La Charrette
Cette section du Lancelot était appelée la Charrette. La Charrette vulgate constituait une réécriture du roman en vers antérieur de Chrétien de Troyes, intitulé Le Chevalier de la charrette (« Le Chevalier de la Charrette » ; il était également connu sous le simple titre de « Lancelot »), vers 1175.
De nombreuses scènes et péripéties de la Charrette suivaient le récit original de Chrétien. La différence majeure entre la version vulgate et celle de Chrétien résidait dans le fait que, dans la Charrette vulgate, Lancelot n’était plus un chevalier anonyme. Dans la version de Chrétien, l’identité du héros demeure inconnue jusqu’à ce que Lancelot affronte Méléagant lors du premier duel à Gorre. Par ailleurs, au début de la Charrette, Méléagant expliquait que l’enlèvement de Guenièvre était motivé par sa rivalité jalouse envers Lancelot.
Sir Thomas Malory composa sa propre version de la Charrette. Malory avait placé l’épisode de la Charrette dans le Livre XIX du Le Morte d’Arthur (vers 1469). La différence principale entre la version de Malory et celle de la Vulgate résidait dans la chronologie. La version vulgate situait cet épisode avant la naissance de Galaad et la Quête du Graal, tandis que la Charrette de Malory se déroulait après la Quête du Graal. Plus précisément, elle prenait place juste avant qu’Arthur ne découvre l’adultère de Guenièvre et de Lancelot, ainsi que l’hostilité entre les clans d’Orkney et de Ban (Livre XX).
Le Chevalier de la Charrette
Lancelot erra à travers le royaume, vivant dans la forêt sauvage pendant une année entière. Alors qu’il se trouvait dans la forêt aux abords de Camelot, la Dame du Lac le retrouva le jour de Pâques et le guérit.
La veille de la Chandeleur, Niniane, la Dame du Lac, retrouva Lancelot en Cornouailles. Elle le ramena chez elle et lui rendit la raison. À Pâques, Lancelot avait recouvré sa santé et sa force. Niniane renvoya Lancelot en Logres. Elle conseilla à son protégé de se trouver dans la forêt de Camelot à une date déterminée.
Le jour de l’Ascension, Méléagant se présenta, se vantant d’avoir capturé de nombreux habitants de Logres et refusant de les libérer tant qu’un chevalier ne pourrait escorter Guenièvre sans danger à travers la forêt, aux abords de Camelot.
Sire Keu, le sénéchal d’Arthur, trompa le roi en lui arrachant une faveur. Keu souhaitait être l’escorte et le protecteur de la reine. Keu se berçait de l’illusion qu’il pourrait vaincre Méléagant. Arthur n’eut d’autre choix que de laisser Keu escorter son épouse à travers la forêt. Le roi ne pouvait refuser sans manquer à sa parole. Keu escorta la reine à travers la forêt et fut attaqué et capturé par Méléagant. Guenièvre devint la prisonnière de Méléagant et ils se mirent en route vers le royaume de Gorre.
Gauvain réprimanda son oncle pour avoir laissé son épouse partir avec Sire Keu. Gauvain persuada Arthur et les autres chevaliers de la Table Ronde de secourir Guenièvre. Gauvain et de nombreux chevaliers se mirent aussitôt en route. Gauvain s’avança seul pour tenter de délivrer la reine.
Lancelot arriva sur les lieux et attaqua Méléagant et ses chevaliers. Bien que Lancelot parvînt à désarçonner Méléagant, les hommes du traître tuèrent le cheval de Lancelot. Méléagant s’enfuit avec ses prisonniers. Gauvain arriva et aperçut Lancelot, sans pouvoir reconnaître son ami en raison de la nouvelle armure de ce dernier. Gauvain trouva le cheval de Sire Keu.
Prenant le cheval de Sire Keu, Lancelot se lança à la poursuite de Méléagant. Lancelot rattrapa de nouveau Méléagant. Encore une fois, les hommes de Méléagant tuèrent le cheval de Lancelot et s’enfuirent avec les prisonniers. Lancelot décida de suivre Méléagant à pied. (Selon Chrétien, Lancelot avait épuisé ses deux montures à mort en poursuivant ses ennemis.)
Lancelot rencontra ensuite un nain conduisant sa charrette. Le nain n’accepterait de conduire le héros auprès de Méléagant qu’à la condition qu’il montât dans la charrette avec lui. Lancelot hésita avant de monter dans la charrette.
Gauvain rattrapa Lancelot et fut surpris de voir le chevalier monter dans la charrette, car en ces temps, la charrette servait généralement de pilori pour les criminels. Seul un chevalier déshonoré était condamné à monter dans une charrette : un chevalier reconnu coupable de trahison, de meurtre ou d’un autre crime. La foule couvrait de moqueries et de mépris tout chevalier qui n’avait commis aucun crime ou qui n’était pas blessé, s’il était surpris dans une charrette.
Lorsque Gauvain demanda au nain s’il avait vu la reine, celui-ci lui demanda également de monter dans la charrette avec l’autre chevalier s’il voulait retrouver la reine. Gauvain refusa, mais déclara qu’il suivrait la charrette sur son propre destrier.
Ils arrivèrent en ville, où les habitants se moquèrent du chevalier de la charrette. Bien que les deux chevaliers reçussent l’hospitalité dans une auberge tenue par une demoiselle et sa sœur, celle-ci traita Gauvain avec de grands égards mais tint l’autre chevalier en mépris, puisque Lancelot avait voyagé dans la charrette.
Au matin, ils apprirent que la reine avait traversé la ville en compagnie de son ravisseur. Ce ne fut qu’alors que Gauvain reconnut son ami. La demoiselle offrit au chevalier anonyme un cheval pour compenser son impolitesse à son égard. Les deux chevaliers se lancèrent aussitôt à la poursuite de la reine.
Ils rencontrèrent une demoiselle dans la forêt, qui savait où Méléagant emmenait la reine. La demoiselle promit de les guider, à la condition qu’ils fissent quelque chose pour elle dans l’avenir. Elle leur révéla l’identité du ravisseur et leur apprit qu’il conduisait la reine au royaume de Gorre, qui appartenait au père de Méléagant, le roi Bademagu. Bademagu avait été l’un des vassaux de Galehaut durant la guerre contre Arthur (voir Galehaut). Deux chemins possibles permettaient d’entrer à Gorre. Elle les mena à un embranchement. L’une des routes menait au Pont Sous-l’Eau et l’autre, plus périlleuse, au Pont de l’Épée. Gauvain choisit le Pont Sous-l’Eau, tandis que Lancelot se dirigea vers le Pont de l’Épée.
Le récit suivit ensuite la même trame que l’œuvre de Chrétien en plusieurs points. Lancelot ne reconnut pas la sœur de la demoiselle lorsque celle-ci lui offrit l’hospitalité dans la forêt. La demoiselle éprouva la bravoure et la chevalerie de Lancelot en tentant de séduire le héros.
Lancelot promit d’escorter la demoiselle, et il trouva le peigne de Guenièvre. Lancelot remit le peigne à la demoiselle mais conserva une mèche de ses cheveux sous sa chemise.
Lancelot défendit également la jeune femme contre un soupirant importun avant d’arriver à un monastère. Un moine annonça à Lancelot qu’un seul chevalier était destiné à soulever la dalle de pierre du tombeau et à en lire l’inscription. Lancelot souleva la dalle sans difficulté et lut l’inscription. Le tombeau appartenait à Galaad, premier roi chrétien d’Hošelice (pays de Galles) et fils de Joseph d’Arimathie.
L’épisode suivant, consacré au tombeau de Siméon, ne figure pas dans la Charrette de Chrétien. Les moines, stupéfaits par la force de Lancelot, le conduisirent à la grotte abritant le tombeau de Siméon. Siméon était le cousin de Galaad d’Hošelice. Lancelot pénétra dans la grotte et vit un tombeau entouré d’un cercle de flammes.
Alors que le héros s’approchait du tombeau, Lancelot entendit une voix l’avertissant de s’éloigner du feu, car il n’était pas le héros destiné à triompher de cette aventure. L’esprit de Siméon prophétisa que seul le Bon Chevalier (Galaad) réussirait et traverserait ce feu pour délivrer son tourment. Siméon révéla également à Lancelot que le véritable nom du héros était Galaad, et que ce serait son fils (Galaad) qui siègerait sur la Siège Périlleux et accomplirait la quête du Saint Graal. Siméon apprit encore à Lancelot que sa mère (Hélène ou Élaine) était toujours vivante et menait une vie de religieuse au Monastère Royal, en Gaule (France).
Le héros poursuivit son chemin jusqu’au Pont de l’Épée, où ses deux nouveaux compagnons tentèrent de le dissuader de sacrifier sa vie en tentant de traverser le pont. Car le pont était semblable à une épée acérée. Sous le pont s’étendaient des eaux noires et tourbillonnantes, et de l’autre côté se tenaient deux immenses lions. Au-delà du pont, le héros apercevait le château où la reine était emprisonnée.
Le héros était résolu à traverser le pont, mais il décida de ne pas porter ses gantelets ni ses chaussures de fer, afin de protéger ses mains et ses pieds. Il agit ainsi pour mieux agripper l’épée et éviter de tomber dans l’eau (où il se noierait à coup sûr). Le héros traversa sain et sauf jusqu’à l’autre rive, les mains, les pieds et les genoux profondément entaillés. Au lieu d’être immédiatement attaqué par les lions, il constata que les redoutables bêtes avaient disparu. Il comprit que les lions n’étaient que des illusions destinées à effrayer les intrus.
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Méléagant
Du haut de la tour, le roi Bademagu et son fils Méléagant observaient le chevalier traversant le Pont de l’Épée. Le père admirait le courage et la détermination du chevalier venu délivrer la reine, tandis que le fils ne manifestait que du mépris pour le héros. Bademagu tenta en vain de persuader son fils de rendre la reine au chevalier sans combat. Méléagant était résolu à tuer le nouveau venu, afin de prouver qu’aucun chevalier ne pouvait surpasser l’étranger. Le père était tout aussi déterminé à accueillir le héros et à lui offrir ses conseils.
On apprit que le roi de Gorre avait protégé la reine contre la convoitise de son fils. Le roi s’était opposé à l’enlèvement de la reine et de nombreux habitants de Logres, mais il était impuissant à les laisser quitter son pays.
Bademagu accueillit le nouveau chevalier, tentant de réconcilier le héros et son fils, sans succès. Il parvint seulement à différer le combat d’une journée, en raison des blessures aux mains et aux pieds du héros.
Lors du duel, le héros fut d’abord sérieusement affaibli en raison de ses mains et de ses pieds blessés. Cependant, la reine observait le combat depuis la tour en compagnie de Bademagu. Ce ne fut qu’alors que le nom du chevalier de la charrette fut révélé : on l’appelait Lancelot du Lac. Puisé d’une force renouvelée à la vue de la reine, il prit le dessus sur Méléagant.
Lancelot entendit le roi supplier Guenièvre d’épargner la vie de son fils. La reine y consentit, car Bademagu l’avait protégée contre son propre fils. Lancelot cessa immédiatement le combat. Méléagant fut humilié que son père sollicitât la grâce pour lui. Il refusa de reconnaître sa défaite. Ils convinrent de reprendre le combat un an plus tard, à la cour d’Arthur. La reine et ses gens furent autorisés à partir.
Dans un premier temps, la reine refusa de parler à son amant. Lancelot, accablé, partit à la recherche de Gauvain. Lancelot rencontra des chevaliers de Gorre qui n’avaient pas appris la défaite de Méléagant, et ceux-ci tentèrent de l’arrêter. Bademagu et Guenièvre crurent que Lancelot avait péri. Tous deux furent accablés par la nouvelle. Guenièvre se reprocha la mort de son amant. Lancelot, de son côté, apprit la mort supposée de la reine. Il tenta de se pendre, mais les gens l’en empêchèrent. Quelques jours plus tard, il s’avéra que la nouvelle était fausse.
Lancelot retourna au château de Bademagu. La reine et Lancelot se réconcilièrent. Cette nuit-là, Lancelot se rendit à sa chambre. Pour pénétrer par la fenêtre, Lancelot dut écarter les barreaux, mais il se coupa le doigt. Lancelot et la reine passèrent la nuit à s’aimer. Au moment de partir, le doigt de Lancelot avait saigné sur les draps.
Méléagant découvrit les draps tachés de sang et accusa la reine d’avoir passé une nuit avec Sire Keu, dont les blessures n’étaient pas encore guéries et qui dormait dans la chambre voisine. Méléagant accusa la reine d’adultère.
Keu était blessé et trop affaibli pour se défendre en combat. Guenièvre fit secrètement parvenir un message à Lancelot au sujet de sa situation. Lancelot releva les accusations de Méléagant portées contre la reine et Sire Keu.
Ils devaient combattre une fois de plus, mais Bademagu parvint à persuader la reine de mettre fin au combat. Lancelot fut résolu à repartir pour retrouver Sire Gauvain au Pont Sous-l’Eau. Mais avant que lui et ses compagnons n’atteignissent le pont, il rencontra un nain. Le nain le convainquit de le suivre, l’abandonnant ses compagnons. Les compagnons de Lancelot furent consternés d’apprendre que Lancelot avait été pris en embuscade et retenu captif. Les compagnons poursuivirent leur chemin vers le pont et sauvèrent Gauvain de la noyade.
Ils apprirent à Gauvain que Lancelot avait déjà délivré la reine, mais qu’un nain avait enlevé Lancelot. Ils conduisirent Gauvain au château. Guenièvre fut accablée d’apprendre la capture de son amant, mais elle n’eut d’autre choix que de quitter Gorre avec les siens et retourner auprès de son époux en Logres. Bademagu promit de tenter de retrouver et de délivrer Lancelot. Cependant, une lettre arriva de la part de Lancelot, annonçant son retour à Camelot.
De retour à Camelot, Gauvain comprit que Lancelot n’était pas revenu à Camelot et que la lettre était fausse. Quelques semaines plus tard, un tournoi devait se tenir, auquel la reine Guenièvre assisterait.
Lancelot apprit l’existence du tournoi et fut plutôt accablé, car il était détenu en prison par le sénéchal de Méléagant. L’épouse du sénéchal tenta de réconforter Lancelot et lui accorda la permission d’assister au tournoi, à la condition qu’il regagnât sa prison après l’épreuve. Lancelot promit à l’épouse du sénéchal qu’il retournerait en prison.
Lancelot reçut l’armure rouge, les armes et le destrier du sénéchal. Le premier jour du tournoi, il se distingua si brillamment que Guenièvre pensa qu’il pouvait s’agir de son amant, déguisé. Elle fit parvenir un message à Lancelot, ordonnant à son champion de se montrer médiocre. Lancelot se comporta aussitôt de manière lamentable au tournoi. La reine comprit qu’il s’agissait de son amant sous l’armure rouge. Le lendemain, elle ordonna à Lancelot de se montrer de nouveau médiocre, avant de commander à son amant de donner sa pleine mesure. Ce jour-là, il terrassa tous ses adversaires.
Après le tournoi, Lancelot regagna sa prison. Méléagant fut furieux d’apprendre que Lancelot avait été autorisé à quitter la prison, bien que le héros fût revenu comme promis. Méléagant résolut que Lancelot ne pourrait plus jamais quitter sa prison.
Méléagant fit construire une nouvelle tour sur une île isolée dans un bras de mer. Rarement quelqu’un passait par cette contrée reculée de Gorre. La tour fut édifiée en deux mois. Lancelot fut incarcéré dans le nouveau donjon. Cette fois, Méléagant fit murer la porte, afin que Lancelot ne pût jamais sortir. Il ne restait qu’une petite fenêtre, permettant de recevoir une maigre ration de pain rassis et d’eau croupie.
Au fur et à mesure que le jour du combat fixé entre Lancelot et Méléagant approchait, le félon chevalier se présenta à Camelot. Méléagant déclara à la cour qu’il n’avait pas vu Lancelot. Méléagant mit au défi la cour du roi : Lancelot devait l’affronter au prochain terme convenu, soit un an plus tard. Gauvain promit d’affronter Méléagant, en qualité de second de Lancelot, si ce dernier ne se présentait pas au prochain rendez-vous.
Méléagant rentra chez lui et annonça à son père que Lancelot ne s’était pas présenté à Camelot pour l’affronter, se vantant que Lancelot refuserait de le combattre, le qualifiant de lâche. Bademagu réprimanda son fils, affirmant que seul un sot se vanterait de sa supériorité. Cela ne fit qu’exaspérer davantage Méléagant.
L’une des filles de Bademagu, ayant entendu la conversation, comprit que Lancelot devait être détenu quelque part à Gorre. Elle se mit aussitôt en quête du héros. Pendant plusieurs mois, elle parcourut Gorre sans trouver personne sachant où se trouvait le héros.
Enfin, la demoiselle découvrit une tour qu’elle n’avait jamais vue auparavant. Elle fut surprise de constater l’absence de porte et fut convaincue que Méléagant y retenait Lancelot captif. La fille de Bademagu constata que Lancelot était sérieusement affaibli et que sa santé s’était détériorée en raison d’une alimentation insuffisante et de l’eau contaminée qu’il buvait.
La fille de Bademagu révéla son identité à Lancelot. Elle lui rappela qu’elle était la demoiselle qui avait indiqué à lui et à Gauvain les deux ponts périlleux, ainsi que celle qui lui avait demandé de châtier le chevalier arrogant qui l’avait insulté au sujet de la charrette. Elle était venue délivrer Lancelot. Elle trouva une pioche, qu’elle donna à Lancelot pour s’échapper de son donjon.
La fille de Bademagu conduisit le héros dans son château, où elle soigna Lancelot jusqu’à sa guérison. Lorsqu’il eut recouvré la santé et la force après des mois de repos et d’exercice, le moment fut venu pour Lancelot de partir. En signe de gratitude, Lancelot promit de défendre ses droits et sa vie si elle avait jamais besoin de son aide.
Par un heureux hasard, Lancelot arriva à peu près au même moment que Méléagant. Méléagant déclarait que, puisque Lancelot ne s’était pas présenté au jour fixé, il défiait Gauvain de combattre. Gauvain était déjà en pleine armure et monté lorsque Lancelot arriva.
Lancelot insista pour affronter Méléagant, car le traître l’avait maltraité durant sa captivité. Lancelot avertit Méléagant que cette fois, il ne lui accorderait aucune grâce. À contrecœur, Gauvain céda toute son armure et ses armes à son ami.
Monté sur un destrier puissant et rapide de Gauvain, Lancelot jouta contre son ennemi mortel. Les deux adversaires étant d’égale valeur à la lance, ils se désarçonnèrent mutuellement. Ils bondirent sur leurs pieds et s’attaquèrent à l’épée. Après un long et acharné combat, Lancelot prit le dessus.
Lancelot trancha d’abord la main droite de Méléagant, avant d’ouvrir le ventre de son ennemi d’un profond coup de taille. Puis Lancelot fracassa le heaume de Méléagant, si bien que son adversaire ne put même pas implorer sa pitié. Enfin, Lancelot arracha le heaume de la tête de son ennemi avant de trancher celle de Méléagant. Le récit s’acheva sur la vengeance accomplie de Lancelot pour les mauvais traitements subis de la main de Méléagant.
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Argodras le Rouge
Arthur et sa cour célébrèrent la victoire de Lancelot sur Méléagant par un festin. Arthur et sa cour craignaient également d’annoncer à Lancelot la mort de Galehaut. Lancelot n’était pas au courant du décès de son ami, et personne ne l’en avait informé à son retour.
Bien qu’il eût vaincu Méléagant loyalement, Lancelot fut encore accablé par un chevalier rouge, cousin de Méléagant. Le chevalier rouge accusa Lancelot d’avoir tué Méléagant par traîtrise, alors que le héros avait refusé d’épargner son ennemi. Lancelot réfuta l’accusation et accepta un duel à la cour de Bademagu, pour la fête de Marie-Madeleine.
Au cours de son voyage vers le royaume de Bademagu, il trouva quatre gardes autour d’un cercueil. À sa grande douleur, Lancelot découvrit qu’il s’agissait du cercueil de Galehaut. Lancelot se serait probablement ôté la vie de chagrin, mais l’une des demoiselles de la Dame du Lac arriva et invita le héros à transporter le corps à la Garde Douloureuse, où son ami pourrait être inhumé. Pourquoi la Garde Douloureuse ? Afin que Lancelot pût être enterré auprès de son ami à sa propre mort.
Les chevaliers gardant le cercueil refusèrent de laisser quiconque le déplacer de l’église. Lancelot combattit et tua trois chevaliers. Il épargna le quatrième à la condition qu’il transportât le corps de Galehaut jusqu’au tombeau de la Garde Douloureuse.
Lancelot voyagea donc avec le cercueil, se dirigeant d’abord vers le royaume de Bademagu. Au château de Floégo, il vit que les habitants s’apprêtaient à brûler la sœur de Méléagant pour trahison. Un chevalier l’accusait d’avoir libéré Lancelot de la prison de Méléagant, et le tribunal l’avait déclarée coupable. Reconnaissant la demoiselle, le héros décida de la défendre.
L’accusateur ne fit pas le poids face à Lancelot. Lancelot désarçonna le chevalier, l’assomma à coups d’épée, puis le précipita dans le feu destiné à la sœur de Méléagant.
Les habitants remirent la sœur de Méléagant à Lancelot, qui la raccompagna jusqu’à sa résidence au château de Galéfort. Là, Lancelot apprit que son accusateur était le frère du chevalier rouge qui l’avait défié. Le chevalier rouge se nommait Sire Argodras. Lancelot apprit également que Bademagu ne savait pas encore la mort de son fils (Méléagant).
Lancelot séjourna à Galéfort pour la nuit avant de reprendre son voyage, et il vécut une petite aventure. Lancelot accepta l’hospitalité dans la tente d’un autre chevalier. Lancelot l’avait désarmé en pénétrant dans sa tente. Un autre chevalier en armure rouge pénétra dans la tente et enleva l’écuyer de son hôte. Les deux chevaliers étaient ennemis. Le chevalier rouge déroba l’armure et le cheval de Lancelot.
Lancelot poursuivit le chevalier rouge à pied et rencontra un chevalier noir. Lancelot demanda au chevalier noir s’il pouvait emprunter son armure. Le chevalier noir y consentit, à la condition que Lancelot lui rendît son armure lorsqu’il la lui réclamerait à l’avenir. Lancelot revêtit donc l’armure du chevalier noir, prit son cheval et poursuivit le chevalier rouge. Lancelot vainquit le chevalier rouge et ses compagnons, mais se lia d’amitié avec le chevalier rouge, nommé Arramant, qu’il n’avait pas reconnu pendant le combat. (Lancelot rencontrerait plus tard le Chevalier Noir dans Gauvain à Corbenic.)
Lancelot se rendit ensuite à Windesant, où Bademagu tenait alors sa cour. Bademagu ne reconnut pas Lancelot, car le héros portait une armure et un écu différents. Le héros ne souhaitait pas davantage être reconnu et être celui qui annoncerait au roi, qu’il affectionnait, qu’il avait tué Méléagant en combat.
Lancelot affronta son accusateur, prêt à se défendre contre les charges qu’Argodras portait contre lui. Les deux chevaliers prouvèrent leur valeur, mais à mesure que le combat se prolongeait, Lancelot manifesta sa supériorité. Lancelot tua Argodras, sans lui laisser le temps d’implorer sa pitié.
Bien que Lancelot refusât de décliner son nom, Bademagu soupçonnait déjà son identité et la mort de son fils. Bademagu pria le héros de retirer son heaume. Bademagu reconnut immédiatement Lancelot et étreignit le héros comme on étreindrait un ami ou un fils. Lancelot était réticent à annoncer au roi qu’il avait tué son fils, et Bademagu ne voulait pas entendre cette nouvelle des lèvres de Lancelot, de peur de le haïr. Bademagu lui demanda alors la faveur de charger quelqu’un d’autre de lui annoncer la nouvelle trois jours après le départ de Lancelot.
Lancelot séjourna auprès de Bademagu pour la nuit, avant d’entreprendre son voyage vers la Garde Douloureuse. Une jeune fille demanda au héros si elle pouvait l’accompagner jusqu’à la Garde Douloureuse en qualité d’escorte et de protectrice, et Lancelot accepta.
À midi, un chevalier de mauvaise réputation tenta d’embrasser de force la jeune fille placée sous la protection de Lancelot. Après avoir provoqué Lancelot, ils combattirent et le héros eut raison du chevalier. Lancelot épargna le chevalier, à la condition que Patrides du Cercle d’Or informât Bademagu que Lancelot avait tué Méléagant en combat. Lancelot apprit de Patrides l’aventure de son cousin (Sire Bohort).
Lancelot et la jeune fille poursuivirent leur chemin tandis que Patrides s’acquittait de sa mission. Quelques jours plus tard, Patrides annonça au roi Bademagu la mort de son fils de la main de Lancelot. Bademagu pleura Méléagant. Bademagu apprit que son fils était inhumé au Château des Quatre Pierres.
Lancelot arriva à la Garde Douloureuse, où il fit inhumer le corps de Galehaut dans un tombeau sous l’autel d’une ancienne mosquée, devenue une église.