Les Cavaliers

Classical

(Comédie, grecque, 424 av. J.-C., 1 408 vers)

Introduction

« Les Cavaliers » (gr. : « Hippeis ») est une comédie du dramaturge grec ancien Aristophane. Elle remporta le premier prix aux Lénéennes lors de sa représentation en 424 av. J.-C. La pièce constitue une satire de la vie politique et sociale de l’Athènes du Ve siècle av. J.-C., se concentrant plus particulièrement sur une diatribe contre le politicien populiste belliciste, Cléon. Dans l’intrigue, un vendeur de saucisses nommé Agoracritos rivalise avec le Paphlagonien (représentant Cléon) pour obtenir l’approbation de Démos (symbolisant le corps civique athénien), triomphant finalement par une série d’épreuves et restaurant miraculeusement Démos dans sa jeunesse et sa gloire.

Cavalier grec à cheval par Euphronios, musée du Louvre

Un cavalier grec représenté sur céramique par Euphronios, illustrant la classe des Cavaliers d'Athènes

FaitInformation
AuteurAristophane
Date de représentation424 av. J.-C.
GenreAncienne Comédie
DécorAthènes, Grèce antique
Thèmes principauxSatire politique, démagogie, démocratie, corruption, guerre

Résumé — Synopsis des Cavaliers

Personnages — Dramatis Personae

  • DÉMOSTHÈNE, esclave de Démos
  • NICIAS, esclave de Démos
  • AGORACRITOS, vendeur de saucisses
  • CLÉON (en tant que le Paphlagonien)
  • DÉMOS
  • CHŒUR DES CAVALIERS

Résumé de l’intrigue

Nicias et Démosthène, deux esclaves au service du vieux Démos athénien, fuient la maison en se plaignant des coups reçus de la part de leur congénère le Paphlagonien (représentation de Cléon). Le Paphlagonien a manipulé la confiance de leur maître et s’approprie régulièrement le mérite de leur travail tout en provoquant des corrections. Après s’être abreuvés de vin, ils dérobent la collection d’oracles secrets de Cléon et y découvrent des prophéties annonçant le remplacement de Cléon par un vendeur de saucisses.

Cavaliers grecs du Groupe de Léagros, musée du Louvre

Cavaliers grecs représentés sur un vase du Groupe de Léagros, illustrant la classe équestre qui forme le Chœur dans la pièce

Comme le vendeur de saucisses Agoracritos passe par là, ils l’informent de sa prétendue destinée. Bien que d’abord sceptique, la réaction suspicieuse de Cléon confirme que quelque chose se trame. Démosthène fait appel aux Cavaliers d’Athènes pour obtenir de l’aide. Le Chœur des Cavaliers fait son entrée, confronte Cléon et l’accuse de manipuler le système politique et judiciaire à des fins personnelles.

Un concours d’injures s’engage entre Cléon et le vendeur de saucisses, chacun faisant preuve d’effronterie et d’absence de scrupules. Les Cavaliers déclarent le vendeur de saucisses vainqueur, ce qui pousse Cléon à s’éloigner furieux en menaçant de poursuites pour trahison.

Le Chœur s’adresse au public, louant l’approche méthodique de la carrière d’Aristophane et rendant hommage à la génération plus ancienne qui a fait la grandeur d’Athènes. Le passage comprend l’image de chevaux grecs participant à un assaut contre Corinthe.

Au retour du vendeur de saucisses, il rapporte avoir gagné le soutien du Conseil grâce à des offrandes somptueuses de nourriture. Cléon le met au défi de soumettre leur litige directement à Démos. Le vendeur de saucisses accuse Cléon d’indifférence face aux souffrances des gens ordinaires en temps de guerre et affirme que Cléon prolonge le conflit par crainte d’être poursuivi une fois la paix revenue. Démos se laisse convaincre par ces arguments.

La compétition s’élève en échanges de plus en plus vulgaires. Le vendeur de saucisses remporte des épreuves supplémentaires portant sur la lecture d’oracles et des démonstrations de dévouement envers Démos.

Illustration représentant une scène des Cavaliers d'Aristophane

Une illustration représentant le concours satirique entre Cléon et le vendeur de saucisses dans Les Cavaliers

Désespéré, Cléon produit son oracle, demandant si le vendeur de saucisses correspond à la description du successeur prophétique dans tous ses détails vulgaires — ce qui est bien le cas. Cléon reconnaît sa défaite et abandonne sa position.

Le Chœur raille des personnages déshonorables, notamment Ariphradès et Hyperbolos. Agoracritos annonce avoir rajeuni Démos par un traitement culinaire, le présentant restauré dans la jeunesse, vêtu à la mode de l’époque de Marathon. Deux jeunes beautés représentant les « Traités de paix » que Cléon avait tenus cachés sont présentées. Démos invite Agoracritos à un banquet d’État, et tous sortent joyeusement à l’exception du Paphlagonien/Cléon, désormais réduit à vendre des saucisses à la porte de la ville en punition.

Analyse

La pièce illustre l’approche satirique précoce d’Aristophane face à la vie sociale et politique athénienne pendant la guerre du Péloponnèse, se distinguant par son focalisation sur un seul individu : le populiste belliciste Cléon, qui avait auparavant poursuivi Aristophane pour avoir calomnié la cité.

Aristophane avait promis sa vengeance dans « Les Acharniens » (425 av. J.-C.) et la livre pleinement dans « Les Cavaliers » (424 av. J.-C.). Il est à noter qu’Aristophane eut la prudence de ne jamais prononcer le nom de Cléon dans la pièce, lui substituant l’allégorique Paphlagonien tout en rendant l’identification inconfondable.

Aucun fabricant de masques n’osa créer les traits de Cléon de peur de sa faction, si bien qu’Aristophane résolut courageusement de jouer le rôle lui-même, se contentant de peindre son propre visage. Le chœur des Cavaliers représentait la classe aisée d’Athènes, suffisamment politisée et instruite pour voir à travers la démagogie de Cléon.

Les accusations portées comprennent des interrogations sur les origines sociales, la manipulation des tribunaux à des fins personnelles, des tentatives de censure politique (y compris contre Aristophane), le détournement des audits de charges publiques et la manipulation des listes de recensement pour imposer des charges financières écrasantes aux victimes de son choix. Cléon assista très probablement à la représentation aux Lénéennes.

La pièce repose largement sur l’allégorie, bien que les critiques soulignent qu’elle n’y réussit pas entièrement. Les personnages principaux sont issus de la réalité (Cléon en tant que principal antagoniste), mais les figures allégoriques relèvent de la pure fantaisie, le Paphlagonien étant présenté comme responsable de presque tous les maux du monde. Cela engendre certaines maladresses, avec des ambiguïtés jamais entièrement résolues.

L’imagerie s’avère essentielle dans la poésie comique d’Aristophane. Le Paphlagonien/Cléon fait l’objet de descriptions extravagantes : tour à tour décrit comme un géant monstrueux, un ensorceleur ronflant, un torrent de montagne, un aigle aux serres crochues, une saumure à l’ail, un trouble-fange, un pêcheur guettant les bancs de poissons, un cochon égorgé, une abeille butinant les fleurs de la corruption, un cynocéphale, une tempête sur mer et sur terre, un géant lançant des rochers, une nourrice voleuse, un pêcheur de murènes, un pot en ébullition, un lion combattant des moustiques, un renard et un mendiant.

La gloutonnerie s’impose comme élément thématique dominant à travers l’imagerie, avec une attention exagérée portée à la nourriture et à la boisson, des jeux de mots culinaires sur certains noms, et des références au cannibalisme créant une vision plutôt cauchemardesque et nauséabonde du monde, ce qui rend la vision finale d’Athènes régénérée d’autant plus lumineuse par contraste.

Ressources

Créé :25 octobre 2024

Modifié :23 décembre 2024