Merlin

Arthurian Legends

L’une des figures les plus fascinantes de la mythologie galloise et de la légende arthurienne est Merlin, le grand magicien, prophète et conseiller de plusieurs rois, dont le roi Arthur.

Dans cette page, nous examinerons de plus près le rôle que joua Merlin, ainsi que nous essaierons de reconstituer ce qui lui arriva dans ses dernières heures.

Les Multiples Visages de Merlin

Merlin est un personnage complexe. Sa nature est à la fois énigmatique et paradoxale. Il est à la fois magicien, guerrier, poète, prophète et conseiller royal. De nombreux auteurs médiévaux ont écrit sur lui, chacun apportant sa propre version de Merlin, ce qui rend parfois difficile de séparer les différentes traditions.

Le Merlin que la plupart des gens connaissent provient des légendes arthuriennes postérieures. Il est souvent dépeint comme un magicien âgé portant une longue barbe et une robe de sorcier, un chapeau pointu et tenant un bâton. Cette image stéréotypée du magicien fut popularisée par les adaptations modernes.

La légende de Merlin est en réalité née de deux personnages distincts de la tradition galloise. Le premier était Myrddin Wyllt (Merlin le Sauvage), un barde et prophète qui, selon la légende, devint fou après avoir witnessed une terrible bataille, et se retira dans la forêt de Caledon en Écosse, vivant comme un homme sauvage. Le second était Myrddin Emrys (Merlin Ambrosius), un jeune prophète qui apparut dans l’Historia Brittonum de Nennius.

Geoffroy de Monmouth combina ces deux personnages dans ses œuvres, l’Historia regum Britanniae (c. 1137) et la Vita Merlini (c. 1152), créant le Merlin que nous connaissons aujourd’hui.

Merlin

Merlin
Gustave Doré
Gravure sur bois

Le Jeune Prophète

La première apparition significative de Merlin dans la littérature se trouve dans l’Historia Brittonum (Histoire des Bretons) attribuée à Nennius (IXe siècle), où un garçon sans père nommé Ambrosius (Emrys en gallois) fut découvert par les conseillers du roi Vortigern. Vortigern avait essayé de construire une tour, mais chaque nuit, les murs s’effondraient. Ses mages lui dirent qu’il devait trouver un garçon sans père et sacrifier son sang pour asperger les fondations. Les envoyés du roi trouvèrent Ambrosius à Carmarthen (Caerfyrddin en gallois), qui fut amené devant le roi.

Cependant, le garçon révéla la véritable raison de l’effondrement de la tour : sous les fondations se trouvait un lac souterrain abritant deux dragons — un rouge et un blanc — dont la lutte causait l’effondrement des murs. Ambrosius ordonna de drainer le lac, et les dragons apparurent. Le dragon rouge représente les Bretons, tandis que le dragon blanc représente les Saxons. Ambrosius prophétisa que le dragon rouge chasserait finalement le dragon blanc, symbolisant la victoire finale des Bretons sur les envahisseurs saxons.

Dans l’Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth (c. 1137), ce récit fut développé et le garçon fut nommé Merlin Ambrosius (Myrddin Emrys en gallois). Geoffroy ajouta que Merlin utilisa sa magie pour transporter les mégalithes du mont Killaraus en Irlande jusqu’à Stonehenge, en Angleterre, pour ériger un mémorial aux nobles bretons massacrés par les Saxons lors de la trahison de la nuit des longs couteaux.

Informations Connexes

Sources

Historia Brittonum fut écrit par Nennius (IXe siècle).

Historia regum Britanniae (« Histoire des rois de Bretagne », c. 1137) fut écrit par Geoffroy de Monmouth.

Articles Connexes

Arthur, Uther, Vortigern.

L’Homme Sauvage des Bois

La Vita Merlini (La Vie de Merlin, c. 1152) de Geoffroy de Monmouth présente un Merlin très différent. Ce Merlin était un roi et un guerrier qui devint fou après avoir assisté à une bataille sanglante. En proie à la folie, il s’enfuit dans la forêt de Caledon, où il vécut comme un homme sauvage, mangeant des racines et des baies sauvages, et dormant nu sous les étoies.

Dans cet état de folie, Merlin acquit le don de prophétie. Il pouvait prédire l’avenir et comprendre les secrets de la nature. Sa femme, Gwenddydd (Gwendoloëa dans certaines versions), et son ami, le poète Taliesin, essayèrent de le ramener à la civilisation, mais Merlin préféra sa vie dans la forêt.

La Vita Merlini s’inspire d’une tradition plus ancienne concernant un barde gallois nommé Myrddin Wyllt (Merlin le Sauvage), qui, selon les triades galloises, aurait perdu la raison après la bataille d’Arfderydd (c. 573). Cette tradition est liée aux poèmes gallois attribués à Myrddin, dans lesquels il prophétise des événements futurs tout en vivant en ermite dans la forêt de Caledon.

Informations Connexes

Sources

Vita Merlini (« La Vie de Merlin », c. 1152) fut écrit par Geoffroy de Monmouth.

Les poèmes de Myrddin sont tirés du Livre noir de Carmarthen (XIIIe siècle).

Articles Connexes

Fils du Diable ?

L’une des traditions les plus intrigantes concernant Merlin est celle de sa naissance. Selon Robert de Boron, dans son Merlin (c. 1200), Merlin fut engendré par un incube, un esprit démoniaque. Les démons, furieux que le Christ soit descendu en enfer pour libérer les âmes des justes, complotèrent pour engendrer un enfant qui serait leur agent sur terre. Ils envoyèrent un incube séduire une jeune femme pieuse.

Cependant, la mère de Merlin, vertueuse et dévote, fit baptiser l’enfant dès sa naissance. Le baptême libéra Merlin de la nature démoniaque de son père, mais il conservait les pouvoirs surnaturels et la connaissance des choses passées et futures. Ainsi, Merlin devint un instrument du bien plutôt que du mal.

Dans le Prose Merlin (Vulgate, c. 1210), cette histoire fut développée davantage. La mère de Merlin fut visitée par les démons, mais sa foi et sa piété protégèrent son enfant. Les pouvoirs de Merlin provenaient de sa double nature — humaine et surnaturelle. Il pouvait voir le passé grâce à son héritage démoniaque et l’avenir grâce à la grâce divine.

Cette tradition de la naissance démoniaque de Merlin fut reprise par de nombreux auteurs postérieurs, dont Thomas Malory dans Le Morte d’Arthur (1469).

Informations Connexes

Sources

Merlin fut écrit par Robert de Boron, c. 1200.

Vulgate Merlin ou Prose Merlin fut une adaptation du Merlin de Boron, c. 1210.

Le Morte d'Arthur fut écrit par Thomas Malory, 1469.

Articles Connexes

Merlin et Arthur

Merlin joua un rôle crucial dans la conception et l’accession au trône d’Arthur. Selon la version la plus connue, Merlin utilisa sa magie pour permettre à Uther Pendragon de prendre l’apparence du duc Gorlois de Cornouailles, afin qu’il puisse passer la nuit avec Igraine, l’épouse du duc. De cette union naquit Arthur.

Geoffroy de Monmouth, dans l’Historia regum Britanniae, raconta que Merlin fut responsable de l’éducation d’Arthur après sa naissance. Cependant, dans cette version, Merlin disparut de la scène avant qu’Arthur ne devienne roi.

Dans les versions ultérieures, notamment le Merlin de Robert de Boron (c. 1200) et le Vulgate Merlin (c. 1210), Merlin resta auprès d’Arthur tout au long de son enfance et de son accession au trône. Il fut responsable de l’épreuve de l’épée dans la pierre, par laquelle Arthur prouva son droit royal en retirant l’épée magique du rocher. Merlin servit de mentor et de conseiller au jeune roi, l’aidant à établir son royaume et à fonder l’ordre de la Table Ronde.

Merlin and Arthur

Merlin trouve l'enfant Arthur
Gustave Doré
Gravure sur bois

Merlin conseilla également Arthur dans son mariage avec Guinevere, bien qu’il ait mis en garde le roi contre cette union. Il prophétisa que l’amour de Guinevere pour Lancelot apporterait finalement la ruine du royaume d’Arthur. Malgré ses avertissements, Arthur épousa Guinevere.

Merlin aida également Arthur à obtenir son épée magique, Excalibur. Selon la version de la Suite du Merlin (Post-Vulgate, c. 1240), Merlin guida Arthur jusqu’au lac où la Dame du Lac lui remit Excalibur, une épée magique forgée en Avalon.

Merlin n’était pas seulement un conseiller d’Arthur. Dans le Didot Perceval, il aida Perceval dans plusieurs aventures. Dans la Suite du Merlin, Merlin essaya sans succès de guider Sir Balin.

Merlin prophétisa également la grandeur de Lancelot et de Tristan, bien qu’il mourut peu après la naissance de Lancelot.

Informations Connexes

Sources

Historia regum Britanniae (« Histoire des rois de Bretagne », c. 1137) et
la Vita Merlini (« La Vie de Merlin », c. 1152) furent écrits par Geoffroy de Monmouth.

Roman de Brut (« Histoire de Brutus ») fut écrit par Wace, c. 1155.

Brut fut écrit par Layamon, c. 1200.

Merlin fut écrit par Robert de Boron, c. 1200.

Vulgate Merlin ou Prose Merlin fut une adaptation du Merlin de Boron, c. 1210.

Suite de Merlin fit partie du Cycle Post-Vulgate, c. 1240.

Le Morte d'Arthur fut écrit par Thomas Malory, 1469.

Historia Brittonum fut écrit par Nennius (IXe siècle).

Articles Connexes

Merlin et le Graal

Merlin fut étroitement associé au Graal dans la légende postérieure. Bien que dans le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, Merlin n’apparaisse pas dans le premier roman du Graal. Dans le premier livre de la trilogie de Boron, Merlin (c. 1200), ainsi que dans le Prose Merlin (Vulgate, c. 1235) et la Suite du Merlin (c. 1240), Merlin conçut et construisit la Table Ronde autour de laquelle le roi Arthur et ses chevaliers s’assiéraient. Merlin modela la table d’après la Table du Graal créée par Joseph d’Arimathie, des siècles plus tôt.

Merlin et la Reine des Fées

Merlin et la Reine des Fées
John Duncan
Tempera, Musée et Galerie d'Art
de Paisley, District de Renfrew

Depuis la Deuxième Continuation du Graal, Merlin avait un maître et ami nommé Blaise ou Bleise (voir Fils du Diable ?). Selon la légende, Blaise était responsable de la chronique d’Arthur et du Graal. Blaise était également le confesseur de la mère de Merlin lors de sa conception, et il était encore en vie lorsque l’Âge d’or d’Arthur s’était effondré.

Comme la Table du Graal, un siège fut laissé vacant à la Table Ronde d’Arthur. Ce siège était appelé le Siège Périlleux. Seul le chevalier le plus pur et le meilleur du monde pouvait s’asseoir sur le Siège Périlleux. Le chevalier qui s’assiérait sur le Siège Périlleux serait également le champion ultime de la quête du Saint Graal.

Dans le Perceval de Boron (aujourd’hui perdu) et le Didot Perceval, ce chevalier du Graal était Perceval. Merlin devint le conseiller de Perceval dans la quête. Dans le Cycle de la Vulgate, le nouveau héros du Graal était Galahad, le fils de Lancelot. Merlin disparut peu après la naissance de Lancelot, bien avant l’époque de Galahad.

Merlin poursuivit son rôle habituel dans la légende postérieure en tant que prophète. Dans la Suite du Merlin (roman Post-Vulgate), à l’époque de l’aventure de Balin, Merlin prophétisa de nombreux événements liés à la Quête. Le plus important fut Balin utilisant la Sainte Lance (Lance Sanglante) contre le roi Pellam. La blessure du Roi du Graal fut connue comme le Coup Douloureux. Le Coup Douloureux non seulement estropia le roi aimé de Dieu, mais dévasta et réduisit en désert le royaume de Listinois et jeta un grand enchantement sur le Logres (Bretagne). Seul le véritable chevalier du Graal (Galahad) pouvait guérir le roi et lever l’enchantement du Logres (Quête du Saint Graal).

Merlin prophétisa des événements particuliers entourant les quêtes du Graal. Par ailleurs, Merlin prophétisa la grandeur de Lancelot et de Tristan, les deux plus grands amants de l’époque, ainsi que leur grand duel. Merlin prévit que le désir d’Arthur d’épouser Guinevere apporterait un jour la ruine au roi et au royaume, et pourtant il fut impuissant à dissuader Arthur de ce mariage d’amour. Merlin prophétisa également la trahison de Morgan la Fée, qui vola Excalibur à son frère (Arthur). En outre, Merlin annonça la mort de Balin, de Pellinor et d’Arthur.

Enfin, Merlin prophétisa sa propre mort, de la main de la Dame du Lac.

Informations Connexes

Sources

Merlin fut écrit par Robert de Boron, c. 1200.

Didot Perceval fut écrit en 1210.

Vulgate Merlin ou Prose Merlin fut une adaptation du Merlin de Boron, c. 1210.

Suite de Merlin fit partie du Cycle Post-Vulgate, c. 1240.

Le Morte d'Arthur fut écrit par Thomas Malory, 1469.

Le Destin de Merlin

Il existait plusieurs versions de la mort de Merlin ou de sa disparition mystérieuse de la légende. Comme je l’ai dit plus tôt, Merlin disparut avant la naissance d’Arthur dans les œuvres de Geoffroy de Monmouth (Historia regum Britanniae, 1137) et de Wace (Roman de Brut, 1155). Merlin fut impliqué dans la conception d’Arthur, mais n’apparut plus dans le règne d’Arthur.

Dans la plupart des récits ultérieurs, Merlin était encore en vie lorsqu’Arthur devint roi. Dans le Didot Perceval, il survécut à Arthur et aux Chevaliers de la Table Ronde, lors de la bataille finale contre Mordred. Ce fut lui qui guida Perceval dans la phase finale de la quête du Saint Graal. Merlin dit à Perceval qu’il ne mourrait pas avant la fin du monde.


Dans quelques récits, une jeune fille ou une fée emprisonna Merlin dans un enchantement. La plus célèbre fut la Dame du Lac. Là encore, il existe plusieurs versions de sa mort de la main de la Dame du Lac.

Nimue (Niniane) et Merlin

Nimue (Niniane) et Merlin
Sir Edward Burne-Jones
Gouache, 1861
Victoria and Albert Museum,
Londres

La Dame du Lac était une puissante sorcière et la dame d’un royaume de l’Autre Monde, dissimulé par le lac illusoire. La Dame du Lac était connue sous plusieurs noms, tels que Niniane, Viviane et Nimue. La confusion s’accrut encore lorsque certains auteurs mentionnèrent plusieurs femmes portant le titre de Dame du Lac.

La variation des noms dépend des auteurs, mais quel que soit son nom, l’identité la plus importante était celle de mère adoptive de Lancelot et de la sorcière qui emprisonna Merlin dans un enchantement. Elle apparut sous le nom de Niniane ou Viviane dans les cycles de la Vulgate ou Post-Vulgate ; tandis que dans Le Morte d’Arthur, Malory l’appela Nimue.

Dans le Vulgate Merlin, Niniane ou Viviane, la Dame du Lac, rencontra Merlin pour la première fois alors qu’elle n’avait que douze ans. Elle fut émerveillée par le pouvoir de Merlin. Elle promit de l’aimer si Merlin lui enseignait tous ses arts. Des années plus tard, Merlin retrouva Niniane. Par ruse, Niniane le séduisit et utilisa sa magie pour l’enfermer dans une tour enchantée dont Merlin ne pouvait sortir, tandis que la Dame pouvait visiter et quitter la tour à volonté.

Dans la Suite du Merlin (« Continuation de Merlin », 1240) et le Livre IV du Le Morte d’Arthur (1469) de Malory, Merlin rencontra et tomba amoureux de la Dame du Lac nommée Niniane (ou Viviane, tandis que Malory l’appela Nimue), après le mariage d’Arthur et de Guinevere. Niniane n’aimait pas du tout Merlin, car elle pensait que le magicien était le fils d’un démon.

Niniane ne doit pas être confondue avec la Dame du Lac qui donna Excalibur à Arthur, car Balin l’avait assassinée au début du règne du roi. Voir La Nouvelle Épée et Balin pour l’autre Dame du Lac.

Elle exploita l’amour de Merlin pour qu’il lui enseigne sa magie. En retour des leçons de magie, Niniane offrit de lui rendre son amour, mais ce n’était rien de plus qu’une ruse pour obtenir le pouvoir de piéger le magicien. Merlin construisit également sa demeure au Lac de Diane, dans la forêt de Brocéliande, probablement en Bretagne. Par son pouvoir, il dissimula son domaine aux yeux des mortels, si bien que quiconque passait à proximité ne voyait que le lac au lieu de sa demeure.

Dans la douloureuse forêt de Brocéliande (certains l’appelaient Darnantes), Niniane utilisa la propre magie de Merlin contre le sorcier ; elle ensevelit Merlin dans la roche.

Informations Connexes

Sources

Historia regum Britanniae (« Histoire des rois de Bretagne », c. 1137) et
la Vita Merlini (« La Vie de Merlin », c. 1152) furent écrits par Geoffroy de Monmouth.

Roman de Brut (« Histoire de Brutus ») fut écrit par Wace, c. 1155.

Brut fut écrit par Layamon, c. 1200.

Didot Perceval fut écrit en 1210.

Vulgate Merlin ou Prose Merlin fut une adaptation du Merlin de Boron, c. 1210.

Suite de Merlin fit partie du Cycle Post-Vulgate, c. 1240.

Le Morte d'Arthur fut écrit par Thomas Malory, 1469.

Créé :29 septembre 2001

Modifié :30 décembre 2024