Épées
De toutes les armes forgées par l’homme, l’épée est celle qui recèle le plus de noblesse, de symbolique et de mystère.
Les épées apparaissent fréquemment dans les légendes du Graal. Souvent, ces épées ne pouvaient être maniées que par le véritable chevalier du Graal. Parfois, l’épée permettait au chevalier de pénétrer le mystère du Graal.
Broken Sword
Dans le Le Conte du Graal (ou Perceval) de Chrétien de Troyes, le Roi Pêcheur reçut une épée merveilleusement ouvragée de la part d’une de ses nièces aux boucles blondes. Le Roi Pêcheur offrit cette épée à Perceval en guise de présent. Perceval n’avait jamais vu d’épée plus belle que ce nouveau don. Il nous est dit que le forgeron n’avait forgé qu’une seule épée de cette trempe.
Lorsque Perceval quitta le Château du Graal, il rencontra une demoiselle qui s’avéra être sa cousine ; elle reconnut l’épée que Perceval possédait désormais. (S’agissait-il de la nièce qui avait offert l’épée au Roi Pêcheur ?) Elle mit Perceval en garde : l’épée se briserait si elle était utilisée au combat. Elle informa son cousin que seul un forgeron nommé Trabuchet pourrait réparer l’épée.
Dans la Quatrième Continuation, Perceval fit réparer cette épée par Trabuchet.
Cependant, la première épée brisée magique qui ne pouvait être restaurée que par le héros du Graal apparut dans la Première Continuation. L’épée serait restaurée lorsque le héros joindrait simplement les deux tronçons brisés. En restaurant l’Épée brisée, le héros serait en mesure de comprendre les secrets du mystère du Graal. Toutefois, Gauvain se rendit par deux fois au Château du Graal, et échoua par deux fois à restaurer l’Épée brisée. C’est pourquoi Gauvain ne put jamais pénétrer les secrets du Graal, car chaque fois qu’il parvenait au château, il s’endormait, se retrouvant ensuite dans une prairie sans aucun Château du Graal en vue.
La Deuxième et la Troisième Continuation relatent le succès de Perceval dans la restauration de l’Épée brisée.
Dans le Lancelot en prose (Cycle de la Vulgate), Éliézer, fils du roi Pellés (le Roi Pêcheur), portait l’Épée brisée avec lui, en quête du meilleur chevalier du monde afin que celui-ci pût restaurer l’épée. L’épée s’était brisée parce qu’un sénéchal sarrasin avait blessé Joseph d’Arimathie aux cuisses, et l’épée s’était fendue en deux. Il était prédit que seul le plus grand chevalier du monde (le Chevalier du Graal, c’est-à-dire Galaad) pourrait restaurer l’épée. Éliézer partit à la recherche de ce chevalier et rencontra Gauvain et ses compagnons. Gauvain et les autres chevaliers tentèrent de réunir l’épée, mais chacun d’eux échoua. Voir Gauvain à Corbenic à la page de Lancelot.
Plus tard, Éliézer réapparut avec cette épée dans la Queste del Saint Graal (Vulgate), et dans ce récit, Galaad restaura avec succès l’Épée brisée. Le roi Pellés offrit l’Épée brisée restaurée au compagnon et oncle de Galaad, Sire Bors. Voir le Saint Graal dans la Quête du Saint Graal.
Également dans le texte de la Vulgate, l’Épée à l’étrange ceinture fut jadis brisée par Nascien, puis restaurée par le roi Mordrain, avant que Galaad ne reçût cette épée quelques siècles plus tard. (Voir ci-dessous pour les détails de l’Épée à l’étrange ceinture.)
Sword with the Strange Belt
Chrétien de Troyes fut également le premier auteur à évoquer la conquête d’une Épée aux étranges lanières, dans son Le Conte du Graal ou Perceval.
Une femme d’une grande laideur fit son entrée dans la cour d’Arthur, montée sur une mule, et annonça une étrange quête pour les héros de la Table Ronde. Pour se voir attribuer l’Épée aux étranges lanières, l’un des chevaliers devait délivrer une demoiselle dans le château assiégé de Montesclere. L’épée signifierait que ce chevalier serait le plus grand chevalier du monde. Chrétien n’ayant jamais achevé ce récit, nous ne sûmes jamais qui remporta l’épée, bien que l’on puisse raisonnablement supposer qu’il s’agissait probablement de Perceval ou de Gauvain, puisqu’ils étaient les deux principaux personnages associés au Graal. (Voir La Quête commence dans Le Conte du Graal)
Dans la Quatrième Continuation, ce fut Perceval qui leva le siège de Montesclere et remporta l’épée, prouvant ainsi qu’il était le meilleur chevalier du monde.
Dans le récit de la Vulgate intitulé Queste del Saint Graal, l’auteur inconnif donna un récit plus complet de l’histoire de cette épée magique. Cette fois, nous avons un nouveau héros du Graal nommé Galaad. Cependant, il n’y avait plus de siège de Montesclere à lever. La scène se déroulait sur un navire enchanté.
Galaad et ses compagnons, Bors et Perceval, montèrent à bord du navire avec la sœur de Perceval. Sur le navire, ils découvrirent un lit à baldaquin pourvu de trois piliers de bois de trois teintes différentes. Sur le lit se trouvait l’épée magnifique. (Voir Le Navire et l’Arbre pour l’histoire du navire.)
Nous apprenons que l’épée magique appartenait à l’origine au roi David d’Israël, qui florissait aux alentours de 1000 av. J.-C.
Salomon, fils de David et roi d’Israël, apprit de Dieu que son dernier descendant serait le plus grand chevalier du monde (Galaad). Salomon voulut offrir quelque chose de spécial à ce héros.
Ce fut l’épouse de Salomon qui eut l’idée d’offrir au chevalier l’épée ayant appartenu au père de Salomon, le feu roi David. C’est elle qui conçut l’idée de construire un navire avec un lit somptueux. C’est encore elle qui eut l’idée de déposer l’épée de David sur ce lit.
Elle demanda à son mari de donner l’épée à ce chevalier. La poignée et le fourreau furent remplacés. Elle dit à son mari qu’elle fournirait la ceinture. Cependant, la ceinture que confectionna l’épouse de Salomon n’était faite que de simple chanvre. Elle informa Salomon qu’une demoiselle confectionnerait une ceinture nouvelle et plus digne pour l’épée.
Cette Épée à l’étrange ceinture portait plusieurs inscriptions sur le fourreau, la poignée et la lame. Ces inscriptions constituaient des prophéties concernant celui qui était destiné à brandir l’épée, ainsi qu’un avertissement à tous les autres.
L’inscription sur la poignée stipulait que nul ne devait la brandir, à l’exception de l’Élu (Galaad), car tout autre s’avérerait incapable de saisir correctement la poignée. Leurs mains, si grandes fussent-elles, ne pourraient entourer la poignée. Seul Galaad était capable de saisir l’épée correctement.
L’inscription sur le fourreau disait que celui qui chérirait l’épée par-dessus toute autre découvrirait qu’elle le trahirait au moment de son plus grand besoin. Sur le fourreau figuraient également d’autres inscriptions précisant que seule une demoiselle de naissance royale et vierge pouvait remplacer le ceinturon de l’épée par une ceinture de sa confection.
L’inscription sur la lame elle-même avertissait quiconque oserait dégainer l’épée qu’il en serait tué ou estropié.
Nascien, un contemporain de Joseph d’Arimathie et de Josephe, trouva l’épée sur un navire, gisant au pied du lit. Nascien prisait cette épée plus que toute autre qu’il avait maniée. Lorsqu’il dégaina l’épée pour tuer un ogre, elle se brisa en deux, accomplissant ainsi la prophétie selon laquelle l’épée trahirait son utilisateur au moment du besoin. Le roi Mordrain, compagnon de Nascien, rapprocha les deux tronçons de la lame, restaurant instantanément l’épée magique. Mordrain laissa l’épée sur le navire enchanté. Avant que Mordrain et Nascien puissent quitter le navire, une épée volante blessa Nascien à l’épaule. Ce fut son châtiment pour avoir tiré l’épée.
Quelques générations plus tard, le roi Varlan utilisa l’épée contre le roi Lambar, père du Roi Méhaignier. Le roi Lambar périt, et le coup dévasta deux royaumes, désormais appelés la Terre Gaste. Varlan retourna au navire pour y prendre le fourreau. À l’instant où il engaina l’épée, il s’effondra, mort.
Le roi Parlan (Pellam) était le fils du roi Lambar. Parlan découvrit l’épée gisant à côté du lit dans le navire enchanté, là où le roi Varlan l’avait laissée tomber. Il dégaina l’épée et fut immédiatement blessé par une lance volante surgie de nulle part. Il fut frappé à la cuisse. La blessure ne guérit jamais, et dès lors Parlan fut à jamais connu sous le nom de Roi Méhaignier.
Avant que Galaad ne pût boucler l’épée, la demoiselle qui remplaça la ceinture de chanvre n’était autre que la sœur de Perceval. La ceinture était confectionnée à partir de sa magnifique chevelure dorée, entremêlée de fils d’or et de soie. La ceinture était également ornée de pierres précieuses. Le fourreau portait également un nom : Mémoire de Sang.
Voir À bord du navire dans la Tradition de Galaad, pour l’épisode des trois chevaliers qui trouvèrent l’épée sur le navire.
L’Épée et la Pierre flottante
Cette épée n’apparaît que dans la tradition de Galaad (texte de la Vulgate et version de Malory). Avant le début de la Quête, une grande dalle de marbre flotta sur la rivière jusqu’à Camelot, la veille de la Pentecôte. Au centre du marbre se trouvait une épée dont le pommeau était orné d’une pierre précieuse. Des inscriptions ciselées à l’or ornaient le pommeau, déclarant que seul le meilleur chevalier du monde pourrait tirer l’épée de la pierre.
Arthur pensait que l’épée était destinée à Lancelot, mais le héros refusa de toucher l’arme. Arthur ordonna alors à Gauvain, bien que réticent, de tirer l’épée, car il était le deuxième meilleur chevalier. Gauvain échoua à tirer l’épée de la pierre. Lancelot prédit que Gauvain serait puni pour avoir touché l’épée.
Le lendemain, le nouveau chevalier s’apprêtait à partir pour la Quête, sans épée. Arthur se souvint de l’incident de la veille et conduisit Galaad devant la pierre flottante. Galaad tira l’épée sans difficulté. Galaad utilisa ultérieurement cette épée pour blesser Gauvain, qu’il ne reconnut pas, accomplissant ainsi la prédiction de Lancelot. (Voir La Quête du Graal)
La Suite du Merlin (Continuation de Merlin, v. 1240) dans le cycle Post-Vulgate, que le Le Morte d’Arthur [Livre II] de Malory suivit, contenait l’origine de l’épée. Elle était appelée l’Épée fatale. Balin le Sauvage remporta l’épée de la dame Lile. Balin fut responsable du Coup douloureux lorsqu’il utilisa la Sainte Lance et blessa le roi Pellam (Parlan ou Pellehan). Balin fut trompé et conduit à combattre son frère Balan à mort. Ils s’infligèrent mutuellement une blessure mortelle avant de périr.
Ce fut Merlin qui fixa l’Épée fatale dans une pierre flottante magique. Nul ne pouvait tirer l’épée de la pierre, à l’exception de Galaad. Voir Le Chevalier aux deux épées quant à l’origine de l’épée.
Informations connexes
Nom
Épée à l'étrange ceinture,
Épée aux étranges lanières,
Épée à l'étrange ceinturon.
Sources
Le Conte du Graal fut écrit par Chrétien de Troyes (v. 1180).
La Première Continuation du Graal (v. 1190).
La Deuxième Continuation du Graal (v. 1195).
Merlin et Perceval furent écrits par Robert de Boron (v. 1200).
Le Didot Perceval (1210).
Estoire de Saint Graal (Histoire du Saint Graal) provient du Cycle de la Vulgate, v. 1240.
Queste del Saint Graal (Cycle de la Vulgate, v. 1230).
« Suite du Merlin » ou « Continuation de Merlin » (Post-Vulgate, v. 1250).