Tristan et Iseut

Arthurian Legends

La légende de Tristan et Iseut est l’un des romans médiévaux les plus influents, relatant un triangle amoureux entre le héros, son oncle et l’épouse de ce dernier. Cette page contient l’histoire complète, depuis les premières traditions jusqu’aux récits alternatifs plus brefs de la légende ultérieure.

Contexte

Introduction

Le récit de Tristan et Iseut fut l’un des romans les plus influents de la période médiévale. Il préfigura et influença le roman arthurien de Lancelot et Guenièvre.

À l’origine, la légende de Tristan n’avait aucun lien avec le roi Arthur, mais peu après le Cycle de la Vulgate (ou cycle du Lancelot-Graal) vers 1235, le Tristan en prose fit rejoindre au héros la compagnie de la Table Ronde.

Le voyage de Tristan

Le Voyage de Tristan
Tapisserie du Palazzo
Davanzati, Florence

Il existe deux grandes traditions de la légende de Tristan. La tradition ancienne comprend les romans de deux poètes français de la seconde moitié du XIIe siècle – Thomas et Béroul. Leurs sources peuvent être ramenées au roman celtique original et archétypal.

Les traditions ultérieures proviennent du Tristan en prose (v. 1240), qui différait nettement des récits antérieurs écrits par Thomas et Béroul. Le Tristan en prose devint le récit médiéval officiel de Tristan et Iseut, qui inspira Sir Thomas Malory, l’auteur anglais, auteur du Le Morte d’Arthur (v. 1469).

J’ai choisi de raconter intégralement la tradition ancienne, car elle était plus proche du récit original. Le Tristan en prose (que l’on trouve dans Récits alternatifs) est brièvement relaté à la fin de la section sur la tradition ancienne.

Informations connexes

Nom

Tristan, Tristram, Tristrem.

Isolde, Iseult, Iseut, Isolt, Isoud, Ysolde, Yseut, Ysoud.

Articles connexes

Le vrai Tristan

Le véritable Tristan pourrait avoir été un prince picte nommé Drust, fils de Talorc. On pense que Drust vivait au nord du Firth of Forth, dans le Strathclyde et les Highlands, en Écosse, vers 780. C’est de là qu’originaire l’histoire de Morholt, avec Drust sauvant une princesse des pirates.

Au moment où l’histoire atteignit le pays de Galles par le sud, Drust était devenu Drystan, fils de Tallwch. Le triangle amoureux entre le roi Marc, Essyllt (l’épouse de Marc) et Drystan (le neveu du roi) avait été introduit, ainsi que le héros tuant un dragon. Le nom du roi – Marc – pourrait avoir signifié « oreilles d’âne », ce qui expliquerait pourquoi la légende ultérieure prétend qu’il avait des oreilles de cheval ou d’âne. Ce récit de Marc ressemblait à celui du roi Midas, qui tenta également d’empêcher les gens d’apprendre sa difformité.

Le nom de Drystan apparut également comme l’un des conseillers d’Arthur à la fin du Songe de Rhonabwy, un récit du début du XIIIe siècle figurant dans le Mabinogion.

Drystan pourrait dériver de Drust, mais le Drystan gallois était clairement un personnage fictif et romanesque, comparé au Drust historique.

Du pays de Galles, l’histoire aurait pu trouver son chemin jusqu’en Cornouailles avant d’arriver en Bretagne. La légende de Tristan dut se développer davantage en Bretagne, avant d’être présentée à un public français et anglais telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Informations connexes

Nom

Tristan (français & breton).
Tristram, Tristrem (anglais).

Drust, Drustan, Drost, Droston (picte).
Drystan, Trystan (gallois).
Drustanus (latin).

Articles connexes

Premières traditions

Dans la tradition ancienne, je me suis appuyé sur deux sources principales pour le roman de Tristan. Les deux récits furent écrits par des poètes français du XIIe siècle : Béroul et Thomas (ce dernier était en fait Anglo-Normand).

Il existait une œuvre antérieure et peut-être originale de Tristan, sur laquelle les deux auteurs auraient pu s’appuyer, puisque les intrigues des deux récits présentaient de nombreuses similitudes. Il existait cependant quelques différences entre ces deux versions. Néanmoins, le récit original de Tristan est aujourd’hui perdu.

Le roman de Béroul était considéré comme la version non courtoise, car il était moins raffiné, et certaines scènes ainsi que le comportement des personnages pouvaient être brutaux par moments. Béroul était peut-être plus proche de la source originale, car il aurait pu s’appuyer sur la tradition orale.

D’autre part, Thomas écrivit une version courtoise du roman. Thomas s’intéressait beaucoup plus aux pensées intimes des personnages. Bien que le thème et l’intrigue soient restés les mêmes que ceux de Béroul, son style et certaines scènes différaient de ceux de Béroul.

Aucun des deux romans n’a survécu intégralement, et tous deux étaient fragmentaires. Cependant, la version de Thomas survécut dans plusieurs manuscrits différents. Le texte de Béroul ne se trouve que dans un seul manuscrit. L’œuvre de Béroul manquait du début (par ex. la naissance et l’enfance de Tristan jusqu’au moment où, en tant que chevalier, il remporta Iseut auprès de Marc en jouant de la harpe) et de la fin (l’exil de Tristan en Bretagne jusqu’à la mort des amants). En revanche, une grande partie des passages centraux manquait dans le roman de Thomas.

Chrétien de Troyes aurait également écrit sa propre version de la légende de Tristan, qui était probablement intitulée « Marc et Iseut la Blonde ». Si tel est le cas, son œuvre est aujourd’hui perdue. Cependant, Chrétien faisait souvent allusion à des scènes dans ses autres romans, en particulier dans deux de ses œuvres de jeunesse intitulées Érec et Énide et Cligès. Il est clair que Chrétien connaissait et comprenait l’œuvre originale.

La plupart des érudits utilisent Eilhart von Oberge, un écrivain allemand qui écrivit « Tristrant und Isalde » (v. 1170), pour compléter le roman fragmenté perdu de Béroul. Le poème d’Eilhart est aujourd’hui perdu, mais il existe des réductions de son œuvre du XIIIe siècle.

Un autre écrivain allemand, Gottfried von Strassburg, écrivit « Tristan und Isold » (v. 1210) et fonda son poème sur le roman de Thomas. Parmi les autres œuvres basées sur le roman de Thomas, on compte la « Tristams Saga og Isonde » scandinave (XIIIe siècle) et le « Sir Tristrem » anglais (v. XIVe siècle).

La raison pour laquelle j’ai principalement utilisé la version de Thomas est que la version de Béroul manquait du début et de la fin. Cependant, je comparerai souvent les deux œuvres lorsque les scènes diffèrent d’une version à l’autre.

L’enfance de Tristan

Naissance de Tristan

Rivalen était le seigneur d’Armenye (ou de Parménie, selon Gottfried von Strassburg). Selon le Tristan en prose, le père de Tristan se nommait Félix. Dans la version archétypale, celle de Béroul et celle du Tristan en prose, le père de Tristan était le roi de Léonois ou Lyoness. Armenye était définitivement située en Bretagne, mais Léonois a été diversement située en Bretagne ou même en Lothian, en Écosse.

Rivalen tenait son fief de Morgan, duc de Bretagne, bien qu’il eût conquis l’indépendance pour Armenye.

Un jour, Rivalen se rendit en Cornouailles, où il devint l’hôte du roi Marc à Tintagel. Rivalen tomba amoureux de Blancheflor (Blanchefleur), la belle sœur du roi Marc.

Lorsque Rivalen combattit dans une guerre aux côtés de Marc, il fut gravement blessé. Blancheflor rendit secrètement visite à Rivalen dans sa chambre. Le chevalier blessé fit l’amour à Blancheflor, qui conçut un enfant cette nuit-là.

Rivalen dut retourner à Armenye lorsqu’il apprit que Morgan avait envahi ses terres pendant son absence. Blancheflor l’accompagna, car elle portait son enfant.

Tristement, Rivalen tomba au combat face à Morgan. Blancheflor fut inconsolable de douleur après sa mort, et passa trois jours en travail avant de donner naissance à un fils. Blancheflor voulait confier le nourrisson à son frère. Elle laissa au nourrisson son anneau, que Marc pourrait identifier lorsque l’enfant grandit viendrait le trouver plus tard. Elle nomma l’enfant Tristan, car sa naissance ne lui avait apporté que du chagrin et l’accouchement la tuerait. Blancheflor mourut peu après avoir donné naissance au nourrisson.

Selon certains auteurs, dont Béroul, seule Blancheflor mourut, tandis que Rivalen survécut à la guerre contre Morgan. Rivalen confia Tristan aux soins de Governal. Governal était le précepteur et le compagnon loyal de Tristan.

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Nom

Tristan - "l'homme triste".

Sources

Tristan et Iseut fut écrit par Thomas (v. 1165).

Roman de Tristan fut écrit par Béroul (1160-1190).

Tristan fut écrit par Gottfried von Strassburg (v. 1210).

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Généalogie

Maison de Cornouailles (version de Thomas)
Maison de Cornouailles (version de Béroul).

Cornouailles

Roald de Foytenant, le loyal maréchal de Rivalen, éleva Tristan comme son propre fils, afin de cacher l’enfant à Morgan, duc de Bretagne. Roald donna à Tristan une éducation digne d’un seigneur. Le précepteur de Tristan se nommait Governal.

Tristan reçut une excellente éducation, apprenant les arts et la musique. Il savait parler sept langues différentes. Tristan fut également formé à toutes les compétences requises d’un noble. On lui enseigna l’équitation, l’escrime, la chasse et la vénerie. Tristan fut également instruit dans l’art de gouverner, apprenant les intrigues, les lois et les coutumes du gouvernement.

Lorsque Tristan eut quatorze ans, Governal emmena le jeune homme au port. Alors qu’il jouait aux échecs sur un navire, des marchands norvégiens aperçurent le jeune homme et décidèrent de l’enlever pour le vendre comme esclave en Irlande.

Cependant, croyant que Dieu était courroucé contre eux pour avoir enlevé le jeune homme lorsqu’une violente tempête éclata, ils décidèrent d’abandonner Tristan sur un rivage inconnu. De là, Tristan trouva son chemin jusqu’à Tintagel.

(Selon la version de Béroul, le poème raconte que Tristan partit avec Governal, en quête d’aventure. Tristan arriva à la cour du roi Marc, dissimulant secrètement son identité à son oncle, préférant servir le roi comme chevalier errant. Le roi Marc admira tant les prouesses de Tristan que le jeune homme devint le favori de Marc.)

Le roi Marc fut si impressionné par l’habileté de Tristan à la chasse qu’il plaça le jeune homme à la tête de ses veneurs et de son armurerie, ignorant que Tristan était son neveu.

Roald dut chercher son fils adoptif pendant quatre ans avant de découvrir où se trouvait Tristan. Roald quitta immédiatement ses terres pour la Cornouailles.

Roald se rendit à la cour de Marc, informant le roi que Tristan était son neveu ; que Tristan était le fils de Rivalen et de Blancheflor, la sœur de Marc. Roald révéla l’anneau qui avait appartenu à la sœur de Marc.

Marc reçut son neveu avec joie. Marc adouba Tristan chevalier, fournissant au jeune homme une armure et un destrier (terme français désignant le cheval de guerre du chevalier). Sur son bouclier figurait l’image d’un sanglier, qui est l’emblème habituel des Cornouailles. Tristan reçut également vingt écuyers et cent chevaliers pour servir le jeune héros.

Avec ces chevaliers, Tristan retourna en Bretagne pour recouvrer les terres de son père. Tristan vengea la mort de son père en tuant Morgan au combat.

Au lieu de devenir duc de Bretagne, Tristan céda le titre et les terres à son père adoptif, Roald de Foytenant. Tristan préférait vivre avec son oncle, il retourna donc en Cornouailles.

En peu de temps, Tristan était devenu le champion des Cornouailles.

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Morholt

Peu après son retour en Cornouailles, un puissant duc d’Irlande nommé Morholt (appelé Marhaus dans la légende ultérieure) exigea des tributs du roi Marc. Morholt était le beau-frère du roi Goram d’Irlande. Goram avait épousé Iseut l’Aînée, sœur de Morholt. Morholt était un géant et un chevalier très puissant.

Tristan, réalisant qu’aucun chevalier de Cornouailles ne voulait affronter Morholt, décida de défier le guerrier irlandais en combat singulier. Trois jours plus tard, les deux chevaliers se rencontrèrent sur l’île de Saint-Samson.

Tristan détruisit sa propre embarcation afin que seul le vainqueur du duel puisse quitter l’île vivant. Après un combat acharné, Morholt reçut une blessure mortelle, tandis que celle de Tristan était moins grave.

Cependant, Morholt, qui mourait, informa son adversaire qu’il (Tristan) mourrait également de sa blessure, car Morholt avait enduit son arme de poison. Seule sa sœur, la reine Iseut d’Irlande, pouvait guérir Tristan.

Morholt mourut, et Tristan quitta l’île sur l’embarcation. Tristan dit aux hommes de Morholt d’emmener leur chef en Irlande, envoyant un message à Goram lui indiquant que le seul tribut que le roi recevrait de Cornouailles était le corps de Morholt. Les chevaliers irlandais quittèrent les Cornouailles avec le corps de Morholt.

La reine Iseut l’Aînée et la nièce de Morholt, Iseut la Blonde, pleurèrent la mort de Morholt. La reine Iseut découvrit dans la blessure de Morholt qu’un petit fragment de l’épée de Tristan était fiché dans la tête de Morholt. La nièce de Morholt et fille de la reine s’appelait également Iseut, que l’on appelait généralement Iseut la Blonde. Elle garda l’éclat avec elle.

Afin de ne pas confondre le lecteur, j’appellerai la fille de la reine soit Iseut la Blonde, Iseut de Blonde ou la princesse Iseut. Quant à la mère de la princesse, je l’appellerai toujours soit la reine Iseut, soit Iseut l’Aînée.

Informations connexes

Nom

Morholt, Marhaus.

Isolde, Iseult, Iseut, Ysolde, Yseult, Yseut.

Isolde the Younger.
Isolde the Fair, Isolde de Blonde.

Isolde the Elder, Queen Isolde of Ireland (mother of Isolde the Fair).

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La cour d’Isolde

Tantris le tueur de dragon

Tristan comprit bientôt que ce que Morholt lui avait dit était vrai. Tristan constata qu’aucun médecin de Cornouailles ne pouvait guérir sa blessure. La blessure dégageait une odeur pestilentielle, si bien que beaucoup de gens ne pouvaient supporter sa présence.

Tristan décida de courir le risque de se rendre en Irlande et d’essayer d’obtenir que la reine Iseut guérisse l’ennemi de son frère. Il décida de se déguiser en musicien et de changer son nom en Tantris.

Tantris jouait de la harpe si merveilleusement qu’Iseut la Blonde voulut apprendre à en jouer. Comme Tantris était blessé, la reine guérit le héros. La reine retira le poison avec des herbes, guérissant sans le savoir le meurtrier de son frère. (Dans l’autre version, c’est la fille de la reine qui guérit Tristan.)

Au bout de quarante jours, Tantris s’était complètement remis de sa blessure. Pendant ce temps, Tantris passa de nombreux jours avec la fille de Goram, lui enseignant l’art de jouer de la harpe. Puis, Tantris jugea qu’il était temps pour lui de partir.

À son retour, Marc se réjouit que son neveu se fût complètement remis de sa blessure.


Selon le poème de Béroul, trois nobles de la cour du roi Marc étaient jaloux de l’admiration et de l’amour que le roi portait à son neveu. Ces nobles s’appelaient Ganelon, Godwin et Denoalan. Tristan était devenu le compagnon le plus proche du roi. Ils enviaient également la prouesse de Tristan lors de son duel contre Morholt et dans ses guerres contre les voisins de la Cornouailles, et pourtant aucun d’entre eux n’osait le défier en combat mortel. Tout au long du poème, Béroul qualifie souvent ces trois nobles de scélérats.

Béroul montra une grande aversion pour les trois nobles ainsi que pour un nain bossu qui servait de conseiller à Marc. En tant qu’écrivain, il afficha un parti pris prononcé contre ceux qui s’opposaient à Tristan et Iseut.

En tant que plus proche parent de Marc, Tristan était l’héritier du trône. Ces nobles ne voulaient pas de Tristan comme héritier du roi ni comme futur souverain. Ils complotèrent pour se débarrasser de Tristan.

Les nobles conseillèrent au roi de se marier et d’engendrer un héritier, mais Marc était tout à fait disposé à désigner Tristan comme héritier. Le roi Marc connaissait astucieusement l’hostilité des nobles envers son neveu, et il était donc déterminé à éviter le mariage.

Un jour, Marc vit un oiseau tenant dans son bec un seul brin de magnifique cheveu blond. Marc déclara à ses conseillers qu’il n’épouserait qu’une femme dont les cheveux correspondraient à ceux que l’oiseau portait dans son bec. Cela provoqua les protestations furieuses des nobles.

Tristan parla à son oncle de la grande beauté de la princesse Iseut, mais comme la Cornouailles et l’Irlande étaient ennemies, il était peu probable que Marc pût jamais devenir le prétendant d’Iseut.

Les conseillers virent là un moyen de se débarrasser de Tristan. Ils suggérèrent à Marc que le neveu du roi devrait conquérir la main d’Iseut pour son oncle, et Tristan accepta de partir. Les nobles espéraient que la famille de Morholt percût la disguise de Tristan et le mît à mort.


Une fois encore, Tristan se rendit en Irlande. Fort heureusement, Tristan trouva un moyen de gagner la main de la fille du roi.

Après le départ de Tristan, un dragon avait assailli l’Irlande. Le roi Goram avait promis de récompenser tout héros en lui accordant la main de sa fille en mariage si le prétendant pouvait tuer le dragon. Prêt pour le combat, Tristan chercha l’antre du dragon.

Tristan tua le dragon et lui coupa la langue comme preuve de sa victoire, puis il plaça la langue sous sa chemise. Lorsque le héros alla boire de l’eau à la rivière, le venin de la langue du dragon vainquit Tristan, et il perdit connaissance.

Le sénéchal de Goram trouva le dragon mort. Ne voyant aucun tueur de dragon, le sénéchal supposa que le chevalier était mort en tuant le dragon. Le sénéchal, qui convoitait lui-même la princesse Iseut, décida de couper la tête du dragon afin de pouvoir prétendre qu’il avait lui-même tué le dragon.

La prétention du sénéchal d’avoir tué le dragon surprit tout le monde, car tous connaissaient sa réputation de lâche. Iseut ne crut pas que le sénéchal eût tué le dragon, et fut accablée à l’idée de devoir l’épouser. Elle fit part de ses protestations à sa mère, et la reine Iseut se rangea du côté de sa fille. Elles décidèrent donc de trouver le véritable tueur de dragon.

Les deux femmes trouvèrent le corps décapité du dragon, mais aucun chevalier mort. Lorsqu’elles atteignirent la rivière, elles découvrirent le corps inanimé de Tristan ; il était évident que ce chevalier avait combattu le dragon. Elles reconnurent également Tristan comme Tantris le harpiste.

Tristan gît sur la barque

Tristan gît sur la barque
Julek Heller
Illustration, 1990

La reine et sa fille ramenèrent secrètement le héros au palais, où la mère guérit Tristan. Lorsque Tristan reprit conscience, il leur raconta comment il avait tué le dragon, et que le poison de la langue coupée l’avait fait perdre connaissance.

La reine Iseut présenta la requête de Tristan à son époux Goram. Le sénéchal tenta de réfuter la revendication de Tristan, car il possédait la tête du dragon. Ils se lancèrent un défi en combat singulier. Goram fixa le duel au lendemain.

Puisque l’épouse de Goram avait appuyé la requête de Tantris (Tristan), la reine Iseut se portait garante de la comparution de Tristan au duel le lendemain. Autrement dit, si Tristan ne se présentait pas au duel convenu, la vie de la reine Iseut serait confisquée, tout comme celle de Tantris.

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Nom

Tristan - Tantris.

Isolde, Iseult, Iseut, Ysolde, Yseult, Yseut.

Isolde the Younger.
Isolde the Fair, Isolde de Blonde.

Isolde the Elder, Queen Isolde of Ireland (mother of Isolde the Fair).

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La reconnaissance au bain

Cette nuit-là, alors que Tristan prenait un bain, la princesse Iseut alla nettoyer l’épée de Tristan et remarqua une encoche sur la lame. En la comparant à l’éclat trouvé dans la tête de son oncle, Iseut comprit aussitôt qu’elle avait trouvé l’homme qui avait tué son oncle (Morholt).

Iseut s’apprêtait à tuer Tristan dans son bain avec la propre épée du héros. Tristan lui dit que si elle le tuait, elle devrait épouser le sénéchal qu’elle méprisait. Pire encore, sa mère perdrait la vie si Tristan ne se présentait pas au duel. Iseut n’avait d’autre choix que d’épargner le meurtrier de son oncle.

Iseut révéla à sa mère la véritable identité de Tristan. La reine accepta à contrecœur la décision de sa fille qu’elles devaient aider Tristan, car la vie de la reine était en jeu. Tristan leur dit qu’il voulait conquérir la main d’Iseut pour son oncle, le roi Marc de Cornouailles. Si Iseut avait des enfants, ils seraient souverains de l’Irlande et de la Cornouailles. Cette perspective sembla une offre séduisante pour les parents d’Iseut.

Le lendemain, Tristan prouva qu’il était le véritable tueur de dragon en révélant la langue du dragon. Le sénéchal avait bien la tête entière, mais la langue manquante du dragon prouvait qu’il ne l’avait pas tué. Le sénéchal prit la fuite, sa vie étant désormais confisquée.

La reine Iseut révéla la véritable identité de Tristan à son époux. Le roi accepta de pardonner et de gracier le meurtrier de son frère si la jeune Iseut épousait le roi Marc.

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Rendez-vous et épreuves

Le philtre d’amour

Avant que Tristan et Iseut la Blonde ne quittassent l’Irlande, la reine Iseut avait préparé un philtre d’amour pour sa fille et le roi Marc. La reine remit le philtre à Brangwain, la compagne et servante de sa fille, pour qu’elle l’administrât à sa fille et au roi (Marc), car elle soupçonnait que sa fille ne serait pas heureuse d’être l’épouse du roi de Cornouailles, un homme bien plus âgé.

Tristan partage le philtre d'amour avec Iseut

Tristan partage le philtre d'amour
avec Iseut
John Duncan
Huile sur toile, 1912
Musées et galeries d'art d'Édimbourg

Alors que Tristan naviguait vers l’Irlande avec Iseut, ils eurent soif. Tristan trouva la bouteille de vin contenant le philtre d’amour. Ils partagèrent le vin ensemble et tombèrent instantanément éperdument amoureux l’un de l’autre. Ils firent l’amour sur le navire avant d’arriver en Cornouailles.

Brangwain découvrit ce qui était arrivé à sa maîtresse et en informa les amoureux. Les amoureux comprirent ce qui s’était passé, mais ne pouvaient maîtriser leur passion l’un pour l’autre. Bien que Tristan sût qu’Iseut devait encore épouser son oncle, Iseut avait déjà perdu sa virginité avec lui.

À Tintagel, le roi Marc accueillit sa fiancée et tomba instantanément amoureux de la belle Iseut. Lorsqu’ils se marièrent, ils se retirèrent dans la chambre nuptiale. Dans le lit conjugal, Iseut échangea sa place avec Brangwain. Pour dissimuler la perte de virginité d’Iseut, Brangwain coucherait avec le mari d’Iseut dans l’obscurité. Ainsi Marc prendrait la virginité de Brangwain, pensant qu’il s’agissait de celle d’Iseut.

Une fois encore, Iseut passa la nuit dans les bras de son amant. Avant l’aube, Iseut quitta Tristan et regagna secrètement le lit de son époux.

Selon Thomas, le matin, Brangwain donna le reste du vin contenant le philtre d’amour à Marc, afin que le roi fût éperdument amoureux d’Iseut.

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Brangwain

Bien qu’Iseut réussît à commettre l’adultère avec Tristan et à mener à bien la supercherie de Brangwain prenant sa place, elle comprit que sa fidèle compagne pourrait un jour la trahir. Aussi, Iseut ordonna à deux serfs ou écuyers d’emmener Brangwain dans la forêt et de la tuer.

Brangwain savait ce que sa maîtresse lui réservait, aussi, lorsque les serfs l’emmenèrent dans les bois aux abords de Tintagel, elle ne résista pas. Les serfs, prenant pitié de la jeune fille, se contentèrent de l’attacher à un arbre avant de retourner auprès de la reine.

Lorsque les deux serfs annoncèrent à Iseut qu’ils avaient tué sa compagne, Iseut fut accablée de chagrin et de remords. Voyant les véritables sentiments de la reine pour Brangwain, les serfs lui avouèrent alors qu’ils avaient menti et qu’ils n’avaient pas fait de mal à Brangwain.

Ils ramenèrent Brangwain auprès de la reine. Iseut fut heureusement réunie et réconciliée avec Brangwain.

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La rote et la harpe

Un jour, alors que Tristan était absent de la cour, un chevalier irlandais du nom de Gandin se présenta à la cour du roi Marc, qui jouait de la rote si merveilleusement que Marc lui donnerait n’importe quoi s’il continuait à jouer. Après sa représentation, Gandin demanda Iseut. Comme le roi avait promis devant toute la cour, Marc n’eut d’autre choix que de livrer son épouse à Gandin.

Iseut et Tristan le joueur de harpe

Iseut et Tristan le joueur de harpe
Frederick Lord Leighton
Huile sur toile

Gandin s’éloigna avec Iseut, se dirigeant vers un navire. Gandin et Iseut rencontrèrent un harpiste. C’était Tristan, qui jouait avec une telle virtuosité qu’il enchanta le chevalier. Le chevalier demanda à Tristan de l’accompagner en Irlande.

Lorsqu’ils parvinrent au navire, la marée était haute, ce qui rendait difficile la mise d’Iseut à bord. Tristan proposa à Gandin de conduire la jeune reine jusqu’au navire, sur son cheval.

Dès qu’Iseut eut enfourché le cheval de Tristan, les amants s’enfuirent au galop. Gandin demanda furieusement pourquoi il commettait une telle trahison en lui dérobant Iseut. Tristan répondit à Gandin qu’il avait trompé le roi avec la rote, tandis qu’il avait dupé Gandin avec la musique de sa harpe.

Lorsque Tristan ramena Iseut à la cour de son oncle, Tristan reprocha à son oncle d’avoir accordé un vœu insensé à un inconnu.

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Ruses et pièges

Au fil du temps, certains commencèrent à soupçonner la relation entre l’épouse du roi et son neveu.

Dans le poème de Thomas, un noble nommé Mariadoc était l’intendant du roi Marc. Au début, Mariadoc était ami de Tristan, mais lorsqu’il découvrit Tristan en train de faire l’amour à sa reine, Mariadoc fut indigné que les amoureux commissent adultère et trahison envers leur roi. Mariadoc devint l’ennemi acharné de Tristan et Iseut. Mariadoc décida de porter l’affaire devant son roi.

Le roi ne pouvait croire l’accusation de Mariadoc. Le baron ou les barons suggérèrent que le roi posât une question à son épouse, et jugeât sa réponse.

Le baron ou les barons suggérèrent que Marc demandât à son épouse qui devait veiller sur elle lorsqu’il partirait en longue chasse. Iseut répondit que Tristan devrait être celui-là, sans réaliser que son mari la mettait à l’épreuve.

Iseut fut ravie d’être seule avec son amant pendant l’absence de son époux, et elle annonça la nouvelle avec excitation à Brangwain. Brangwain fut assez perspicace pour comprendre que le roi tentait de piéger Iseut. Brangwain conseilla à Iseut de reconsidérer sa décision (réponse), et de dire au roi qu’elle n’aimait pas vraiment Tristan.

Dans un premier temps, Marc fut soulagé lorsqu’Iseut lui dit cela. Cependant, lorsque le roi suggéra de le renvoyer, Iseut lui dit qu’il ne devrait pas le faire à cause d’elle. Les soupçons de Marc revinrent alors.


Mariadoc dit à Marc de demander à un nain nommé Melot d’espionner l’épouse du roi et son neveu.

Dans la version de Béroul, il y avait trois nobles qui haïssaient Tristan. Ils conseillèrent au roi d’employer un nain nommé Frocin pour démasquer l’épouse et le neveu de Marc. Frocin était un magicien, et il promit d’aider et d’apporter la preuve de la trahison des amoureux.

Tristan et Iseut planifiaient secrètement une rencontre au bord de la rivière. Frocin découvrit leur plan et dit au roi de se cacher dans l’arbre.

Dans les deux versions, Frocin ou Melot découvrirent le rendez-vous des amoureux sous un arbre au bord du ruisseau. Le roi Marc s’y rendit lui-même, se dissimulant dans les branches d’un arbre.

Cette nuit-là, Tristan et Iseut se rendirent secrètement à l’arbre. Tristan vit le reflet de son oncle, tandis qu’Iseut vit l’ombre de son époux caché dans l’arbre. Ils comprirent que quelqu’un avait informé le roi de leur liaison amoureuse. Ils prenaient désormais conscience que Marc soupçonnait leur relation.

Au lieu de s’embrasser et de faire l’amour passionnément sous l’arbre, ils parlèrent des nobles, utilisant leur influence sur le roi contre eux. Pendant que le roi espionnait sa femme et son neveu, ils inventèrent des mensonges, comme quoi si son oncle ne lui faisait plus confiance, il devrait quitter son service et trouver un autre royaume où ses talents seraient utiles.

Après avoir entendu leur conversation affligée mais feinte, le roi Mark regretta d’avoir douté de la loyauté de sa femme et de son neveu. Bien qu’il crût désormais en leur innocence, ses conseillers continuèrent à alimenter ses soupçons et ses doutes.

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La farine sur le sol

Dans cet épisode, Thomas et Béroul racontèrent le même événement avec des raisons et des conséquences différentes.

Une fois de plus, les trois nobles racontèrent au roi leur soupçon que sa femme et son neveu avaient une liaison et mentaient sur leur relation. Selon la loi de l’époque, Tristan et Iseut commettaient un acte de trahison. Les trois nobles insistèrent pour que le nain tendît un piège aux amants.

Selon Béroul, le nain Frocin conseilla au roi d’envoyer Tristan auprès du roi Arthur à Carlisle avec un message. Le roi et le nain dormiraient dans la même pièce que sa femme et son neveu, avant que Tristan ne partît le matin pour Carlisle.

Le poème de Thomas raconte que le nain (Melot) tendit un piège aux amants lorsqu’ils allèrent se coucher la nuit.

Lorsqu’ils se retirèrent pour la nuit, Mark s’allongea dans le lit avec sa femme, tandis que Tristan dormit dans un autre lit. Le nain dormirait sur le sol. Dans l’obscurité, le nain répandit de la farine sur le sol entre les deux lits. Tristan s’interrogea sur ce que faisait le nain.

Le roi quitta la pièce avec le nain, prétendant aller faire une course et laissant Iseut seule avec Tristan. Lorsque Tristan regarda le sol, il put voir la farine parsemée entre les deux lits.

Tristan bondit à travers la pièce vers le lit que son oncle et Iseut partageaient, et fit l’amour à la reine. Selon Béroul, ce matin-là, Tristan était allé chasser et avait reçu une blessure d’un sanglier sauvage, mais dans la version de Thomas, le chirurgien avait saigné Tristan en même temps qu’Iseut et son oncle (ce qui était une pratique courante au Moyen Âge).

Dans les deux cas, la blessure de Tristan s’était rouverte pendant qu’ils faisaient l’amour. Lorsque Tristan entendit le bruit du retour de son oncle, le héros bondit vers son propre lit, feignant de dormir.

Mark et le nain ne trouvèrent aucune empreinte de pas sur le sol entre les deux lits, mais ils découvrirent une traînée de sang sur le sol. Mark trouva également du sang sur le lit de Tristan et sur les draps de son propre lit.

Selon Thomas, Mark savait qu’Iseut mentait lorsqu’elle lui dit que sa blessure s’était rouverte. Mark fut attristé par les mensonges d’Iseut. Cependant, Mark ne les arrêta pas.

Il en alla autrement dans la version de Béroul. Lorsqu’il découvrit le sang sur le sol et sur les draps de son lit, Mark les accusa de tromperie et les accusa de trahison. Tristan et Iseut furent immédiatement arrêtés.

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Le serment ambigu

Ce qui se passa ensuite dans le poème de Thomas, c’est que l’évêque de Cornouailles informa Iseut des soupçons de son mari au sujet de sa relation avec le neveu du roi. Iseut dit à son mari qu’elle acceptait de se soumettre à une épreuve pour prouver son innocence, par l’épreuve du fer chaud.

Tristan et Iseut

Tristan et Iseut
John William Waterhouse
Huile sur toile, 1911
Whitford and Hughes

Iseut fit en sorte que l’épreuve eût lieu devant des témoins à Carlion. Pour se sauver, elle envoya un message secret à Tristan pour qu’il se déguisât en paysan.

À Carlion, Iseut dut prendre un bac pour traverser la rivière. Comme la berge était boueuse, elle reconnut Tristan (déguisé en paysan) et l’appela. Elle ordonna au paysan de la porter sur son dos jusqu’à la rive sèche. Iseut grimpa sur son dos, relevant sa robe pour éviter qu’elle ne se mouillât.

Iseut murmura ses instructions à Tristan. Lorsqu’ils atteignirent la terre ferme, Tristan feignit de trébucher et de tomber. Iseut atterrit sur Tristan, de sorte que ses jambes étaient écartées autour de lui.

Tristan (en tant que paysan) partit immédiatement après cela, et séjourna chez le duc Gilan au pays de Galles, tandis qu’Iseut resta à Carlion.

Le lendemain, Iseut jura devant Mark et les autres nobles qu’elle n’avait jamais eu d’homme entre ses jambes, à l’exception de son mari et du paysan (Tristan), sur lequel elle était tombée au bord de la rivière. Puis Iseut prit courageusement le fer chaud sur son bras, apparemment sans douleur. Bien que son serment fût plutôt ambigu, elle ne mentait pas, aussi Dieu la protégea-t-il du fer brûlant.


Dans le roman de Béroul, Iseut ne prêta ni ne jura le serment avant d’être retournée auprès de son mari, après son exil avec Tristan dans la Forêt de Morrois.

Les trois nobles insistèrent sur la culpabilité d’Iseut. Pour prouver son innocence devant Mark et toute la cour, Iseut devait se justifier devant tous. Comme Iseut vivait loin de chez elle (en Irlande), elle n’avait personne pour protéger son honneur. Elle décida donc de prêter serment devant le roi Arthur et ses chevaliers de la Table Ronde. Ils seraient ses protecteurs si elle prêtait serment devant eux et devant Dieu.

Parmi les chevaliers qui assistèrent à la justification d’Iseut au Gué Aventureux se trouvaient Gauvain, Evain (Yvain) et Gerflet (Girflet). Ils furent indignés que le roi Mark crût les trois nobles au sujet de l’adultère d’Iseut.

Ici, la même chose se produisit avec quelques détails légèrement différents par rapport à la version de Thomas. Iseut n’était pas tenue de subir l’épreuve du fer chaud, mais de faire son vœu en présence d’Arthur et de ses chevaliers. Tristan était déguisé en lépreux chétif au lieu du paysan de la version de Thomas. En outre, Tristan porta Iseut sur son dos à travers un marécage, et non sur la berge boueuse de la rivière.

Elle prêta le même serment, affirmant qu’elle n’avait eu aucun autre homme entre ses jambes, à l’exception de son mari et du lépreux qui l’avait portée à travers un marécage.

Des deux poèmes, l’épisode de Béroul était de loin le plus divertissant.

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La Forêt de Morrois

Les scènes suivantes furent écrites différemment par les deux auteurs. Je raconterai d’abord la version de Thomas avant de rapporter celle de Béroul.

Selon Thomas et Gottfried von Strassburg, Mark, lassé de porter ses doutes et ses soupçons au sujet de la relation entre sa femme et son neveu, malgré l’épreuve du fer subie par Iseut, ordonna aux amants de quitter sa cour. Mark ne pouvait les exécuter, aussi les bannit-il de la forêt. Tristan et Iseut quittèrent la cour, main dans la main, se réjouissant secrètement de pouvoir vivre ensemble.

Tristan et Iseut trouvèrent refuge dans une grotte de la forêt de Morrois, où Tristan chassait pour leur nourriture.


Dans la version de Béroul, Tristan et Iseut avaient été arrêtés depuis l’incident de la Farine sur le sol. Mark décida de faire brûler sa femme et son neveu sur le bûcher. Tristan ne parvint pas à persuader son oncle de l’innocence d’Iseut.

Alors que les gardes les conduisaient au bûcher, Tristan leur demanda de leur permettre au moins de prier dans l’église avant de mourir. Dans la chapelle, le seul moyen de s’échapper était par la fenêtre. Cependant, la chapelle était située au sommet d’une haute falaise. Tristan sauta sans crainte vers le bas, atterrissant sur le sable sans se blesser. Tristan crut que Dieu était de son côté, sans quoi il se serait tué en sautant.

Lorsque Mark apprit que Tristan s’était échappé, au lieu de brûler sa femme sur le bûcher, il décida de livrer Iseut à un groupe de lépreux qui risquaient de la violer.

Gouvernal craignait que le roi Mark ne l’arrêtât également comme complice, et décida de partir secrètement. Gouvernal revêtit l’armure et l’épée de Tristan, puis chevaucha. Par un heureux hasard, Gouvernal rencontra Tristan sur la plage.

Après que Tristan eut revêtu son armure et monté son cheval, il décida de délivrer Iseut du bûcher.

Au lieu de cela, Tristan trouva Iseut entourée de lépreux. Le héros se précipita sur eux et arracha Iseut aux lépreux en proie à la convoitise, puis s’enfuit au galop dans la forêt.

Le poème de Béroul montre que Tristan et Iseut vivaient dans la difficulté à Morrois, comparé à l’œuvre de Thomas. Ils craignaient que Mark et sa suite ne finissent par découvrir leur cachette.

Mais les nobles cornouaillais craignaient d’entrer dans la forêt après que Gouvernal eut tué l’un des nobles qui avaient trahi Tristan et Iseut.

Tristan avait un chien nommé Husdant (Hodain) qui souffrait de sevrage depuis la fuite de Tristan, car ce dernier avait été contraint de laisser son fidèle chien derrière lui. Le roi Mark, prenant pitié du chien, décida de le relâcher. Husdant suivit les traces depuis la ville jusqu’à la cachette de Tristan dans la forêt.

Bien que Tristan fût heureux de retrouver son chien, le héros décida de tuer l’animal, risquant ainsi d’être capturé par les hommes de son oncle. C’est l’instinct d’un chien de chasse d’aboyer lorsqu’il repère sa proie. Iseut ne voulait pas que son amant tuât son chien, alors Tristan décida d’apprendre à Husdant à chasser le gibier sans aboyer. Il fallut un mois entier à Husdant pour apprendre à pister silencieusement sa proie.

De plus, les amants rencontrèrent le frère ermite nommé Ogrin, qui réprimanda les amants pour vivre dans le péché mortel : l’adultère. Tristan et Iseut expliquèrent les raisons pour lesquelles ils ne pouvaient maîtriser leur amour et leur passion l’un pour l’autre — à savoir le philtre d’amour. Ogrin reconnut que Tristan et Iseut ne pouvaient être tenus pour responsables de la trahison envers leur roi.


Dans les deux versions, Mark découvrit où ils séjournaient dans les bois. Ce jour-là, Tristan et Iseut étaient très fatigués et s’endormirent avec une épée entre eux. Heureusement, Tristan et Iseut portaient encore leurs vêtements lorsqu’ils s’endormirent.

Lorsqu’un des chasseurs de Mark découvrit la grotte avec les amants à l’intérieur, il informa le roi de sa découverte. Le roi espérait tuer les amants pendant leur sommeil.

Cependant, le roi fut rempli de regrets en les trouvant. Mark les crut innocents, car ils dormaient habillés avec une épée nue entre eux. Mark fut pris de remords pour les avoir soupçonnés d’entretenir une liaison illicite.

Comme le soleil brillait sur le visage d’Iseut, Mark posa délicatement son gant sur son visage pour la protéger de la lumière. Puis Mark retourna à sa cour, annonçant son intention de se réconcilier avec Iseut.

Dans la version de Béroul, le roi allait tuer les amants dans leur sommeil. Mais lorsqu’il vit qu’ils n’étaient pas nus et qu’une épée était posée entre eux, il pensa qu’il s’était peut-être trompé sur leur relation.

Mark échangea son épée contre celle de Tristan. Le roi couvrit également le visage d’Iseut de son gant et échangea la bague qu’il lui avait offerte contre celle qu’elle lui avait donnée.

Les réactions de Tristan et d’Iseut dans les deux poèmes furent complètement différentes, lorsque les amants réalisèrent que le roi avait découvert leur cachette.

Dans le récit de Thomas, les amants furent remplis de honte et de culpabilité pour avoir trahi leur roi. Mark aurait pu les tuer facilement pendant leur sommeil. Les amants décidèrent qu’Iseut retournerait auprès de son mari.

Béroul raconte que les amants craignaient que la raison pour laquelle le roi les avait laissés en vie fût de réunir ses hommes pour les capturer. Les deux s’enfuirent de la forêt hors de Cornouailles et séjournèrent au pays de Galles.

Ils vécurent dans la difficulté au pays de Galles pendant trois ans. À cette époque, l’effet du philtre d’amour s’était finalement dissipé. Tristan et Iseut réalisèrent qu’ils avaient vécu dans le péché et la souffrance.

Voici l’une des différences fondamentales entre les romans de Thomas et de Béroul. Béroul imposait une limite à la puissance du philtre ; après trois ans, le philtre d’amour n’agissait plus sur eux. Chez Thomas, l’effet du philtre d’amour ne faiblit jamais.

Ils retournèrent voir le frère Ogrin en Cornouailles (dans le récit de Béroul), annonçant à l’ermite qu’ils n’étaient plus sous l’emprise du philtre d’amour. Ils décidèrent que la chose juste à faire serait de réconcilier Iseut avec son mari. Ogrin envoya alors un messager au roi Mark.

Le roi Mark aimait encore sa femme et fit part à sa cour de sa décision de se réconcilier et de reprendre Iseut. Les trois nobles persuadèrent le roi de ne pas reprendre son neveu Tristan.

Tandis que Mark et Iseut se réconciliaient, Tristan serait exilé. Tristan défia quiconque croyait qu’Iseut était coupable de trahison et d’aimer Tristan en état de péché. Tristan était le plus grand chevalier de Cornouailles ; aucun des trois nobles (Ganelon, Godwin et Denoalan) n’eut le courage d’affronter Tristan sur le champ de bataille.

Tristan se sépara d’Iseut, lui laissant son fidèle chien tandis qu’Iseut lui donna sa bague.

Mark se fâcha contre les trois nobles lorsqu’ils lui dirent qu’Iseut n’avait pas encore été disculpée. Iseut dit à son mari que, puisqu’elle n’avait pas de parents en Cornouailles, elle n’avait donc pas de protecteur. Iseut déclara à son mari qu’elle devait trouver un protecteur ailleurs. Comme dans le royaume de Logres, le roi Arthur avait les meilleurs chevaliers du monde, elle adresserait sa demande aux Chevaliers de la Table Ronde pour qu’ils fussent ses champions. Elle se disculperait en leur présence. (Voir le Serment ambigu).

Les événements suivants ne se trouvent que dans le poème de Béroul.

Après sa disculpation et sa réconciliation avec son mari, Tristan rencontra secrètement Iseut. Les trois nobles apprirent leur rendez-vous par l’intermédiaire d’un espion, et décidèrent de démasquer les amants. Godwin fut envoyé pour espionner les amants derrière les rideaux de la fenêtre de la chambre d’Iseut.

La nuit suivante, alors que Tristan allait rencontrer Iseut, il vit Godwin devant lui et décida de tendre une embuscade au noble insoupçonné. Cependant, Godwin prit une direction différente. Fort heureusement, il aperçut Denoalan et décida de se venger sur l’autre. Comme Denoalan passait devant Tristan, le héros l’attaqua immédiatement et décapita le traître avant qu’il ne pût crier. Tristan décida de prendre quelques cheveux de Denoalan et de les montrer à Iseut.

Godwin arriva dans la chambre d’Iseut avant Tristan et attendit derrière les rideaux. Lorsque Tristan arriva, Iseut se leva pour accueillir son amant lorsqu’elle vit l’ombre de la tête de Godwin à sa fenêtre. Iseut fut saisie de peur en voyant quelqu’un l’espionner.

Tristan, ignorant la présence de l’espion, montra les cheveux de Denoalan à Iseut. Iseut, craintive, demanda à Tristan de faire preuve de son habileté à l’arc. Tristan, soupçonnant que quelque chose n’allait pas, obéit à ses instructions et encocha une de ses flèches sur la corde. À ce moment-là, Tristan avait remarqué l’ombre de Godwin à la fenêtre de la chambre. Tristan se retourna et décocha sa flèche sur Godwin. La flèche transperça l’œil de Godwin et pénétra dans son cerveau.

Avec la mort de deux nobles cette nuit-là, Iseut dit à Tristan de fuir immédiatement.

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Nom

Forest of Morrois, Morroiz

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Tristan en Bretagne

Il convient de noter qu’il y a encore une autre « Iseut » dans ce récit, aussi distinguerai-je la femme de Mark comme Iseut la Blonde ou l’Iseut irlandaise, tandis que la femme non aimée de Tristan serait appelée Iseut aux Blanches Mains ou l’Iseut bretonne.

Le mariage de Tristan

Banni de la cour de son oncle, Tristan quitta les Cornouailles et se rendit dans de nombreux royaumes, servant et combattant pour un roi ou un autre dans de multiples guerres. Finalement, Tristan retourna en Bretagne.

Dans le poème de Béroul, le duc de Bretagne était Hoël, tandis que dans le roman de Thomas, il s’agissait de Roald de Foytenant, le père adoptif de Tristan. Quel que soit le poème que vous lisiez, le duc était le père d’un fils nommé Kaherdin et d’une fille nommée Iseut aux Blanches Mains.

(Hoël apparaissait également dans la légende arthurienne, comme oncle ou cousin d’Arthur. Ce Hoël était le cousin ou le neveu d’Arthur, dont la nièce, Hélène ou Elaine, fut violée et tuée par un géant durant la guerre romaine.)

Tristan aida le duc de Bretagne dans plusieurs guerres, où il devint un ami proche de Kaherdin. Tristan chantait une chanson d’Iseut la Blonde, qui lui manquait et qu’il désirait ardemment. Lorsque Kaherdin entendit Tristan chanter une chanson triste de solitude et de désir pour Iseut la Blonde, il crut que son nouvel ami chantait sa sœur, qui s’appelait également Iseut. Kaherdin en informa son père, et tous deux souhaitaient voir Iseut aux Blanches Mains mariée au vaillant héros.

Lorsqu’ils demandèrent à Tristan s’il souhaitait épouser la fille du duc, Tristan comprit leur confusion entre les deux Iseut. Comme il croyait qu’il ne reverrait jamais Iseut la Blonde, qu’il pensait l’avoir oublié et qu’elle profitait désormais du lit de Marc, il accepta le mariage. De plus, Tristan trouvait que l’Iseut bretonne était également fort belle, sinon autant qu’Iseut la Blonde.

Le Mariage de Tristan avec Iseut aux Blanches Mains

Le Mariage de Tristan avec Iseut
aux Blanches Mains
Sir Edward Burne-Jones
Vitrail, 1862
Tiré de « L'Histoire de Tristan
et Iseut », vitrail de la salle
de musique, Harden Grange

Ce mariage fut bientôt source de regrets pour Tristan, car il ne pouvait s’empêcher de penser à l’Iseut irlandaise. Bien qu’Iseut aux Blanches Mains fût désormais son épouse, il ne put consommer leur mariage, prétendant que son ancienne blessure le affectait encore. L’Iseut bretonne accepta les affirmations de Tristan sans soupçonner les véritables raisons.

Un jour, alors que le héros se trouvait dans la forêt, Tristan combattit et vainquit un géant nommé Moldagog, qui ravageait le pays. En échange de la vie sauve de Moldagog, le géant se mit au service du héros. Chaque fois que Tristan souhaitait être seul avec ses pensées, il se rendait secrètement dans la grotte de Moldagog. Son désir d’Iseut d’Irlande était tel qu’il fit construire par Moldagog une statue à l’image d’Iseut la Blonde. La statue était si réaliste que Tristan passait de nombreuses heures à la contempler ou à feindre de serrer la véritable Iseut dans ses bras. Tristan possédait également une statue représentant Brangwain, qui tenait le philtre d’amour dans une main. Son fétiche me rappela le conte romain de Pygmalion et Galatée.

Un jour, alors que Kaherdin chevauchait dans la forêt avec sa sœur, de l’eau éclaboussa les cuisses d’Iseut alors qu’ils traversaient un gué. Iseut déclara en plaisantant que l’eau était plus audacieuse que son mari. Kaherdin n’en croyait pas ses oreilles : Tristan n’avait pas consommé leur mariage.

Kaherdin alla trouver Tristan et l’affronta au sujet des relations du héros avec sa sœur. Tristan avoua à son beau-frère qu’il était véritablement amoureux d’Iseut d’Irlande, qui était l’épouse du roi Marc, son oncle. Pour prouver qu’Iseut la Blonde était plus belle que la sœur de Kaherdin, Tristan montra à son ami les statues d’Iseut et de Brangwain dans la grotte de Moldagog. Ce n’est que lorsqu’il vit la statue d’Iseut la Blonde que Kaherdin ne put croire que quelqu’un pût être plus ravissante. Kaherdin pensa même que Brangwain était plus belle que sa sœur.

Il est à noter que Béroul raconta la même scène où Kaherdin découvrit le secret de Tristan par sa sœur au gué, mais omit toutes les scènes concernant le géant et les statues dans la grotte d’amour. La seule façon pour Tristan de convaincre Kaherdin de la beauté d’Iseut la Blonde était de l’emmener en Cornouailles, pour rencontrer secrètement la femme que Tristan aimait.

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Nom

Isolde of the White Hands.
Isolde of Brittany.

Retour en Cornouailles

Dans le poème de Thomas, un chevalier nommé Cairado était amoureux d’Iseut la Blonde ; il souhaitait devenir son nouvel amant. Iseut repoussa ses avances. Cairado lui fit remarquer que si Tristan était amoureux d’elle, pourquoi avait-il épousé la fille du duc de Bretagne. Cette nouvelle troubla Iseut, mais elle refusa néanmoins d’aimer Cairado.

Tristan et Kaherdin arrivèrent en Cornouailles, où il parvint à organiser une rencontre secrète avec l’épouse de Marc. Ils laissèrent leurs chevaux à leurs deux écuyers. D’abord, Iseut était en colère contre Tristan pour avoir épousé une autre femme, mais ils se réconcilièrent.

Iseut et Tristan

Iseut et Tristan
Dante Gabriel Rossetti

Kaherdin fut très séduit par la beauté d’Iseut et de sa compagne, Brangwain. Kaherdin voulut devenir l’amant de Brangwain. Pendant que Tristan faisait l’amour à Iseut, Kaherdin s’endormit avant de pouvoir faire l’amour à Brangwain. Brangwain possédait un oreiller magique qui plongeait quiconque dans un sommeil instantané. La même chose se produisit les deux nuits suivantes, où Brangwain trompa le pauvre Kaherdin. Finalement, Iseut eut pitié de Kaherdin et dit à sa compagne qu’elle devait accepter l’amour de Kaherdin, ce que Brangwain accepta volontiers.

Pendant ce temps, Cairado trouva les écuyers de Tristan et Kaherdin, qu’il prit à tort pour Tristan et Kaherdin eux-mêmes. Les écuyers s’enfuirent immédiatement devant Cairado, si bien que ce dernier crut que Tristan et Kaherdin étaient des lâches.

Lorsque Tristan et Kaherdin quittèrent Iseut et retournèrent heureux en Bretagne, Cairado affronta Iseut et lui dit que Tristan et Kaherdin étaient des lâches.

Cette nouvelle contraria Brangwain. Brangwain réprimanda Iseut de l’avoir laissée coucher avec un lâche (Kaherdin), et lui reprocha également d’avoir sacrifié sa virginité au roi Marc. Désormais, personne ne voudrait l’épouser.

Lorsque Tristan et Kaherdin leur rendirent visite à nouveau en Cornouailles, le héros fut également en butte aux reproches de Brangwain. Tristan et Iseut parvinrent à apaiser Brangwain et à se réconcilier avec elle lorsque Kaherdin affronta Cairado. Kaherdin transperça Cairado de sa lance lors de la joute.

Une fois de plus, Tristan fit secrètement l’amour à Iseut, avant de retourner auprès de son épouse en Bretagne.

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La mort de Tristan et Iseut

La façon dont Tristan reçut sa blessure mortelle différait dans les deux poèmes. Dans le roman de Thomas, Tristan vint en aide à un nain qui portait également le nom de Tristan, que j’appellerai Tristan le Nain.

Tristan le Nain demanda l’aide du héros, car Estolt le Fier du château de Fer avait enlevé sa belle maîtresse. Alors que les deux Tristan se rendaient au château de Fer pour secourir la maîtresse du nain, ils furent attaqués par Estolt et ses six frères. Tristan le Nain fut tué au combat. Estolt et ses frères périrent tous. Une fois de plus, Tristan fut blessé par une lance empoisonnée.

Selon Béroul, Tristan aidait Kaherdin à conquérir l’amour d’une femme mariée. Ce fut le mari de celle-ci qui tua Kaherdin et blessa Tristan avec la lance empoisonnée. Tristan parvint à venger son ami avant de retourner auprès de son épouse en Bretagne.

Dans les deux cas, Tristan savait que seule Iseut la Blonde pouvait le guérir. Tristan envoya un messager avec un anneau qu’Iseut lui avait donné, ou dans une autre version, son ami Kaherdin (s’il n’était pas mort) alla chercher Iseut. S’il revenait avec Iseut, il devait revenir avec des voiles blanches hissées, sinon le navire devait revenir avec des voiles noires. Cela me rappela l’histoire de Thésée et de son père le roi Égée, qui avaient convenu des mêmes signaux.

Lorsqu’Iseut reconnut l’anneau ou Kaherdin et apprit la nouvelle de l’agonie de Tristan, elle partit immédiatement pour sauver son amant.

La santé de Tristan s’était encore dégradée. La seule chose qui lui permettait de s’accrocher à la vie était la pensée qu’Iseut le sauverait. L’épouse de Tristan, Iseut aux Blanches Mains, fut la première à apercevoir le navire aux voiles blanches. L’Iseut bretonne était devenue de plus en plus jalouse de son homonyme. Par dépit, Iseut dit à son mari que le navire qui approchait avait des voiles noires.

Tristan crut qu’Iseut la Blonde l’avait finalement abandonné. Le héros renonça simplement à vivre. Tristan tourna le visage vers le mur et mourut.

Iseut la Blonde arriva pour trouver les gens déjà en deuil de la mort de Tristan. Accablée de chagrin, Iseut se précipita et découvrit que son amant était déjà mort. Iseut s’allongea auprès de Tristan, ses lèvres contre les siennes, et mourut les bras enlacés autour de lui.

Le roi Marc fit rapatrier les corps de son épouse et de son neveu en Cornouailles, où ils furent inhumés. En une seule nuit, deux arbres poussèrent miraculeusement sur les deux tombes, leurs branches s’entremêlant. Les deux arbres devinrent le symbole de leur amour.

Dans un accès de jalousie furieuse, Marc abattit et brûla les arbres. Mais les arbres repoussèrent le lendemain. Marc tenta de détruire les arbres à nouveau, mais ils repoussèrent encore le jour suivant.

Ainsi s’acheva la romance de Tristan et Iseut.

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Récits alternatifs

Comme je l’ai dit dans l’introduction, le Tristan en prose fut influencé par le roman en prose du Cycle du Vulgate. Le Tristan en prose était également connu sous un autre titre : « Tristan de Léonois », et fut écrit par un auteur inconnu vers 1240. Le Tristan en prose fit également partie de ce qu’on appelle le Cycle Post-Vulgate.

Le Tristan en prose (v. 1240) éclipsa les versions antérieures écrites par les poètes français — Thomas et Béroul (seconde moitié du XIIe siècle). Le Tristan en prose devint la version de référence de Tristan et Iseut, et il influença Sir Thomas Malory, qui écrivit Le Morte d’Arthur (v. 1470), consacrant trois livres à Tristram de Liones (Livre VIII-X).

Généalogie

Maison de Cornouailles (version du Tristan en prose)

Tristan en prose

Tristan naquit du roi Méliadus (Méliadas) de Léonois et d’Élyabel (Élisabeth), sœur du roi Marc de Cornouailles. Élyabel mourut en donnant naissance à Tristan. On raconte comment Méliadus se remaria lorsque Tristan avait sept ans. Le nom de la nouvelle épouse de Méliadus n’est pas donné, mais elle était connue comme la fille de Hoël, roi de Bretagne.

Lorsque la belle-mère de Tristan eut un enfant à elle, elle fut jalouse et craignit que son propre fils ne soit déshérité. Elle complota de faire assassiner Tristan. Dans la salle de jeux des enfants, la reine empoisonna la cruche d’eau, espérant ainsi se débarrasser du rival de son fils.

Cependant, la nourrice apporta le fils de la reine dans la salle de jeux ; après s’être occupée du nourrisson, elle pensa qu’il aurait soif. La nourrice donna au nourrisson l’eau empoisonnée, et le fils de la reine mourut. Tout le monde fut choqué et accablé par cet incident. La nourrice affirma son innocence : elle n’aurait pas tué le nourrisson. Méliadus comprit que la nourrice était innocente. La reine fut accablée de chagrin et de culpabilité d’avoir tué son propre fils.

Comme Méliadus s’apprêtait à boire la même eau de la cruche, la reine renversa la coupe des mains du roi. Méliadus comprit que son épouse avait mis du poison dans l’eau. Interrogée, la reine bouleversée avoua qu’elle avait voulu tuer le fils aîné de Méliadus. Méliadus aurait fait exécuter son épouse pour avoir comploté de tuer Tristan ainsi que pour avoir empoisonné son fils cadet.

Bien que Tristan fût encore jeune, le garçon demanda chevaleresquement à son père d’épargner sa belle-mère. Bien que le roi épargnât son épouse de l’exécution et la rétablit dans ses fonctions d’épouse et de reine, il ne lui fit plus jamais confiance. La reine ne fit plus aucune tentative sur la vie de Tristan.

Le roi Méliadus mourut plus tard de la main d’assassins. Governal, craignant pour la sécurité de Tristan, l’emmena secrètement en Gaule (France) où il servit le roi pendant quelques années avant de partir pour les Cornouailles, et de servir secrètement son oncle.


La suite de l’histoire, comment Tristan devint chevalier et champion de son oncle, le roi Marc, était à peu près la même que dans la tradition antérieure. Notamment la façon dont il tua Morholt en combat singulier (appelé Marhaus dans Le Morte d’Arthur) puis comment Iseut la Blonde guérit sa blessure empoisonnée.

Cependant, Marc n’envoya pas Tristan en Irlande pour une deuxième fois seulement pour courtiser Iseut, mais espérait secrètement envoyer son neveu à la mort. Tristan courtisa Iseut avec succès pour son oncle, lorsqu’il vainquit un parent du roi Ban en duel devant le roi Anguin (Agwisance) d’Irlande, le père d’Iseut.

Tristan et Iseut

Tristan et Iseut
Sidney Harold Meteyard
Huile sur toile

Il y eut une légère différence dans la façon dont Marc épousa Iseut et dont Tristan et Iseut burent le philtre d’amour. Ils étaient déjà amoureux l’un de l’autre avant même de boire le philtre.


Lorsque le roi Marc découvrit que son épouse avait une liaison, il résolut non seulement de prendre les amants au piège, mais aussi de faire assassiner son neveu.

Après que Tristan eut échappé à la mort de la main de son oncle, il dut secourir Iseut, que le roi avait abandonnée à une bande de lépreux ; les lépreux auraient violé la belle reine.

Au lieu de fuir vers la forêt de Morrois, les amants se rendirent dans le royaume de Logres (Angleterre et pays de Galles). Cela constituait une grande rupture avec les récits antérieurs de Tristan. Tristan se lia d’amitié avec de nombreux chevaliers de la Table Ronde, dont Lancelot. Pendant un temps, Tristan et Iseut trouvèrent refuge à la Garde Joyeuse, le château de Lancelot. En fait, il devint un nouveau membre de la Table Ronde. Tristan se comporta comme les autres chevaliers errants qui quittaient le royaume, en quête de nouvelles aventures pour mettre à l’épreuve sa prouesse.


Dans le Tristan en prose, deux nouveaux personnages furent introduits dans la légende. Le premier était un chevalier sarrasin, Palamède (Palomides), fils d’Esclabor. Palamède était le rival de Tristan. L’autre chevalier se nommait Dinadan (Driant), le chevalier grognon et compagnon de Tristan.

Autre différence : le rôle et la personnalité de Gauvain s’étaient encore dégradés. Les premiers récits sur le héros montraient que Gauvain était un grand chevalier que d’autres chevaliers tentaient d’imiter. Il était l’étalon à l’aune duquel les autres chevaliers étaient mesurés. Gauvain était un parangon de valeur et de courtoisie dans les premiers romans, jusqu’à ce que son rôle soit supplanté par celui de Lancelot et de Tristan. La raison de la dégradation du personnage de Gauvain était qu’il était à l’origine un héros gallois et anglais, alors que la plupart des auteurs étaient français et préféraient des héros d’origine française. Ainsi, ils préféraient Lancelot et Tristan. Bien que Gauvain demeurât un grand chevalier dans le Cycle du Vulgate, il fut toujours dans l’ombre de Lancelot.

Dans la Suite du Merlin et le Tristan en prose, Gauvain fut dépeint comme un vilain vengeur. Gauvain avait traîtreusement tué Pellinor et Palamède. Gauvain tua Pellinor parce que le héros avait tué son père, le roi Lot. Le fils de Pellinor, Sir Lamorak (ou Lamerocke), s’attira également l’inimitié de Gauvain et de ses frères. Lamorak fut accablé par le nombre — cinq contre un — lorsque Mordred le poignarda dans le dos, le tuant. Palamède mourut de la main de Gauvain alors qu’il était déjà affaibli par ses blessures.


Tristan prit même part à la quête du Saint Graal, mais abandonna cette aventure lorsqu’il apprit que son oncle (le roi Marc) avait enlevé Iseut et l’avait ramenée en Cornouailles. Tristan retourna en Cornouailles, espérant sauver Iseut de son mari jaloux et tyrannique.

Le Tristan en prose se termina également différemment des œuvres antérieures. Le roi Marc assassina son neveu lorsqu’il trouva Tristan, désarmé, jouant de la harpe pour Iseut. Le roi Marc transperça Tristan d’un coup de lance dans le dos. Même le pouvoir de guérison d’Iseut ne put sauver son amant. Iseut dit à son amant qu’elle ne voulait plus vivre. Avant de mourir, avec ses dernières forces, Tristan la serra dans ses bras avec une telle étreinte qu’elle en mourut.

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Sources

Prose Tristan or Le Roman de Tristan de Léonois (from unknown writer), c. 1240.

Le Morte d'Arthur was written by Sir Thomas Malory (1469), Book VIII-X.

Généalogie

House of Cornwall (Prose Tristan version)

Conclusion

Dans les récits antérieurs, un philtre d’amour fit de Tristan et Iseut des victimes des circonstances. Ils aimaient tous deux le roi Marc, mais ne pouvaient maîtriser leur passion l’un pour l’autre. Bien qu’ils dussent affection et loyauté à leur roi, le philtre avait une telle emprise sur le couple qu’ils mentaient et trichaient pour être ensemble. Ils brisèrent toutes les règles et tous les liens, ce qui mena inévitablement à la tragédie. Le roi Marc, Brangwain et Iseut aux Blanches Mains furent également victimes du philtre.

Ce qui était manifestement différent dans le roman en prose par rapport aux récits antérieurs, c’est que Tristan et Iseut étaient déjà amoureux l’un de l’autre avant même de boire le philtre d’amour. Dans le Tristan en prose, le philtre d’amour jouait un rôle moins central dans le thème.

Les scènes d’amour et la tragédie furent également atténuées dans la tradition postérieure, probablement parce que la légende arthurienne comportait déjà un triangle amoureux entre le roi, sa reine et un chevalier, à savoir Arthur, Guenièvre et Lancelot.

Au lieu d’être une victime innocente du triangle amoureux, le roi Marc était un époux et un roi jaloux et faible. Même ses propres sujets, dont Dinas, le chambellan du roi, haïssaient le roi. Le Tristan en prose dépeignit Marc comme un lâche et un meurtrier.

La raison pour laquelle j’ai suivi les premiers romans de Tristan plus en détail est qu’ils suivaient de plus près le récit original de Tristan que le Tristan en prose.

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Créé :8 mai 2000

Modifié :27 mars 2024