Plutus (Wealth)

Classical

(Comédie, grec, v. 388 av. J.-C., 1 207 vers)

Introduction

« Plutus » (gr. : « Ploutis »), ou « Wealth » (la Richesse), est une comédie tardive du dramaturge grec ancien Aristophane, représentée pour la première fois vers 388 av. J.-C. ou ultérieurement. Il s’agit d’une sorte d’allégorie mettant en scène un homme pauvre, Chremylos, qui se lie d’amitié avec Plutus, le dieu de la richesse frappé de cécité, et l’encourage à distribuer ses trésors à ceux qui le méritent par leur vertu.

Résumé

Personnages

  • CHREMYLOS
  • CARIO, serviteur de Chremylos
  • PLUTUS, dieu des richesses
  • BLEPSIDEMUS, ami de Chremylos
  • LA PAUVRETÉ
  • L’ÉPOUSE DE CHREMYLOS
  • UN HOMME JUSTE
  • UN SYCOPHANTE
  • UNE VIEILLE FEMME
  • UN JEUNE HOMME
  • HERMÈS
  • UN PRÊTRE DE ZEUS
  • CHŒUR DE PAYSANS
Buste en marbre d'Aristophane

Buste en marbre d'Aristophane

Chremylos, un citoyen athénien âgé et pauvre, et son esclave Cario reviennent à Athènes depuis Delphes, où Chremylos s’était rendu pour consulter l’oracle au sujet de son fils, afin de savoir s’il devait l’instruire dans l’injustice et la fourberie ainsi que dans les autres arts grâce auxquels les hommes du monde acquièrent leurs richesses.

Apollon lui enjoignit de suivre le premier homme qu’il rencontrerait en quittant le temple et de le persuader de rentrer chez lui. Le premier homme qu’il rencontre se trouve être un mendiant aveugle mais, lorsque Chremylos s’obstine à le suivre malgré tout, il découvre qu’il s’agit en réalité de Plutus, le dieu de la richesse, que Zeus a privé de la vue afin qu’il ne puisse plus distinguer les justes des injustes.

Après de longues discussions, Plutus est persuadé d’entrer dans la demeure de Chremylos. Celui-ci est convaincu que, si la vue de Plutus peut être restaurée, il y a alors un espoir que la richesse soit distribuée aux vertueux plutôt qu’au hasard, rendant ainsi le monde meilleur. En arrivant à la maison, ils rencontrent la déesse Poverty, la Pauvreté, en haillons, qui fut l’hôte de Chremylos pendant de longues années. Elle argue que sans pauvreté il n’y aurait plus d’esclaves (car chaque esclave achèterait sa liberté) ni de biens précieux ni de mets luxueux (car personne ne travaillerait si tout le monde était riche), mais Chremylos reste insensible à ses arguments.

La vue de Plutus est restaurée au temple d’Asclépios, célèbre pour les guérisons et les miracles de cette nature, et il intègre officiellement le foyer de Chremylos. Il commence à distribuer des richesses aux plus méritants (y compris à son bienfaiteur, Chremylos) et à retirer leurs biens aux hommes sans vertu, bouleversant effectivement l’ordre économique et social du monde. Comme on pouvait s’y attendre, cela suscite des commentaires pleins de rancœur et des accusations d’injustice de la part de ceux qui ont été dépouillés de leurs richesses.

Illustration de Plutus, le dieu grec de la richesse

Illustration de Plutus, le dieu grec de la richesse

À la fin, le dieu messager Hermès arrive pour informer Chremylos que les dieux sont courroucés parce qu’ils ont été privés des sacrifices et des hommages dus aux dieux olympiens traditionnels, puisque tous les hommes de bien ont reporté toute leur attention sur Plutus. Hermès, préoccupé par sa propre situation, va jusqu’à proposer de travailler pour les mortels et entre au service de Chremylos à ces conditions.

La pièce s’achève sur la proposition de Chremylos de substituer Plutus à Zeus comme roi des dieux, et ils le portent en procession solennelle jusqu’au temple pour l’installer à la place de Zeus.

Analyse

Illustration d'un masque de comédie grecque antique

Illustration d'un masque de comédie grecque antique

« Plutus » est la dernière, et la moins humoristique, des pièces conservées d’Aristophane, écrite peu avant sa mort, vers 388 av. J.-C. (ou peut-être aussi tardivement que 380 av. J.-C.). Il se peut d’ailleurs qu’elle ait été représentée pour la première fois par le fils d’Aristophane après la mort de ce dernier. Il s’agit probablement d’une révision importante d’une pièce bien antérieure datant d’environ 408 av. J.-C., ce qui explique qu’on la désigne souvent sous le nom de « Plutus II » ou « Wealth II ».

Comme beaucoup de ses pièces, c’est une satire politique de l’Athènes contemporaine, mettant en scène le maître stupide, l’esclave insubordonné et de nombreuses attaques contre les mœurs de l’époque. À l’instar de « Ecclesiazusae », elle implique également l’établissement d’une sorte de communauté utopique, cette fois-ci comme solution à l’attrait éternel qu’exercent la richesse et la prospérité, ainsi qu’au problème de la distribution inégale des biens.

Les dieux sont traités assez sévèrement dans la pièce, tout comme les artifices du clergé et de la superstition, si bien que l’on peut percevoir que l’ancienne vénération qu’on leur vouait avait disparu, même parmi les hommes prétendant à la vertu. Bien que Plutus soit proposé pour remplacer Zeus à la fin de la pièce, le prêtre de Zeus a déjà rabaissé sa divinité en la représentant comme uniquement soucieuse de ses privilèges et de ses libations.

Cependant, la pièce est souvent considérée, même par les spécialistes, comme une sorte d’après-pensée dans la carrière du poète. Par l’absence d’intérêts personnels et de satire personnelle, ainsi que par son manque d’incidents comiques marquants, elle apparaît davantage comme une allégorie fantaisiste que comme une comédie à proprement parler. Une grande part de l’ancienne amertume d’Aristophane s’est dissipée, mais il en va de même d’une grande part de sa vigueur d’antan.

Avec « Ecclesiazusae », elle est parfois considérée comme un produit du « troisième âge » du théâtre aristophanesque. Dans une Athènes vaincue et humiliée après la guerre du Péloponnèse, le rôle du poète comique avait changé de manière significative : on n’attendait plus de lui qu’il fût le conseiller franc et intrépide de la cité, le censeur des erreurs politiques, le dénonciateur des tromperies et des vices dans les hautes sphères, ni le rude satiriste de ses concitoyens pour leur propre bien. « Plutus » traite non pas de politique, mais de vie privée, et est généralement rangée dans la tradition de la Comédie Moyenne, ou du moins dans la période de transition entre l’Ancienne et la Nouvelle Comédie.

Ressources

Créé :25 octobre 2024

Modifié :23 décembre 2024