Helen: Iliad Instigator or Unjust Victim?
Hélène de Sparte est souvent accusée d’être la cause de la guerre de Troie. Mais cette guerre était-elle véritablement de son fait, ou Hélène n’était-elle qu’un pion entre les mains des dieux, une victime impuissante ? À quel moment la beauté d’Hélène a-t-elle servi d’excuse au comportement de ceux qui l’entouraient ?
Le phénomène de culpabilisation des victimes nous est familier à l’époque moderne. Les femmes victimes d’agressions sont interrogées sur leurs habitudes personnelles, leurs choix vestimentaires, et sur leur éventuelle consommation d’alcool ou d’autres substances. Peu d’attention est portée aux auteurs des violences. Il en va de même dans les discussions sur l’Iliade. La beauté d’Hélène est même désignée par l’expression « le visage qui lança mille navires ».
Le rôle d’Hélène dans l’Iliade semble assez passif. Elle est enlevée à plusieurs reprises, disputée, puis finalement rendue à son mari et à son foyer. À aucun moment elle n’agit en son nom propre ni ne manifeste la moindre volonté propre. Homère ne daigne pas mentionner ses sentiments dans aucune de ces situations. Elle apparaît comme un personnage sans émotion, se tenant passivement tandis que dieux et hommes décident de son destin. Même les autres figures féminines du récit semblent ne la considérer que comme un pion et la tenir pour responsable des événements. La déesse Aphrodite l’offre comme « prix » à Pâris, fils du roi Priam, lors d’un concours, et Œnone, la nymphe qui fut la première épouse de Pâris, reproche à Hélène l’infidélité de son mari. Hélène est vouée dès le départ à n’être rien de plus qu’un pion dans sa propre histoire.
Les origines d’une demi-déesse
La naissance même d’Hélène repose sur l’exploitation d’une femme par un dieu. Zeus, connu pour ses conquêtes, convoitait la mortelle Léda. Celle-ci ayant repoussé ses premières avances, il eut recours à un stratagème pour s’approcher d’elle. Il prit la forme d’un cygne et feignit d’être attaqué par un aigle. Lorsque le cygne chercha refuge dans les bras de Léda, il reprit (vraisemblablement) sa forme masculine et tira avantage de la situation. Léda y consentit-elle ? La question fait l’objet de débats et n’est jamais élucidée dans la mythologie.
Que la rencontre ait été consentie ou non, Léda se retrouve enceinte. À la suite de cette union, elle mit au monde deux œufs, preuve de la parenté divine des enfants. Zeus faisait peut-être preuve d’humour en faisant pondre des œufs à la mortelle plutôt que de lui faire accoucher de façon ordinaire. Il affirma assurément sa paternité en manifestant ainsi sa propre fécondité. Du premier œuf éclos la belle Hélène et son frère Pollux. Du second naquirent les mortels Clytemnestre et Castor. Les deux frères devinrent les Dioscures, protecteurs divins des marins, tandis qu’Hélène et Clytemnestre allaient devenir des figures annexes de l’histoire de la guerre de Troie. Hélène deviendrait l’objet de toutes les convoitises, la cause présumée du conflit, tandis que Clytemnestre épouserait son beau-frère Agamemnon, qui menerait les forces grecques contre Troie dans leur sanglante tentative de ramener Hélène au bercail.
Dès l’enfance, Hélène fut convoitée par les hommes. Le héros Thésée l’enleva et l’emmena à Athènes, dans l’intention d’en faire sa future épouse une fois parvenue à maturité. Il confia l’enfant à sa mère et partit en quête d’aventures, attendant vraisemblablement qu’elle fût assez mûre pour la réclamer comme épouse. Ses frères la récupérèrent et la ramenèrent à Sparte, où elle fut gardée jusqu’à l’âge d’être courtisée comme il se doit.
En raison de sa grande beauté et de son statut de fille de roi, Hélène ne manquait pas de prétendants. Son beau-père, Tyndare, avait bien du mal à choisir entre les nombreux rois et guerriers puissants qui venaient demander sa main. Préférer un roi ou un guerrier aux autres pouvait être perçu comme un affront envers ceux qui n’étaient pas retenus. Tyndare se trouvait face à un dilemme. Quel que soit le prétendant choisi pour sa belle-fille, les autres en éprouveraient jalousie et colère. Il risquait une guerre potentielle entre les éconduits. Le choix d’un époux pouvait déstabiliser Sparte pour la glorieuse Hélène.
Conseillé par Ulysse, homme réputé pour sa ruse, Tyndare trouva une solution. Si les prétendants ne pouvaient tous posséder Hélène, ils pouvaient tous s’engager à la défendre. Afin de prévenir tout affrontement consécutif au mariage d’Hélène, Tyndare imposa une condition aux prétendants. Celui qui ne serait pas vaincu dans la compétition pour sa main prêterait serment de défendre son mariage et de protéger son futur époux. Chaque prétendant fut contraint de prêter ce serment, les empêchant de se retourner contre l’heureux élu. Ce stratagème fut appelé le Serment de Tyndare. Le serment empêcha les prétendants de s’affronter entre eux et assura que la belle reine de Sparte et son époux vivraient en paix.
Finalement, un roi, Ménélas, fut choisi. Le couple se maria et, selon la plupart des récits, vécut assez heureusement jusqu’à l’enlèvement d’Hélène par Pâris.
Quel était l’aspect d’Hélène de Troie ?
Il n’existe aucun témoignage authentique sur l’apparence d’Hélène. Elle est décrite comme « la plus belle femme du monde », mais l’interprétation de cette description est laissée à l’imagination du lecteur. Les historiens savent que l’Hélène blonde aux yeux bleus est vraisemblablement une création de l’imagination moderne. Les Grecs et les Spartiates de l’époque possédaient un patrimoine génétique d’origine africaine. Ils étaient réputés grands et sveltes, mais devaient probablement avoir la peau foncée et des cheveux épais et noirs. Les yeux verts étaient inhabituels mais possibles. L’étendue des teints de peau chez les populations de l’époque fait l’objet de débats, mais il est peu probable que la femme à la peau de porcelaine et aux cheveux blonds soit une représentation fidèle de « la plus belle femme du monde ». Hélène, comme d’autres figures antiques, avait peu de chances de ressembler au stéréotype nordique qu’on lui prête souvent.
Malgré la réalité probable de la composition génétique des Spartiates, de nombreuses peintures d’Hélène, et certainement les interprétations occidentales ultérieures, la représentent comme une jeune fille aux pommettes hautes, svelte, avec de longs cheveux blonds ondulant et bouclant sur ses épaules. Ses lèvres sont minces et rose tendre, ses yeux de nuances variées — bleu profond, vert ou brun. Elle est toujours représentée vêtue de riches robes fluides qui épousent avec séduction des courbes, là encore, improbables chez les Spartiates grandes et sveltes.
Homère et les autres historiens de l’Antiquité ne donnent aucune description physique d’Hélène. Et pour cause ? Hélène, comme bien des femmes dans la mythologie grecque antique, n’est pas une femme réelle. Elle est une figure de proue, un objet de désir, volé, manipulé, évalué, vénéré et maltraité. Elle semble n’avoir que peu ou pas de volonté propre, mais plutôt se laisser porter au gré des vagues de la volonté du conteur et des autres personnages du récit. De l’utilisation de sa mère par Zeus à son enlèvement par Thésée, puis à son enlèvement par Pâris, Hélène est un objet de convoitise plutôt qu’un personnage doué de pensée ou de voix.
Même Œnone, la nymphe qui fut la première épouse de Pâris, reproche à Hélène l’attention qu’elle suscite, s’exclamant :
Celle qui est si souvent enlevée doit bien s’offrir elle-même à l’enlèvement ! (Ovide, Héroïdes V.132)
Femme blessée, Œnone tient Hélène pour responsable de l’infidélité et de l’inconstance de son mari, passant entièrement sous silence les propres choix de Pâris en la matière. Lorsque Pâris fut désigné pour juger les déesses lors d’un concours de beauté divin où Aphrodite, Héra et Athéna lui offrirent chacune un pot-de-vin. Héra lui offrit des terres et le pouvoir. Athéna, la valeur au combat et la sagesse des plus grands guerriers. Aphrodite lui offrit la main d’une belle femme — celle d’Hélène. Pâris choisit Aphrodite, qui remporta le concours.
Lorsqu’il découvrit qu’Hélène était déjà mariée, cela ne le ralentit pas un instant. Il s’introduisit dans le château sur invitation, puis bafoua toutes les traditions sacrées de l’hospitalité. Son enlèvement d’Hélène ne constituait pas seulement un crime capital contre la famille royale, il était aussi foncièrement inconvenant. Les récits divergent sur le point de savoir s’il séduisit Hélène ou s’il l’emmena de force. Dans les deux cas, le résultat fut identique. Ménélas invoqua le Serment de Tyndare, et la guerre de Troie commença.
Que devint Hélène de Troie après la guerre ?
Pâris, bien entendu, était promis à une fin funeste lors de la guerre de Troie. Bien que celle-ci opposât principalement son frère aîné Hector à Agamemnon, le beau-frère d’Hélène, Pâris réussit deux mises à mort personnelles. Toutes deux furent accomplies à l’arc et aux flèches plutôt qu’au corps à corps. Pâris lui-même succomba sous les coups de Philoctète, l’un des guerriers grecs.
Il avait toutefois réussi à abattre Achille d’une flèche empoisonnée. Le trait frappa Achille au talon, le seul endroit où le héros fût vulnérable. Ironiquement, Pâris périt de l’arme même qu’il affectionnait. Philoctète avait hérité de l’arc et des flèches du grand guerrier Héraclès. Lui ou son père avait rendu à Héraclès le service d’allumer son bûcher funéraire quand nul autre n’était présent pour s’en charger. Héraclès, en reconnaissance, lui avait fait don de cet arc magique. C’est avec cette arme que le héros abattit Pâris.
Certaines versions du récit nous apprennent qu’Hélène, affligée et peut-être craignant la vengeance de Ménélas lors de sa récupération, se rendit elle-même au mont Ida pour supplier Œnone de guérir Pâris. Dans un mouvement de colère, Œnone refusa. On raconte qu’après la mort de Pâris, la nymphe vint à ses funérailles et, consumée par le remords et le chagrin, se jeta dans le feu, mourant aux côtés de son infidèle époux.
Quoi qu’il advînt d’Œnone, Hélène fut donnée au frère suivant de Pâris, Déiphobe. Lorsqu’elle en eut l’occasion, elle le trahit au profit de Ménélas. Lorsque l’armée grecque s’empara de Troie, Hélène retourna auprès de son époux spartiate, Ménélas. Qu’elle ait jamais aimé Pâris ou non, il était mort, et son mari était venu la rechercher. Une fois encore, elle fut soustraite à son ravisseur et ramenée chez elle, où elle vécut ses jours auprès de son premier époux.
Comment Hélène déclencha-t-elle la guerre de Troie ?
Qu’Hélène ait été complice de son propre enlèvement ou non, c’est le stratagème de son beau-père pour prévenir un conflit qui déclencha la guerre. Si Tyndare n’avait jamais extorqué son célèbre serment aux prétendants, l’enlèvement aurait vraisemblablement donné lieu à une simple mission de sauvetage. Même en tant que prince de Troie, Pâris aurait eu peu de chances de conserver son butin, avec les Dioscures, frères d’Hélène, prêts à la soustraire des griffes de tout mortel assez imprudent pour tenter de l’enlever.
En raison de l’extraordinaire beauté d’Hélène et de la crainte de Tyndare que la jalousie des prétendants ne rendît la vie difficile à son nouveau gendre, il avait exigé le serment. Le Serment de Tyndare, que tous les prétendants avaient été contraints de prêter, fut la véritable cause de la guerre. En vertu du serment, invoqué par le mari bafoué d’Hélène, les forces du monde antique furent convoquées pour fondre sur Troie et récupérer le butin dérobé.
Dans l’hypothèse peu probable où Hélène aurait effectivement été séduite par Pâris — qui était, après tout, un homme beau et astucieux — la responsabilité reste difficile à lui imputer. Elle avait été donnée en mariage par son père à un époux qu’elle avait peut-être choisi elle-même, ou peut-être pas. Dès sa naissance, elle fut un objet de luxe, ballottée entre hommes jaloux et avides de pouvoir. Le désir propre d’Hélène n’est pas jugé assez important pour mériter une mention dans l’Iliade ; nous ignorons donc si elle fut complice du déclenchement de la guerre ou simple pion. Qu’elle ait voulu fuir à Troie avec Pâris ou non, elle n’eut pas son mot à dire. Nul ne demanda à Hélène ce qu’elle pensait ou désirait.
Les suites : Hélène dans l’Odyssée
À la suite des événements de l’Iliade, Hélène est, selon tous les récits, ramenée à Sparte auprès du roi Ménélas. Pâris est mort, et plus rien ne la retient à Troie, même si la ville n’avait pas été vaincue et entièrement détruite. Elle n’a plus rien à attendre du passé et regagne Sparte pour y vivre le reste de ses jours comme épouse de Ménélas, ainsi que son beau-père l’avait d’abord voulu. On la suppose satisfaite de retrouver sa patrie.
Pendant qu’Ulysse accomplit son épopée de retour depuis Troie, semant aventures et chaos sur sa route, son fils demeure dans sa patrie d’Ithaque, dans l’attente de son retour. Télémaque, le fils d’Ulysse, n’était qu’un nourrisson lorsque son père partit pour la guerre de Troie.
Ulysse n’avait pas quitté les siens de bon gré. Lorsque le Serment fut invoqué, il tenta d’échapper à la guerre en feignant la folie. Pour prouver son incompétence, il attela un bœuf et un âne à sa charrue et se mit à ensemencer ses champs de sel. Palamède, l’un des hommes d’Agamemnon, fut envoyé pour conduire Ulysse à la guerre. Pour démasquer la supercherie, Palamède plaça le petit Télémaque devant la charrue. Ulysse fut contraint de détourner l’attelage pour ne pas écraser son fils, et sa tentative de simuler la folie échoua.
Plusieurs prétendants furent pareillement entraînés dans la guerre malgré eux. La mère d’Achille, Thétis, redoutait l’accomplissement d’un oracle. La prophétie annonçait qu’Achille vivrait soit une longue existence sans éclat, soit qu’il acquerrait une gloire immense et mourrait jeune. Dans un effort désespéré de protéger son fils, Thétis l’avait déguisé en femme et l’avait caché parmi les jeunes filles de Skyros. Ulysse perça le secret du jeune homme. Il étala plusieurs trésors et armes. Tandis que les jeunes filles, Achille déguisé compris, examinaient les trésors, Ulysse fit retentir un cor de guerre. Instinctivement, Achille empoigna une arme, prêt au combat, se trahissant ainsi comme guerrier.
Ulysse était réputé pour sa ruse et son éloquence. Télémaque devrait peut-être être connu pour sa détermination et sa résolution. Ulysse avait disparu de son foyer d’Ithaque depuis vingt ans. La guerre de Troie était terminée, et pourtant il n’était toujours pas rentré. Les quatre premiers chants de l’Odyssée retracent les aventures de Télémaque à la recherche de son père.
Alors qu’Ulysse était encore retenu captif sur l’île d’Ogygie, détenu par la nymphe Calypso pendant sept ans, son fils le cherchait. Les dieux ayant décidé qu’Ulysse devait rentrer, Athéna intervint. Elle prit l’apparence de Mentor, roi des Taphiens. Sous cette apparence, elle se rendit à Ithaque et conseilla à Télémaque de tenir tête aux prétendants qui harcelaient Pénélope, l’épouse d’Ulysse. Il devait ensuite se rendre à Pylos et à Sparte pour recueillir des informations sur son père.
Télémaque tenta, sans succès, de chasser les prétendants avant de se rendre à Pylos. Là, Télémaque et Athéna, toujours déguisée en Mentor, furent reçus par Nestor. Celui-ci envoya son propre fils accompagner Télémaque à Sparte. Arrivé à Sparte, Télémaque rencontra Hélène, reine de Sparte, et son époux, Ménélas. Ménélas est reconnaissant envers Ulysse de l’avoir aidé à récupérer son épouse, et il accueille donc chaleureusement le jeune homme. Hélène et Ménélas viennent en aide à Télémaque, lui racontant la prophétie de Protée, révélant ainsi la captivité d’Ulysse à Ogygie.
À ce stade, Homère a épuisé l’utilité du personnage d’Hélène. La mythologie grecque relate le retour de Télémaque chez lui et sa découverte de son père.
Le retour du guerrier
Ulysse revint à Ithaque avec l’aide des Phéaciens. Il est déguisé et séjourne chez le porcher Eumée. Ce dernier a caché Ulysse tandis que celui-ci prépare son retour au pouvoir. À son arrivée, Télémaque rejoint son père et l’aide à regagner le château.
En rentrant, Ulysse découvre que son épouse est assiégée par les prétendants. Pénélope a tenu ses prétendants à distance pendant dix ans, usant de divers stratagèmes pour les contenir. Elle avait d’abord prétendu qu’elle ne pourrait choisir un prétendant tant qu’elle n’aurait pas achevé une tapisserie complexe. Chaque nuit, elle défaisait son ouvrage, empêchant toute progression. Lorsque sa ruse fut découverte, elle dut terminer la tapisserie. Elle fixa ensuite aux prétendants une série de tâches quasi impossibles.
Lorsqu’Ulysse arrive, les prétendants s’essaient à l’une de ses épreuves. Le défi consiste à tendre l’arc d’Ulysse et à tirer avec précision, en lançant une flèche à travers douze haches. Ulysse non seulement réussit l’épreuve, mais il le fait avec une facilité déconcertante, surpassant largement tous les autres prétendants. Une fois sa supériorité prouvée, Ulysse se retourne et tue chaque prétendant, avec l’aide de Télémaque et de quelques serviteurs fidèles.
Même alors, Pénélope doit s’assurer que le père de Télémaque est véritablement revenu vers elle. Elle impose une dernière épreuve. Avant d’accepter de le reconnaître comme son mari, elle exige qu’Ulysse déplace leur lit nuptial de sa place dans la chambre conjugale. Ulysse refuse. Il connaît le secret du lit. L’un des pieds est en réalité un petit olivier, et le lit ne peut être déplacé sans être détruit. Il le sait car il a lui-même planté l’arbre et construit le lit en cadeau de noces pour son épouse. Convaincue, Pénélope reconnaît que son mari est revenu auprès d’elle après vingt ans d’absence, par ses propres efforts et avec l’aide de Télémaque.


