Joseph d'Arimathie
Ce récit est tiré d’une œuvre intitulée Joseph d’Arimathie (v. 1200). Elle fut composée par un poète franco-suisse nommé Robert de Boron, qui était vraisemblablement aussi chevalier.
Joseph d’Arimathie constituait le premier volet d’une trilogie. Les deux autres œuvres s’intitulaient Merlin et Perceval. Merlin nous est parvenu de manière fragmentaire : il commence par la naissance prodigieuse de Merlin et s’achève lorsqu’Arthur est reconnu comme roi après avoir tiré l’épée (Excalibur ?) de la pierre. Le reste du poème (Merlin) est perdu, y compris la mort de l’enchanteur.
Le dernier poème, Perceval, est également perdu. Nous n’en possédons donc pas le contenu, mais les médiévistes autant anciens que modernes ont émis l’hypothèse que le Didot Perceval (1205) pourrait être une adaptation en prose du poème de Boron. Pour en savoir davantage sur Robert de Boron, je vous recommande la lecture de Robert de Boron et le Didot Perceval.
Joseph d’Arimathie se présentait comme l’histoire du Graal, avec Joseph d’Arimathie pour personnage principal. Le poème fut ensuite réécrit en prose par l’un des auteurs du Cycle en prose, sous le titre Estoire de Saint Graal (« Histoire du Saint Graal », v. 1240).
Il existe une différence considérable entre l’original de Boron et la version ultérieure de l’Estoire de Saint Graal. Boron maintint un récit simple et très bref, où Joseph intervenait pour apporter le Graal en Bretagne.
En revanche, l’Estoire de Saint Graal intégra de nombreux personnages et aventures inédites absents du poème originel de Boron. L’Estoire était également dix fois plus longue que la courte œuvre de Boron. Ces personnages et épisodes étaient dérivés de deux romans originels du Cycle en prose (1225-1237) — Lancelot Propre et Queste del Saint Graal (« La Quête du Saint Graal »).
Dans cette partie consacrée à l’Origine du Graal, vous trouverez le récit du poème de Boron. Vous trouverez l’Estoire de Saint Graal dans ma page sur l’Histoire vulgate du Graal.
L’histoire que je m’apprête à conter est celle des origines du Saint Graal et de la manière dont Joseph d’Arimathie mena son peuple hors de Judée. Le Graal fut finalement apporté en Bretagne par Bron, le beau-frère de Joseph.
Robert de Boron relate les épisodes de la Cène, de la crucifixion et de la résurrection, suivant plus ou moins les Évangiles bibliques. Ce roman du Graal insista davantage sur les rôles joués par Judas Iscariote, Joseph d’Arimathie et Ponce Pilate.
La Coupe de la Cène
Le récit commença lorsque Boron affirma que tous les hommes et toutes les femmes, bons et méchants, étaient envoyés en Enfer à leur mort, depuis le commencement des temps. Adam et Ève, ainsi que tous les grands patriarches et prophètes, y descendirent jusqu’à ce que Jésus, par la grâce de Dieu et du Saint-Esprit, apportât le salut à l’humanité. S’ils consentaient à recevoir l’enseignement de Jésus, ils pouvaient tous, y compris Adam et Ève, être sauvés. Ève et Marie furent mises en parallèle — Ève avait apporté la mort à l’humanité en cédant à la tentation, Marie avait apporté la délivrance de la mort et la vie éternelle en se soumettant à la volonté de Dieu, ce qui mena à la mort et à la résurrection de Jésus.
Le récit de Joseph d’Arimathie et du Graal commença avec la Cène.
Judas Iscariote était dépeint comme un homme cupide, qui avait trahi Jésus après la Cène pour trente pièces d’argent reçues du conseil des grands prêtres juifs.
Joseph d’Arimathie assista à la Cène dans la maison de Simon, un jeudi soir. Bien que Joseph n’eût pas de place à la table de Jésus et des douze apôtres, il avait secrètement suivi et aimé Jésus. Joseph vit Jésus laver les pieds de ses disciples et demander à ses apôtres de se souvenir de lui tandis qu’Il partageait le pain et une coupe de vin (le graal) avec les disciples. Jésus avait dit dans les Évangiles : « Ceci est la coupe de la nouvelle alliance de Dieu, scellée par mon sang, qui est répandu pour vous. » (On comprend dès lors pourquoi Boron décida que le Graal devait être la coupe de la Cène.)
Cette nuit-là, Judas trahit Jésus par un baiser dans le jardin de Gethsémani ; le baiser devait permettre de l’identifier aux yeux des autorités juives. Les apôtres s’enfuirent de peur lors de l’arrestation de Jésus. Jésus fut conduit devant le conseil des prêtres juifs, interrogé et battu. Il fut ensuite amené devant le gouverneur romain de Judée, Ponce Pilate, à qui l’on demanda de faire mettre Jésus à mort. Pilate refusa de condamner et d’exécuter un innocent, mais il finit par y consentir, à condition que le conseil juif en prît la responsabilité.
Jésus fut donc crucifié le vendredi et mourut sur la croix. Joseph fut profondément affligé par la mort de Jésus ; il se présenta donc devant le gouverneur romain avec une requête.
Joseph était chevalier et bon ami de Pilate. N’ayant jamais reçu de solde pour son service militaire auprès de Pilate, il demanda un don au gouverneur. Lorsqu’il demanda le corps de Jésus afin de lui donner une sépulture décente, Pilate accéda à sa requête.
Cependant, les prêtres juifs refusèrent de livrer le corps de Jésus, car ils avaient connaissance de la prédiction selon laquelle il ressusciterait au bout de trois jours. Ils considéraient cette affirmation comme un stratagème. Ils menacèrent de s’en prendre à Joseph. Joseph informa donc Pilate que les autorités juives refusaient de livrer le corps. Pilate envoya Nicodème avec Joseph pour réclamer le corps de Jésus.
Nicodème aida Joseph à descendre le corps de Jésus de la croix. Lorsque le sang s’écoula de la plaie du Christ, Joseph utilisa la même coupe (le graal) qui avait servi lors de la Cène pour recueillir le sang. Les deux hommes lavèrent le corps, l’enveloppèrent dans un linceul (le Suaire) et le déposèrent dans le tombeau (une grotte). Une lourde pierre en obstrua l’entrée.
Les prêtres juifs et les autorités placèrent des gardes autour de la grotte pour empêcher les disciples de Jésus de voler le corps, car ils ne croyaient pas à la prophétie de sa résurrection.
Joseph rentra chez lui et cacha la coupe contenant le sang de Jésus dans sa demeure.
Avant d’apparaître à ses apôtres, Jésus descendit en Enfer et libéra les justes, parmi lesquels Adam et Ève ainsi que leurs descendants. Jésus accorda la rédemption à toute la création de Dieu.
Au bout de quelques jours, les autorités constatèrent que le corps de Jésus avait disparu. Elles pensèrent que quelqu’un l’avait dérobé. Elles complotèrent de faire arrêter et exécuter Joseph et Nicodème. Mais Nicodème, ayant vent de leur complot, s’enfuit avant l’arrivée des autorités. Joseph n’eut pas cette chance. Les autorités accusèrent Joseph d’avoir dérobé le corps de Jésus dans le tombeau. Joseph fut roué de coups, interrogé et jeté dans un profond cachot. Il fut privé de lumière, de liberté, de nourriture et d’eau.
Cependant, lorsque Jésus apparut à Marie-Madeleine et à ses apôtres, il n’avait pas oublié Joseph d’Arimathie, qui dépérissait dans un cachot pour sa cause. Jésus apparut à Joseph, portant la coupe (le Graal) qui répandit une lumière radieuse dans sa cellule obscure.
Jésus confia le calice, qui serait désormais appelé le Graal, à la garde de Joseph. Le Graal subviendrait à ses besoins. Jésus expliqua à Joseph le sens de sa vie terrestre et le secret du Graal, et lui annonça qu’il ne le libérerait de sa prison que lorsque le moment serait venu.
Joseph vécut donc dans le cachot, attendant patiemment sa liberté dans les ténèbres. Chaque jour, une colombe déposait une hostie dans la coupe, et il la mangeait. Son nom tomba dans l’oubli au fil des années.
Ainsi demeurèrent les choses jusqu’à ce qu’un pèlerin se rendît à Rome, quelque trente-cinq ans plus tard. Ce pèlerin avait été témoin du ministère et des miracles de Jésus en Judée. À Rome, l’empereur Titus avait un fils nommé Vespasien, atteint de lèpre.
(Je le sais, je le sais. C’est Boron qui s’est trompé dans l’ordre, pas moi. Selon l’histoire romaine, Vespasien était le père et Titus le fils. Vespasien commandait l’armée qui réprima la rébellion de Judée avant de devenir empereur en 69 apr. J.-C., après la mort de Néron l’année précédente. Titus prit le commandement de l’armée romaine qui assiégea et captura Jérusalem sans pitié en 70 apr. J.-C. Vespasien régna dix ans, tandis que son fils ne régna que deux ans. Le cadet de Vespasien, Domitien, régna après la mort de Titus. Le propre père de Vespasien s’appelait Flavius Sabinus, percepteur d’impôts romain.)
Titus apprit du pèlein le ministère extraordinaire de Jésus et sa capacité à guérir les malades. L’empereur décida d’envoyer un émissaire auprès du gouverneur romain de Judée, Pilate, pour vérifier la véracité de ces dires. Titus espérait que l’émissaire trouverait au moins un objet ayant appartenu à Jésus et capable de guérir son fils.
Le messager arriva en Judée, où il entendit le récit de Pilate lui-même concernant l’arrestation et la mort de Jésus. Le messager apprit que Pilate avait été contraint de laisser crucifier Jésus. Il constata également que les Juifs portaient une plus grande responsabilité dans la mort de Jésus que Pilate.
Le messager apprit bientôt qu’une femme possédait un tissu susceptible de guérir le fils de l’empereur. Cette femme s’appelait Véronique. Lorsque Jésus portait sa croix dans les rues de Jérusalem, elle avait utilisé un linge pur pour essuyer le sang et la sueur de son visage. Cela laissa une empreinte permanente du visage de Jésus sur le tissu (le suaire).
Véronique refusa de céder ou de vendre son bien le plus précieux au messager, mais accepta de l’apporter à Rome pour guérir le fils de l’empereur.
Véronique se rendit à Rome avec le messager. Titus lui-même présenta le linge à son fils, et Vespasien fut guéri dès qu’il eut vu le suaire. L’empereur et son fils furent transportés de joie et récompensèrent richement Véronique. Mais Vespasien fut pris de colère lorsqu’il apprit que les Juifs étaient responsables de la mort de Jésus. Il résolut de se rendre en Judée pour punir les responsables.
L’empereur et Vespasien rencontrèrent Ponce Pilate, qui leur dit de le jeter en prison et de demander aux Juifs qui était responsable de la mort de Jésus.
Lorsque Vespasien annonça aux Juifs qu’il détenait Pilate, ils s’en réjouirent et répondirent à toutes les questions du fils de l’empereur, espérant que le gouverneur serait exécuté, sans comprendre les véritables intentions de Vespasien. Ils lui racontèrent que lorsqu’ils avaient réclamé la mort de Jésus auprès de Pilate, celui-ci avait refusé, à moins qu’ils ne reconnussent leur responsabilité dans cette mort devant le seigneur de Pilate. Vespasien l’entendit et fut profondément dégoûté par les Juifs. Il condamna immédiatement les Juifs à mort. Aucun homme, femme ou enfant ne fut épargné.
L’un des Juifs, atterré d’être condamné à mort, implora la vie sauve pour lui-même, sa femme et ses enfants, en échange de la révélation du lieu où Joseph d’Arimathie était détenu. Vespasien accepta de l’épargner. Le Juif le conduisit au cachot, mais l’avertit que Joseph devait être mort de faim depuis longtemps. On ne lui avait donné ni nourriture ni eau depuis son incarcération.
Ce Juif conduisit Vespasien jusqu’au lieu où Joseph d’Arimathie était emprisonné. Vespasien pénétra dans la prison obscure et trouva Joseph dans la partie la plus profonde du cachot. Joseph était en excellente santé et salua Vespasien par son nom.
Joseph fut libéré par Vespasien. Les Juifs survivants crurent qu’il s’agissait d’un miracle que Joseph eût survécu dans le cachot sans nourriture ni eau. Le Juif qui avait révélé l’emprisonnement de Joseph fut épargné avec sa famille, mais banni. Vespasien vendit les autres Juifs survivants comme esclaves. Il épargna ceux qui acceptaient de suivre l’enseignement du Christ, par égard pour Joseph.
Joseph raconta au fils de l’empereur la Création, comment Adam et Ève avaient rompu leur alliance avec Dieu, mais comment, par sa propre mort et sa résurrection, Jésus avait apporté la rédemption à quiconque consentait à suivre et à entendre son enseignement. Jésus avait racheté l’œuvre de la Création et permis à Adam et Ève de ressusciter avec les autres justes. Vespasien crut tout ce que Joseph avait dit et se convertit au christianisme. Joseph et Vespasien devinrent amis.
(Je voudrais formuler une dernière remarque. Selon l’Évangile apocryphe de Nicodème ou les Actes de Pilate, Joseph fut emprisonné et des gardes furent postés autour du cachot où il était détenu. Lorsque les autorités juives décidèrent de le mettre à mort, elles constatèrent qu’il avait disparu. Il ne resta prisonnier que quelques jours.)
Informations complémentaires
Sources
Joseph d'Arimathie (v. 1200) fut composé par Robert de Boron.
Estoire de Saint Graal (Histoire du Saint Graal) provient du Cycle en prose, v. 1240.
Les quatre Évangiles se trouvent dans la Bible.
L'Évangile de Nicodème (ou les Actes de Pilate) est un texte apocryphe.
La Guerre des Juifs (fin du Ier siècle av. J.-C.) fut écrite par Flavius Josèphe.
Les Annales et les Historiae (109 apr. J.-C.) furent composées par Tacite.
La Vie des douze Césars fut écrite par Suétone.
Articles connexes
La Table de la Compagnie du Graal
Joseph retrouva sa sœur Enygeus, qui était mariée à un homme de bien nommé Hebron, souvent appelé Bron. Joseph mena Bron, sa famille et leurs amis hors du pays de Judée en exil, à la recherche d’une nouvelle terre. Joseph emporta le Graal avec lui. Certains Juifs survivants de la vengeance de Vespasien furent autorisés à suivre Joseph s’ils croyaient à l’enseignement de Jésus.
Ils voyagèrent vers une contrée lointaine (Boron ne précise pas où ils séjournèrent, mais selon la version du Cycle en prose, l’Estoire de Saint Graal — « Histoire du Saint Graal », ils se rendirent d’abord en Égypte). Joseph continua à prêcher auprès de son peuple, et pendant un temps leur communauté prospéra. Ils travaillaient principalement la terre, cultivant des récoltes et élevant des moutons et des bovins.
Cependant, la famine frappa leur petite communauté, et Boron affirme qu’elle fut causée par quelqu’un qui avait commis le péché de luxure, ce qui infligea souffrance et épreuve à l’ensemble de la communauté. Ils portèrent leurs problèmes devant Bron (Hebron), le beau-frère de Joseph, qui à son tour demanda l’aide de Joseph.
Joseph pria Dieu devant le Saint Vase (le Graal), et il reçut une nouvelle visite de Jésus. Jésus lui dit qu’il n’avait commis aucune faute. L’un des membres de la communauté avait péché. Jésus donna à Joseph des instructions sur la conduite à tenir.
Joseph construisit donc une nouvelle table, en mémoire de la table de la Cène. Joseph envoya Bron pêcher un seul poisson, qu’il apprêta. Joseph plaça ensuite le plat de poisson à côté du Graal, au centre de la table.
Joseph convoqua tout le peuple et demanda à chacun de s’asseoir. Seules douze personnes capables de percevoir les merveilles de la table purent prendre place. La table fut garnie de tous les mets que chacun désirait. Joseph s’assit à la place représentant celle qu’avait occupée Jésus lors de la Cène, tandis que Bron s’assit à la droite de Joseph, mais à une place de distance. Bron ne voulut pas s’approcher davantage, car il sentait un danger émanant de la place. La place entre ces deux hommes demeurait vide ; elle représentait le siège du traître Judas Iscariote (cette place était généralement appelée Siège Périlleux).
Les douze hommes se régalèrent de toutes sortes de mets. Ils pouvaient voir les aliments dont ils jouissaient car chacun était un homme vertueux, et seuls les hommes vertueux pouvaient s’asseoir en présence du Graal ; ils bénéficiaient ainsi de la grâce spéciale de Dieu.
Le reste de la communauté ne percevait aucune grâce divine et ne voyait aucun mets sur la table. L’un des convives, nommé Petrus, les interrogea à ce sujet. Petrus comprit alors que les autres ne jouissaient pas de la grâce de Dieu en raison de leurs péchés. Entendant cela, la communauté attristée fut couverte de honte et se retira de la sainte compagnie. Avant de partir, ils apprirent de Petrus que le Saint Vase s’appelait le Graal. (Petrus est un autre nom de Pierre, mais il n’a aucun lien avec l’apôtre Simon Pierre. Dans la version du Cycle en prose, c’est le nom de Pierre qui fut employé.)
Un seul d’entre eux refusa de quitter la compagnie de Joseph. Il s’appelait Moïse (le Didot Perceval (v. 1210) l’appelait Moys). Moïse voulait s’asseoir avec Joseph et les onze autres hommes. Moïse pleura et les supplia de l’accepter parmi eux. Les autres membres de la compagnie eurent pitié de Moïse et demandèrent à Joseph, en son nom, la place qui demeurait vacante. Joseph leur répondit qu’il n’était pas en son pouvoir de choisir qui pouvait s’asseoir à la table. Cette nuit-là, Joseph pria de nouveau Dieu, et le Saint-Esprit répondit qu’ils allaient voir ce qui adviendrait si un être indigne tentait de s’asseoir devant le Graal par tromperie.
Joseph donna donc à Moïse un avertissement solennel : s’il n’était pas digne de la grâce de Dieu, il valait mieux pour lui de partir plutôt que de s’asseoir parmi eux. Moïse fut ravi d’avoir la permission de s’asseoir au milieu d’eux et de partager le privilège et l’extase des compagnons du Graal.
Lorsque Joseph et ses compagnons s’assirent, ils regardèrent Moïse prendre la seule chaise disponible, entre Joseph et Bron — le siège qui représentait celui de Judas Iscariote. Moïse fut foudroyé par des forces invisibles. Cela terrifia les onze compagnons de Joseph. Ils supplièrent leur chef de leur révéler quel sort avait frappé Moïse.
Joseph pria donc pour ses compagnons. Une fois encore, Jésus informa son disciple bien-aimé que le siège représentait la trahison de Judas, qui l’avait livré. Quiconque oserait s’y asseoir serait détruit de même. Seul le futur petit-fils de Bron occuperait ce siège et survivrait. Moïse avait été précipité dans l’abîme jusqu’au jour où l’homme destiné à s’asseoir sur ce siège périlleux viendrait le délivrer.
Bron et Enygeus eurent douze fils nobles. Lorsqu’ils atteignirent l’âge adulte, Enygeus pressa son mari de solliciter les conseils de son frère quant à leur avenir. Bron s’adressa donc à son beau-frère au sujet de ses fils. Joseph pria de nouveau, et cette fois un ange lui rendit visite. Joseph suivit les instructions qu’il reçut.
Joseph annonça à Bron que si l’un de ses fils désirait se marier, il pouvait le faire ; mais si l’un d’eux choisissait de ne pas se marier, il serait l’élu appelé à le suivre, et Joseph prendrait en charge l’instruction de son neveu. De plus, ce fils de Bron régnerait sur ses onze frères. En temps voulu, son neveu se marierait et engendrerait un fils qui deviendrait le plus grand chevalier du monde (Perceval), celui qui était destiné à occuper le Siège Périlleux de la Table Ronde (le siège représentant Judas).
Tous les fils de Bron furent ravis et se marièrent, à l’exception du plus jeune, nommé Alain le Gros (Alain), qui n’avait nul désir de prendre épouse, comme l’avait prédit l’ange. Bron et Enygeus furent ravis et confièrent volontiers Alain à la garde de Joseph. Joseph serait responsable de l’éducation d’Alain ; en particulier, lorsque Jésus apparut à Joseph dans le cachot pour lui révéler les secrets du Graal, Alain en aurait également connaissance.
Le lendemain, alors que Joseph et ses compagnons célébraient leurs offices quotidiens devant le Graal, un visiteur bref et radieux remit une lettre à Joseph. Joseph appela Petrus (Pierre) et lui ordonna de lire cette lettre à haute voix, puis de partir pour un long voyage, vers la destination de son choix.
Comme l’ange l’avait prédit, Petrus savait exactement où il devait aller. Petrus annonça à ses amis qu’il se rendrait à l’ouest et s’établirait dans le Val d’Avalon. Petrus était condamné à vivre longtemps, attendant l’homme (Perceval, à nouveau) qui viendrait lire la lettre divine. Ce n’est qu’alors que Petrus serait autorisé à mourir et à rejoindre Jésus au Paradis.
Après les noces des onze fils de Bron, Bron confia à son plus jeune fils la responsabilité et la direction sur les frères et sœurs d’Alain. Ils partirent eux aussi à la recherche d’une nouvelle demeure vers l’Ouest, laissant derrière eux leur père et leur mère. Alain prêcha la parole de Jésus dans chaque pays qu’il traversa.
Petrus partit le lendemain, laissant ses amis derrière lui ; il se dirigea vers l’Ouest, en direction de la Bretagne.
Enfin, Joseph révéla à Bron son autre dessein les concernant, lui et son beau-frère (davantage d’instructions de l’ange, envoyé par Jésus). Son beau-frère était un homme de bien ; il serait à jamais connu sous le nom de Riche Pêcheur (ou Roi Pêcheur), car c’était lui qui avait pêché le poisson pour la compagnie de la Table du Graal. Joseph devait lui enseigner tout ce qu’il savait de sa rencontre avec Jésus dans le cachot, en particulier les secrets du Graal.
Une fois qu’il eut tout enseigné à son beau-frère, Joseph remit le Graal à Bron.
Bron prit alors avec lui tous ceux qui étaient restés et se dirigea également vers l’Ouest. Bron s’établit en quelque lieu de Bretagne où il attendit patiemment d’être réuni avec son fils Alain. Puis Bron donna le Graal à son fils (Alain), qui à son tour remettrait le Saint Vase à son propre fils, Perceval.
À ce moment, le temps terrestre de Joseph toucha à sa fin. Joseph mourut et fut emporté au ciel.
Comme je l’ai mentionné dans l’introduction de l’Origine du Graal, l’œuvre suivante de Boron était Merlin, puis venait Perceval. Seule une partie incomplète de Merlin a survécu, et le Perceval de Boron est perdu.
Dans la section suivante de l’Origine du Graal, j’ai relaté une histoire différente de Joseph dans l’Histoire vulgate du Graal. Cette nouvelle version reposait en fait sur les nombreuses allusions trouvées dans le roman originel du Cycle en prose intitulé Queste del Saint Graal, connu en français sous le titre de « Quête du Saint Graal ».
Informations complémentaires
Sources
Joseph d'Arimathie (v. 1200) fut composé par Robert de Boron.
Estoire de Saint Graal (Histoire du Saint Graal) provient du Cycle en prose, v. 1240.
Les quatre Évangiles se trouvent dans la Bible.
L'Évangile de Nicodème (ou les Actes de Pilate) est un texte apocryphe.
La Guerre des Juifs (fin du Ier siècle av. J.-C.) fut écrite par Flavius Josèphe.
Les Annales et les Historiae (109 apr. J.-C.) furent composées par Tacite.
La Vie des douze Césars fut écrite par Suétone.
Articles connexes
Joseph d'Arimathie, Bron, Alain, Perceval, Merlin, Uther Pendragon, Arthur, Galaad, Lancelot. Riche Pêcheur, Roi Pêcheur.
Graal, Table Ronde.
Généalogie : Maison de Joseph d'Arimathie.
Généalogie
Maison de Joseph d’Arimathie (version de Boron)
