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Aphrodite - Déesse grecque de l'Amour dans L'Odyssée (Vénus)

Aphrodite dans L'Odyssée

Pourquoi Homère mentionne-t-il Aphrodite dans L’Odyssée ? Elle n’apparaît même pas en personne, mais uniquement comme personnage dans le chant d’un aède. S’agit-il simplement d’un récit divertissant, ou Homère voulait-il faire passer un message précis ?

Lisez la suite pour le découvrir !

Quel est le rôle d’Aphrodite dans L’Odyssée ? La remarque sarcastique d’un aède

Bien qu’elle ait fait plusieurs apparitions dans L’Iliade, le rôle d’Aphrodite dans L’Odyssée est extrêmement mineur. Démodocos, l’aède de la cour des Phéaciens, chante un récit sur Aphrodite pour divertir leur hôte, Odysseus déguisé. L’histoire concerne l’infidélité d’Aphrodite et d’Arès et la façon dont ils furent surpris et humiliés par son époux, Héphaïstos.

Homère utilise son aède fictif, Démodocos, pour prononcer un nouvel avertissement contre l’hubris. L’Odyssée regorge de récits de ce type ; en effet, Odysseus endure ses dix années d’exil précisément en punition de ses actes d’hubris.

L’intercalation du récit d’Aphrodite constitue la réaction de Démodocos à l’hubris affichée par les jeunes hommes impétueux de la cour phéacienne. En choisissant ce moment précis pour chanter l’humiliation d’Aphrodite, Démodocos adresse une pique acérée aux jeunes virils qui venaient d’être remis à leur place par leur vieux visiteur mystérieux.

Expliquons brièvement les événements qui menèrent au chant de l’histoire d’Aphrodite, puis examinons le chant lui-même. En comprenant les actes hubristiques des courtisans, il devient aisé de voir comment Démodocos utilise son choix de divertissement pour se moquer publiquement d’eux.

Résumé rapide : sept chants de L’Odyssée en quatre paragraphes

Les quatre premiers chants de L’Odyssée décrivent la fin de l’histoire, lorsque la demeure d’Odysseus est assiégée par des prétendants arrogants espérant épouser son épouse, Pénélope. Son fils, Télémaque, endure leurs railleries, leurs sarcasmes et leurs menaces, mais il ne peut à lui seul protéger la maison paternelle. Désespéré d’obtenir des nouvelles, il se rend aux cours de Nestor et de Ménélas, qui combattirent aux côtés d’Odysseus lors de la guerre de Troie. Enfin, Télémaque apprend qu’Odysseus est encore vivant et qu’il rentrera bientôt suivant le concept de nostos.

Au chant V, le récit se tourne vers Odysseus. Zeus, le roi des dieux, décrète que la déesse Calypso doit libérer Odysseus, et elle le laisse à contrecoeur prendre la mer. Malgré une dernière tempête envoyée par le vindicatif Poséidon, Odysseus parvient, nu et meurtri, sur l’île de Schérie. Au chant VI, la princesse phéacienne Nausicaa lui offre son aide et le dirige vers la cour de son père.

Le chant VII relate l’accueil généreux d’Odysseus par le roi Alkinoos** et la reine Arété**. Bien qu’il reste anonyme, Odysseus explique comment il arriva sur leur île en un si piteux état. Alkinoos offre au fatigué Odysseus de la nourriture réconfortante et un lit, et promet un festin et des divertissements le lendemain.

Chant VIII : Festins, divertissements et jeux sportifs dans la cour phéacienne

À l’aube, Alkinoos convoque la cour et propose de préparer un navire et un équipage pour ramener l’étranger mystérieux chez lui. Pendant qu’ils attendent, tous se joignent à Alkinoos dans la grande salle pour une journée de célébration, Odysseus occupant la place d’honneur. Après un festin somptueux, l’aède aveugle Démodocos interprète un chant sur la guerre de Troie, plus précisément sur la querelle entre Odysseus et Achille. Bien qu’Odysseus tente de dissimuler ses larmes, Alkinoos s’en aperçoit et interrompt rapidement la performance pour rediriger l’attention vers les jeux athlétiques.

De nombreux hommes séduisants et musclés participent aux jeux, dont le prince Laodamas, « qui n’avait point d’égal », et Euryale, « digne rival du destructeur d’hommes Arès, dieu de la guerre ». Laodamas invite poliment Odysseus à joindre son chagrin aux jeux, et Odysseus décline avec courtoisie. Malheureusement, Euryale oublie ses bonnes manières et provoque Odysseus, laissant l’hubris prendre le dessus :

« Non, non, étranger. Je ne te vois pas

Comme quelqu’un de très habile dans les compétitions —

Pas un homme véritable, de ceux qu’on rencontre souvent —

Plutôt comme un marin faisant du commerce

Dans un navire à de nombreux rameurs, un capitaine

À la tête de matelots marchands, dont le souci

Est sa cargaison — il garde un œil avide

Sur la marchandise et son profit. Tu n’as pas l’air

D’être un athlète. »

Homère, L’Odyssée, Chant VIII

Odysseus se lève et réprimande Euryale pour son insolence ; puis, il saisit un disque et le lance sans effort plus loin que quiconque dans la compétition. Il déclare qu’il affrontera et vaincra n’importe quel homme, à l’exception de Laodamas, car il serait inconvenant de rivaliser contre son hôte. Après un silence gêné, Alkinoos s’excuse pour le comportement d’Euryale et détend l’atmosphère en appelant des danseurs à se produire.

Démodocos chante l’infidélité d’Aphrodite avec Arès

Liaison amoureuse illicite entre Arès et Aphrodite

Après la prestation des danseurs, Démodocos entame un chant sur la liaison amoureuse illicite entre Arès, le dieu de la guerre, et Aphrodite, la déesse de l’amour. Aphrodite était mariée au peu séduisant mais ingenieux Héphaïstos, dieu de la forge.

Consumés par la passion, Arès et Aphrodite trompèrent Héphaïstos sous son propre toit, s’unissant même dans son propre lit. Hélios, le dieu du soleil, les surprit dans leurs ébats et en informa immédiatement Héphaïstos.

Plutôt que de réagir avec précipitation, Héphaïstos élabora un châtiment digne de leur hubris. Dans sa forge, il confectionna un filet aussi délicat qu’une toile d’araignée mais totalement incassable. Une fois le piège tendu, il annonça son départ pour Lemnos, son lieu favori. Dès qu’Arès vit Héphaïstos quitter sa demeure, il accourut vers Aphrodite, avide d’assouvir sa convoitise charnelle :

« Viens, mon amour,

Rendons-nous au lit — unissons-nous.

Héphaïstos n’est point au logis. Il est sans doute allé

Visiter Lemnos et les Sintiens,

Ces hommes au parler si barbare. »

Homère, L’Odyssée, Chant VIII

Les Sintiens étaient une tribu mercenaire qui vénérait Héphaïstos. Arès insulta indirectement Héphaïstos en parlant avec dédain des Sintiens.

L’humiliation d’Aphrodite et d’Arès : Les beaux ne gagnent pas toujours

Homère nota : « Pour Aphrodite, s’unir à lui sembla fort délicieux. » Le couple empressé s’allongea et commença à se donner du plaisir. Soudain, le filet invisible tomba, piégeant les amants dans leur étreinte. Non seulement ils ne purent s’en échapper, mais ils ne purent même pas bouger de leur position intime et embarrassante.

Héphaïstos revint réprimander le couple, et il convoqua les autres dieux pour contempler le spectacle :

« Père Zeus, et vous tous, dieux sacrés

Qui vivez à jamais, venez ici, afin de voir

Une chose répugnante et ridicule —

Aphrodite, la fille de Zeus, me méprise

Et convoite Arès, le destructeur,

Parce qu’il est beau, aux membres robustes,

Tandis que je suis né difforme… »

Homère, L’Odyssée, Chant VIII

Bien que les déesses aient décliné l’invitation, tous les dieux s’assemblèrent autour du couple captif et se gaussèrent de lui, tenant des propos grivois sur lequel d’entre eux aimerait remplacer Arès dans les bras d’Aphrodite. Ils firent remarquer que même les dieux subissent les conséquences de leurs actes.

« Les mauvaises actions ne paient point.

Le lent rattrape le rapide — tout comme

Héphaïstos, bien que lent, a désormais surpris Arès,

Bien que de tous les dieux qui possèdent l’Olympe

Il soit le plus rapide. Oui, il est boiteux,

Mais il est astucieux… »

Homère, L’Odyssée, Chant VIII

Les raisons d’Homère pour l’utilisation du récit d’Aphrodite dans L’Odyssée

Homère a deux bonnes raisons d’insérer le récit d’Aphrodite et d’Arès dans L’Odyssée, toutes deux centrées sur Euryale, ce jeune homme « digne rival d’Arès ». Démodocos établit un parallèle direct entre le comportement d’Arès dans le chant et celui d’Euryale lors des jeux.

Comme Arès, Euryale fait preuve d’hubris quant à son apparence, présumant qu’il est un meilleur athlète et peut-être un meilleur homme qu’Odysseus. Son orgueille démesuré le pousse à insulter Odysseus à voix haute. Lorsqu’Odysseus le surpasse en paroles et en force, Homère montre à la fois les conséquences de l’hubris et démontre que la force de caractère vaut davantage que la seule vigueur corporelle. Le chant de Démodocos sur Aphrodite et Arès sert à souligner chacun de ces points.

Le rôle d’Aphrodite dans ce chant semble accessoire, étant donné qu’Arès essuie davantage de railleries. Cependant, elle aussi se rend coupable de présumer qu’une belle apparence l’emporte automatiquement sur l’esprit, la sagesse ou d’autres talents invisibles. Parce qu’elle est elle-même belle, elle considère Héphaïstos indigne de son attention. Cette attitude constitue en elle-même une forme d’hubris, souvent observable dans notre société actuelle.

Conclusion

L'apparition d'Aphrodite dans L'Odyssée

À première vue, l’apparition d’Aphrodite dans L’Odyssée peut sembler fortuite, mais Homère a choisi ce récit avec soin afin de refléter les événements vécus par ses personnages.

Voici un rappel de ce que nous avons appris :

  • L’histoire d’Aphrodite apparaît au chant VIII de L’Odyssée.
  • Odysseus parvint chez les Phéaciens et fut accueilli avec générosité par le roi Alkinoos et la reine Arété.
  • Alkinoos organisa un festin et des divertissements, comprenant des épreuves athlétiques et des récits de l’aède de la cour, Démodocos.
  • Euryale, l’un des athlètes, provoqua Odysseus et insulta ses capacités sportives.
  • Odysseus réprimanda son insolence et prouva qu’il était plus fort que n’importe quel jeune prétentieux.
  • Démodocos, qui avait entendu cet échange, choisit le récit d’Aphrodite et d’Arès comme chant suivant.
  • Aphrodite eut une liaison avec Arès, mais son époux Héphaïstos la découvrit.
  • Héphaïstos forgea un filet solide mais invisible et piègea les amants adultères en pleine union charnelle.
  • Il convoqua tous les dieux pour témoigner de la scène et les embarrasser.
  • Homère utilisa ce récit pour mettre en garde contre l’hubris et souligner que l’intelligence triomphe souvent de l’apparence.

Le chant d’Arès et d’Aphrodite est utilisé dans L’Odyssée pour démontrer une vérité : la beauté ne garantit pas la victoire, surtout lorsque le comportement ne l’est guère.

Créé : 15 février 2024

Modifié : 16 février 2024