Origine de la Table Ronde
Dans cette section des Légendes Arthuriennes, la Table Ronde présente des informations et quelques récits concernant les Chevaliers de la Table Ronde. Je n’envisagerais même pas d’énumérer tous les chevaliers de la Table Ronde, car chaque auteur propose une liste différente. Toutefois, je mentionnerai tous les chevaliers les plus illustres qui jouèrent un rôle éminent dans les légendes.
La liste la plus exhaustive se trouve dans le roman post-vulgate du Graal (78:49-51), qui comporte 110 noms sur les 150.
- Selon Wace et Layamon
- Boron et le Cycle Vulgate
- Siège Périlleux
- La Table Ronde aux Mille Couleurs
- Rêves imparfaits
Origine de la Table Ronde
La confrérie de la Table Ronde s’apparentait à celle des ordres militaires médiévaux, les Hospitaliers (1113) et les Templiers (1119), fondés lors de la Première Croisade. Chaque ordre possédait ses propres règles ou coutumes, notamment quant à la couleur ou aux armoiries qu’ils pouvaient arborer sur leurs boucliers, surcots, bannières, etc.
Selon Wace et Layamon
Geoffrey de Monmouth est généralement considéré comme l’un des premiers à avoir donné vie à l’univers arthurien, bien qu’il existe des œuvres antérieures, des références et des traditions orales éparses provenant du Pays de Galles et de Bretagne. Cependant, dans son Historia regum Britanniae (« Histoire des rois de Bretagne », v. 1137), bon nombre d’éléments essentiels constitutifs du monde arthurien n’apparaissent pas dans son œuvre. Les héros Lancelot et Perceval demeurent introuvables. On n’y trouve ni Camelot, ni Saint Graal, et surtout, point de Table Ronde.
Il fallut attendre 1155, lorsqu’un auteur anglo-normand originaire de Jersey nommé Wace rédigea son Roman de Brut en français et introduisit la Table Ronde dans la légende arthurienne. Toutefois, la version de Wace différait de ce que nous connaissons communément aujourd’hui de la Table Ronde.
Les chevaliers étaient généralement de naissance noble : il s’agissait le plus souvent de rois et de princes, de ducs, de comtes et de barons. Ils constituaient l’épine dorsale de l’armée, car ils étaient les seuls à pouvoir assumer le coût élevé des armures et des armes, ainsi que celui de l’entraînement et de l’entretien d’un cheval de guerre.
Lorsque les chevaliers assistaient à une fête ou à un conseil dans la grand-salle du roi, ceux qui siégeaient en tête de table bénéficiaient généralement d’une préséance sur les autres. Ces chevaliers éprouvaient envie ou jalousie à l’égard de ceux de rang supérieur. Parfois, les chevaliers en venaient aux mains pour déterminer qui occuperait la place d’honneur en tête de table.
Pour résoudre ces problèmes, Arthur fit construire une table de forme ronde. L’ingéniosité de ce design rendait tous les chevaliers égaux, qu’ils fussent roi ou simple baron. Nul ne jouissait d’une préséance sur autrui.
Les chevaliers de la suite d’Arthur devinrent connus sous le nom de « Chevaliers de la Table Ronde ». Ces chevaliers étaient des héros, renommés pour leur force et leur courage, ainsi que pour leur habileté au combat et à la guerre. Ils jurèrent de protéger le roi et le royaume.
Layamon, l’auteur anglais du Brut (v. 1200), qui rédigea une adaptation de l’œuvre de Wace, développe davantage l’origine de la Table Ronde.
Ainsi, la Table Ronde trouva en réalité ses origines dans une tradition plus utilitaire, celle de l’opportunité politique. Il n’y avait aucune composante magique ou mystique qui apparaîtrait plus tard au cours de ce siècle ou au début du siècle suivant. (Voir la Vie du roi Arthur, pour la tradition primitive.)
Notons qu’à cette époque, il n’existait encore aucun Graal à rechercher, ni héros tels que Perceval ou Galaad.
Boron et le Cycle Vulgate
Lorsque le roman du Graal s’enracina plus fermement dans la légende arthurienne, la Table Ronde fut directement ou indirectement associée au Graal. La table ne devint pas un simple mobilier destiné à asseoir les chevaliers d’Arthur, ni un moyen de résoudre un problème de préséance entre chevaliers.
Bien que l’écrivain français Chrétien de Troyes fût le premier à écrire sur le Graal et le héros Perceval (v. 1180, dans le Conte du Graal), la Table Ronde n’était alors nullement liée au Graal. Il fallut attendre environ 1200 pour que Robert de Boron, poète français, rédige sa trilogie, et que la Table Ronde s’entrelace plus étroitement avec le Graal.
Selon Boron et le Cycle Vulgate (1227-1235), la Table Ronde fut conçue et créée par Merlin, sous le règne d’Uther Pendragon, père d’Arthur.
Merlin s’inspira des tables de la Cène et de Joseph d’Arimathie comme modèles pour la Table Ronde (Voir l’Origine du Saint Graal, à propos de Joseph d’Arimathie et de la Table du Graal). La Queste del Saint Graal indique que Merlin façonna la table ronde car il souhaitait qu’elle symbolisât la rotondité de la Terre.
Cependant, à la mort d’Uther, la Table Ronde fut confiée au roi Léodégan (Leodegraunce) de Camelide (Camelerd), l’un de ses alliés et le père de Guenièvre. Lorsqu’Arthur épousa Guenièvre, Léodégan offrit la Table Ronde à Arthur en guise de présent de noces, accompagnée de cent chevaliers de sa cour.
La Table Ronde pouvant accueillir 150 chevaliers, ce fut Merlin qui aida Arthur à choisir les cinquante derniers. Chaque siège (siège) portait le nom du chevalier inscrit de façon magique au dossier, en lettres d’or. Un siège, cependant, demeura vacant jusqu’à l’apparition du chevalier du Graal. L’archevêque de Canterbury bénit les membres assis autour de la Table Ronde.
Bien que la plupart des auteurs affirment que la Table Ronde pouvait accueillir 150 chevaliers, ce nombre pouvait varier selon l’œuvre consultée. Dans le Perlesvaus (Le Haut Livre du Graal) et Li chevaliers as deus espees (Le Chevalier aux Deux Épées), on dénombrait 366 chevaliers.
Le siège inoccupé était appelé le Siège Périlleux. Voir Siège Périlleux.
Siège Périlleux
À mesure que la légende évoluait et que les récits du Graal s’enracinaient plus solidement dans la légende arthurienne (aux XIIIe-XIVe siècles), il ne restait qu’un seul siège vacant, celui qu’aucun autre chevalier ne pouvait occuper : le « Siège Périlleux ».
À l’instar de la table de Joseph d’Arimathie (Table du Graal), un seul des sièges demeurait vacant. Le Siège Périlleux était réservé au véritable chevalier du Graal et resterait inoccupé jusqu’à l’apparition du héros du Graal. Quiconque s’y asseyait périrait. Ni Joseph d’Arimathie, ni son beau-frère Bron, ni Alain le Gros, fils de Bron, ne pouvaient s’asseoir sur le Siège Périlleux de la Table du Graal. Perceval était destiné à occuper ce siège périlleux.
Il convient de noter que la Table du Graal — édifiée par Joseph d’Arimathie — et la table conçue par Merlin étaient deux tables distinctes. La Table du Graal représentait la table de la spiritualité, tandis que la Table Ronde était celle de la confrérie séculière des chevaliers arthuriens. La Table Ronde constituait un symbole du pouvoir d’Arthur, au même titre que son épée Excalibur et sa demeure de Camelot.
Selon la majeure partie de la légende, le chevalier du Graal était Perceval, pour lequel le siège était réservé, jusqu’à la composition du Cycle Vulgate vers 1230. Galaad reprit alors le rôle de Perceval en tant que nouveau chevalier du Graal.
Le véritable héros du Graal devait être un chevalier au cœur pur, non seulement chaste, mais encore vierge et exempt de péchés. Ce chevalier était Galaad (Perceval selon Boron), fils de Lancelot, le seul chevalier capable de comprendre le mystère du Saint Graal.
La Table Ronde aux Mille Couleurs
Comme je l’ai mentionné précédemment, la Confrérie de la Table Ronde ressemblait en bien des points aux ordres de chevalerie du monde médiéval de l’époque.
Les ordres militaires virent le jour lors de la Première Croisade en 1095, lorsque les Croisés entreprirent d’établir des hôpitaux pour ceux qui servaient en Terre sainte (Palestine). Ils avaient pour vocation de soigner les pèlerins malades et les chevaliers blessés ayant combattu les Musulmans. Les deux premiers ordres furent établis en Terre sainte. Les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, communément appelés Hospitaliers (1113), et l’Ordre du Temple de Salomon, plus simplement connus sous le nom de Templiers (1119). Ces deux ordres furent par la suite reconnus à l’échelle internationale, ainsi que par le Pape.
D’autres ordres furent fondés, parfois à l’initiative de souverains. En Allemagne, l’ordre le plus célèbre était l’Ordre Teutonique (1189-1525). Les Chevaliers Teutoniques furent établis lors de la Troisième Croisade, mais quittèrent la Terre sainte en 1291 ; ils s’installèrent alors en Hongrie, puis envahirent et occupèrent la Prusse. En Angleterre, durant la Guerre de Cent Ans, Édouard III fonda l’Ordre de la Jarretière en 1348. À peu près à la même époque, Philippe VI établit un ordre rival de la Jarretière, connu sous le nom de Chevalier d’Étoil.
Ces ordres portaient des surcots et boucliers particuliers. Les Templiers arboraient un surcot blanc orné d’une croix rouge, tandis que les chevaliers de l’Ordre Teutonique portaient un surcot blanc à croix noire. Certains de ces ordres possédaient également une devise ou un cri de guerre distinctif.
Contrairement à ces ordres militaires médiévaux, Arthur n’imposa jamais de telles règles ni de dessins héraldiques à ses chevaliers. Chacun portait l’armure, le surcot ou le bouclier de son choix. Certains chevaliers arboraient des armoiries sur leurs boucliers ou surcots afin d’être reconnus. Souvent, un chevalier se contentait d’une couleur unie, les plus courantes étant le blanc, le noir, le rouge, le vert ou le bleu.
Dans le Conte du Graal et d’autres récits consacrés à Perceval, Perceval était généralement désigné comme le Chevalier Rouge, car le jeune homme inexpérimenté avait tué un Chevalier Rouge qui avait renversé du vin sur la reine Guenièvre. Dans l’épisode de Sir Gaheris, dans le Le Morte d’Arthur (1469) de Sir Thomas Malory, le frère de Gauvain était le Chevalier Blanc.
Le grand héros Lancelot portait l’armure et le bouclier qu’on lui confiait, car il aimait voyager incognito, afin que nul ne le reconnût. Particulièrement lorsqu’il s’engageait dans une aventure ou participait à un tournoi. Dans le Lancelot en prose (Cycle Vulgate, v. 1227), Lancelot fut d’abord adoubé Chevalier Blanc, la Dame du Lac lui ayant fourni son armure et son arme, mais il changea d’armure à de multiples reprises. Il fut également le Chevalier Rouge, le Chevalier Vert, puis le Chevalier Noir. Cela lui causa souvent bien des ennuis.
Les boucliers des chevaliers portaient parfois des représentations d’animaux, ou bien une couronne ou une épée. Parfois, les boucliers n’arborient qu’une seule couleur, ou bien une ou deux bandes. Comme je l’ai dit, il n’existait aucune contrainte ni règle à cet égard dans la légende arthurienne. Selon l’historien du IXe siècle Nennius, Arthur emporta au combat un bouclier orné d’une image de la Vierge Marie.
En dépit de cette absence d’uniformité au sein de la confrérie, Arthur et ses chevaliers possédaient un cri de guerre qu’ils poussaient — « Clarence ! ».
Rêves imparfaits
Merlin était un prophète et enchanteur capable de percer le passé et de scruter l’avenir. Merlin avait entrevu la quête du Graal. Merlin, fils d’un démon et d’une pieuse vierge, devint le champion de la cause d’Arthur et des Chevaliers de la Table Ronde. Merlin considérait que le règne d’Arthur représentait la meilleure chance de forger un monde parfait.
Merlin s’inspira de la table de la Cène et de la table de Joseph d’Arimathie comme modèles pour la Table Ronde. La Table Ronde devint ainsi un lien avec le Graal.
La Table Ronde revêtait des significations symboliques et mystiques plus profondes. Merlin créa la table pour qu’elle évoquât la rotondité du monde. Merlin rêvait de façonner un monde parfait en créant la Table Ronde. La Table Ronde devint le symbole du courage et de la chevalerie.
La table représentait bien plus qu’un simple douaire de Guenièvre. En quelque sorte, Guenièvre symbolisait le royaume de Logres (Bretagne). Arthur, roi de Logres, n’était pas seulement uni à Guenièvre par les liens du mariage ; il était marié à la terre. Ce lien entre les souverains et la terre qu’ils épousaient constituait un thème récurrent dans les mythes celtiques.
Bien que la Table Ronde représentât le monde, il s’agissait d’un monde imparfait, car les chevaliers étaient faillibles (à l’exception de Galaad, spirituellement parfait). Les chevaliers étaient imparfaits et sujets aux défaillances humaines.
Les conséquences de la Quête, lorsque le Graal disparut du monde, signifièrent également le retrait de la grâce divine de Logres. Bien que l’enchantement pesant sur Logres fût levé et que le Roi Méhaigné fût guéri, le salut ne vint pas pour la Confrérie de la Table Ronde. Au contraire, ils furent punis pour leurs fautes et leurs péchés.
L’une des défaillances les plus notables de la Table Ronde fut celle de Lancelot, le plus grand chevalier du monde, épris de la reine Guenièvre. Lancelot et Guenièvre commirent adultère, ternissant ainsi l’honneur de la Table Ronde. La guerre qu’Arthur mena contre Lancelot scinda la Table Ronde en deux factions et l’affaiblit terriblement lorsque Mordred le trahit.
Une autre défaillance fut celle de Mordred, qui appartenait également à la Table Ronde et qui naquit de l’inceste entre Arthur et sa demi-sœur Morgawse. Mordred laissa sa propre convoitise du pouvoir et son désir pour l’épouse de son père (Guenièvre) s’emparer du royaume durant l’absence d’Arthur.
Un autre facteur qui précipita la fin de la Table Ronde fut l’orgueil d’Arthur. Malgré l’avertissement reçu en songe par Gauvain, son refus de demander l’aide de Lancelot dans la guerre contre Mordred hâta sa propre perte.
Leurs péchés provoquèrent la chute de la Table Ronde et mirent fin aux rêves imparfaits d’Arthur et de Merlin.
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Articles connexes
Arthur, Uther Pendragon, Merlin, Joseph d'Arimathie, Guenièvre, Lancelot, Perceval, Galaad, Mordred.
Saint Graal.
Table Ronde (Tradition primitive)
Le Mariage et la Table Ronde
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- Faits et chiffres
- Généalogie
- Bibliographie (Sources arthuriennes)
