L'Ascension de Sire Gauvain
L’Ascension de Sire Gauvain est un roman latin anonyme rédigé vers le milieu du XIIIe siècle. Le titre latin complet est De ortu Waluuanii, nepotis Arturi — « L’Ascension de Gauvain, neveu d’Arthur ». Le récit commence par sa naissance et relate comment il fut élevé en Italie sans connaître son véritable nom, jusqu’à ce que Gauvain prouva sa valeur auprès de son oncle en Bretagne, le roi Arthur, en se distinguant comme un chevalier d’une prouesse exceptionnelle. Ce n’est qu’alors que sa filiation et son nom furent révélés au jeune héros.
Ce type de récit est assez courant : un jeune héros ignore son propre nom jusqu’à ce qu’il s’illustre par des exploits d’armes hors du commun. Un roman français antérieur intitulé Le Bel Inconnu, composé par Renaud de Beaujeu vers 1185-1190, met en scène le propre fils de Gauvain (Guinglain), confronté à une crise d’identité similaire.
Birth of Gawain
Uther Pendragon régnait alors sur la Bretagne, luttant contre les Saxons. Uther avait épousé Ygerne et était le père d’Arthur et d’une fille nommée Anna.
L’un de ses alliés était un jeune roi nommé Lot, originaire des Orcades. Lorsqu’Anna aperçut Lot, elle en tomba éperdument amoureuse. Personne ne soupçonnait les sentiments qu’elle éprouvait pour le jeune chevalier. Lot, quant à lui, fut blessé au cours d’une des batailles contre les Saxons.
Une nuit, tandis que Lot se remettait de sa blessure, Anna pénétra secrètement dans sa chambre et lui déclara sa flamme. Ils s’unirent et, de cette union, elle conçut un enfant.
Anna craignait qu’elle et son enfant à naître ne fussent mis à mort si l’on découvrait qu’elle était tombée enceinte sans être mariée ; elle dissimula donc sa grossesse à tous. Lorsqu’elle mit au monde un fils, Anna cacha le nouveau-né avec appréhension. Dès que l’occasion se présenta, elle confia son fils à un marchand, le priant de prendre soin de l’enfant. Avec le nourrisson, elle remit son anneau-sceau d’or royal ainsi qu’une lettre attestant la véritable identité de l’enfant. Elle nomma son fils Gauvain (Waluuanius dans ce récit latin). Elle remit également au marchand un coffre rempli d’or, destiné à Gauvain lorsqu’il serait en âge de le recevoir. Anna souligna l’importance de garder secrète l’identité et la filiation de son fils, y compris vis-à-vis de Gauvain lui-même.
(Que le lecteur note qu’après cela, le texte ne mentionne plus guère Gauvain par son nom. Il n’est désigné que comme le « garçon » ou le « Chevalier au Surcot » durant la plus grande partie du récit.)
Le marchand se montra loyal et se serait plié à toutes les demandes de la princesse. Cependant, un jour, il se rendit à la ville de Narbonne (dans le sud de la Gaule, c’est-à-dire de la France) pour s’y approvisionner, mais il ne laissa personne pour garder le navire et le bébé.
Un pêcheur du nom de Viamundus découvrit le navire abandonné. Il y trouva le petit enfant dans son berceau ainsi que le trésor dans la cabine. Viamundus pilla le navire, s’emparant de tout le trésor, y compris du nourrisson.
À son retour, le marchand constata que l’enfant et le trésor qu’il devait protéger avaient disparu. Il en fut accablé de détresse.
Le pêcheur ramena l’enfant et le trésor chez lui. Viamundus confia le nourrisson à sa femme pour qu’elle le nourrisse. Dans le berceau, le pêcheur trouva la lettre et le sceau. En lisant la missive, Viamundus découvrit que le nourrisson était le fils d’une princesse royale de Bretagne (la Grande-Bretagne). Il décida de respecter les volontés exprimées dans la lettre et de garder secrète l’identité de l’enfant. Le garçon fut dès lors connu sous le nom de « Garçon sans Nom » (puer sine nomine). Ils élevèrent Gauvain comme s’il était leur propre fils.
Sept ans plus tard, estimant que plus personne ne rechercherait son fils adoptif, Viamundus quitta Narbonne, emmenant sa femme, son fils adoptif et le trésor à Rome. Grâce à cette richesse, il se fit passer pour un membre d’une noble famille romaine, se présentant sous les traits d’un chef militaire venu de Gaule. Viamundus offrit ses services à l’empereur romain. Il devint un grand ami de l’empereur et du pape. En témoignage de sa bienveillance, l’empereur fit du fils de l’ancien pêcheur son propre page.
Lorsque Viamundus tomba gravement malade, il résolut de révéler son secret à l’empereur. Il lui remit la lettre et le sceau, et lui confia le véritable nom et la filiation de Gauvain. L’empereur promit à Viamundus de former son fils adoptif à la chevalerie et, lorsque le moment serait venu, d’envoyer Gauvain auprès de son oncle Arthur — devenu entre-temps roi de Bretagne — avec la lettre et le sceau pour l’identifier.
Viamundus s’éteignit et l’empereur lui fit inhumer avec les pleins honneurs dus à un noble. Gauvain avait douze ans à la mort de Viamundus. L’empereur et le pape Sulpicius gardèrent le secret de Viamundus vis-à-vis de Gauvain. L’empereur devint le père adoptif du garçon.
Avant de poursuivre le récit, il convient de noter que, dans le récit de Geoffroy de Monmouth dans l’Historia Regum Britanniae (v. 1137), ce dernier relate que Loth (Lot) envoya son fils de douze ans servir dans la maison du pape Sulpicius. C’était à l’époque où Arthur aidait son beau-frère Lot à s’assurer la couronne de Norvège après la mort du roi Sichelm (oncle de Lot). Et c’est le pape Sulpicius qui adouba le jeune Gauvain.
Dans l’Historia de Geoffroy, il n’est nullement fait mention d’une naissance illégitime de Gauvain ni de son envoi secret à Rome. Rien n’indique non plus que Gauvain ignorât son propre nom.
Informations complémentaires
Nom
Gauvain.
Gawain (anglais).
Waluuanius, Walgainus, Gualguanus (latin).
Garçon sans Nom (puer sine nomine).
Sources
De ortu Waluuanii, nepotis Artur (L'Ascension de Gauvain, neveu d'Arthur) fut composé en latin vers le milieu du XIIIe siècle.
Knight of the Surcoat
Gauvain servit dans la maison impériale romaine, d’abord comme page, puis comme écuyer. Il se distingua dans l’entraînement militaire et, à l’âge de quinze ans, il fut adoubé chevalier. Il reçut ses armes lors des Equirria, une longue fête consacrée à Mars, le dieu romain de la guerre, entre le 27 février et le 14 mars. En tant que nouveau chevalier le plus habile, le jeune Gauvain reçut également un cercle d’or.
Le Garçon sans Nom (Gauvain) fut dès lors appelé le « Chevalier au Surcot » (Miles cum tunica armature), car il fut le premier à porter une tunique cramoisie par-dessus son armure.
Au moment de son adoubement, on apprit la nouvelle d’une trêve temporaire entre les chrétiens et la Perse à Jérusalem. En faveur de son jeune protégé, l’empereur consentit à l’envoyer combattre en duel le champion perse, afin que Gauvain pût venger l’honneur et la foi de la chrétienté.
Gauvain et une délégation partirent donc de Rome pour Jérusalem à bord de seize navires. Cependant, une violente tempête perturba leur traversée et ils durent accoster sur une île gouvernée par Milocrates, le Roi des Pirates. L’île était connue sous le nom d’Île Barbaresque.
Milocrates avait capturé la nièce de l’empereur comme otage et l’avait contrainte à devenir sa compagne.
Tandis que Gauvain et quelques compagnons s’enfonçaient dans la forêt pour chercher de la nourriture, ils furent confrontés à vingt chevaliers hostiles de Milocrates. Gauvain tua treize chevaliers au cours du combat. Informé de la présence d’intrus sur son île, Milocrates mobilisa ses forces pour repousser ou exterminer les envahisseurs. Au camp, le centurion dépêcha son parent Odabel avec Gauvain pour explorer les environs à la recherche d’autres ennemis. C’est à cette occasion que Gauvain abattit un sanglier sauvage avec sa lance et son épée.
Le centurion captura également les espions de Milocrates. Il accepta de les libérer à la condition qu’ils faussent leur rapport à Milocrates sur le nombre d’hommes ayant débarqué sur l’île. Si Milocrates croyait que les ennemis étaient plus nombreux que ses propres forces, il différerait son attaque.
Milocrates s’alarma donc du (faux) rapport sur les envahisseurs. Il rassembla une force encore plus considérable, envoyant une flotte sous le commandement de son frère Buzafaran (Egesarius), tandis qu’il menait lui-même les forces terrestres.
Pendant ce temps, Gauvain parvint à pénétrer secrètement dans la ville, puis dans le palais lui-même. Il put ainsi surprendre les plans de Milocrates. L’un des espions capturés par le centurion, un homme nommé Nabaor, reconnut Gauvain. Au lieu de donner l’alarme, Nabaor décida de l’aider. L’espion conduisit Gauvain auprès de la reine de Milocrates, qui n’était autre que la nièce de l’empereur romain.
La reine se montra également disposée à aider Gauvain et lui remit l’épée et l’armure de Milocrates. Elle l’informa de la prophétie selon laquelle Milocrates ne pourrait être vaincu ni dépouillé de son royaume tant qu’un autre ne revêtait pas son armure. Elle lui révéla également que le peuple était prêt à se soulever contre son roi en raison de sa tyrannie.
Au matin, Milocrates sortit de la ville avec son armée. La reine fit secrètement rassembler le peuple pour verrouiller les portes de la cité et incendier le palais.
Milocrates fut stupéfait de voir sa ville en flammes. Ce qui terrifia encore davantage le Roi des Pirates, ce fut la vue d’un jeune chevalier revêtant sa propre armure. Milocrates ne savait s’il devait attaquer la force qui lui faisait face ou tenter de sauver sa ville. Son indécision et sa panique lui coûtèrent cher, car son armée tout entière se dispersa et prit la fuite.
Constatant la perte de son royaume, Milocrates se jeta sur Gauvain. Le combat fut d’abord âprement disputé, jusqu’à ce que le héros fît voler la tête du roi d’un coup d’épée.
L’armée ennemie se rendit aux Romains en voyant leur roi mort. La reine et le peuple accueillirent les libérateurs romains, mais ces derniers n’épargnèrent aucun des conseillers de Milocrates.
Gauvain et les Romains séjournèrent quinze jours sur l’île avant de repartir. Ils parvinrent à recruter deux cents guerriers avant leur départ, ainsi que quelques navires supplémentaires.
Lorsque leurs navires croisèrent la flotte d’Egesarius, le frère de Milocrates, les deux camps engagèrent le combat. Bien que les Romains eussent l’avantage dans cette bataille navale, un navire ennemi lança du feu grégeois à bord de leur vaisseau. Pour sauver ses hommes du navire en flammes, Gauvain bondit à bord du navire ennemi, tuant les pirates ou les précipitant par-dessus bord. Au terme du combat, les Romains avaient capturé trente navires pirates.
Les Romains arrivèrent à Jérusalem au terme fixé. Les deux armées convinrent que les champions de chaque camp s’affronteraient en combat à mort pour décider de la victoire. L’adversaire de Gauvain était Gormundus, le gigantesque chevalier perse.
Les deux guerriers combattirent un jour entier. Ils semblaient de force égale et ne cessèrent le combat qu’à la tombée de la nuit. Ils convinrent de reprendre le duel le lendemain matin.
Ils combattirent âprement le lendemain. Les deux chevaliers se battirent avec fureur et parvinrent chacun à blesser l’autre. Gormundus eut la mâchoire fracturée, tandis que le Chevalier au Surcot reçut une entaille au front. Le chevalier perse asséna un coup terrible avec son bouclier qui brisa l’épée de Gauvain. Celui-ci ne fut sauvé que parce qu’il parvint à tenir Gormundus à distance avec son bouclier en lambeaux jusqu’à la nuit, mettant fin au duel sans qu’aucun vainqueur ne fût désigné.
Le troisième jour, les deux chevaliers s’affrontèrent à nouveau. Cependant, Gormundus se fatigua davantage que le jeune chevalier, cédant du terrain au Chevalier au Surcot. Poussé par la honte et les railleries de son propre camp, le guerrier perse redoubla d’efforts. Gormundus asséna un coup d’une violence inouïe par-dessus la tête qui fendit le bouclier et l’arracha du bras de Gauvain. La force du coup projeta le héros à genoux. Fou de rage et de honte d’avoir été mis à genoux, le Chevalier au Surcot bondit sur ses pieds et asséna un coup si puissant qu’il fendit le casque et le crâne de Gormundus jusqu’au sternum.
Les Perses, accablés de voir leur champion terrassé, se retirèrent de Jérusalem et regagnèrent leur terre natale. Gauvain acquit gloire et renommée dans tout l’Empire romain.
Informations complémentaires
Nom
Gauvain.
Gawain (anglais).
Waluuanius, Walgainus, Gualguanus (latin).
Garçon sans Nom (puer sine nomine).
Chevalier au Surcot (Miles cum tunica armature).
Articles connexes
Gawain, Nephew of King Arthur
La victoire sur les Perses apporta la paix à l’Empire romain, mais le Chevalier au Surcot, impatient de l’inaction, décida de se rendre en Bretagne en quête de nouvelles aventures. Bien que l’empereur fût réticent à laisser partir son fils adoptif, il se souvint de la promesse faite à son ami Viamundus.
L’empereur ne consentit au départ de son fils adoptif qu’à la condition que Gauvain remît au roi Arthur (qui était en réalité son oncle) un coffret d’or contenant le document d’Anna et d’autres objets permettant d’établir l’identité de Gauvain. (Le récit ne mentionne toujours pas le nom de Gauvain, car le héros ignore encore son propre nom et sa noble lignée.) L’empereur enjoignit à Gauvain de ne pas ouvrir le coffret. Il joignit également son propre témoignage quant à l’identité de Gauvain.
Gauvain parvint en Bretagne et s’approcha du château de Caerleon, en Demetia (pays de Galles), mais ne put traverser la rivière Usk en raison de la crue du gué.
Cette nuit-là, tandis qu’Arthur et Gwendolena (Guenièvre), son épouse et reine, conversaient au lit, Gwendolena n’était pas qu’une simple reine ; elle était une puissante magicienne douée du don de prophétie.
La reine nargua la force et la prouesse de son époux. Elle l’informa qu’un chevalier venu de Rome, supérieur à tout autre chevalier, était arrivé à la ville d’Usk, à environ six milles de Caerleon. Pour prédire sa vision, elle lui annonça que le chevalier lui ferait parvenir une bague d’or et trois mille pièces d’or portées par deux chevaux dès le matin.
Arthur connaissait le don de divination de son épouse, mais résolut de vérifier si ses paroles étaient véridiques. Tandis que Gwendolena dormait, le roi s’arma et chevaucha, ne prenant avec lui que Sire Keu, son sénéchal.
Arthur rencontra le Chevalier au Surcot au gué et, avec témérité, défia l’inconnu. Arthur chargea le chevalier solitaire qui l’attendait, lance au repos. Le roi fut brutalement désarçonné et précipité dans l’eau. Sire Keu s’empressa de venger le roi ; il attaqua à son tour le Chevalier au Surcot et fut lui aussi désarçonné dans la rivière. Le roi et son sénéchal perdirent leurs montures lors de la rencontre et durent regagner le château à pied, couverts de honte.
Arthur regagna son lit, encore trempé par la rivière. Gwendolena lui demanda où il était allé, et Arthur mentit en prétendant être sorti pour séparer deux hommes qui se battaient dans le château sous la pluie.
Gauvain trouva le gué le plus shallow et traversa la rivière. Le Chevalier au Surcot ne se doutait pas qu’il avait affronté le roi, son propre oncle, au gué.
Au matin, tandis qu’Arthur dormait encore, Gwendolena dépêcha un messager hors du château, en direction de la ville d’Usk, où le garçon croisa le Chevalier au Surcot. Le chevalier pria le garçon de porter ses présents à la reine.
Lorsque Gwendolena reconnut les deux chevaux et les harnais appartenant à son époux et au sénéchal, elle comprit ce qui s’était passé la nuit précédente, lorsque son mari s’était glissé dans le lit trempé. Avec une grande amusement, elle fit mener les chevaux dans sa chambre, où Arthur dormait encore.
Arthur s’éveilla et découvrit son cheval et celui de Keu dans la chambre à coucher. Le roi fut accablé de honte en réalisant que Gwendolena connaissait la vérité. Elle lui présenta les preuves envoyées par le chevalier mystérieux : deux chevaux, une bague d’or et trois mille pièces d’or.
À midi, le Chevalier au Surcot se présenta à la cour d’Arthur à Caerleon. Le héros se présenta au roi et à toute la cour, leur annonçant qu’il venait de la cour impériale romaine et offrant ses services pour devenir le compagnon du roi (c’est-à-dire chevalier de la Table Ronde). Le héros remit également à Arthur le message scellé et le coffret de l’empereur romain.
Arthur se retira dans la chambre adjacente pour prendre connaissance du message personnel de l’empereur. Ce qu’il découvrit dans le document le laissa stupéfait. Dans le coffret, il trouva le pallium et l’anneau-sceau appartenant à sa sœur Anna, ainsi qu’une lettre de la main même de sa sœur prouvant l’identité de son fils. Arthur fit immédiatement mander Anna et son époux Lot, et leur présenta le contenu des documents et du coffret, exigeant des explications de sa sœur et de son beau-frère.
Anna révéla à son frère la vérité : elle était effectivement tombée enceinte et avait donné naissance à son fils avant son mariage avec Lot. Les parents et Arthur furent accablés d’une joie immense. Toutefois, Arthur souhaita que le secret fût gardé vis-à-vis de Gauvain, jusqu’à ce que le chevalier romain prouvât sa valeur pour devenir chevalier de la Table Ronde.
Arthur regagna la cour et dit avec brusquerie au jeune chevalier qu’il comptait déjà de nombreux chevaliers d’une grande prouesse. Ainsi, à moins que le Chevalier au Surcot ne prouvât sa valeur, le roi suggéra qu’il offrît ses services à un autre seigneur. Le héros se sentit blessé par les propos d’Arthur, mais ressentit le besoin de faire ses preuves. Il déclara qu’il accomplirait ce qu’aucun des chevaliers d’Arthur n’était capable de réaliser.
Six jours s’écoulèrent lorsqu’une nouvelle parvint : le Château des Pucelles était assiégé par un roi païen. Le château appartenait à une belle jeune femme qui gouvernait le nord de la Bretagne, en tant qu’alliée d’Arthur. Le roi païen s’était épris de cette dame, mais elle avait repoussé ses avances. Le roi païen, exaspéré par ce refus, avait occupé les terres autour du château.
Arthur mobilisa aussitôt son armée et rassembla ses chevaliers de la Table Ronde avant de se porter vers le nord. Avant d’atteindre le château, un autre messager vint annoncer au roi que le château était tombé et que le roi païen avait fait prisonnière la Dame. Celui-ci se repliait déjà vers son propre territoire. Arthur se lança aussitôt à sa poursuite dans l’espoir de délivrer la Dame.
Le plan de sauvetage d’Arthur échoua lorsque son armée se heurta à une résistance inattendue de l’arrière-garde. Le roi païen anticipait la poursuite et avait placé ses chevaliers les plus aguerris dans le bataillon d’arrière-garde. L’attaque soudaine de l’arrière-garde jeta l’armée d’Arthur dans la confusion. Les forces du roi païen parvinrent à repousser l’armée bretonne, forçant Arthur à une retraite humiliante.
Le Chevalier au Surcot avait suivi l’armée et observait la bataille depuis une hauteur. Voyant Arthur et ses chevaliers repoussés et en déroute face à l’armée païenne supérieure, le héros les railla pour leur lâche retraite.
Après avoir nargué Arthur et ses chevaliers, le héros partit seul délivrer la Dame. L’armée païenne ne s’attendait pas à l’assaut d’un chevalier isolé, ce qui la plongea dans la confusion. Lorsque le héros aperçut le roi païen et sa captive, le Chevalier au Surcot chargea, lance en arrêt. La pointe fracassa l’armure du roi et transperça sa poitrine. Le roi païen s’effondra, mourant ; le héros s’empara alors des rênes de la monture de la jeune femme, cherchant à la tirer de l’armée ennemie.
Cependant, des gardes royaux furieux les encerclèrent, cherchant à venger la mort de leur souverain. Le Chevalier au Surcot parvint à se tailler un passage à travers les rangs ennemis, mais le héros et la Dame ne purent s’échapper par où ils étaient venus ; il prit donc une autre direction, les ennemis à ses trousses.
Dans leur fuite, le héros aperçut une fortification abandonnée entourée d’un fossé ; il y mena la demoiselle. Il dit à la Dame de trouver une cachette tandis qu’il défendrait l’endroit. Heureusement, le pont menant au fort était suffisamment étroit pour qu’un seul ennemi pût l’affronter à la fois. Comme un fossé large et profond entourait la fortification, nul ne pouvait l’encercler.
L’épée et le bouclier au poing, le Chevalier au Surcot attaqua les poursuivants. Sur le pont, nul ne put venir à bout de lui ; il tua et blessa de nombreux chevaliers. Certains prirent la fuite, d’autres tentèrent d’échapper au glaive du héros en sautant du pont étroit.
Le Chevalier au Surcot vainquit à lui seul l’armée du roi païen. Il retourna à l’endroit où le roi était tombé et lui trancha la tête. Le chevalier ficha la tête du roi au sommet de son étendard, le diadème encore en place. La Dame à ses côtés, le Chevalier au Surcot regagna la cour du roi Arthur à Caerleon.
Là, le héros proclama fièrement qu’il avait tué le roi et décimé l’armée ennemie seul en armes. Il avait accompli ce qu’aucun chevalier de la cour d’Arthur n’avait su faire.
Loin de s’offusquer des propos du héros, Arthur fut transporté de joie et déclara au jeune chevalier qu’il avait conquis le plus grand des honneurs. Arthur demanda au jeune héros son nom et sa lignée. Le héros répondit qu’il était le Chevalier au Surcot, né en Gaule (France) d’un sénateur romain, car il croyait sincèrement que Viamundus était son père.
Anna et Lot se tenant près de leur fils, Arthur fit lire la lettre de l’empereur romain à l’assemblée tout entière. Elle révélait que le roi Lot de Norvège et son épouse Anna étaient les véritables parents du héros, et que son véritable nom était Gauvain. Tous, y compris Gauvain lui-même, furent frappés de stupeur devant cette révélation. Les parents de Gauvain accueillirent avec allégresse leur fils perdu.
Arthur annonça avec la même allégresse que Gauvain était son neveu. À cette annonce, l’assemblée tout entière s’écria :
“Gauvain, neveu du roi Arthur !”
Ainsi s’achève le récit de L’Ascension de Gauvain, neveu du roi Arthur.