauvain avait été récemment tué. Le chevalier révéla qu’il avait prêté serment et conquis l’amour de la demoiselle, mais avait décidé de l’abandonner pour une autre dame.
Gauvain fut courroucé par le parjure du chevalier infidèle et le provoqua en duel. Ils combattirent jusqu’à ce que Gauvain le forçât à se rendre. Le chevalier vaincu, Espinogre de Wi, s’engagea à n’aimer aucune autre femme que celle à laquelle il avait manqué à sa promesse. Espinogre devint le compagnon de Gauvain dans la plupart de ses aventures à partir de ce moment. Gauvain aida Espinogre à se réconcilier avec sa bien-aimée. Gauvain séjourna au château de la demoiselle, se remettant de ses précédentes rencontres violentes, avant que le héros sans nom ne poursuivît sa route avec Espinogre et la dame au teint clair.
Ils rencontrèrent ensuite un jeune chevalier triste nommé Cadret. Cadret aimait la fille d’un baron local, mais en raison du ressentiment de la mère de la jeune fille à son égard, celle-ci avait persuadé son mari de marier la fille à un riche seigneur d’une contrée voisine. Cadret souhaitait délivrer sa bien-aimée, mais savait qu’il serait tué, car il aurait à affronter vingt chevaliers escortant la jeune demoiselle. Gauvain et Espinogre offrirent d’aider Cadret à reconquérir sa bien-aimée, mais à cet instant, la dame au teint clair se plaignit d’une faim tenaillante et, en tant que protecteur, Gauvain devait lui trouver à manger. Elle connaissait un château à proximité où ils pourraient se nourrir. Gauvain dit à Espinogre d’accompagner Cadret et qu’il les rejoindrait après avoir nourri la dame.
En ce château, Gauvain entra seul et découvrit une dame seule à table pour le souper. Elle attendait le retour de ses sept frères. La dame hautaine refusa la demande polie de Gauvain de la nourriture, déclarant au héros que si ses frères avaient été là, il n’aurait pu prendre quoi que ce soit à sa table. Un nain conseilla à Gauvain de simplement prendre la nourriture, car la dame était inflexible. Gauvain apporta donc de la nourriture à sa compagne sans le consentement de la dame. Gauvain retourna au château et prit la coupe de vin des mains de la dame, car la demoiselle au teint clair refusait de partir avant d’avoir étanché sa soif. La dame outragée injuria Gauvain pour ce comportement rustre, l’accusant de lui avoir volé la coupe de vin des propres mains.
Alors qu’ils franchissaient les portes du château, Gauvain reconnut le chevalier tenant un épervier sur le poing — celui-là même à qui il avait échangé des chevaux contre un don. Son nom était Raguidel de l’Angarde. Le chevalier était venu réclamer son dû. Raguidel apprit à Gauvain que la dame qu’il aimait se trouvait dans le château. Puisque les frères de la dame étaient partis à la chasse, c’était le moment idéal pour que Gauvain s’emparât de la dame.
Gauvain chevaucha jusqu’à la salle du château, prit la dame hautaine et ressortit, tandis qu’elle criait et maudissait Gauvain, jusqu’à ce qu’elle reconnût son amant, Raguidel. La demoiselle pardonna à Gauvain de l’avoir enlevée et s’excusa de sa rudesse antérieure.
L’un des frères de la demoiselle, nommé Codrovain le Rouge, entendit son cri, s’arma et les poursuivit à cheval. Lorsque Codrovain s’approcha, Gauvain reconnut aussitôt son cheval, Gringalet, et comprit immédiatement que ce chevalier était l’amant de la dame au teint clair, le Chevalier de l’Épervier.
Gauvain chargea immédiatement l’autre chevalier, lance en arrêt. Bien que Codrovain frappât le premier, Gauvain le désarçonna, si bien qu’il s’abattit au sol. Avant que Codrovain ne pût se relever, le héros sans nom (Gauvain) lui aurait tranché la tête si la dame de Codrovain n’était intervenue en sa faveur. Gauvain ne lui accorderait la vie sauve qu’à la condition que Codrovain reprît sa bien-aimée, qui ne lui avait pas été infidèle. Codrovain accepta, et Gauvain récupéra son destrier, Gringalet. Codrovain accepta également que sa sœur prît Raguidel de l’Angarde pour fiancé. À ce moment, les frères de Codrovain arrivèrent en armes, mais il leur annonça que Gauvain et Raguidel étaient ses nouveaux amis.
Gauvain leur déclara qu’il ne pouvait accepter l’hospitalité de Codrovain pour l’heure, car il devait aider Cadret et Espinogre à reconquérir la bien-aimée de Cadret, mais il accepta l’aide de Codrovain et de ses frères.
Cadret et Espinogre surprirent l’escorte de la bien-aimée de Cadret. Ils se battaient vaillamment, mais étaient en infériorité numérique. Espinogre sonna du cor pour appeler Gauvain à l’aide. Gauvain se précipita dans la bataille avec des renforts. Bien que les ennemis fussent toujours plus nombreux que le petit groupe de Gauvain, le camp de Cadret prenait le dessus. Ne voyant aucun espoir de vaincre, ils prirent la fuite devant Gauvain et ses compagnons.
Codrovain les invita tous dans son château, mais Gauvain et Espinogre ne purent accepter, car le héros n’avait pas encore achevé sa quête pour recouvrer son nom (sa réputation). Le seul moyen d’y parvenir était de retrouver ceux qui avaient prétendu avoir mutilé le corps de Gauvain. (Gauvain n’avait toujours pas révélé son nom à la compagnie présente.) Mais Gauvain promit à Codrovain et à ses autres nouveaux amis qu’il reviendrait s’il réussissait dans sa quête.
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Faé Orgueilleux
Gauvain et Espinogre poursuivirent donc leur chemin jusqu’à ce qu’ils rencontrassent un autre chevalier qui leur offrit l’hospitalité dans son château. Leur hôte se nommait Tristan Qui Ne Riait Jamais. Là, Gauvain découvrit enfin des indices et l’identité des deux chevaliers qui s’étaient vantés d’avoir tué Gauvain et aveuglé un écuyer que le héros avait rencontré, avec trois demoiselles en deuil. Voir La Mort de Gauvain.
Il s’avérait que les deux scélérats, nommés Faé Orgueilleux (surnommé Roche Faée) et Gomeret Sans Mesure, étaient amoureux de deux dames, des sœurs, qu’ils courtisaient. Mais ces deux dames rejetaient avec mépris leurs propositions de mariage, car l’aînée était amoureuse de Gauvain, tandis que la cadette aimait le Chevalier Rouge, qui n’était autre que le héros Perceval. Faé Orgueilleux et Gomeret étaient jaloux parce que les sœurs affirmaient que ces deux héros du roi Arthur étaient de meilleurs chevaliers qu’eux. Les deux scélérats promirent de les épouser lorsqu’ils montreraient le corps mort de Gauvain. Voilà la raison pour laquelle ils avaient attaqué et mutilé le corps d’un chevalier, qu’ils avaient pris pour Gauvain. Le lendemain serait le jour où ils forceraient les sœurs à les épouser avec de fausses preuves.
Tristan lui-même ne croyait pas que les deux scélérats eussent tué Gauvain. Le héros sans nom leur déclara que c’étaient eux qu’il cherchait. Tristan Qui Ne Riait Jamais leur promit d’envoyer Gauvain et Espinogre dans la bonne direction.
Gomeret Sans Mesure séjournait sous une tente sur la colline, tandis que Faé Orgueilleux résidait dans son château. Gauvain et Espinogre décidèrent que chacun affronterait un des deux chevaliers. Espinogre partit donc vaincre Gomeret, tandis que Gauvain affrontait Faé Orgueilleux. Faé Orgueilleux se rendit immédiatement après avoir été désarçonné, car la lance de Gauvain s’était enfoncée dans son épaule. Faé Orgueilleux accepta de devenir le prisonnier du roi Arthur.
Ce fut à cet instant que Gauvain révéla enfin son nom, qu’il avait tenu secret après avoir tué Sire Escanor. Le héros reprocha à Faé Orgueilleux et à Gomeret d’avoir tué un chevalier innocent, qu’ils avaient pris à tort pour Gauvain. Gauvain était également furieux qu’ils eussent ôté la vue à un jeune homme, qui avait trois demoiselles pour compagnes.
Faé Orgueilleux promit à Gauvain qu’il pouvait rendre la vie au chevalier qu’il avait tué et la vue au jeune aveugle.
Gauvain quitta le champ de bataille devant le château de Faé Orgueilleux, cherchant à retrouver son ami Espinogre, se dirigeant vers le château de Sire Tristan Qui Ne Riait Jamais.
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La Résurrection de la Vie et de la Vue
Gauvain voyagea avec Faé Orgueilleux et sa bien-aimée en direction du château de Sire Tristan Qui Ne Riait Jamais, lorsqu’ils virent un Chevalier Noir menant les montures d’Espinogre de Wi et de Gomeret Sans Mesure. Les deux chevaliers gisaient sur le dos, vaincus par le Chevalier Noir.
Gauvain et Faé Orgueilleux furent tous deux peinés que chacun de leurs amis eût été vaincu par un seul chevalier. Faé Orgueilleux demanda à affronter le Chevalier Noir le premier, car il était courtois et équitable qu’un seul chevalier l’affrontât.
Faé Orgueilleux fut sévèrement vaincu. Désarçonné, il se cassa le bras droit dans sa chute. Le Chevalier Noir possédait alors trois beaux chevaux. Laissant la dame de Faé Orgueilleux derrière lui, Gauvain alla affronter le Chevalier Noir. Ils combattirent jusqu’à ce que la lumière déclinât. Le Chevalier Noir suggéra de poursuivre le combat le lendemain matin, mais le héros refusa. Le Chevalier Noir se rendit pacifiquement lorsque Gauvain lui révéla son nom. Le Chevalier Noir se présenta sous le nom de Le Laid Hardi, l’un des chevaliers de la Table Ronde, venu chercher Gauvain car il avait entendu des rumeurs de sa mort.
Sur ce, Gauvain retourna au château de Tristan avec ses amis blessés. Tristan accueillit Gauvain, qui ne tenait plus son nom secret. La fille de Tristan utilisa des herbes appelées toscane pour guérir tous les chevaliers.
Le lendemain, Faé Orgueilleux accomplit un miracle, restaurant la tête et les membres du chevalier démembré, et user de son pouvoir pour rendre la vie au chevalier mort. Tous s’émerveillèrent de la magie de Faé Orgueilleux. Le chevalier ressuscité déclara à toute l’assemblée qu’il était Sire Courtois de Huberlant.
Lorsqu’ils partirent le lendemain matin, Tristan souhaita que Gauvain escortât sa fille à la cour d’Arthur, afin qu’elle pût trouver un prétendant plus convenable. Gauvain et Espinogre partirent ensuite avec Faé Orgueilleux et Gomeret, ainsi que leurs bien-aimées, en route vers le château de Codrovain, où séjournait les autres compagnons de Gauvain. Ils passèrent une nuit avec la compagnie de Codrovain et, au matin, tous décidèrent d’accompagner Gauvain sur le chemin du retour.
En chemin vers Caerlion, ils s’arrêtèrent brièvement et Gauvain retrouva le jeune aveugle et les trois dames en deuil. Une fois encore, Gauvain et ses compagnons furent témoins du pouvoir magique de Faé Orgueilleux, qui rendit la vue au jeune homme, qui se nommait Martin.
Gauvain arriva au château de son oncle à Caerlion, avec une compagnie plus nombreuse qu’à son départ. Arthur et sa cour accueillirent joyeusement Gauvain à son retour, et il raconta ses aventures. Celles-ci s’achevèrent par les noces de ses nouveaux amis, qui épousèrent leurs bien-aimées respectives, célébrées par l’évêque Renies de Chester.