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La religion au Yémen : comment elle a façonné le pays que nous connaissons aujourd'hui

La religion yéménite a façonné la culture et les traditions du pays à bien des égards. Après de nombreuses croisades et guerres, le Yémen est resté fidèle à ses racines et est devenu l’un des contributeurs les plus significatifs à l’expansion de l’islam.

Mosquée Saleh au Yémen

Mais comment le Yémen a-t-il exactement contribué à la foi religieuse ?

Cet article explore les événements historiques du pays et les différents groupes religieux qui y sont présents.

La religion du Yémen et comment elle a façonné une nation

Avec une population estimée à 29 millions d’habitants, ce pays a connu son lot de bouleversements religieux. La religion yéménite la plus notable dans la région est l’islam. Elle constitue la croyance de la majorité de la population. Viennent ensuite d’autres religions telles que le christianisme, le judaïsme et l’animisme, que l’on retrouve dans les régions reculées du Yémen.

Quelle est la religion principale au Yémen ?

L’État a déclaré l’islam comme religion principale du Yémen, avec 99 % de sa population la pratiquant. En tant que source législative, la charia permet la liberté de pensée et d’expression, mais ne mentionne rien quant à la liberté de religion.

Le reste, soit environ un pour cent, comprend des Juifs, des Chrétiens et d’autres groupes religieux, dont le nombre exact ne peut être quantifié en raison de la crainte de discrimination et de persécution que les non-Musulmans subissent.

Qu’est-ce que l’islam ?

L’islam, la croyance en un Dieu unique, véritable et incomparable (Allah), compte environ 1,2 milliard de fidèles dans le monde, dont la plupart se trouvent dans la partie occidentale de l’Asie. Il est l’une des trois religions abrahamiques, aux côtés du christianisme et du judaïsme.

Les Musulmans, fidèles de l’islam, croient en la soumission totale à la volonté d’Allah. Ils croient au règne miséricordieux d’Allah et au salut qui promet une vie paisible et l’entrée au Jannah, ou le jardin du paradis, tel qu’énoncé dans le Coran.

Qu’est-ce que le Coran ?

Femme lisant le saint Coran

Tout comme la Bible l’est pour les Chrétiens, le Coran est un livre sacré pour les Musulmans.

Ils considèrent que le Coran est un recueil de récitations directes d’Allah, transmises au prophète Muhammad.

Que sont les prophètes ?

Les prophètes sont décrits comme les « élus ». Ce sont des individus exceptionnels qui font preuve d’un comportement humain idéal pour répandre la nouvelle et le message d’Allah. Le dernier et plus notable des prophètes est Muhammad.

Comment l’islam a-t-il commencé au Yémen ?

Le Yémen, pays voisin de l’Arabie Saoudite, n’est pas en reste en matière d’islam, possédant une riche histoire liée à cette religion.

Selon Sheikh Jaffer Ladak, érudit islamique et auteur de « A blessed land », une multitude de prophètes antiques seraient originaires du Yémen. C’est pourquoi, dans la perspective du Coran, le Yémen est désigné comme une terre pure et bénie.

Le peuple yéménite était une tribu si accueillante et hospitalière que le prophète Muhammad lui-même a déclaré qu’il se serait fondu parmi les gens du Yémen n’eût été sa migration vers Médine.

La grande migration vers Médine : le début de l’expansion de l’islam

La démographie de Médine est le résultat de la migration de tribus yéménites. Le roi du Yémen d’alors avait entendu qu’un dernier prophète d’Allah s’installerait dans la région de Yathrib. Pour préparer cet événement, il envoya deux groupes de personnes du Yémen pour s’établir à Yathrib.

Quels étaient les deux groupes envoyés à Yathrib ?

Ils étaient connus sous le nom de tribus des Aws et des Khazraj. Les deux groupes étaient souvent en conflit. Comme les querelles entre ces deux tribues menaient fréquemment à des affrontements, le prophète Muhammad fut envoyé pour résoudre leur différend, et ainsi Muhammad et ses fidèles migrèrent de La Mecque à Médine.

Cet événement, selon le Coran, est appelé l’Hégire et marque le début du calendrier islamique. Il signale le début de l’expansion de l’islam.

Les grandes branches de l’islam au Yémen

L’islam, comme toute autre religion, possède ses branches, ses fidèles et ses doctrines pour les guider. Au Yémen, les Musulmans se divisent en deux courants islamiques : les Sunnites et les Chiites. Les Chiites se subdivisent davantage entre les Zaïdites et les Chiites duodécimains, bien que ces derniers soient davantage prédominants en Iran, en Irak et au Liban.

Les Sunnites

Le groupe majoritaire croit que le grand prophète Muhammad n’a pas désigné de successeur et que les fidèles en ont choisi un pour lui, Abu Bakr as-Siddiq. Par ailleurs, les Sunnites croient aux imams, ou chefs de prière.

Les Chiites

Le groupe minoritaire croit que le grand prophète Muhammad a désigné un successeur, Ali ibn Abi Talib, pour poursuivre l’enseignement qu’il leur avait transmis. Ils croient également aux Imams, chefs de prière qui sont des figures centrales et des dirigeants communautaires. Le groupe le plus notable de la branche chiite au Yémen est celui des Houthis.

En quoi ces deux branches de l’islam diffèrent-elles ?

Les Sunnites croient qu’Allah se manifestera le jour du Jugement et que l’on pourra s’approcher directement de lui.

En revanche, les Chiites estiment qu’Allah ne se manifestera pas aux humains le jour du Yawm ad-Din, le Jour du Jugement. Pour eux, l’islam est moins axé sur la relation individuelle avec Allah et davantage sur l’interprétation des imams du Coran, contrairement aux Sunnites.

Qui sont les Houthis ?

Les Zaïdites, bien qu’ils fassent partie de la branche chiite, estiment qu’il est de leur devoir religieux de combattre les dirigeants injustes. Cela remonte à l’éponyme de la secte, Zayd ibn Ali, un dirigeant vénéré pour avoir lutté contre la corruption lors de la révolte contre le califat omeyyade, au cours de laquelle il trouva la mort.

Cela va à l’encontre des doctrines sunnites et même chiites qui prônent la paix et l’unité plutôt que le désordre.

Voici une chronologie de l’émergence de ce mouvement religieux :

  • En 1978, Saleh, un Zaïdite, arrive au pouvoir au Yémen du Nord.
  • En 1990, le Yémen du Nord et le Yémen du Sud s’unifient.
  • Dans les années 1980, Saleh autorise l’Arabie Saoudite à financer des instituts salafistes dans le nord du Yémen.
  • Ces instituts pratiquent et enseignent le salafisme, une branche de l’islam sunnite dont les adeptes modernes prétendent s’inspirer des « pieux prédécesseurs ».
  • Cela n’a pas été bien accueilli par les Zaïdites originaires de ces terres. Ils se sont sentis marginalisés et ont décidé de faire renaître leur religion et leur culture.
  • C’est ainsi qu’a débuté le mouvement houthi, mené par Hussein Badreddin al-Houthi.
  • En 2003, les Houthis s’engagent politiquement.
  • Leur principe d’opposition aux dirigeants injustes s’est manifesté par leur opposition à l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis et leurs critiques à l’égard de Saleh pour sa complicité.
  • Durant cette période, certains Houthis ont manifesté à Sanaa, réclamant le changement devant les mosquées.
  • Saleh a dépêché des troupes pour arrêter leur dirigeant en raison de ces troubles.
  • Cela a provoqué le premier conflit armé entre les Houthis et l’armée yéménite, au cours duquel le dirigeant houthi a été tué.
  • Cela a exaspéré les Houthis, qui ont décidé de se rebeller, avec le frère d’Hussein al-Houthi reprenant le commandement.
  • En 2011, lors du Printemps arabe, les Houthis ont joué un rôle déterminant en exigeant la démission de Saleh.
  • En 2012, Saleh a quitté le pouvoir, mettant fin à son règne de vingt ans.
  • Malgré la destitution de Saleh, la situation au Yémen ne s’est pas améliorée et, en conséquence, la crise humanitaire au Yémen reste à ce jour non résolue.

Comment les Houthis ont-ils influencé la guerre ?

Malgré la démission forcée d’Ali Abdullah Saleh et l’arrivée au pouvoir de l’actuel président Hadi, la situation au Yémen n’a pas changé.

Voici la série d’événements au cours desquels les Houthis ont influencé la guerre au Yémen :

  • Hadi, soutenu par l’Arabie Saoudite, n’a pas réussi à stabiliser le pays.
  • Les prix du carburant ont augmenté, le taux de chômage frôait le zéro et, pire encore, les attentats d’Al-Qaïda restaient fréquents.
  • Bien que le Yémen soit un pays à dominante musulmane, il n’a pas échappé aux attentats d’Al-Qaïda.
  • Al-Qaïda est un groupe de militants sunnites convaincus que l’alliance judéo-chrétienne conspire pour détruire l’islam.
  • Divers groupes commençaient à perdre patience face à la discorde et au manque de leadership dans le pays.
  • L’un de ces groupes était celui des Houthis.
  • Les Houthis, qui croyaient en un leadership juste, ont alors formé une coalition avec Saleh.
  • Saleh, qui conservait des fidèles au sein de l’armée, a décidé de faire la guerre au gouvernement et au Conseil de coopération du Golfe.
  • Le CCG, largement influencé par l’Arabie Saoudite, avait placé Hadi au pouvoir.
  • Cela n’a pas été bien accepté par les Yéménites, qui avaient le sentiment d’un déjà-vu, avec les mêmes élites reconduites au pouvoir.
  • En 2014, les Houthis, avec l’aide de Saleh, ont pris le contrôle de Sanaa, la capitale du Yémen.
  • Cela a contraint le président à fuir vers l’Arabie Saoudite.
  • L’Arabie Saoudite, soutenue par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, a formé une coalition pour rétablir le gouvernement de Hadi.
  • Cela s’est soldé par le bombardement des camps houthistes.
  • De nombreux citoyens yéménites ont été des dommages collatéraux.

La liberté religieuse au Yémen

Selon le rapport sur la liberté religieuse internationale de 2019, la constitution déclare l’islam religion d’État, garantissant la liberté de pensée et d’expression — dans les limites de la loi. Cette formulation indique des paramètres spécifiques relevant de l’islam mais n’applique pas librement la liberté de religion, de croyance ou de conscience. La charia interdit également le prosélytisme : ceux qui se convertissent de l’islam vers d’autres confessions deviennent des apostats et sont arrêtés.

Que sont les apostats ?

Les apostats sont ceux qui renoncent à leur foi pour changer ou abandonner leur religion. Dans le cas du Yémen, il est illégal pour les Musulmans de renoncer à leur foi. La charia stipule que tous les Yéménites sont déclarés musulmans et que ceux qui ne s’y conforment pas seront poursuivis conformément à la loi islamique.

Que deviennent les apostats ?

Le code pénal indique que la dénonciation « délibérée » et « insistante » de l’islam ou la conversion de l’islam vers une autre religion constitue une apostasie — une infraction passible de la peine de mort. La loi fait preuve d’une certaine indulgence en accordant trois occasions de se repentir à ceux accusés d’apostasie, et en cas de repentir, ils sont alors graciés de la peine capitale.

Avec la constitution déclarant l’islam religion d’État, les pensées, les expressions et les actions du pays en découlent — affectant les structures familiale, éducative et gouvernementale.

Le droit familial de la charia

Femmes musulmanes au Yémen

Le droit familial interdit le mariage entre un Musulman et une personne que la loi définit comme apostat. Les femmes musulmanes ne sont pas autorisées à épouser des non-Musulmans, et les hommes musulmans ne peuvent épouser de femmes qui ne pratiquent aucune des trois religions abrahamiques. En matière de garde d’enfant, une mère qui en demande la garde ne doit pas être apostate ; pour les hommes, la foi doit être conforme à celle du père et de l’enfant à naître.

Comment la charia influence-t-elle l’éducation ?

Les établissements d’enseignement au Yémen doivent dispenser un enseignement sur l’islam et non sur toute autre religion. La loi stipule que les classes du primaire doivent inclure des connaissances sur les rituels islamiques ainsi que sur l’histoire et la culture du pays dans le contexte de la civilisation islamique.

Les écoles publiques sont tenues d’enseigner le même programme aux élèves sunnites et chiites. Toutefois, les supports pédagogiques indiquent que les écoles situées dans les zones contrôlées par les Houthis enseignent les principes zaïdites, selon le rapport de 2019.

Les Chrétiens au Yémen

Bien qu’il s’agisse d’un pays profondément marqué par l’islam, le christianisme subsiste au Yémen. Bien qu’un nombre restreint de Yéménites pratiquent le christianisme, celui-ci est toujours présent aujourd’hui. La constitution est réputée garantir la liberté religieuse à son peuple, et le gouvernement la respecte généralement, mais avec des restrictions.

Que signifie être chrétien au Yémen ?

Cela signifie concrètement que les Chrétiens peuvent pratiquer leur religion librement mais doivent se conformer à la charia, ou loi islamique. Le gouvernement du Yémen, un État islamique, interdit la conversion de l’islam vers toute autre religion.

Ainsi, les Chrétiens au Yémen sont principalement des étudiants en échange ou certains individus à Aden dont les ancêtres remontent à l’Inde ; en somme, des étrangers.

Existe-t-il des églises chrétiennes au Yémen ?

Le gouvernement exige la soumission de documents pour établir un lieu de culte non musulman. En raison de telles exigences, il n’existe actuellement aucun édifice religieux non musulman au Yémen, en particulier en raison des bombardements et de la crainte de discrimination à l’égard des Chrétiens.

Qui sont les Chrétiens du Yémen ? D’où viennent-ils ?

Puisque tous les Yéménites sont réputés être musulmans et qu’il est illégal de changer de religion au Yémen, on pourrait se demander comment des Chrétiens pourraient s’y trouver.

Il existe en réalité deux catégories au sein desquelles on peut classer les Chrétiens au Yémen :

  • Ceux qui se sont secrètement convertis au christianisme après avoir été musulmans
  • Ceux de souche chrétienne originaire qui ne sont pas originaires du Yémen.

Comme il n’existe aucun moyen de distinguer les deux groupes, la discrimination et les poursuites frappent souvent les deux catégories, engendrant la peur au sein de leurs communautés religieuses.

Comment les Chrétiens pratiquent-ils leur foi au Yémen ?

Les Chrétiens au Yémen gardent souvent leur foi secrète de crainte d’être persécutés et poursuivis. Bien que la constitution permette en principe la liberté religieuse, tous les Yéménites sont considérés comme musulmans par l’État et il leur est interdit de se convertir au christianisme.

Ils craignent d’être découverts par le gouvernement ou par les groupes militants islamiques déterminés à éradiquer ou à éliminer toute religion non islamique du territoire.

Conclusion

Mosquée de Jiblah au Yémen

Nous avons donc examiné le riche passé du Yémen et la manière dont la religion a façonné et influencé la guerre avec d’autres groupes au sein du pays.

Revenons sur les points clés concernant l’histoire des religions du Yémen :

  • Le pays est strictement et exclusivement un État islamique.
  • La charia est la loi islamique, principale législation du pays.
  • Les Yéménites ont grandement contribué à l’expansion de l’islam.
  • Les deux grandes branches de l’islam : les Sunnites et les Chiites.
  • Les Zaïdites relèvent de la branche chiite.
  • Les Houthis sont des Zaïdites qui luttent pour leurs convictions au Yémen.
  • Les Houthis continuent de combattre le gouvernement pour obtenir des changements.
  • Les Chrétiens sont présents au Yémen, mais dans la clandestinité.
  • Les groupes religieux militants sont répandus dans le pays.

En somme, cet article a couvert pratiquement tout ce que vous devez savoir sur le Yémen, sa contribution à l’islam, les groupes religieux présents et le conflit en cours dans le pays.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 26 mars 2024