Histoire du Yémen : Carrefour du commerce antique et moderne
L’histoire yéménite révèle un caractère riche et singulier qui mérite d’être pleinement reconnu. Beaucoup a été écrit sur ce beau pays, niché dans le sud-ouest de la péninsule Arabique, où l’histoire, les traditions, les coutumes et la culture ainsi que l’économie se sont forgées au croisement du commerce antique et moderne.
L’histoire du Yémen est indissociable de sa position géographique stratégique, à l’extrémité sud de la mer Rouge. Le pays est bordé au sud par le golfe d’Aden et la mer d’Arabie, et à l’ouest par la mer Rouge.
Originellement, le Yémen a également joué un rôle majeur dans les communications transnationales de la région. L’encens et la myrrhe y étaient largement commercialisés, aux côtés des épices et des parfums.
Réputé pour ses immenses ressources, le Yémen a reçu le nom d’Arabie Heureuse. Le café, par exemple, occupe de vastes plantations dans le pays et est aujourd’hui reconnu dans le monde entier pour son arôme et sa saveur uniques. Le café importé du Yémen constitue ainsi une fierté nationale et un véritable trésor.
Brève histoire du Yémen
Il est intéressant de noter que le royaume du Yémen remonte à l’époque médiévale. Le Yémen se situe dans le sud-ouest de la péninsule Arabique et constitue le point le plus proche de l’Afrique subsaharienne. L’histoire ancienne du Yémen indique qu’il a longtemps servi de principale voie de transport terrestre pour les marchands reliant l’océan Indien à la mer Méditerranée.
L’une des figures les plus célèbres du Yémen ancien est la reine de Saba, qui apparaît dans la Bible comme l’invitée du roi Salomon. Elle mit sa sagesse à l’épreuve en lui posant des questions érudites sur la science, l’histoire, les mathématiques, la géographie, l’art et la philosophie.
Il convient également de noter qu’elle se présenta accompagnée de somptueux présents — parfums, denrées alimentaires, épices et produits de son pays. Il suffit de dire que le Yémen fut le centre du commerce et de l’économie de la région durant les époques romaine et médiévale.
L’actuelle République du Yémen doit son origine à son ancien nom, Arabia Felix, c’est-à-dire l’Arabie prospère, témoin du commerce florissant qui prévalait à l’époque.
Les dirigeants du Yémen issues de plusieurs dynasties se sont succédé. Il s’agissait principalement de chefs arabes qui contrôlaient la région. Il convient de noter que l’islam s’implanta dans le pays vers 630 apr. J.-C., consécutivement à la conversion des dirigeants perses, des cheikhs et des chefs tribaux à la nouvelle religion. Depuis lors, le Yémen est gouverné en tant qu’État arabe.
Cette mutation fut suivie par l’établissement du Yémen du Nord, placé sous l’autorité d’imams — ou prêtres musulmans — issus de plusieurs dynasties. Les Zaydites, une dynastie chiite, exercèrent le pouvoir au Yémen jusqu’au XXe siècle.
Quand le Yémen a-t-il été fondé ?
L’histoire ancienne du Yémen témoigne de son rôle significatif en tant que l’une des plus anciennes civilisations du Proche-Orient. L’historiographie a établi que le Yémen, ou Arabia du Sud, fut également décrit par Ptolémée, géographe grec de l’Antiquité, qui relata la richesse et la grandeur du Yémen à cette époque.
Les chercheurs ont mis en évidence que les traces des fondations du Yémen remontent au VIIIe siècle avant notre ère et s’étendent jusqu’au VIe siècle de notre ère. Comme en témoignent les découvertes archéologiques, le commerce de produits sophistiqués tels que les épices, l’encens et la myrrhe constitue une preuve éloquente de la position économique du Yémen dans le monde antique, et ce jusqu’à l’arrivée de l’islam en 630 apr. J.-C., qui fit du Yémen une partie intégrante du monde musulman.
La naissance du Yémen du Nord
Les sources historiques révèlent que le Yémen du Nord fut contrôlé par l’Empire ottoman** à partir du XVIe siècle et jusqu’au XIXe siècle**. L’imam zaydite, issu de la branche chiite de l’islam, exerça un contrôle puissant sur le territoire.
En raison de contraintes politiques, religieuses et économiques, l’Empire ottoman fut dissous en 1918, donnant naissance à une nouvelle entité appelée le Yémen du Nord, ou République arabe du Yémen (RAY). Elle fut dirigée par l’imam Yahya, qui bénéficiait du soutien total de la population de la région septentrionale.
La politique ne fut toutefois pas toujours stable, car le pouvoir de Yahya fit face à une opposition clandestine à la fin des années 1930. Cette opposition s’épanouit pleinement au milieu des années 1940 et aboutit à l’assassinat de Yahya lors d’un coup de palais, perpétré par ceux qui rejetaient son régime féodal.
Après l’assassinat de Yahya, son fils Ahmad (Ahmad bin Yahya Hamidaddin) lui succéda au pouvoir, mais son règne prit fin avec sa mort en septembre 1962. Malheureusement, l’administration de l’imam Ahmad fut entachée par un contrôle oppressif et des purges sanglantes.
Il convient de noter que le Yémen du Nord avait été intégré à la fédération de l’Égypte et de la Syrie au sein des États arabes unis de 1958 à 1961. Le fils de l’imam Ahmad, nommé Badr, accéda au pouvoir après la mort de ce dernier. Ironiquement, ce dirigeant ne resta au pouvoir qu’une seule semaine, renversé par un groupe d’officiers de l’armée mené par le colonel Abdallah al-Sallal, qui créa formellement la région du Yémen du Nord.
À l’instar de tout État politique, l’administration du colonel Abdallah al-Sallal ne fut pas exempte d’une forte opposition. Dès leur prise de pouvoir, ils constituèrent le Conseil de commandement révolutionnaire de huit membres, placé sous la direction du colonel Sallal.
Le Yémen avant la guerre
Le Yémen fut durement éprouvé par la désobéissance civile. La guerre civile constitua un problème majeur pour le pays, car certains opposants politiques du dirigeant déclenchèrent un conflit armé entre les forces royalistes et les forces républicaines.
L’Arabie Saoudite et la Jordanie apportèrent leur soutien aux troupes royalistes face à la nouvelle administration. Les républicains, quant à eux, furent soutenus par des troupes égyptiennes. Après âprement lutté pour le pouvoir politique, les dirigeants des deux camps parvinrent finalement à la paix suite à la reconnaissance de la RAY par l’Arabie Saoudite en 1970.
La formation du Yémen du Sud
Le Yémen du Sud, ou République démocratique populaire du Yémen, fut au pouvoir de 1967 à 1990. C’était un pays socialiste reconnu comme un État du Moyen-Orient, plus précisément dans les provinces méridionales et orientales du Yémen actuel.
Historiquement, il convient de souligner que les origines du Yémen du Sud remontent à 1874, avec la création de la colonie britannique d’Aden et du protectorat d’Aden. Ce territoire fut reconnu comme une province de l’Inde britannique en 1937.
Par la suite, la fédération d’Arabie du Sud et le protectorat d’Arabie du Sud fusionnèrent pour établir la République populaire du Yémen du Sud. Cette appellation fut ultérieurement modifiée en République démocratique populaire du Yémen du Sud, un gouvernement socialiste fondé sur l’idéologie marxiste-léniniste. Le Yémen fut soutenu par Cuba, l’Allemagne de l’Est et l’Union soviétique en tant que seul État communiste de la région arabe.
Avec le déclenchement de la guerre civile en 1986, le communisme s’effondra au Yémen du Sud. Ce fut une ère tragique pour les dirigeants communistes qui subirent un revers majeur dans leur pouvoir politique. Afin de réagir rapidement, le Yémen du Sud fut unifié avec la République arabe du Yémen, c’est-à-dire le Yémen du Nord, le 22 mai 1990. Cette union constitua la première étape décisive dans la formation de l’actuelle République du Yémen.
La colonisation du Yémen débuta avec l’influence britannique, qui s’étendit à travers les régions méridionales et orientales du pays. Les Britanniques prirent le contrôle du port d’Aden en 1839, et le territoire fut rattaché à l’Inde britannique jusqu’en 1937. À cette date, Aden devint une possession de la Couronne britannique.
En 1965, les États tribaux adjacents à Aden furent constitués en la Fédération d’Arabie du Sud, parrainée par les Britanniques. Deux groupes rivaux émergèrent alors et luttèrent pour le pouvoir : le Front national de libération (FNL) d’obédience marxiste et le Front de libération du Yémen du Sud occupé (FLOSY).
Ce jeu politique fut dominé par le FNL en 1967. Le FNL contrôlait la majeure partie des régions à cette époque, mais la fédération prit finalement fin à l’été 1967. Cela entraîna le retrait des dernières troupes britanniques le 29 novembre 1967.
Le lendemain, 30 novembre 1967, la République populaire du Yémen, comprenant Aden et l’Arabie du Sud, était officiellement proclamée. Pour consacrer ce grand changement politique, le Yémen adopta son nom officiel le 1er décembre 1970 : la République démocratique populaire du Yémen (RDPY) était née.
L’unification du Yémen du Nord et du Sud
Des conflits ouverts ternirent la réputation des deux Yémen en 1972. L’Arabie Saoudite soutenait la RAY, tandis que la Russie fournissait des armes à la RDPY. Un cessez-le-feu fut décrété afin de forger un Yémen uni, mais les deux pays demeurèrent en conflit. L’agitation politique et militaire mit la région à rude épreuve, aboutissant à l’assassinat du président de la RAY en juin 1978.
Face à cette situation chaotique, l’Assemblée populaire constituante élut le lieutenant-colonel Ali Abdallah Salih à la présidence de la RAY.
Peu de choses changèrent dans le pays après l’élection de Salih. De fait, les combats reprirent début 1979. Après quelques mois, les dirigeants des deux pays signèrent de manière inattendue un accord au Koweït, par lequel ils s’engageaient à procéder à l’unification.
Par ailleurs, Abdul Fattah Ismail, chef de l’État désigné de la RDPY, démissionna et s’exila volontairement en décembre 1978. Il fut remplacé par Ali Nasir Muhammad, ancien Premier ministre.
Cependant, Ismail annonça son retour d’exil après quelques années. En janvier 1986, Ismail revint pour reprendre un poste éminent au sein du Parti socialiste yéménite. Les partisans des deux camps s’affrontèrent violemment, ce qui conduisit à la destitution de Muhammad et à la mort d’Ismail.
La violence ne cessa pas au Yémen après la mort d’Ismail. Une élection générale fut organisée en juillet 1988, au cours de laquelle le président Salih remporta un troisième mandat de cinq ans.
Le Yémen prospéra pendant une décennie, et un pays plus mature émergea. En mai 1988, la RAY et la RDPY convinrent d’un cessez-le-feu. Elles retirèrent leurs troupes de leur frontière mutuelle afin de créer une zone démilitarisée. Cette mesure permit aux citoyens de traverser plus facilement la frontière.
D’autres progrès furent réalisés jusqu’à ce que les deux parties s’accordent sur l’élaboration d’une constitution unitaire en mai 1991. Celle-ci fut finalement approuvée par la population lors d’un référendum. Pour sceller le gouvernement nouvellement né du Yémen, le président Salih fut élu président de la République du Yémen.
Tourmente politique et guerre civile
La naissance d’un Yémen unifié était un rêve pour le peuple, mais la promesse d’une vie stable ne répondit pas aux attentes du monde. L’instabilité politique et économique continua de frapper la nation en 1992. L’aggravation de problèmes tels que l’insécurité et les mauvaises conditions économiques inquiéta grandement la population, entraînant des troubles civils marqués par des émeutes, la désobéissance civile et la pauvreté.
En 1993, le CGP et le PSY, les deux anciens partis au pouvoir, émergèrent pour former un parti politique unique au sein de la nouvelle Chambre des représentants.
Bien que le vice-président al-Baydh se soit volontairement exilé à Aden, la tourmente politique fut difficile à apaiser. Pire encore, elle engendra une agitation politique encore plus profonde.
En conséquence, la sécurité nationale elle-même fut menacée en raison des vastes troubles publics. Ce chaos politique déboucha sur une guerre civile si profondément enracinée que même les efforts internationaux échouèrent à la résoudre.
Malheureusement, la nouvelle République manquait de reconnaissance internationale en raison de ses fondations fragiles et de sa faible volonté politique. Le président Salih utilisa sa puissance militaire pour mettre fin à la désobéissance civile le 7 juillet 1994.
Conclusion
Situé à l’extrémité sud-ouest de la péninsule Arabique, le Yémen se distingue par sa position stratégique en tant que voie de transport majeure de l’océan Indien vers la péninsule Arabique. Son accès au monde peut même s’étendre jusqu’à la mer Méditerranée. La naissance du Yémen remonte à l’époque médiévale, époque à laquelle le pays était réputé pour le commerce de l’encens, de la myrrhe et des épices dans le monde antique.
Dirigé par plusieurs dynasties politiques, le Yémen est apparu comme un pays divisé, habité par des Arabes, des Afro-Arabes, des Sud-Asiatiques et des Européens. Le Yémen du Nord et le Yémen du Sud furent constamment en conflit jusqu’à la naissance d’une nouvelle république appelée la République du Yémen.
Harcelé par des émeutes incessantes, des bouleversements politiques et un chaos économique perpétuel, le Yémen a appris à survivre. L’État moderne a traversé les épreuves du temps, et son peuple fait preuve d’un courage inébranlable pour défendre ses droits et sa souveraineté.
Après avoir âprement lutté pour la démocratie, le Yémen contemporain se révèle comme une nation façonnée par les tourmentes. C’est une terre où les guerres peuvent éclater soudainement, mais où le peuple trouve toujours la force de renaître des ruines.


