Religion libanaise : les secrets d'un pays du Proche-Orient pluraliste
Parmi tous les États du Proche-Orient, la religion libanaise se distingue par sa diversité incomparable. Contrairement à d’autres pays de la région où l’islam est religion d’État, les citoyens du Liban constituent un mélange varié de musulmans, de chrétiens et de druzes.
Cela n’a rien de surprenant si l’on sait que le Liban a servi de refuge aux musulmans et aux chrétiens persécutés depuis le VIIe siècle. En dépit d’une petite population de moins de cinq millions d’habitants, le Liban accueille plus d’un million de réfugiés.
Quelle est la religion du Liban ?
La religion principale du Liban est l’islam, suivie par le christianisme. Environ 50 % de ses citoyens sont musulmans (sunnites, chiites, alaouites ou ismaéliens), tandis que les chrétiens (maronites, orthodoxes grecs, melkites grecs, protestants, apostoliques arméniens) représentent environ 45,7 % de la population. Les druzes, souvent considérés comme une minorité, constituent environ 5 % de la population libanaise.
Il n’existe pas de religion officielle au Liban, mais le pays reconnaît 18 communautés religieuses différentes. Non seulement le Liban est le pays le plus diversifié du Proche-Orient en matière de religion, mais il s’agit également d’un État laïque. Cela signifie que tous ses citoyens jouissent de la liberté de culte.
Au fil des années, la mosaïque complexe de sectes religieuses du Liban a engendré des défis internes. Les tensions religieuses ont toujours eu un impact sur le gouvernement, la politique et la stabilité générale du pays. Voyons comment cela se traduit dans la politique libanaise.
Les chrétiens occupent 50 % des sièges au Parlement libanais. Pour garantir un équilibre, le Président est toujours chrétien, tandis que le Premier ministre et le Président de l’Assemblée sont musulmans. Les druzes, de leur côté, ne détiennent que 8 sièges au parlement. Selon le gouvernement, ce système prévient la guerre civile, car aucune communauté ne peut acquérir une supériorité écrasante sur les autres.
Les chrétiens au Liban
Les chrétiens du Liban appartiennent à différents groupes tels que les maronites, les protestants, les orthodoxes et les melkites. En termes relatifs, le Liban possède le plus fort pourcentage de chrétiens parmi tous les pays du Proche-Orient. La dénomination la plus importante et la plus influente de la communauté chrétienne libanaise est celle des maronites. Le deuxième groupe le plus important et influant est l’Église orthodoxe orientale.
Parmi les autres groupes chrétiens au Liban figurent l’Église apostolique arménienne, l’Église syriaque orthodoxe et les catholiques syriaques, l’Église assyrienne de l’Orient et l’Église chaldéenne catholique. Comme indiqué précédemment, les chrétiens libanais détiennent 50 % des sièges au Parlement. Ces sièges sont répartis entre les différents groupes de la manière suivante :
| Maronites | 34 sièges |
| Orthodoxes orientaux | 14 sièges |
| Melkites | 8 sièges |
| Arméniens grégoriens | 5 sièges |
| Arméniens catholiques | 1 siège |
| Protestants | 1 siège |
| Autres minorités chrétiennes | 1 siège |
Les maronites
Les maronites forment un groupe de chrétiens qui s’est séparé du christianisme orthodoxe au Ve siècle. Leur nom provient d’un ermite du nom de saint Maroun, qui vivait en Syrie. En l’an 685, les maronites ont eu leur premier patriarche. C’est depuis 1180 qu’ils constituent une branche officielle de l’Église catholique romaine.
L’Église maronite entretient des liens étroits avec l’ascétisme des saints du désert, qui vivaient en Syrie, en Égypte, en Asie Mineure et en Palestine. Qui étaient ces saints ? C’étaient des hommes et des femmes qui se sont retirés de la société pour se consacrer entièrement à la prière et à la pénitence aux IVe et Ve siècles.
Parmi ces personnalités, l’une des plus célèbres fut le prêtre ermite Maroun. Maroun menait une vie très solitaire de prière et de jeûne. Selon les croyants, il fut le premier à obtenir le don de sagesse. Il mourut en 410 et ses disciples — les maronites — formèrent une communauté monastique près de la ville d’Antioche, l’ancienne capitale de la Syrie.
Les musulmans au Liban
L’islam reste intégré à la vie des musulmans libanais, mais contrairement à d’autres musulmans, ils sont moins attachés à leur foi. Une enquête récente menée dans les pays à majorité musulmane a révélé que seulement 54 % des musulmans libanais considèrent la religion comme un élément très important de leur vie.
Si l’on compare ce chiffre aux 69 % de la Turquie, aux 86 % de la Jordanie ou aux chiffres impressionnants de 90 % au Pakistan, au Maroc et en Indonésie, la différence est frappante.
Par ailleurs, les musulmans libanais ne s’identifient généralement pas à leur religion, mais à leur nationalité. La même enquête a souligné que seulement 30 % d’entre eux se considéraient d’abord comme musulmans. Dans les autres pays sondés, la plupart des musulmans s’identifiaient d’abord à l’islam, puis à leur nationalité.
Plus significatif encore, les musulmans au Liban semblent peu préoccupés par le rôle mondial de l’islam. Seulement 47 % des musulmans interrogés souhaitent voir l’islam jouer un rôle majeur dans le monde. Ce pourcentage est très faible comparé aux 84 % des musulmans au Maroc et aux 73 % en Jordanie voisine.
Sunnites et chiites
Lorsque l’islam est devenu une religion officielle, la question de la succession des califes a provoqué un conflit entraînant une scission entre deux grandes sectes. Il en résulta la division entre sunnites et chiites. Les sunnites estiment que les califes doivent être les musulmans les plus vertueux, indépendamment de leur ascendance. Les chiites, pour leur part, soutiennent que les seuls véritables calipes doivent être les descendants de Mahomet.
Après le califat du prophète Mahomet, il fut remplacé par Abou Bakr, Omar et Othman. Après l’assassinat de ce dernier, les chiites ont affirmé que la légitimité des trois premiers califes devait être annulée, car ils ne descendaient pas de Mahomet lui-même.
C’est ainsi qu’Ali, le quatrième calife, était le cousin de Mahomet — et le seul calife que les chiites aient jamais reconnu. En 680, le fils d’Ali, Hussein, se souleva mais fut tué lors de la bataille de Kerbala. Les croyants célèbrent encore ses actes héroïques de nos jours lors de l’Achoura. Aujourd’hui encore, les chiites attendent toujours un descendant d’Ali pour devenir le prochain prophète.
L’islam sunnite et chiite constituent les principaux groupes religieux au Liban. Il existe également d’autres groupes chiites dans le pays, connus sous le nom de duodécimains, ismaéliens et alaouites. Les sunnites libanais vivent généralement dans les grandes villes du pays, telles que Tripoli et Beyrouth. Quelques-uns seulement vivent dans les zones rurales et la partie occidentale de la vallée de la Békaa. Les chiites, en revanche, vivent principalement dans le Sud-Liban et le sud de Beyrouth. D’importantes communautés résident également dans les districts de Hermel et Baalbek.
Les druzes
Les druzes représentent un faible pourcentage de la population libanaise. Contrairement aux chrétiens et aux musulmans qui dominent la vie religieuse du Liban, les druzes ne constituent qu’environ cinq pour cent de la population. Les druzes forment un groupe dissident de l’islam chiite apparu en Égypte au Xe siècle. Ces minorités sont souvent décrites comme un groupe ethnico-religieux ésotérique qui s’identifiait autrefois sous le nom d’unitariens.
Contrairement aux chiites, ils n’ont ni rituel ni cérémonie. Pas de mosquées ni de fêtes religieuses. Ils rejettent également les cinq piliers de l’islam. Les druzes croient en une seule chose : la réincarnation, et on ne peut devenir druze que par la naissance. Les druzes possèdent également un groupe d’initiés autorisés à pratiquer des rituels et à accéder à leurs sept livres sacrés. La plupart des druzes au Liban vivent dans les régions montagneuses proches de Beyrouth. Leurs hommes portent généralement des pantalons bas et des calottes blanches. Les femmes portent pour la plupart des voiles blancs et de longues robes noires.
Culture et croyances libanaises
Le Liban est un pays essentiellement urbain où environ 88 % de sa population vit dans des zones urbaines. En fait, près de 2,5 millions de personnes vivent dans l’agglomération de sa capitale, Beyrouth.
Comme ses voisins asiatiques et du Proche-Orient, le Liban possède une culture collectiviste. Cela signifie que les besoins du collectif priment sur ceux de l’individu. L’unité collective de base est la famille. L’importance de la famille est mise en avant dans toutes les religions du Liban.
La religion touche également à presque tous les domaines des croyances et coutumes libanaises. Les lois familiales telles que le mariage, le divorce et l’héritage sont traitées par des tribunaux religieux. En raison de la diversité religieuse, il n’existe pas de système unique pour tous les citoyens. Cependant, malgré la diversité religieuse du pays, les Libanais partagent de nombreuses similitudes culturelles.
Mariage et famille
Aujourd’hui, les mariages arrangés dans la culture libanaise sont rares, bien qu’ils existent encore. La polygamie est également légale chez les musulmans, mais très peu de personnes choisissent ce mode de vie. Le mariage entre différents groupes religieux est accepté et également courant. Le divorce est décidé par les tribunaux religieux et est généralement facile pour les musulmans, plus difficile pour les chrétiens. Néanmoins, le taux de divorce dans le pays reste faible.
Les foyers libanais se composent d’une famille nucléaire. Cependant, les Libanais accordent également une grande importance à la famille élargie. La plupart des foyers sont patriarcaux. C’est souvent l’homme le plus âgé qui est la voix de l’autorité. Toutefois, les épouses exercent une plus grande influence sur les enfants et peuvent prendre des décisions dans plusieurs domaines du foyer.
Les lois sur l’héritage varient selon la religion, mais favorisent généralement les héritiers masculins. Dans les villages ruraux, la terre est l’héritage le plus précieux. Dans les villes, l’argent, les appartements et les commerces privés sont généralement transmis. Les enfants vivent souvent avec leurs parents jusqu’à leur mariage et la constitution de leur propre famille. Il existe presque aucune structure d’accueil pour personnes âgées ni de maison de retraite dans le pays, car la plupart des aînés sont pris en charge par les plus jeunes membres de la famille.
En matière de mode, les chrétiens et les musulmans libanais qui vivent en ville portent des vêtements modernes et élégants. À la campagne, les femmes portent parfois des jupes traditionnelles colorées, tandis que les hommes portent des pantalons amples traditionnels appelés « sherwal ». Aujourd’hui, presque tous les Libanais portent des vêtements modernes.
Fêtes au Liban
Les Libanais célèbrent les fêtes nationales ainsi que les fêtes chrétiennes et musulmanes. Pour les fêtes chrétiennes, ils suivent à la fois le calendrier grégorien et le calendrier julien. Ils célèbrent donc Noël le 25 décembre et une autre le 6 janvier.
Les fêtes musulmanes suivent le calendrier lunaire islamique. Les musulmans libanais célèbrent presque toutes les fêtes musulmanes, notamment l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha. Les fêtes nationales comprennent le Jour de l’Indépendance, la Fête du Travail et le Jour des Martyrs.
Cuisine libanaise
La cuisine libanaise partage de nombreuses similitudes avec celles des pays de la Méditerranée orientale que sont la Syrie, la Turquie et la Grèce. Le plat national est le kibbé, une tourte à la viande préparée à base d’agneau et de boulghour (blé concassé).
On y trouve également le taboulé, une salade composée de tomates, de persil et de boulghour. Grâce à l’influence française, on sert des croissants et des flans partout au Liban.
Le régime alimentaire libanais se compose principalement de céréales, de légumineuses, de légumes, de fruits et de noix. Les modes de préparation impliquent généralement le grillage, la cuisson au four et le sauté. La saveur des plats est également très importante. Les Libanais sont réputés pour leur usage abondant d’épices et d’herbes fraîches. Les ingrédients essentiels de presque tous les plats sont l’ail et l’huile d’olive.
Les Libanais apprécient le pain pita, mais beaucoup consomment également fréquemment du riz et des pâtes. Ils aiment aussi le houmous (une purée de pois chiches) et de nombreux autres plats à base de légumineuses. Le houmous est souvent servi avec du pain pita. Le baba ganousch, une purée d’aubergines grillées mélangée à de la pâte de tahini, est également un mezzé très apprécié, accompagné de pain pita. Les Libanais affectionnent également le « baklava », un dessert à base de pistaches et de sirop parfumé à la rose.
En ce qui concerne la viande, les Libanais sont friands de viande rouge et de volaille. Leurs principales sources de protéines sont l’agneau, le poulet et le bœuf. Le style « mezzé » de service est très populaire au Liban. Cela signifie qu’un ensemble de petites assiettes est servi pour un seul repas. Les plats composant chaque mezzé se complètent souvent mutuellement. Manger au Liban est toujours une activité sociale. On mange rarement seul. La boisson nationale libanaise est l’arak, une liqueur forte élaborée à partir de jus de raisin fermenté. La bière est également une boisson très appréciée des Libanais.
Résumé
Après avoir lu cet article, vous serez en mesure de parler avec assurance de la religion au Liban ! Pour vous aider à mémoriser les points essentiels, voici un récapitulatif de tout ce que vous avez appris :
- La religion principale du Liban est l’islam, suivie par le christianisme.
- Environ 50 % des citoyens libanais sont musulmans, tandis que les chrétiens représentent environ 45,7 %. Les druzes constituent environ 5 % de la population libanaise.
- Le Liban possède un pourcentage de citoyens chrétiens supérieur à celui de tous les autres pays du Proche-Orient. Les chrétiens du Liban appartiennent à différents groupes tels que les maronites, les protestants, les orthodoxes et les melkites.
- L’islam sunnite et chiite constitue les principaux groupes musulmans au Liban. Les sunnites libanais vivent généralement dans les grandes villes du pays telles que Tripoli et Beyrouth. Les chiites se trouvent principalement dans le Sud-Liban et le sud de Beyrouth.
- Les druzes représentent un faible pourcentage de la population libanaise. La plupart des druzes au Liban vivent dans les régions montagneuses proches de Beyrouth.
- Le Liban est un pays essentiellement urbain, avec environ 88 % de sa population vivant dans des zones urbaines.
- La religion touche à presque tous les domaines de la culture et des croyances libanaises. Les lois familiales telles que le mariage, le divorce et l’héritage sont traitées par des tribunaux religieux.
- Les foyers libanais sont largement patriarcaux. Cependant, les femmes conservent leur influence sur les enfants et les affaires du ménage.
- Les Libanais célèbrent les fêtes nationales ainsi que les fêtes chrétiennes et musulmanes.
- Les musulmans libanais célèbrent presque toutes les fêtes musulmanes, notamment l’Aïd al-Fitr et l’Aïd al-Adha.
- Pour les fêtes chrétiennes, le Liban suit à la fois le calendrier grégorien et le calendrier julien. Ainsi, deux Noëls sont célébrés chaque année, le 25 décembre et le 6 janvier.
- Les fêtes nationales célébrées comprennent le Jour de l’Indépendance, la Fête du Travail et le Jour des Martyrs.
- La cuisine libanaise partage de nombreuses similitudes avec celles des autres pays de la Méditerranée orientale.
Fort de toutes ces connaissances sur la diversité religieuse au Liban, vous êtes prêt à briller en société et à impressionner votre famille et vos amis !




