Korrigan

Celtic

Les fées féminines les plus répandues dans la tradition bretonne étaient les korrigans, qui résidaient dans les bois, tout particulièrement à Brocéliande, souvent à proximité d’un ruisseau, d’une source ou d’une fontaine. La korrigan était une fée en quête d’un amant mortel.

La korrigan apparaît comme la version bretonne de la banshee. Elle fut probablement, à l’origine, une druidesse païenne. On la rapprochait des gwragedd annwn — les fées galloises des lacs et des cours d’eau.

Elle tentait de séduire les mortels qui buvaient de son eau, les attirant pour qu’ils s’unissent à elle. Si l’homme repoussait ses avances ou sa séduction, elle le frappait d’une malédiction funeste. C’est précisément ce qui advint au Seigneur de Nann.

Le Seigneur était marié à une femme qu’il aimait tendrement. Un jour, son épouse lui demanda de lui rapporter des fleurs de mai de la forêt. Le Seigneur partit à cheval, mais, pris de soif au cours de sa chevauchée, il but l’eau d’une fontaine. C’est là qu’il rencontra la korrigan, qui exigea qu’il couchât avec elle. Le Seigneur refusa avec colère, car il était fidèle à son épouse, et s’enfuit après avoir appris qu’il mourrait dans trois jours. Dès son retour au château, il se rendit directement à l’église au lieu de retrouver sa femme. Le prêtre, sa mère et d’autres personnes gardèrent le secret de son destin funeste. Trois jours plus tard, la mère du Seigneur révéla enfin la vérité à sa belle-fille. Celle-ci mourut de chagrin et fut inhumée aux côtés du Seigneur.

Dans le folklore breton, la korrigan était la principale suspecte lors de l’enlèvement de nourrissons mortels. En tant que mère nourricière, elle élevait l’enfant comme si c’était le sien.

La korrigan a été comparée à plusieurs figures de la mythologie et de la légende, qui constituent très probablement ses antécédents. L’une d’elles est la déesse galloise Ceridwen (ou Keridwen). Elle était l’épouse du géant Tegid Foel et résidait au lac Tegid.

Il existe deux autres antécédents notables de la korrigan dans les légendes arthuriennes, et elles résidaient soit près d’une fontaine, soit dans le lac lui-même, à Brocéliande : la comtesse ou Dame de la Fontaine, et la Dame du Lac.

La korrigan s’apparente à la Dame de la Fontaine dans la légende du Gallois Owain, ou du français Yvain. Bien que la version galloise du Mabinogion ne révèle ni le nom de la forêt ni celui de la fontaine, Chrétien de Troyes situe la fontaine dans la forêt de Brocéliande.

Owain, ou Yvain, épousa effectivement la Dame de la Fontaine après avoir tué son mari. Bien que le héros ne fût pas condamné à mourir, il perdit la raison lorsqu’une demoiselle lui retira l’anneau de mariage de son doigt, car il avait oublié de retourner auprès de son épouse après un an de séjour à la cour du roi Arthur. Il erra dans la forêt, nu, tel un homme sauvage. Finalement, la raison lui fut rendue et il retrouva son épouse, au terme de nombreuses aventures héroïques.

La Dame de la Fontaine ne semblait posséder aucun pouvoir spécial comparable à celui d’une korrigan, mais elle était la dame d’un château de l’Autre Monde, et sa fontaine exerçait un étrange pouvoir sur les éléments. Voir Yvain et la Dame de la Fontaine.

La Dame du Lac était connue sous plusieurs noms — Niniane, Viviane, Vivian, Vivien, Eviene et Nimue. Quel que fût son nom originel, du temps de Chrétien de Troyes (mort vers 1185), elle était considérée davantage comme une fée que comme une déesse.

La Dame du Lac présentait les caractéristiques les plus proches de la korrigan, bien qu’elle se montrât plus bienveillante que ces dernières. C’est la Dame du Lac qui remit l’épée Excalibur au roi Arthur (voir la Légende d’Excalibur, l’Épée Nouvelle). Elle enleva le jeune Lancelot à la reine Élaine (ou Hélène) de Banoic et éleva l’enfant jusqu’à l’âge adulte. Elle fut la tutrice de Lancelot. (Voir Lancelot.)

Mais le lien le plus saisissant est celui de la Dame du Lac avec Merlin, l’enchanteur et conseiller d’Arthur. Merlin était épris de la belle Dame du Lac. Bien qu’il fût doué du don de divination, il ne put empêcher sa propre perte. Il lui enseigna tous ses secrets magiques dans l’espoir de gagner son amour, y compris l’art de dissimuler son palais et son domaine, soit sous le lac, soit dans un lac illusoire. Mais la Dame du Lac n’avait aucune intention de s’unir à l’enchanteur, et elle utilisa le dernier sortilège qu’il lui avait appris pour emprisonner Merlin sous ou dans une grande pierre. (Voir la Légende d’Excalibur, la Mort de Merlin.)

La Dame de la Fontaine comme la Dame du Lac passaient à l’origine pour des déesses des eaux. Du fait de leur lien avec une étendue d’eau dans la forêt de Brocéliande, elles présentent une ressemblance frappante avec les korrigans.

Informations complémentaires

Nom

Korrigan, Corrigan.
Ozegan, Ozeganned.

Culture

Bretonne.

Type

Solitaire.

Sources

Legends and Romances of Brittany de Lewis Spence (1917).

Créé :3 juin 2005

Modifié :3 mai 2024