Sire Perceval

Arthurian Legends

Le chevalier du Graal originel. La légende de Perceval trouva son origine dans le roman médiéval de Chrétien de Troyes intitulé Conte du Graal (« Histoire du Graal »), également connu sous le titre Perceval, rédigé vers 1180. Le public fut aussitôt captivé par le héros Perceval et par l’objet mystérieux connu sous le nom de Graal. Chrétien étant décédé avant d’avoir achevé cette œuvre, plusieurs auteurs contemporains et ultérieurs tentèrent de compléter son récit ou de réécrire leur propre version de Perceval. Depuis la mort de Chrétien, de nombreux récits dérivés consacrés à Perceval et au Graal furent ainsi composés.

Le problème réside dans le caractère particulièrement vague de l’ensemble du récit, qu’il s’agisse de l’emplacement du Graal, de la nature même de cet objet ou de la famille de Perceval.

Famille de Perceval

Puisque le Perceval de Chrétien ne nommait aucun membre de sa famille, d’autres auteurs s’attachèrent à attribuer des noms à chacun de ses proches.

Selon Chrétien, nous savons que son père et ses deux frères périrent au combat. Sa mère s’efforça de tenir Perceval dans l’ignorance des coutumes chevaleresques et de la vie de cour en vivant dans une forêt isolée connue sous le nom de la Terre Gaste. Perceval devait plus tard rencontrer une cousine qui avait vécu avec lui et sa mère lorsque Perceval était encore très jeune. Il rencontra également deux oncles : l’un était le Roi Pêcheur qui résidait dans le Château du Graal, et l’autre était un ermite. Ces deux oncles ainsi que sa cousine appartenaient à la famille maternelle. L’une des continuations de l’œuvre de Chrétien mentionne que Perceval avait une sœur.

Son père se nommait Alain li Gros dans la trilogie de Robert de Boron consacrée au Graal (v. 1200), le Didot Perceval (v. 1205) et le Haut Livre du Graal, plus communément appelé Perlesvaus (v. 1210). Sa mère se prénommait Yglais, mais ce nom n’apparaît que dans le Perlesvaus ; ce même texte indique qu’il avait également une sœur nommée Dindraine (ou Dandrane). Aucun frère n’est mentionné dans ces trois récits.

Contrairement à la plupart des romans du Graal, le Joseph d’Arimathie de Boron et le Didot Perceval affirment que le Roi du Graal (c.-à-d. le Roi Pêcheur ou le Roi Méhaigné) appartenait à la lignée paternelle. Dans les autres romans du Graal, le Roi Pêcheur relevait généralement de la branche maternelle (par ex. le Conte du Graal, Parzival, Perlesvaus).

À la différence du Perceval de Chrétien, le Didot Perceval indiquait que son grand-père était le Roi Pêcheur infirme, nommé Bron (ou Hébron). En revanche, dans le Perlesvaus, le Roi Pêcheur était son oncle maternel, conformément aux romans de Chrétien et de Wolfram.

Selon le poème allemand intitulé Parzival (v. 1205), composé par Wolfram von Eschenbach, Gahmuret et Herzeloyde étaient les parents de Parzival. Il avait un demi-frère nommé Feirefiz, fils de Gahmuret et de Belacane. Le Roi Pêcheur était son oncle maternel, Anfortas.

Selon l’un des romans gallois du Mabinogion, intitulé Peredur fils d’Evrawg (milieu du XIIIe siècle), le héros se nommait Peredur. On y découvre l’identité de son père, nommé Evrawg, qui était comte. Cette fois, il avait six frères morts au combat. Sa mère demeure innommée. Il avait deux oncles. L’un d’eux, l’homme chenu qui enseigna à Peredur l’art du combat, reprit le rôle de seigneur Gornemant de Gohort dans le Conte du Graal de Chrétien. L’autre oncle correspondait au Roi Pêcheur de Chrétien.

Dans la Queste del Saint Graal (roman du Cycle vulgate, v. 1230), le rôle de Perceval dans l’aventure du Graal fut supplanté par un nouveau chevalier nommé Galaad, fils de Lancelot. Le père de Perceval fut identifié comme le roi Pellehen, et il avait une sœur, tantôt innommée, tantôt appelée Dindraine. Ses frères étaient Agloval et Drian. Il n’était plus apparenté à la famille du Graal, c’est-à-dire au Roi Pêcheur. Toutefois, dans la version post-vulgate, le père de Perceval était le roi Pellinor, chasseur de la Bête Glapissante, tandis qu’un autre frère s’ajoutait au récit vulgate : Lamorat ou Melodiam, ainsi qu’un demi-frère nommé Tor.

Dans le Cycle vulgate, les familles de Gauvain et de Perceval entretenaient des rapports amicaux, mais dans la Suite du Graal post-vulgate (v. 1250), dans le Tristan en prose (v. 1245) et dans le Le Morte d’Arthur de Thomas Malory (1469), une vendetta opposait les deux lignées. Pellinor ayant tué le père de Gauvain, le roi Lot, au combat, Gauvain et ses frères se vengèrent sur Pellinor et ses fils, à l’exception de Perceval.

Si ce qui précède vous semble quelque peu confus, le tableau ci-dessous devrait clarifier les choses. La difficulté provient du fait que chaque source peut attribuer des noms différents aux personnages. Nous n’avons inclus que les parents et les frères et sœurs de Perceval dans le tableau ci-dessous, omettant ses cousins, tantes et oncles. Pour davantage de détails sur la famille de Perceval, nous vous suggérons de consulter les arbres généalogiques de la famille du Graal.

SourcesNomPèreMèreFrèresSœur
Conte du Graal
(Chrétien de Troyes)
Percevalinnomméinnommée2 frères innommés
Peredur MabinogionPeredurEvrawginnommée6 frères innommés
Perceval
Robert de Boron
PercevalAlain le Grosinnommée
Didot PercevalPerceval li GaloisAlain li Grosinnommée
PerlesvausPerlesvausAlain le GrosYglaisDindraine ou Dandrane
Parzival
Wolfram von Eschenbach
ParzivalGahmuretHerzeloydeFeirefiz
Romans du Cycle vulgatePercevalPellehaninnomméeAgloval, Drianinnommée ou Dindraine
Suite du Merlin
(Post-Vulgate)
PercevalPellinorinnomméeLamorat ou Melodiam, Agloval, Drian ; Tor (demi-frère)innommée ou Dindraine
Le Morte d’Arthur
Sir Thomas Malory
PercevalPellinoreinnomméeLamorak, Agloval, Driant ; Tor (demi-frère)innommée

Le fou ou le héros ?

Perceval fut le héros du Graal par excellence (voir le Conte du Graal de Chrétien de Troyes). Des récits tels que Parzival (composé par Wolfram von Eschenbach, v. 1205) suivirent le début du Conte du Graal, plus ou moins fidèlement. Au moment du Cycle vulgate (v. 1230), Galaad le remplaça comme héros des légendes du Graal, bien qu’il conservât un rôle essentiel.

Perceval était souvent dépeint comme un jeune homme simple, d’une innocence maladroite. En tant que chevalier, il possédait une force considérable et des aptitudes naturelles pour la joute et l’escrime. Son ignorance provenait du fait que sa mère l’avait tenu dans l’ignorance de son père et de ses frères, tous chevaliers. Ne voulant pas perdre son fils, elle évitait de mentionner la vie des nobles et des chevaliers. Perceval souhaitait devenir chevalier et quitta le foyer après avoir aperçu quelques chevaliers traversant la forêt où il vivait avec sa mère.

Ne parvenant pas à le convaincre de rester, sa mère l’habilla d’un manteau de daim, d’une chemise et d’une braie dépareillées, si bien qu’il avait l’allure d’un paysan ou d’un fou. Il chevaucha une haridelle en quête du roi Arthur pour être adoubé. Elle espérait qu’en le faisant paraître ridicule, son fils échouerait dans sa quête de chevalerie et reviendrait au logis. Mais elle mourut de chagrin lorsque son fils l’abandonna.

Certains des conseils qu’elle prodigua à son fils le firent paraître simple et grossier. Par exemple, embrasser une demoiselle, lui prendre son anneau et dévorer la nourriture. En l’occurrence, il agressa la demoiselle comme un lubrique et déroba son anneau et sa broche comme un larron.

Lorsqu’il parvint enfin à la cour d’Arthur, Perceval se montra impoli envers le roi, et Keu le Sénéchal le prit pour un sot, se moquant de lui avant de l’envoyer affronter le Chevalier Rouge afin de devenir chevalier.

Selon Peredur fils d’Evrawg (milieu du XIIIe siècle), ses deux oncles lui enseignèrent l’art de l’épée. L’un d’eux reprit le rôle du seigneur Gornemant de Gohort de Chrétien, tandis que le second correspondait au Roi Pêcheur. Le second oncle demanda à Peredur de prendre une épée et de frapper une colonne de fer. La colonne et l’épée se brisèrent en deux. Il lui fut enjoint de rassembler les morceaux et de les réunir. Ce qu’il fit, l’épée et la colonne furent restaurées. Il lui fut demandé de recommencer : briser l’épée et la colonne, puis les réunir à nouveau. La troisième fois qu’il brisa l’épée et la colonne, il ne put les rétablir dans leur état initial. Son oncle déclara qu’il était le meilleur bretteur du royaume, bien que Peredur n’eût acquis que les deux tiers de sa force.

Peredur passa également trois semaines à apprendre l’équitation et l’entraînement au combat auprès des neuf sorcières de Gloucester.

Ce fut le seigneur Gornemant de Gohort (dans le Conte du Graal) et le premier oncle chenu de Peredur (dans Peredur) qui conseillèrent au héros de ne pas poser trop de questions, ce qui amena la rencontre avec le Roi Pêcheur, estropié et rongé par la souffrance. Perceval n’était donc pas entièrement responsable de sa réticence lorsqu’il fut témoin de la procession du Graal. Mais Perceval aurait dû faire preuve de discernement quant au moment de poser des questions et au moment de se taire. Sa réticence entraîna de grandes souffrances et la dévastation des royaumes de Bretagne.

Dans la Queste del Saint Graal (Cycle vulgate), il était simple au point d’en paraître sot. Perceval semblait également avoir un tempérament puéril, particulièrement lorsque les événements ne tournaient pas à son avantage.

Perceval comptait parmi les chevaliers de la Table Ronde. En tant que chevalier, il était souvent appelé le Chevalier Rouge, car il avait conquis son cheval, son armure et son arme en tuant le Chevalier Rouge de Quinqueroy (connu sous le nom d’Ither de Gaheviez dans le Parzival de Wolfram) à la cour d’Arthur.

Dans le Conte du Graal, il incarnait le Beau Inconnu. Il s’agit du motif où le héros ignore jusqu’à son propre nom. Le héros était généralement élevé sans connaître son nom, et parfois même sans connaître celui de ses véritables parents. Il n’apprenait son nom qu’après avoir vaincu son adversaire lors de sa première aventure. De nombreux héros jouèrent ce rôle du Beau Inconnu, notamment Lancelot dans le Cycle vulgate et Gauvain dans l’Ascension de Gauvain. Le plus célèbre des Beaux Inconnus était Guinglain, le fils de Gauvain. Voir le Beau Inconnu dans les Récits des Chevaliers.

C’est ainsi qu’il était généralement identifié comme le Chevalier Rouge. Dans le Didot Perceval, la sœur de Gauvain, Élaine, était éprise de lui. C’est elle qui offrit à Perceval l’armure et l’écu vermillons. Dans le Perlesvaus, il portait d’abord l’écu rouge orné d’un cerf blanc. Il combattit ensuite sous un déguisement de Chevalier Blanc au tournoi de la Lande Cramoisie. Il se rendit à la cour du roi Arthur pour y chercher l’Écu de Joseph d’Arimathie.

Dans le Conte du Graal, il portait l’épée que lui avait offerte le Roi Pêcheur.

Perceval fut invité par le Roi Pêcheur à séjourner au Château du Graal. On lui reprocha de n’avoir pas posé de questions au sujet du Graal ni de la Lance qui saigne. S’il avait posé les questions requises, les blessures du Roi Pêcheur auraient été guéries et la terre stérile autour du Château du Graal aurait été restaurée. Perceval quitta la cour d’Arthur, en quête du Château du Graal, afin de réparer sa faute. Cependant, Chrétien n’acheva jamais son récit. De nombreux autres auteurs tentèrent de compléter cette légende mystérieuse.

Dans la version vulgate (Queste del Saint Graal), Galaad était le héros, mais Perceval et sir Bohort accompagnaient Galaad dans la Quête.

Sa sœur apparut dans plusieurs récits ultérieurs. La version la plus remarquable fut relatée dans le Cycle vulgate. Bien qu’elle se désignât comme la fille de Pellehen, elle ne révéla jamais son nom. Celui-ci était probablement Héliabel ou Dindraine. Ce fut la sœur de Perceval qui guida Galaad vers un navire enchanté, et qui connaissait l’histoire de l’Épée à la Ceinture Merveilleuse. Elle sacrifia sa vie pour guérir une femme de la lèpre (voir la Mort de la Pucelle). Son corps fut déposé dans une petite barque qui dériva jusqu’à la cité de Sarras, le dernier refuge du Graal.

Après avoir découvert le Graal et avoir suivi Galaad jusqu’à Sarras, ils trouvèrent la barque de sa sœur, conformément à ce qu’elle avait prédit. Ils l’inhumèrent à Sarras. Perceval et Bohort demeurèrent auprès de Galaad jusqu’à sa mort. Ils ensevelirent Galaad auprès de la sœur de Perceval. Perceval se retira dans un ermitage, où il mourut un an plus tard. Perceval fut inhumé aux côtés de sa sœur et de Galaad. (Voir la Quête du Saint Graal (Queste del Saint Graal) pour le récit intégral.)

Dans le Perceval de Robert de Boron et le Didot Perceval, le père de Perceval était Alain le Gros (le Roi Pêcheur), tandis que son grand-père était Bron, le Riche Pêcheur.

Selon ces deux œuvres, Perceval ne conquit pas le Graal, mais en revint héritier du trône du Gardien du Graal. À la mort de Bron, Perceval devint le nouveau Gardien du Graal et roi. Perceval fut le dernier Gardien du Graal. Lorsqu’il mourut, le Graal et la lance disparurent, très probablement emportés au ciel.

Dans le Mabinogion, où Perceval est connu sous le nom de Peredur, le récit diffère de celui de Chrétien de Troyes. Peredur était le fils d’Evrawg et avait six frères. Lorsque son père et ses frères furent tués au combat, sa mère s’efforça d’élever son plus jeune fils dans la forêt sauvage, à l’abri de toute connaissance du monde extérieur. (Voir Peredur, dans la Légende du Graal.)

Certaines de ses aventures présentaient des parallèles avec le Conte du Graal et la Seconde Continuation. Dans le récit gallois, on trouve un roi estropié et la procession de la lance qui saigne. L’objet suivant dans la procession était une tête coupée posée sur un plat, baignant dans le sang, au lieu du Graal. La tête appartenait au cousin de Peredur, tué et décapité par les neuf sorcières de Gloucester. En fin de compte, Peredur vengea son cousin en mettant à mort les neuf sorcières.

Dans le Parzival de Wolfram von Eschenbach (v. 1200), le héros s’appelait Parzival ou Parzifal, et était le fils de Gahmuret et d’Herzeloyde. Il avait un demi-frère nommé Feirefiz. Parzival épousa Condwiramurs et fut le père de Loheranrin et de Kardeiz II.

Informations connexes

Nom

Perceval.
Peredur (gallois).
Peredur Longue Lance.

Perlesvaus ;
Par-lui-fet (apparence dans Perlesvaus, signifiant "fait par soi-même").

Parzival, Parzifal, Parsifal (allemand).

Perceval de Gales (le Gallois).

Beau Fils.
Chevalier Rouge, Bon Chevalier.

Créé :4 février 2000

Modifié :1 mai 2024