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Liban — Histoire du Levant : De la Phénicie à nos jours

Pour bien comprendre l’histoire du Liban, il convient d’abord de connaître sa situation géographique.

Carte du Liban

Le Liban est l’un des États membres du Levant, une région géographique du Moyen-Orient qui englobe plusieurs territoires historiques de la Jordanie, de la Syrie, du Liban, de la Palestine et d’Israël.

Le Liban antique figure parmi les sites les plus anciennement découverts et étudiés présentant des technologies préhistoriques du Paléolithique supérieur, avec des preuves d’une occupation humaine remontant à plus de 45 000 ans, fondées sur des datations au carbone et sur des outils et ornements mis au jour.

Le célèbre squelette complet d’Homo sapiens d’un jeune homme moderne d’environ huit ans, surnommé « Egbert », y fut découvert. Le squelette est aujourd’hui conservé au Musée national de Beyrouth.

Outre Egbert, plusieurs autres découvertes préhistoriques ont été faites dans la région, notamment un maxillaire néandertalien et le fascinant Stephanorhinus, un genre éteint de rhinocéros à deux cornes ayant vraisemblablement vécu du Pliocène au Pléistocène supérieur.

L’histoire du Liban peut être décrite comme une longue route sinueuse, jalonnée de progrès constants, d’ascensions vers le pouvoir, d’obstacles et, en tant que pays directement affecté par la Première comme par la Seconde Guerre mondiale, de pages sanglantes.

Cependant, les historiens ont expliqué que ces étapes formatrices et ces développements régionaux sont constitutifs du pays tel qu’il se présente aujourd’hui — un État membre de la région du Levant, riche sur le plan culturel.

Histoire du Liban

L’histoire libanaise s’étend sur une chronologie considérable, remontant au IIe millénaire av. J.-C., ce qui en fait la culture préhistorique documentée la plus ancienne. La culture de Qaraoun a établi la civilisation antique durant la période cananéenne, à une époque où la région était encore peuplée par des populations antiques. Les Cananéens du Nord sont mentionnés dans la Bible, ainsi que dans d’autres documents sémitiques qui mettent en lumière cette période spécifique.

Le plus ancien alphabet connu de vingt-quatre lettres aurait été créé par les Cananéens. Il s’agit d’une version abrégée des alphabets antérieurs, tels que l’ougaritique et le proto-sinaïtique, tous deux composés de trente lettres. À partir de l’alphabet cananéen, plusieurs alphabets se sont développés, dont l’alphabet phénicien, qui a engendré des alphabets frères pour le moabite, l’araméen et l’hébreu. Cet ensemble standardisé de symboles graphiques a exercé une influence directe sur l’ensemble de la région méditerranéenne.

L’importance géographique du Liban en tant que plaine côtière en a fait le site le plus favorable pour de nombreuses cités marchandes côtières que les Grecs appelaient Phénicie — une civilisation antique de langue sémitique originaire de la région du Levant et dont l’expansion s’étendait jusqu’à la péninsule Ibérique.

Les Phéniciens connurent un succès considérable jusqu’en 200 av. J.-C., mais à l’instar de toute civilisation antique, un déclin fut observé en raison de divers conflits interrégionaux et territoriaux, notamment les relations tendues avec les empires néo-babylonien et néo-assyrien, du IXe au VIe siècle av. J.-C.

La perte progressive de pouvoir entraîna la détérioration de la civilisation phénicienne, aboutissant à la perte pure et simple de ses cités-États sur la côte libanaise au profit de la Perse achéménide, sous la direction de Cyrus le Grand, en 539 av. J.-C.

Malgré leur emprise de plus en plus fragile sur l’hégémonie, plusieurs établissements indépendants demeurèrent résilients pendant plusieurs années encore. Parmi eux figure Carthage. Entre 350 et 345 av. J.-C. environ, la rébellion de Sidon, sous la direction de Tennes, fut écrasée par Artaxerxès III.

Alexandre le Grand attaqua ce qui était alors considéré comme la cité phénicienne la plus importante, Tyr, environ deux siècles après le début de la domination perse. C’est Alexandre le Grand qui conquit le territoire correspondant à l’actuel Liban, ainsi que les régions environnantes, en 332 av. J.-C. À sa mort, la région passa sous le contrôle de l’Empire séleucide.

Au Ier siècle, le christianisme fut introduit depuis la région voisine de Galilée. À cette époque, la majeure partie de la région s’étendant vers l’Anatolie était considérée comme l’un des principaux centres du christianisme, et ce jusqu’au IVe siècle, lorsque le christianisme fut intégré à l’Empire byzantin chrétien.

Le christianisme constitue l’un des aspects majeurs de la formation religieuse dans l’histoire libanaise, les régions du Mont-Liban et des plaines côtières avoisinantes ayant été incluses dans le Diocèse d’Orient, lequel fut ultérieurement divisé en Phoenice Paralia et Phoenice Libanensis. Ces divisions étaient si vastes que leurs frontières couvraient la majeure partie de la Syrie actuelle.

Un ermite du nom de Maron établit une tradition monastique près du Mont-Liban entre les IVe et Ve siècles, fondée sur l’ascétisme et le monothéisme.

Les moines qui adhérèrent à ses principes diffusèrent ses enseignements parmi les Chrétiens libanais autochtones, ainsi qu’auprès des païens des régions côtières et montagneuses du Liban. Ils devinrent par la suite ce que l’on nomme les Maronites, qui se replièrent vers les montagnes pour échapper aux conflits religieux et aux persécutions romaines.

À ce stade de l’histoire du Liban, de multiples guerres perso-romaines éclatèrent et durèrent plusieurs siècles, et les Perses sassanides prirent le contrôle de ce que l’on reconnaît aujourd’hui comme la région du Liban moderne, de 619 à 629. C’est à partir de cette époque que les frontières modernes commencèrent à se dessiner clairement, menant à la création du Liban.

Au VIIe siècle apr. J.-C., après la mort de Mahomet, les Arabes musulmans conquirent victorieusement la Syrie et établirent un nouveau régime. Cet événement capital marca le remplacement des Romains par les Arabes musulmans. Bien que la langue arabe et l’islam fussent les caractéristiques dominantes de ce régime, il fallut néanmoins un certain temps pour convertir la population chrétienne établie, ainsi que la langue syriaque alors en usage.

La communauté maronite, grâce à son réseau bien isolé et solidement établi, maintint un degré significatif d’autonomie et de fidélité confessionnelle même après les multiples successions de pouvoir au Liban et en Syrie.

La foi druze est un courant religieux issu de l’islam au XIe siècle. Elle rallia un nombre considérable d’adeptes dans le Sud du Liban. Il s’agit là d’un chapitre clivant de l’histoire du Liban, les Druzes et les Maronites s’étant partagé le pays jusqu’à l’ère moderne.

Les Croisés, l’ère mamelouke et la domination ottomane

Au XIe siècle, le Liban connut une forme de rédemption et de rétorsion. Alors que l’Anatolie chrétienne tombait aux mains des Turcs musulmans, les Romains de Constantinople sollicitèrent l’appui et l’assistance du pape à Rome. C’est ainsi que naquirent les croisades, une série de guerres initiées par des Chrétiens latins, principalement d’origine française.

L’un des effets les plus durables et les plus largement reconnus des croisades est la communication établie entre les Maronites et les Croisés. Alors que d’autres communautés chrétiennes prêtaient allégeance à Constantinople, les Maronites jurèrent allégeance au pape à Rome. Ce lien étroit résista à l’épreuve du temps, même après la chute des États croisés des années plus tard.

Le XIIIe siècle vit le rétablissement du contrôle musulman sur le pays, sous la juridiction des sultans mamelouks d’Égypte. Le territoire fut âprement disputé entre les souverains musulmans jusqu’à ce qu’une autorité établie sur l’expansive région méditerranéenne fût conférée à l’Empire ottoman turc.

Le contrôle ottoman fut incontesté. Cependant, la côte libanaise consolida son statut de destination commerciale importante pour plusieurs républiques maritimes, dont Gênes et Venise, à cette époque.

Tandis que les régions côtières étaient placées sous supervision ottomane, les régions montagneuses devinrent le refuge des groupes minoritaires ou de ceux persécutés par l’empire en place. Parmi eux figuraient les Maronites et les Druzes. Les régions montagneuses étaient considérées comme des entités autonomes du Liban durant la domination ottomane.

Domination ottomane, dynasties et modernité

Vue extérieure de la mosquée Mohammad Al-Amin à Beyrouth, Liban

Le XIIIe siècle vit la formation d’un empire colossal par les Turcs ottomans. L’empire englobait les régions d’Afrique du Nord, des Balkans et du Moyen-Orient. Selim Ier fut le sultan ottoman qui mena l’empire à la victoire contre les Perses et les Mamelouks.

Tout au long de cette ère, des entités voisines vinrent au Liban pour y établir des colonies et des comptoirs. Parmi celles-ci figurent les Maan et les Shihab, ainsi que les régnes d’Al-Saghir et d’El-Assaad vers la fin du XVIIIe siècle.

Vers le Liban moderne et la Première Guerre mondiale

Après des tractations tumultueuses de pouvoir, des querelles territoriales et des conflits entre dynasties, le Liban connut un tournant plutôt pacifique au XIXe siècle.

Ce fut à cette époque que les communautés maronite, druze et musulmane se consacrèrent au développement culturel et économique, ce qui mena à la fondation de l’Université américaine de Beyrouth, ainsi qu’à l’essor d’activités politiques et littéraires fondées sur les tentatives d’émancipation de l’Empire ottoman.

Cependant, ce ne fut qu’un bref moment de paix et de progrès, car dans la seconde moitié du XIXe siècle, une insurrection fomentée par les Druzes éclata. Néanmoins, comparée aux précédents épisodes de violence, celle-ci fut considérée comme une révolte moins sanglante et de courte durée.

L’histoire libanaise connut rarement des moments de sérénité, tout particulièrement lorsque le pays traversa la Grande Famine du Liban, qui dura trois ans, de 1915 à 1918. Près de la moitié de la population libanaise de l’époque périt, représentant environ 200 000 vies perdues. Cette catastrophe résulta des conflits engendrés par un blocus des approvisionnements alimentaires et des complications liées à la Première Guerre mondiale.

Mandat de la Société des Nations

La Société des Nations décida que les cinq provinces existantes du Liban seraient placées sous le contrôle direct de la France. Cependant, la démographie libanaise fut profondément altérée en raison des différences interconfessionnelles.

À cette époque, le Liban était à prédominance musulmane ou druze, les autres fractions de la population étant composées de Chrétiens libanais et de Maronites, ainsi que de musulmans sunnites et chiites. Plusieurs de ces groupes étaient numériquement significatifs ; aussi, des différences irréconciliables étaient-elles depuis longtemps installées.

Selon le recensement de 1932, le ratio de sièges parlementaires était de six pour cinq entre Chrétiens et Musulmans. La constitution en vigueur accordait un droit de veto présidentiel afin de garantir que ce ratio de 6:5 ne soit pas modifié, même en cas de changements dans la répartition de la population à l’avenir. En 1960, on estimait que les Musulmans constituaient la majeure partie de la population, ce qui suscita de nombreux épisodes de troubles en raison du système politique alors en place.

L’indépendance libanaise et la République du Liban

Lorsque le régime de Vichy prit le pouvoir sur le territoire français en 1940, pendant la Seconde Guerre mondiale, le haut-commissaire nommé au Liban fut Henri Ferdinand Dentz.

En 1943, des élections furent organisées dans le pays et un nouveau gouvernement libanais abolit le mandat le 8 novembre de cette même année. Si le nouveau gouvernement fut un succès considérable et recueillit le soutien de la population locale pour constituer la République du Liban, les Français emprisonnèrent les responsables du nouveau gouvernement.

Cependant, sous la pression internationale, les responsables gouvernementaux furent libérés le 22 novembre 1943 et le Liban obtint son indépendance. À cette époque, Emile Ibrahim Edde exerça une présidence éphémère de douze jours à la tête du Liban, du 11 au 22 novembre 1943. La région libanaise demeura sous le contrôle des Alliés jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, puis les dernières troupes françaises présentes dans le pays se retirèrent en 1946.

La République du Liban connut un vent de progrès dans les années 1960, période durant laquelle une prospérité économique et une paix considérables furent atteintes. Le Liban s’établit comme le bastion de la puissance économique parmi les États arabes du golfe Persique, ce qui valut au pays d’être reconnu comme l’une des économies à la croissance la plus rapide de l’époque.

Cependant, cet élan fut brutalement stoppé lorsque la plus grande banque du pays et l’institution considérée comme son pilier financier — l’Intra Bank de Yousef Beidas — s’effondra en 1966.

La guerre civile libanaise

De 1975 à 1990, la guerre civile libanaise déchira le pays. Il s’agit de l’événement formatif le plus récent du pays, entraînant la mort d’environ 120 000 personnes et le déplacement de jusqu’à 76 000 citoyens libanais selon les données de 2012. La guerre civile libanaise fut un conflit multidimensionnel et multilatéral entre sectes et entités politiques, engendrant un affrontement prolongé entre citoyens et acteurs internationaux.

Une lueur d’espoir pour la fin de la guerre civile émergea à travers l’Accord de Taëf de 1989, qui ouvrit la voie à la Ligue arabe pour identifier des solutions visant à résoudre les conflits. En 1991, le parlement adopta une loi d’amnistie qui acquitta tous les crimes politiques commis avant son promulgation.

Vers mai 1991, la quasi-totalité des milices furent dissoutes, à l’exception du Hezbollah, et les Forces armées libanaises entamèrent un processus de rétablissement en tant qu’unique institution non confessionnelle du Liban. Malheureusement, les tensions religieuses entre musulmans chiites et sunnites demeurèrent même après la résolution de la guerre civile.

Guerres ultérieures et conséquences

Même à l’époque moderne, l’histoire libanaise reste marquée par les conflits. Au XXIe siècle, le Liban a encore subi une série de guerres et de conflits politiques, depuis la Révolution du Cèdre et la guerre du Liban de 2006 jusqu’aux répercussions de la guerre syrienne en 2007, dues à la proximité du Liban avec la Syrie. Les événements les plus récents incluent l’Intifada de la Dignité, ou les protestations libanaises de 2011, fortement influencées par le printemps arabe de 2011.

Le Liban aujourd’hui

Beyrouth, Liban, de nos jours

Le Liban a parcouru un long chemin depuis ses racines antiques, et comme on peut le constater, le pays semble ne jamais pouvoir souffler. Parfois, être un pays géographiquement avantagé comporte une part considérable de risques et de conflits potentiels, non seulement entre citoyens, mais aussi avec d’autres acteurs extérieurs.

Aujourd’hui, le Liban est l’une des destinations touristiques les plus prisées de la région du Levant et du Moyen-Orient. Le tourisme constitue également une part essentielle de l’économie libanaise, laquelle connaît actuellement une croissance lente mais régulière et une certaine stabilité. Après vous avoir fait partager la riche histoire du Liban, vous saurez désormais apprécier sa résilience.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 19 mars 2024