Diu Krône

Arthurian Legends

L’auteur allemand Heinrich von dem Türlin écrivit Diu Krône, ou « La Couronne », au début du XIIIe siècle. Ce fut le seul récit où le héros de la quête du Graal fut Gauvain, et non Perceval ou Galaad.

Cependant, Diu Krône ne se limitait pas à l’aventure du Graal. Celui-ci ne constituait qu’une des nombreuses aventures de Gauvain, et la quête n’intervint qu’au Livre 2 de Diu Krône.

Mais mon intérêt pour ce livre se limite à la quête du Graal de Gauvain. J’ai donc omis une grande partie du récit.

Château du Mystère

Bon nombre des aventures de Gauvain dans Diu Krône relatives au Graal sont semblables à celles racontées par Chrétien de Troyes dans le Conte du Graal (v. 1185) et par Wolfram von Eschenbach dans Parzival (v. 1205), à l’exception de l’épisode où Gauvain parvint à percer le mystère du Graal.

Les événements suivants diffèrent de la plupart des récits du Graal.

Gauvain se rendait à un tournoi avec ses compagnons, mais il s’en sépara lorsqu’il laissa ses pensées l’écarter de sa route. Tandis que ses compagnons galopaient vers le tournoi, le cheval de Gauvain errait sans but.

Gauvain ne sortit de sa rêverie qu’en entendant le bruit d’un combat. Il voulut se précipiter vers l’affrontement, mais ne trouva qu’une demoiselle en larmes, montée sur un cheval, avec un chevalier mort derrière elle sur la selle. Elle lui apprit que Parzival (Perceval) avait échoué à poser la question concernant la lance et le Graal. S’il l’avait fait, la malédiction aurait été levée et les souffrances de nombreuses personnes auraient pris fin. Gauvain quitta la demoiselle et le chevalier mort, et reprit sa route dans une autre direction.

Il ne fallut pas longtemps avant qu’il n’entendît un autre combat au loin. Gauvain s’élança pour l’observer. Ce qu’il vit le stupéfia. Il aperçut une compagnie de chevaliers en armure blanche combattant deux adversaires invisibles. Un épée large et une lance étaient maniées par des mains invisibles au-dessus de deux chevaux, massacrant les chevaliers blancs. Tous furent tués.

Gauvain tenta de suivre ces deux cavaliers invisibles en suivant les traces de leurs montures, et au cours de son chemin il fut témoin de visions encore plus étranges.

Il vit une belle jeune fille nue repoussant de grands oiseaux qui tentaient de déchirer la chair d’un géant hideux. Ses efforts furent vains, car les oiseaux mirent le géant en pièces, dévorant sa chair et ses entrailles. La demoiselle fut épargnée. Gauvain aurait voulu comprendre ce qu’il avait vu, mais il ne souhaitait pas perdre la piste des deux assaillants invisibles.

Il vit également une vieille femme montée sur une bête verte dotée de trois cornes, rouant de coups un Maure noir nu. Bien qu’il eût pitié du Maure, il ne vint pas à son secours, car il ne voulait pas affronter la vieille femme.

Dans une forêt, il tomba sur un cheval attaché à un arbre, un bouclier appuyé contre le tronc, une épée dégainée et une fine haubert posés au sol à côté. Une bannière bleue était plantée à proximité, surmontée d’une tête tranchée. Il entendit d’abord deux voix féminines pleurant et se lamentant, sans voir personne. Puis une troisième voix se joignit aux deux autres. Gauvain ne s’attarda pas et poursuivit sa route.

Gauvain arriva ensuite devant un château magnifique aux murs transparents de cristal. Il entendit des demoiselles célébrer joyeusement, mais leurs chants cessèrent à l’arrivée d’un paysan géant et noir brandissant une massue d’acier gigantesque. Le paysan frappa le mur de sa massue, et le mur s’embrasa. De sa massue, le géant poussa les demoiselles dans les flammes, les brûlant toutes vives.

La nuit venue, il se sentit étrangement rafraîchi, car un parfum suave imprégnait l’air nocturne. Gauvain continua donc de chevaucher toute la nuit.

Au matin, il vit un jeune homme richement vêtu, attaché à un lit. Le jeune homme était aveugle, car deux flèches lui transperçaient les yeux. Il éventait une dame morte étendue sur le lit. Assis sur le lit se trouvait un nain couronné, et auprès de la défunte gisait un chevalier mort, une lance brisée enfoncée dans le cœur.

Il arriva ensuite à une rivière, mais ne trouva ni pont ni gué pour la traverser. Il décida donc de la passer à gué. Gauvain mit pied à terre et mena son cheval dans l’eau, mais se retrouva aussitôt en difficulté, car il avait marché dans un marécage et s’enfonçait lentement.

Fort heureusement, une dame vint à son secours, et il s’engagea à lui accorder la faveur de son choix. Elle jeta un petit flacon dans la rivière, ce qui solidifia l’eau suffisamment pour que Gauvain puisse se dégager du marécage et remonter sur l’eau solide. Avec l’aide de la dame, Gauvain tira son cheval du marécage, puis traversa sain et sauf jusqu’à l’autre rive. Ce ne fut qu’alors que l’eau redevint liquide et reprit son cours normal.

Sur la berge, il vit le sable taché de sang, et une lance plantée à travers un surcot. Le surcot portait un message indiquant que son propriétaire avait été tué par cette lance. Quiconque retirerait la lance devrait le venger. La dame, nommée Gener de Kartis, dissuada Gauvain de retirer la lance du surcot, car le chevalier mort (Rahin de Gart) avait assassiné son frère (Humildis) et s’était emparé de ses terres. La faveur qu’elle demanda fut de laisser la lance en place, afin que le chevalier mort demeurât sans vengeance. Gauvain accepta.

Enfin, il arriva à un château où il fut chaleureusement accueilli par un vieux seigneur infirme. Gauvain se rendit à la chapelle pour prier, lorsque soudain le jour se changea en nuit, et il se retrouva seul dans l’obscurité. Gauvain pria Dieu de le protéger, et aussitôt tous les cierges s’allumèrent. Il vit une paire de mains gantées portant une lourde lance, dont la pointe laissait couler un flot de sang. Soudain, un coup de tonnerre retentit, faisant trembler les murs de la chapelle si violemment que les cierges tombèrent au sol, s’éteignant. Dans l’obscurité, Gauvain entendit une plainte terrible et douloureuse qui le fit perdre connaissance.

Lorsqu’il reprit conscience au matin, il entendit des chants mais ne vit aucun prêtre. Gauvain quitta la chapelle, perplexe, et retourna au hall où il retrouva le vieux roi. Cette fois, des chevaliers l’accueillirent, et il partagea un repas avec eux, assis aux côtés du vieux seigneur.

Cette nuit-là, il vit quatre nobles demoiselles, chacune portant des cierges sur des chandeliers d’or. Chacune était plus belle que toutes les femmes qu’il avait vues. Une cinquième femme entra dans le hall, portant un vaisseau de cristal rempli de sang d’une main, et un tube (une paille) de l’autre.

Elles s’avancèrent toutes vers le vieillard sur le lit, et s’agenouillèrent devant le roi. La cinquième demoiselle tendit le tube au roi, qui but le sang du vaisseau de cristal. Et pourtant, malgré qu’il eût bu, le vase demeurait plein. Une fois qu’il eut terminé, les cinq demoiselles quittèrent le hall, retournant d’où elles venaient.

Gauvain brûlait de poser des questions sur ce qu’il avait vu, mais demeura silencieux, car il jugeait impoli d’interroger qui que ce soit pendant le repas. Gauvain décida d’attendre. Mais les chevaliers partirent immédiatement après le repas ; tous quittèrent le hall, laissant Gauvain seul. Il attendit et attendit encore que quelqu’un revînt, afin de satisfaire sa curiosité, mais personne ne revint.

Finalement, Gauvain prit un seul cierge et ralluma les quatre cierges que les demoiselles avaient apportés. Il fut stupéfait de voir que le vieux roi étendu sur le lit était mort. Voyant que tout le château semblait désert, il se rendit à l’écurie, où il dormit auprès de son cheval.

Au matin, il fut surpris de se retrouver dans une prairie, et le château tout entier avait disparu. Son cheval se trouvait à proximité, ainsi que son armure, ses armes et ses autres affaires. Gauvain revêtit son armure, sella son cheval, puis partit.

Informations complémentaires

Sources

Diu Krône ("La Couronne") fut écrit par Heinrich von dem Türlin (XIIIe siècle).

Conte du Graal (v. 1185) fut écrit par Chrétien de Troyes.

Première Continuation (Continuation Psuedo-Wauchier ou Continuation de Gauvain), fin du XIIe siècle.

Parzival (v. 1205) fut écrit par Wolfram von Eschenbach.

Articles connexes

Château des Pucelles

De toute évidence, son aventure au Château du Graal constituait une variante de la première continuation du roman du Graal de Chrétien. À l’instar de Parzival avant lui, Gauvain avait échoué à poser la question lors de son apparition du Graal.

Par la suite, nombre de ses aventures furent semblables à celles du Conte du Graal de Chrétien et du Parzival de Wolfram, que je vais à présent résumer brièvement.

Gauvain rencontra un chevalier nommé Quoikos qui se rendait au tournoi du château de Saorgarda, où le meilleur chevalier du tournoi remporterait la main de la dame Flursensephen, fille du comte Leigamar. Comme dans l’épisode de la Dame à la manche courte du Conte du Graal, Flursensephen se querella avec sa cadette, Quebeleplus, au sujet des deux nouveaux venus. Flursensephen affirma avec dérision que Gauvain et son compagnon étaient des marchands déguisés en chevaliers pour éviter de payer les droits de douane. Quebeleplus reconnut en Gauvain un grand chevalier, bien que nul ne connût sa véritable identité, et le jugea supérieur à Fiers d’Arramis, l’élu du cœur de Flursensephen. Lorsque Flursensephen gifla sa petite sœur, Quebeleplus se rendit auprès de Gauvain pour qu’il combattît en son nom et vengeât l’affront en terrassant Fiers. Gauvain accepta. Le tournoi commencé, Gauvain combattit pour Quebeleplus, désarçonnant et capturant de nombreux chevaliers, dont Fiers et le père de Quebeleplus, Leigamar. Flursensephen s’évanouit à la vue de la défaite de Fiers. Gauvain refusa d’épouser Flursensephen après le tournoi et la donna à Quoikos.

L’aventure suivante de Gauvain rappela le Ajournement du duel de Chrétien, où Gauvain fut l’hôte de la Dame du château de Karamphi. Son frère Angaras, ayant reconnu Gauvain, l’attaqua au château avec ses hommes. Gauvain se défendit à l’aide d’un échiquier, jusqu’à ce que le père d’Angaras mit fin au combat en faisant promettre à Gauvain soit de trouver le Graal en un an, soit d’affronter Angaras en duel. Gauvain accepta.

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant, c’est qu’avant d’arriver à ce château, Gauvain avait rencontré la déesse Enfeidas, qui était à la fois la tante d’Arthur et la reine d’Avalon. Elle était la sœur d’Uterpandragon (Uther Pendragon). C’est elle qui l’avait averti du danger du château de Karamphi.

Comme dans le Château des Merveilles de Chrétien et dans le Parzival de Wolfram, Gauvain vint en aide à un chevalier blessé et à une demoiselle, mais fut trahi. Le chevalier blessé lui déroba son cheval, et il se retrouva avec une rosse. Il récupéra sa monture en désarçonnant l’allié du chevalier blessé. Il accepta l’hospitalité d’un passeur nommé Karadas. De l’autre côté de la rivière, il aperçut un château rempli de demoiselles — d’où son nom de Château des Pucelles —, édifié par le sorcier Gansguoter. Il y apprit que sa propre grand-mère, sa mère et sa sœur (Igern (Igraine), Orcades (Morgawse) et Klarisanz (Clarissant)) vivaient en ce château. Karadas ne parvint pas à dissuader Gauvain d’entrer au Château des Pucelles, car ceux qui y pénétraient n’en revenaient jamais vivants.

Au Château des Pucelles se trouvait un lit merveilleux. Mais ce lit était un piège auquel de nombreux chevaliers avaient imprudemment tenté de dormir. Seul un chevalier n’ayant jamais posé un acte honteux pouvait briser la coutume et la malédiction du château. Lorsque Gauvain s’assit sur le lit, les cloches sonnèrent, provoquant la fermeture de toutes les fenêtres et portes, et cinq cents carreaux d’arbalète furent tirés sur Gauvain. Dieu ou la Fortune le protégea, car il en réchappa sans une égratignure. Gauvain s’endormit aussitôt.

Karadas et les demoiselles du château pleurèrent et se lamentèrent en entendant les cloches et le déchaînement des traits, car ils crurent le chevalier mort. Quatre demoiselles et quatre écuyers se rendirent à la chambre pour retirer le corps du lit et ensevelir la malheureuse victime. Mais à leur grande surprise, ils le trouvèrent vivant et indemne. Ils allèrent faire leur rapport à Igern et racontèrent aux trois reines le miracle dont ils avaient été témoins.

Igern se rendit dans la chambre mortelle avec sa fille et sa petite-fille, et elles comprirent que la malédiction et la coutume touchaient à leur fin. Elles se réjouirent de voir l’étranger vivant (nul ne reconnut Gauvain). Karadas arriva également et fut transporté de joie de voir son hôte survivre.

Gauvain s’éveilla aux cris de désespoir, puis de joie, des dames et des demoiselles. Il bondit sur ses pieds, sans réaliser qu’il était nu. Igern le couvrit d’une couverture. Karadas l’informa qu’il avait survécu au piège du lit, mais qu’il lui fallait maintenant affronter un lion.

Le passeur arma Gauvain en hâte. Une fois armé, l’une des portes s’ouvrit et le lion fondit immédiatement sur Gauvain. Celui-ci en vint vite à bout, tranchant la tête du fauve. Les deux pattes antérieures furent également sectionnées, mais elles restèrent fichées dans son bouclier.

Les reines, les demoiselles et le passeur se réjouirent encore une fois de l’adresse et de la survie de Gauvain. Igern proclama que Gauvain était leur nouveau seigneur, gouvernant le château et les terres environnantes. Elle déclara également que le chevalier pourrait épouser sa fille ou sa petite-fille, sans réaliser que le héros était son propre petit-fils. Gauvain ne souhaitait pas davantage révéler son identité. Il leur demanda de ne pas divulguer son nom avant douze jours.

La suite du récit fut semblable à la 1re Continuation du roman du Graal de Chrétien et au Parzival de Wolfram. Gauvain rencontra un chevalier et seigneur nommé Giremelanz, voisin du Château des Pucelles. Giremelanz était épris de Klarisanz, mais haïssait son frère, Gauvain. Gauvain accepta de remettre un anneau de Giremelanz à sa sœur, mais lorsqu’il dévoila son nom, Giremelanz le provoqua en duel. Gauvain accepta le duel pour douze jours plus tard. Mais le duel n’eut jamais lieu, car Arthur arriva entre-temps. Gauvain révéla son identité à Igern, à sa mère et à sa sœur, et ils furent heureusement réunis avec Arthur. Giremelanz mit fin à son hostilité envers Gauvain lorsqu’il épousa Klarisanz.

La différence la plus notable avec l’aventure de Gauvain au Château des Pucelles fut l’absence de l’Orgueilleuse de Logres du Conte du Graal, connue sous le nom d’Orgeluse dans Parzival.

Comme on peut le constater, la majeure partie des aventures de Gauvain provenait de plusieurs sources différentes, à savoir le Conte du Graal, la 1re Continuation et Parzival, bien qu’Heinrich von dem Türlin y ait apporté çà et là des modifications ingénieuses. Pour l’essentiel, il s’agit des mêmes aventures racontées par Chrétien et Wolfram.

Dans la suite du récit, Gauvain supplanta Perceval/Parzival comme héros de la quête du Graal, si bien que le dénouement fut fort différent et inattendu.

Informations complémentaires

Sources

Diu Krône ("La Couronne") fut écrit par Heinrich von dem Türlin (XIIIe siècle).

Conte du Graal (v. 1185) fut écrit par Chrétien de Troyes.

Première Continuation (Continuation Psuedo-Wauchier ou Continuation de Gauvain), fin du XIIe siècle.

Parzival (v. 1205) fut écrit par Wolfram von Eschenbach.

Articles connexes

Gauvain, Parzival (Perceval), Arthur), Igern (Igraine), Jascaphin d'Orcanie ou Orcades (Morgawse).

Conte du Graal, 1re Continuation.

La Déesse et le Graal

Au départ, Gauvain voyageait en compagnie de ses compagnons — Keii (Kay), Lanzelet (Lancelot) et Kalocreant (Calogrenant) —, mais lorsque la route se divisa, chaque compagnon emprunta un chemin différent.

Voyageant seul, Gauvain poursuivit sa route jusqu’à ce qu’il fût témome d’une série de phénomènes étranges. Du feu jaillit du sol, le contraignant à s’engager dans une direction. Les flammes le menèrent vers un pays nouveau avant de s’éteindre. Dans ce pays, il aperçut un château resplendissant.

Gauvain arriva à un château peuplé de dames et de demoiselles d’une grande beauté. Parmi elles se trouvait une déesse qui accueillit chaleureusement le héros. Elle lui offrit l’hospitalité et lui donna des renseignements sur le voyage à venir. Elle lui dit que s’il la rencontrait à nouveau avec ses cinq compagnes, il devrait poser une question s’il voyait le Graal. Elle le mit en garde contre toute boisson au château du Graal, sous peine de sombrer dans un sommeil drogué. Gauvain devait rester éveillé pour poser la question.

Gauvain quitta ensuite le château et se dirigea dans la direction indiquée par la déesse. Au cours de ce voyage, il fut confronté à plusieurs événements et créatures étranges.

Un jour, il arriva devant un autre grand château, où il vit une troupe de guerriers pénétrer. Gauvain suivit les guerriers et entra dans le château. Ce qu’il découvrit, c’est que le château était désert. Il ne trouva pas un seul être vivant, malgré ses recherches. Même les guerriers avaient disparu. Curieusement, il trouva un grand lit et un hall rempli de mets et de boissons somptueux. Gauvain prit son repas du soir et passa la nuit. Au matin, en s’éveillant, il constata que le château était toujours dépourvu d’habitants, et pourtant des mets frais avaient été disposés sur la table du hall. Gauvain déjeuna avant de quitter le château. À l’instant où il sortit, le pont-levis se leva et il entendit une demoiselle lui dire qu’il devait faire confiance à la dame qui lui avait offert l’hospitalité. Mais lorsque Gauvain regarda, il ne vit personne sur les remparts.

Pendant un mois, il souffrit de grandes privations, car il n’y avait nul abri sur la route qu’il empruntait et fort peu de nourriture dans cette contrée sauvage. Puis soudain, il se retrouva dans un pays nouveau où les arbres regorgeaient de fruits, ce qui lui permit de se refaire des forces.

Il ne fallut pas longtemps avant qu’il ne retrouvât deux de ses compagnons, Lanzelet et Kalocreant. Keii était retenu prisonnier pour avoir tenté de briser une statue. Ils décidèrent de se rendre ensemble au château qu’ils apercevaient. Un écuyer vint à leur rencontre et invita les chevaliers épuisés à se rendre au château de son seigneur.

Dans ce château, ils furent chaleureusement accueillis par le seigneur. Gauvain s’entretint longuement avec le vieux seigneur avant que le repas du soir ne fût servi. Ni le seigneur ni Gauvain ne mangèrent ni ne burent des mets délicieux qui leur furent présentés. Gauvain se souvint de l’avertissement de la déesse concernant la boisson droguée. Il avait mis ses compagnons en garde auparavant, mais ses conseils furent ignorés. Après le repas, Lanzelet et Kalocreant s’endormirent aussitôt. Gauvain refusa tant la nourriture que la boisson, et resta éveillé.

Soudain, Gauvain vit un long cortège d’échansons servir dans le hall. Puis deux nobles demoiselles entrèrent, portant chacune un chandelier à deux bijoux. Ensuite parurent deux écuyers suivant les demoiselles, portant une lance magnifique. Derrière les écuyers arrivaient deux autres nobles demoiselles portant un grand bassin d’or.

Gauvain vit alors la plus belle femme qu’il eût jamais vue pénétrer dans le hall. Elle était somptueusement vêtue et portait une couronne d’or sur la tête. Elle tenait en main une reliquaire. Une autre demoiselle apparut, suivant la femme couronnée, en pleurant. Le seigneur et les autres personnes s’inclinèrent devant la femme. Gauvain reconnut en la femme couronnée la déesse qu’il avait rencontrée plus d’un mois auparavant. Il reconnut également les cinq nobles demoiselles.

Les demoiselles déposèrent le bassin d’or sur la table, tandis que les écuyers appuyaient la lance contre la table, la pointe placée juste au-dessus du bassin. Gauvain fut alors témoin d’un phénomène qu’il jugea impossible : trois gouttes de sang tombèrent de la lance dans le bassin. Ce faisant, la déesse posa la reliquaire sur la table. À l’intérieur se trouvait un pain unique. Le vieux seigneur rompit un morceau du pain et le mangea.

Gauvain ne put contenir son silence plus longtemps et pria le seigneur de lui expliquer le miracle dont il venait d’être témoin. Tous les occupants du hall, chevaliers comme dames, se réjouirent bruyamment de leur délivrance.

Le vieux seigneur répondit, mais ne fit qu’expliquer la malédiction qui le liait. Il ne dit rien du secret du Graal lui-même. Parzival (Perceval) avait lui-même quitté le château couvert de honte, car il n’avait pas posé de question sur ce qu’il avait vu. S’il l’avait fait, la malédiction aurait été levée et le secret du Graal lui aurait été révélé.

La malédiction avait commencé parce que l’un des oncles de Parzival avait perfidement assassiné son propre frère afin de s’emparer de ses terres. Dieu avait puni cet usurpateur pour le fratricide. Nombre des habitants du château avaient péri, y compris le meurtrier et sa famille. Pourtant, bon nombre des défunts, qui étaient innocents, continuaient de vivre dans ce château, comme ils l’avaient fait de leur vivant. Seule la question portant sur le miracle du Graal pouvait accorder aux morts le repos éternel.

Tous les occupants du hall, y compris le vieux seigneur lui-même, étaient morts, à l’exception de la déesse et de ses cinq nobles compagnes. Après avoir récompensé Gauvain d’une épée large des plus magnifiques, le seigneur et sa suite s’évanouirent, car la malédiction avait pris fin, et les vivants pouvaient cesser leur deuil. Le Graal, la lance et les chandeliers disparurent également.

Seules la déesse, ses cinq nobles demoiselles et les deux compagnons endormis de Gauvain demeurèrent dans le hall. La déesse et les demoiselles remercièrent joyeusement Gauvain d’avoir mené sa quête à bien.

Gauvain et ses compagnons regagnèrent ensuite la cour d’Arthur à Karidol (Cardueil), après avoir délivré Keii.

Informations complémentaires

Sources

Diu Krône ("La Couronne") fut écrit par Heinrich von dem Türlin (XIIIe siècle).

Conte du Graal (v. 1185) fut écrit par Chrétien de Troyes.

Première Continuation (Continuation Psuedo-Wauchier ou Continuation de Gauvain), fin du XIIe siècle.

Parzival (v. 1205) fut écrit par Wolfram von Eschenbach.

Articles connexes

Gauvain, Lanzelet (Lancelot), Parzival (Perceval), Keii (Kay).

Créé :16 décembre 2001

Modifié :22 juillet 2024