Thetis: Iliad's Mama Bear
Lorsqu’on aborde Thétis, les lecteurs de l’Iliade ont tendance à se focaliser sur son rôle de mère d’Achille.
Mais Thétis joue-elle un rôle plus vaste dans l’épopée de la guerre de Troie ?
Quels rôles a-t-elle joué et quelle influence a-t-elle exercé sur l’évolution d’un conflit qui devait anéantir la cité tout entière de Troie ?
Comme la plupart des femmes de la mythologie grecque, Thétis n’est souvent considérée que pour son rôle maternel. Le seul lien notable qu’elle semble entretenir avec la guerre de Troie réside dans le fait que l’histoire du jugement de Pâris trouve son origine lors de ses noces.
Éris lança sa pomme au milieu de l’assemblée des déesses lors du mariage de Thétis, déclenchant la querelle entre les trois déesses, qui devait finalement conduire au déclenchement de la guerre.
En tant que mère d’Achille, elle agit également comme sa championne et son intercesseur auprès des dieux, y compris Zeus, et fait tout ce qui est en son pouvoir pour le protéger. De son côté, Achille semble déterminé à se soustraire aux efforts de sa mère pour le préserver.
Il a été averti qu’un devin a prédit que sa participation à la guerre de Troie signifierait une vie brève, mais couronnée de gloire. S’il s’y soustrait, il obtiendra une existence plus longue, bien que paisible. Il semble tout simplement incapable d’accepter les sages conseils de sa mère.
Le rôle de Thétis semblerait se réduire à celui de figure maternelle. Cependant, Thétis est bien plus qu’une simple nymphe qui se trouve avoir donné naissance à un fils héroïque. Elle sauva autrefois Zeus d’une rébellion, fait auquel Achille lui-même fait allusion au début de l’Iliade :
« Toi seule, entre tous les dieux, tu sauvas Zeus, l’Obscurcisseur des Cieux, d’un destin peu glorieux, lorsque certains autres Olympiens – Héra, Poséidon, et Pallas Athéna – avaient ourdi de le charger de chaînes… Toi, déesse, tu vins et le sauvas de cette indignité. Tu convoquas aussitôt sur le haut Olympe le monstre aux cent bras que les dieux nomment Briarée, mais les mortels Égéon, un géant plus puissant encore que son père. Il s’accroupit auprès du Fils de Cronos avec une telle exhibition de force que les dieux bienheureux se défilèrent, terrorisés, laissant Zeus libre. »
– Iliade
Le rôle de Thétis, semble-t-il, s’inscrit profondément dans les affaires tant des dieux que des hommes. Son intervention constitue un effort désespéré pour sauver son fils. Un devin a prédit qu’il mourra jeune après s’être couvert de gloire s’il entre dans la guerre de Troie. Malgré les meilleurs efforts de Thétis, Achille est condamné à mourir jeune.
Qui est Thétis dans l’Iliade ?
Bien qu’une grande partie de l’étude consacrée à Thétis dans l’Iliade porte sur ses rapports avec Achille, son histoire personnelle n’est pas celle d’une divinité mineure. En tant que nymphe, Thétis compte cinquante sœurs.
Les récits divergent sur la manière dont elle en vint à épouser Pélée, un simple roi mortel. Selon l’un d’eux, deux divinités amoureuses, Zeus et Poséidon, la poursuivirent. Cependant, les dieux furent dissuadés de leurs desseins matrimoniaux ou conjugaux lorsqu’un devin révéla qu’elle donnerait naissance à un fils qui « surpasserait son père ».
Zeus, qui avait renversé son propre père pour régner sur l’Olympe, n’avait nul désir d’engendrer un enfant plus grand que lui. Poséidon, son frère, partageait vraisemblablement la même appréhension.
Une autre version affirme que Thétis repoussa les avances de Zeus par simple respect pour l’union conjugale qu’il entretenait déjà avec Héra. Dans un accès de colère, Zeus décréta qu’elle n’épouserait jamais un dieu et la condamna à prendre pour époux un mortel. Thétis finit par épouser Pélée, et ensemble ils donnèrent naissance à son fils bien-aimé, Achille.
Bien que les rapports entre Thétis et Zeus fussent complexes, son refus de ses avances ne signifiait nullement qu’elle était dénuée de sentiments pour le dieu.
Chef des cinquante Néréides, Thétis était considérée comme une déesse mineure à part entière. La plupart des dieux et déesses faisaient preuve d’une loyauté douteuse et d’une morale encore plus relâchée. Non pas Thétis. La déesse Héra et Pallas Athéna, ainsi que le dieu Poséidon, s’étaient soulevés pour renverser Zeus, mais Thétis vola à son secours, appelant Briarée, l’une des races de géants nées de la Terre elle-même, pour le défendre.
Tout au long de l’Iliade, Thétis manifeste une même fébrilité pour défendre Achille. Elle semble disposée à faire presque n’importe quoi pour protéger son enfant. Dès sa petite enfance, elle chercha à lui accorder l’immortalité que lui refusait son ascendance humaine.
Elle le nourrit d’ambroisie, la nourriture des dieux, et le déposait chaque nuit dans le feu pour consumer sa mortalité. Lorsque cela s’avéra inefficace, elle emporta le petit Achille vers le fleuve Styx et le plongea dans ses eaux, l’imprégnant d’immortalité.
Comment Thétis tente-t-elle de sauver Achille ?
Thétis essaie plusieurs moyens pour défendre son unique enfant. Elle tente d’abord de le rendre immortel, puis de l’éloigner de la guerre de Troie. Lorsque ces tentatives échouent, elle lui offre une armure unique forgée par le forgeron des dieux, conçue pour le protéger au combat.
Comme toute mère, la mère d’Achille fera tout ce qui est en son pouvoir pour protéger son enfant. La naissance d’Achille constitue un événement majeur dans la vie de Thétis. Zeus la concéda au mortel Pélée et conseilla à ce dernier de lui tendre une embuscade sur le rivage et de ne pas la relâcher tandis qu’elle se métamorphosait. Il finit par la maîtriser, et elle consentit à épouser le mortel.
En Thétis, la mythologie grecque touche aux termes désignant la création, thesis, et la nourrice, tethe. Thétis incarne l’influence maternelle sur Achille. En tant que fils de Thétis, il est protégé par sa nature divine, mais avec ses comportements impulsifs et ses choix, même sa mère immortelle ne peut le défendre éternellement. Puisqu’Achille est son unique enfant, elle est désespérée de le protéger, mais ses efforts restent vains.
Les interventions de Thétis commencent très tôt. Avant le début de la guerre, elle l’envoie à la cour de Lycomède, sur l’île de Skyros, pour le dissimuler et empêcher son engagement dans le conflit. Ulysse, le guerrier grec, cependant, ne se laisse pas tromper par son déguisement et astucieusement pousse Achille à se trahir.
Lorsque cette ruse échoue, Thétis se rend auprès d’Héphaïstos et le charge de forger une armure divine pour Achille, destinée à le protéger dans les combats. Cette armure sera plus tard la cause de sa perte, car son utilisation confère à Patrocle un sentiment de confiance excessive qui le mène à sa propre perte.
Lorsque Patrocle est tué, Thétis se rend auprès de son fils et le réconforte, le suppliant de fuir la guerre et d’accepter son destin en vivant une vie paisible mais longue. Achille refuse, lui déclarant qu’Hector a tué Patrocle et qu’il ne connaîtra de repos qu’Hector ne mourra de sa lame. Son orgueil, son deuil et sa colère l’animent, et rien de ce que sa mère pourra dire ne changera ses desseins. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour défendre Achille, mais au bout du compte, même l’amour d’une mère ne peut protéger un homme de ses propres choix.
L’intervention de Thétis et le retour d’Hector
Lorsque Patrocle est tué par le prince troyen Hector, Achille jure de se venger. Il sort de son camp, revêtu de l’armure de remplacement que Thétis lui a fait forger, et taille en pièces les Troyens. Telle est la fureur et la force d’Achille au combat qu’il irrite un dieu fleuve local en obstruant les eaux des cadavres des Troyens massacrés.
Achille finit par affronter le dieu fleuve lui-même, le repoussant et poursuivant sa vendetta. Après avoir rejeté Hector aux portes de la ville, il le pourchasse trois fois autour de l’enceinte avant qu’Hector ne se retourne pour lui faire face. Achille, avec quelque assistance divine, tue Hector.
Achille a obtenu la vengeance qu’il cherchait sur le prince troyen pour la mort de Patrocle, mais cette victoire ne le satisfait pas. Furieux, accablé de chagrin, sa soif de vengeance inassouvie, il saisit le corps d’Hector et le traîne derrière son char. Il continue de mutiler le corps d’Hector pendant dix jours, le traînant autour de la ville et refusant de le rendre aux Troyens pour des funérailles dignes de ce nom.
Indignés par le mépris d’Achille pour les rites funéraires coutumiers et les lois de la mort et du respect dû à ses ennemis, les dieux exigèrent que Thétis s’entretienne avec son fils égaré.
S’efforçant de protéger Achille des conséquences de son propre comportement, elle se rend auprès de lui et le convainc de restituer le corps. Un autre des dieux conduit Priam, le roi de Troie, dans le camp grec pour récupérer la dépouille. Achille rencontre Priam et, pour la première fois, semble prendre conscience de sa propre mortalité prédite. Le chagrin du roi lui rappelle que son père, Pélée, le pleurera un jour lorsqu’il tombera, comme le veut le destin. Malgré tous les efforts de Thétis, Achille est promis à une vie brève couverte de gloire, plutôt qu’à une longue et paisible existence.
Tout au long de l’Iliade, les efforts de Thétis convergent vers un seul objectif : la défense de son fils. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour le protéger. Cependant, l’arrogance, l’orgueil et le désir de s’illustrer d’Achille sont plus puissants que ses efforts.
Dès son départ de Skyros avec Ulysse, il agit de manière impulsive. Sa querelle avec Agamemnon fut la cause indirecte de l’engagement de Patrocle contre les Troyens et de sa mort sous les coups d’Hector. Son traitement indigne du corps d’Hector suscite la colère des dieux.
Encore et encore, Achille brave les efforts de sa mère dans sa quête de gloire. Son histoire est l’ultime récit d’émancipation : il rejette la protection et les conseils d’une mère aimante pour tracer sa propre voie dans le monde.


