Les personnages féminins dans l'Odyssée – Auxiliaires et Obstacles
Quels rôles jouent les personnages féminins dans l’Odyssée ?
Elles sont soit des Auxiliaires, soit des Obstacles. Les femmes dans l’Odyssée offrent un éclairage sur le rôle des femmes en général dans la Grèce antique à l’époque de la composition de l’épopée. La société de l’époque était patriarcale. Les femmes étaient considérées comme faibles mais rusées. Les hommes étaient forts, braves et courageux.
La mythologie grecque, depuis Pandore, dépeignait les femmes comme souvent sottes et sans volonté, leur curiosité étant beaucoup trop forte pour leur propre bien, les rendant ainsi dépendantes d’un homme pour les guider et les contrôler. Dans le récit des origines de la mythologie grecque, Pandore était une femme à qui l’on avait confié une boîte contenant tous les maux du monde. Avertie de ne pas l’ouvrir, elle ne put résister à la tentation d’y jeter un coup d’œil. En ouvrant la boîte, elle libéra tous les maux qui accablent l’humanité jusqu’à ce jour.
À l’instar d’Ève dans la mythologie chrétienne, Pandore est tenue pour responsable de tous les défis et difficultés auxquels sont confrontés les hommes du monde. Les femmes, dans l’Odyssée, vivent sous l’ombre de Pandore et le disgrâce des dieux. Elles ont à jamais besoin de la direction des hommes pour les empêcher de semer le chaos et de créer le désordre dans le monde.
Les femmes étaient souvent utilisées comme des pions, que ce soit dans les affaires humaines ou dans celles des dieux. Elles étaient données et reprises en mariage, tenues pour des objets à la fois de désir et de mépris. Hélène**, d’une grande beauté, fut enlevée, provoquant la **guerre de Troie. Elle fut critiquée pour s’être soumise à ses ravisseurs, coûtant la vie à des milliers de soldats. Aucune mention n’est faite de ce qu’Hélène elle-même préférait, quant à l’endroit où elle aurait aimé résider ou à celui qu’elle souhaitait épouser. Elle n’est que l’objet du désir et du blâme.
Le symbolisme des femmes dans l’Odyssée
Les femmes dans l’Odyssée se répartissaient en un nombre restreint de catégories — elles pouvaient être indépendantes de la direction et du contrôle masculins, et donc dangereuses. Une femme pouvait être une source de tentation et un objet de désir sexuel. Une femme pouvait être une épouse ou une femme de vertu, à défendre et à admirer. Enfin, une femme pouvait être un bien meuble, une esclave ou une épouse utilisée comme un pion dans les luttes de pouvoir et de contrôle entre les hommes.
La plupart des femmes qui s’efforçaient d’aider Ulysse étaient dépeintes comme des filles ou des épouses. Ces femmes cherchaient à soutenir Ulysse, en le faisant avancer dans son périple. Elles incarnaient et promouvaient l’idée de xénia — l’hospitalité. Cette vertu était considérée comme une nécessité morale. En offrant l’hospitalité aux voyageurs et aux étrangers, les citoyens accueillaient souvent des dieux à leur insu. L’idée de xénia est puissante et est illustrée tout au long de l’épopée. Le destin de nombreux personnages dépend de la façon dont ils ont reçu Ulysse lorsqu’il s’est présenté à eux inconnu.
Les femmes qui constituaient des obstacles pour Ulysse étaient dépeintes comme dépourvues de vertu, sans volonté, entêtées ou obstinées. Elles étaient enclines à la luxure et manquaient de maîtrise de soi. L’usage de la ruse est rarement présenté comme une bonne chose. Une exception notable est Pénélope, l’épouse d’Ulysse. En attendant son retour, elle éconduit les prétendants potentiels en leur disant qu’elle examinerait leurs demandes lorsqu’elle aurait terminé sa tapisserie. Pendant un temps, elle peut prolonger son refus en défaisant chaque nuit tout son ouvrage. Lorsque sa ruse est découverte, elle est contrainte d’achever la tapisserie. Même chez une femme vertueuse, l’usage de la ruse et de l’habileté est puni.
À plusieurs reprises, les femmes réduites en esclavage eurent l’occasion d’aider Ulysse dans son périple. Ces femmes étaient dépeintes comme vertueuses. On constate un manque de reconnaissance intéressant de leur condition. L’esclave qui assiste Ulysse à son retour à Ithaque, par exemple, le fait sous la menace de mort.
Les femmes dans la Grèce antique
La représentation des femmes dans l’Odyssée est profondément patriarcale, car elle présente les femmes comme subtilement inférieures et plus faibles que les hommes dans presque tous les cas. Même Athéna, la fière déesse guerrière, championne des mères et des jeunes femmes, est sujette à des accès de colère et à des moments de jugement défaillant. Les femmes étaient valorisées pour ce qu’elles pouvaient offrir aux hommes de l’intrigue. Même les défunts avec lesquels Ulysse converse se présentent en parlant de leurs maris, de leurs enfants et des exploits de leurs fils. La valeur des femmes est clairement définie par leurs relations et par la valeur qu’elles offrent aux hommes.
Si l’on sait peu de choses sur la vie quotidienne des premiers lecteurs de l’épopée, le poème offre un aperçu de la culture. Il existe une hiérarchie stricte de classe et de sexe à tous les niveaux. Sortir de ces cadres était fortement mal vu, tant pour les hommes que pour les femmes. Quiconque refuse de se conformer aux rôles établis par la société et les dieux s’expose à voir le destin le traiter sans indulgence.
Les femmes qui se rebellent
Au cours de ses voyages, Ulysse rencontre quelques femmes indépendantes. Circé, une sorcière, constitue manifestement un obstacle à ses voyages et exige qu’il reste auprès d’elle pendant un an comme son amant avant de le libérer pour qu’il poursuive sa route. Calypso, une nymphe, le retient captif et le garde en esclavage pendant sept ans avant de finalement accepter de le libérer, persuadée par le dieu Hermès. Dans les deux cas, ces femmes sont indépendantes de l’influence masculine. Dans leur état non guidé et incontrôlé, elles sont dépeintes comme des « sorcières » et des « nymphes », des créatures dotées d’un pouvoir incontestable mais de peu de caractère ou de maîtrise de soi. Leur désir est entièrement égoïste. Elles ne montrent aucune sollicitude pour Ulysse, sa mission ou son équipage. Circé transforme délibérément ses compagnons en porcs, tandis que Calypso le retient prisonnier, l’empêchant de poursuivre son voyage.
Le personnage de Circé sert de faire-valoir au noble et astucieux Ulysse, qui ne la vainc pas par la force brute mais utilise plutôt sa propre faiblesse — sa luxure — contre elle. Calypso offre un contraste. Alors qu’Ulysse languit de son foyer et exprime un sentiment naturel pour son épouse, elle tente coldement de le séduire pour qu’il reste auprès d’elle. Même son offre d’immortalité ne suffit pas à le détourner de son désir de rentrer chez lui.
À travers le chas de l’aiguille
Les femmes dans l’Odyssée sont rares. Sur les 19 personnages principaux mentionnés dans l’œuvre, seulement sept sont des femmes, et l’une d’entre elles est un monstre marin. Parmi celles-ci, quatre — la déesse Athéna, Euryclée l’esclave, ainsi que Nausicaa et sa mère Arété, princesse et reine des Phéaciens — assistent Ulysse plutôt qu’elles ne entravent son périple.
Chacune est investie d’un rôle maternel ou filial. Athéna est une mentore, une figure maternelle pour Ulysse, plaidant sa cause auprès des autres dieux et intervenant, apparaissant souvent comme le « mentor » d’Ulysse lui-même. Euryclée, malgré son statut d’esclave, fut la nourrice d’Ulysse, puis de son fils. Elle également est placée dans un rôle maternel. Nausicaa et sa mère forment une équipe mère-fille qui mettent leur vertu au service de leurs maris et pères, veillant à ce que le fier souverain des Phéaciens respecte la loi naturelle de la Xénia. Le chemin vers la vertu, l’admiration et le respect pour une femme dans l’Odyssée était on ne peut plus étroit.
Sorcières maléfiques et autres créatures de perdition
Parmi les personnages féminins de l’Odyssée, seules Athéna, Circé et Calypso agissent en tant qu’agentes indépendantes. Athéna semble agir de sa propre volonté lorsqu’elle plaide la cause d’Ulysse auprès des autres dieux. Même elle, puissante déesse, est soumise à la volonté de Zeus. Circé n’a besoin d’aucun homme sur son île isolée, traitant quiconque s’approche avec le plus profond mépris. Elle transforme l’équipage d’Ulysse en porcs, un reflet plutôt saisissant de son opinion des mâles en général. Elle est dépeinte comme insouciante, irréfléchie et cruelle, jusqu’à ce qu’Ulysse, avec l’aide d’Hermès, la surpasse en ruse. Il la menace en promettant de ne pas lui faire de mal.
Impressionnée par l’habileté d’Ulysse à déjouer ses artifices, Circé passe alors de la haine des hommes à faire d’Ulysse son amant pendant un an. Le thème de la femme tombant amoureuse ou désirant l’homme qui l’a vaincue est un lieu commun, et Circé est un personnage archétypal qui suit son rôle. Ses habitudes luxurieuses et hédonistes contrastent avec celles d’Ulysse, qui s’efforce de guider ses hommes dans la bonne direction pour les ramener chez eux. Son année passée auprès de Circé est un sacrifice pour obtenir qu’elle rende à ses compagnons leur forme humaine et les laisse s’échapper.
Calypso, la nymphe, incarne la sexualité féminine. En tant que nymphe, elle est désirable et, contrairement aux archétypes vertueux de la Mère et de la Fille, elle cherche et apprécie les relations physiques avec les hommes. Elle se soucie peu des désirs d’Ulysse, le gardant prisonnier et tentant de le corrompre pour qu’il reste auprès d’elle, malgré son désir de retourner auprès de Pénélope, son épouse.
Les personnages féminins comme biens meubles dans l’Odyssée
Un autre exemple de l’utilisation des femmes dans l’Odyssée comme de simples pions ou outils se trouve dans les termes employés pour décrire l’épouse et la fille du roi des géants anthropophages, Antiphate. En arrivant sur les rives de Lamos, demeure des Lestrygons, Ulysse amarre son propre navire dans une crique dissimulée et envoie les onze autres navires en avant. Il a tiré les leçons des désastres passés et se tient en retrait tandis que ses hommes explorent les lieux. Malheureusement pour les onze autres navires, l’accueil qu’ils reçoivent n’est guère chaleureux. Une fois de plus, ils sont trahis par une femme. L’épouse et la fille du roi Antiphate ne sont pas nommées dans le récit lorsqu’Ulysse raconte le sort de son équipage. Chaque femme n’est identifiée que par sa relation au roi :
« À quelque distance de la ville, ils rencontrèrent une jeune fille qui puisait de l’eau ; elle était grande et puissante, la fille du roi Antiphate. Elle était descendue au cours d’eau limpide de la source Artakia (Artacia), d’où les habitants de la ville venaient chercher leur eau. Ils s’approchèrent d’elle et lui adressèrent la parole, lui demandant qui était le roi et quels étaient ses sujets ; elle désigna aussitôt la maison paternelle, haute et imposante. Ils entrèrent dans le palais et y trouvèrent son épouse, mais elle se dressait haute comme une montagne, et ils furent saisis d’effroi en la voyant. Elle dépêcha aussitôt quelqu’un pour aller chercher le roi Antiphate, son mari, sur la place de l’assemblée, et sa seule pensée fut de les tuer misérablement. »
Seul le nom du roi mérite d’être mentionné, et il n’est pas moins monstrueux que la fille qui les trahit en les livrant à ses parents ou que son épouse horrifique qui l’appela pour les détruire. Même parmi les géants et les monstres, les figures féminines mentionnées ne sont notables que par leur relation à un personnage masculin.
Pénélope la passive
Le but ultime du voyage d’Ulysse, bien entendu, est de retourner dans sa patrie. Il cherche la gloire et le chemin vers son épouse, Pénélope. Parmi les personnages principaux de l’Odyssée, elle est l’une des plus passives. Elle ne prend pas elle-même un navire pour aller chercher son mari. Elle ne prend pas une épée pour défendre son honneur ou même sa propre liberté. Elle utilise l’habileté et une ruse pour empêcher les prétendants indésirables venus disputer sa main de la capturer. Comme la Belle au bois dormant, Raiponce et bien d’autres femmes mythologiques, elle est passive, attendant que son héros lui revienne.
En tant qu’épouse d’Ulysse et mère de leur fils, elle est dépeinte comme noble et vertueuse. Son habileté à tenir les prétendants à distance jusqu’au retour d’Ulysse est admirable. Après l’arrivée d’Ulysse, elle contribue à faire reconnaître l’identité de son mari en exigeant qu’il lui prouve son identité. Elle lui demande de déplacer leur lit de la chambre nuptiale. Bien entendu, Ulysse répond qu’il ne peut être déplacé car l’un des pieds est taillé dans un arbre vivant. En révélant ce savoir intime et personnel, il prouve sans l’ombre d’un doute qu’il est bien Ulysse, revenu chez lui.
Tout au long de l’épopée, ce sont l’habileté et la ruse des femmes qui font avancer Ulysse dans son périple, tandis que la bravoure et la force brute des hommes se voient attribuer le mérite de ses progrès.


