Andromaque (Euripide)
Andromaque est une tragédie du dramaturge grec ancien Euripide, représentée pour la première fois entre environ 428 et 424 av. J.-C. Elle met en scène le destin d’Andromaque, épouse du héros troyen défunt Hector, durant sa vie après la fin de la guerre de Troie, en tant qu’esclave et concubine du fils d’Achille, Néoptolème.
(Tragédie, grecque, c. 426 av. J.-C., 1 288 vers)
Résumé
Personnages
- ANDROMAQUE
- SERVANTE D’ANDROMAQUE
- CHŒUR DE FEMMES DE PHTHIE
- HERMIONE, fille de Ménélas et épouse de Néoptolème
- MÉNÉLAS, roi de Sparte
- MOLOSSOS, fils d’Andromaque et de Néoptolème
- PÉLÉE, père d’Achille
- NOURRICE D’HERMIONE
- ORESTE, fils d’Agamemnon
- MESSAGER
- THÉTIS, la déesse, épouse de Pélée
Pour situer le contexte de la pièce, Andromaque était l’épouse du héros troyen Hector, qui fut tué par Achille au cours de la guerre de Troie. À la fin du conflit, leur jeune enfant Astyanax fut précipité du haut des remparts de Troie par les Grecs, craignant qu’il ne grandisse et ne venge son père et sa cité, et Andromaque fut réduite en esclavage au profit du fils d’Achille, Néoptolème (comme le raconte Euripide dans « Les Troyennes »).
Par la suite, Andromaque donna un enfant à Néoptolème, Molossos, mais Néoptolème épousa ensuite Hermione, fille du roi spartiate Ménélas et d’Hélène, laquelle devint extrêmement jalouse de la relation entre Andromaque et Néoptolème. Craignant pour sa vie et celle de son fils (qui représente l’unique héritier du trône d’Épire), Andromaque a caché l’enfant et s’est réfugiée dans le temple de Thétis.
Au début de la pièce, Andromaque se tient auprès de l’autel de Thétis dans la maison de Néoptolème et de son grand-père Pélée, déplorant d’avoir dû éloigner son enfant et le mauvais traitement qu’Hermione lui fait subir pour avoir porté l’enfant de Néoptolème, alors même qu’elle n’éprouve aucun désir pour Néoptolème et souhaiterait seulement qu’on la laisse en paix.
Pendant l’absence de Néoptolème, parti consulter l’oracle de Delphes, le père d’Hermione, Ménélas, arrive et prétend avoir capturé son fils. Andromaque se résigne à son pouvoir et se laisse entraîner hors de la protection du saint autel. Ménélas menace alors la mère et l’enfant de mort, et ils ne sont sauvés qu’à la dernière minute par le vieux Pélée, qui la défend et délivre Andromaque de la mort comme de la servitude.
Après l’échec du plan de Ménélas, Hermione a un soudain changement de cœur et tente de se suicider, bien que ses serviteurs la sauvent de la mort. Hermione vit désormais dans la crainte de la colère de Néoptolème, qui la tiendrait pour responsable de la tentative de meurtre contre Andromaque et Molossos. Lorsque son cousin Oreste arrive en visite dans la maison de Néoptolème, Hermione le supplie de l’emmener avec lui. Oreste (à qui Hermione avait été promise en mariage quelques années plus tôt) y consent, et Hermione est conduite hors des lieux par son parent.
La nouvelle parvient bientôt à la maison que Néoptolème a été tué par les habitants de Delphes, selon un complot ourdi par Oreste et Apollon. La démi-déesse Thétis, mère d’Achille et grand-mère de Néoptolème, intervient en tant que deus ex machina et ordonne que Néoptolème soit enterré à Delphes ; elle commande en outre qu’Andromaque et son fils recouvrent leur liberté et qu’Andromaque épouse Helenos, le frère d’Hector.
Le vieux Pélée est profondément affligé par la nouvelle de la mort de Néoptolème, mais il est réconforté par son épouse divine, Thétis, qui lui promet la divinité et les retrouvailles avec leur fils, Achille. Molossos, l’enfant de Néoptolème et d’Andromaque, deviendra quant à lui l’ancêtre d’une lignée de rois dans la région d’Épire, au nord-ouest de la Grèce.
Analyse
La pièce présente une structure tripartite quelque peu déroutante, cherchant à suivre simultanément le sort d’Andromaque et de son fils, celui d’Hermione, et celui de Pélée (tout en introduisant la figure d’Oreste presque en guise de brève apparition vers la fin), ce qui a nui à sa réception critique au fil du temps. L’absence d’un personnage central a déconcerté de nombreux érudits en quête d’unité dramatique aristotélicienne, bien que d’autres y aient vu une marque d’originalité et d’expérimentation chez Euripide. On a également observé qu’après un début captivant, la plupart des personnages initiaux disparaissent et l’intérêt s’émousse quelque peu, tandis que le dénouement paraît un peu convenu et artificiel.
La pièce n’en est pas moins riche en rebondissements inattendus. Ainsi, c’est l’étrangère Andromaque qui fait preuve de dignité, tandis que les Grecs Hermione et Ménélas agissent avec une impiété meurtrière. On trouve dans la pièce une certaine dose de diatribes misogynes, comme dans beaucoup d’œuvres de l’époque, mais il est intéressant de noter qu’ici, elles émanent principalement d’une femme, Hermione (et même Andromaque qualifie les femmes de fléau pour l’humanité).
Le caractère odieux que le poète prête au roi spartiate Ménélas a été interprété comme l’écho du sentiment anti-spartiate qui régnait à Athènes au moment de la composition de la pièce, durant les premières années de la guerre du Péloponnèse entre les deux cités-États. Ménélas y est dépeint comme un tyran arrogant, et sa fille Hermione comme avide, lubrique et meurtrière. Pélée comme Andromaque maudissent Sparte à plusieurs reprises au cours de la pièce.
La tragédie de la guerre est évoquée — nous la percevons à travers les yeux d’Andromaque, unie au meurtrier de son époux bien-aimé et de son père, et à travers ceux de Pélée, qui a perdu son fils unique, Achille — et les conséquences du conflit sur les vainqueurs comme sur les vaincus constituent assurément un thème majeur de la pièce. Mais Euripide choisit sagement comme sujet la guerre de Troie, relativement sûre et lointaine, plutôt que tout événement plus proche du cœur de son public athénien.
Un autre thème central est la condition et la nature des femmes, explorées à travers le conflit entre les figures contrastées d’Andromaque et d’Hermione. Andromaque prétend être une épouse plus légitime pour Néoptolème que l’Hermione stérile, et soutient qu’une épouse conserve l’affection de son mari par la vertu plutôt que par la richesse et la beauté.
Ressources
- Traduction anglaise par E. P. Coleridge (Internet Classics Archive) : http://classics.mit.edu/Euripides/andromache.html
- Texte grec avec traduction mot à mot (Perseus Project) : Perseus Digital Library



