Orphic Mysteries

Classical

Les Mystères orphiques auraient été fondés par le chanteur mythique Orphée (Ὀρφεύς), bien que ce culte ne soit attesté qu’à partir du VIe siècle av. J.-C. De nombreux poèmes et chants étaient attribués à Orphée, que son disciple Musée aurait apportés de Thrace en Grèce.

Le culte orphique, ou religion à mystères, tirait son nom de son fondateur supposé, le chanteur mythique de Thrace Orphée, fils du dieu Apollon (Ἀπόλλων) ou du roi thrace Œagre. Sa mère était la Muse Calliope. Orphée était célèbre tant pour sa musique que pour son chant, qui avaient le pouvoir d’enchanter les humains et les animaux, et même d’apaiser les tempêtes les plus violentes, comme le rapporte Diodore de Sicile dans sa version de l’expédition des Argonautes.

Son mariage avec Eurydice fut bref : elle mourut d’une morsure de serpent. Orphée bravă les Enfers pour ramener son épouse d’entre les morts. Bien qu’il parvînt à charmer Hadès et Perséphone par son chant et sa musique, il échoua pour avoir transgressé la condition qu’Hadès lui avait imposée.

Accablé par l’échec de sa tentative de rendre la vie à son épouse, Orphée se retira dans les montagnes de Thrace. Encore en deuil, il fut mis en pièces par un groupe de fidèles dionysiaques, les Ménades.

Plusieurs raisons expliquent sa mort en montagne, de la main des Ménades. Quelle que soit la cause, il fut déchiré en morceaux. Les Muses recueillirent les fragments de son corps et les ensevelirent sur le mont Piéra. Sa tête, qui chantait encore sa mélodie envoûtante, fut emportée par le fleuve Hèbre jusqu’à la mer et dériva jusqu’à l’île de Lesbos, où elle fut inhumée.

J’ai déjà relaté le récit d’Orphée et Eurydice dans la page des Récits d’amoureux, que vous pouvez consulter pour plus de détails.

Aussi étonnant que cela paraisse, Orphée passait pour le fondateur d’une nouvelle religion dont la divinité centrale était Dionysos (Διόνυσος). Qui plus est, selon les Orphiques, Orphée aurait été le grand prêtre de Dionysos. Dès lors, pourquoi les Ménades, disciples de Dionysos, auraient-elles assassiné le propre prêtre de leur dieu ?

Il existait d’autres cultes dionysiaques dont les adeptes se livraient à des bacchanales ivres et des orgies sexuelles. Les Mystères orphiques se distinguaient cependant nettement de ces cultes dionysiaques débridés.

Au cœur de la croyance orphique se trouvait le mythe de la Création (Théogonie), qui débutait par la naissance du premier dieu issu d’un Œuf cosmique.

Ce dieu s’appelait Protogonos (Πρωτογονυς, le Premier-né), mais il était plus communément appelé Phanès (Φανης, la Lumière). Après Protogonos/Phanès, des dieux successifs régnèrent sur l’univers depuis l’Olympe, notamment Ouranos, Nyx, Cronos et Zeus, jusqu’à Dionysos, l’enfant de Sémélé. Dionysos fut le dernier dieu à régner sur l’univers tout entier depuis l’Olympe.

Ce Dionysos était en réalité la réincarnation d’un Dionysos antérieur (parfois appelé Zagreus, Ζαγρεύς), fils de Perséphone. Zeus engendra un fils de sa propre fille, Perséphone, mais les Titans malfaisants mirent l’enfant divin en pièces et le dévorèrent (Dionysos-Zagreus).

Un élément essentiel de ce mythe cosmogonique était la renaissance du dieu, à savoir Dionysos. Dionysos (Bacchus) fut réincarné à partir de Dionysos-Zagreus, fils de Perséphone. On considérait que Dionysos-Zagreus était lui-même la réincarnation de Protogonos-Phanès.

Réincarnations de Dionysos

Il semble donc qu’Orphée subit le même sort que Dionysos-Zagreus, lorsque les Ménades déchirèrent le chanteur en morceaux.

Voir la Création orphique.

Selon l’Argonautique, Apollonios de Rhodes écrivit qu’Orphée chanta un récit différent du mythe orphique de la Création, en particulier concernant l’Œuf cosmique, Eurynome (Εὐρυνόμη) et Ophion (Ὀφίων). Apollonios ne fournit pas beaucoup de détails sur la Création (voir Eurynome et Ophion). Sa version de la Création différait notablement de la Théogonie orphique.

Lorsque Zeus anéantit les Titans de ses foudres, l’humanité surgit de leurs cendres. Puisque les Titans avaient dévoré tout le corps de Dionysos à l’exception du cœur, l’être humain possédait une nature à la fois bonne et mauvaise. Ainsi, l’âme de chaque homme avait une nature double : sa part mauvaise provenait des Titans, tandis que sa part bonne venait du dieu Dionysos.

Le culte orphique fut fortement influencé par des croyances orientales, notamment en ce qui concerne la transmigration de l’âme (réincarnation) et la notion de faute et de péché. Le but ultime des fidèles était qu’après leur mort, ils soient récompensés et accèdent à l’Élysée, ou Champs Élysées.

L’Élysée est la version gréco-romaine des Îles des Bienheureux ou du Paradis, où une personne pouvait vivre éternellement dans un lieu de félicité si elle avait mené une vie irréprochable pendant son existence terrestre, dans le monde physique.

Pour atteindre cet au-delà, un fidèle devait mener une vie austère et vertueuse impliquant le célibat, l’abstinence de la viande et du vin — exactement l’inverse des cultes dionysiaques ordinaires. Ce n’est qu’après avoir vécu trois existences vertueuses qu’une personne pouvait accéder à l’Élysée, ce qui la libérait du cycle continu des renaissances (réincarnations).

L’autre condition, la plus importante, pour accéder à l’Élysée était d’être initié aux mystères orphiques.

Pour les adeptes orphiques, le corps physique était une prison ou un tombeau pour l’âme. Celui qui menait une vie impie était châtié dans le Tartare ou en enfer pour ses péchés. Ils considéraient que le corps physique représentait la nature titanesque de l’être humain, tandis que la part dionysiaque en était l’âme. C’est la nature titanesque qui empêchait l’accès à l’Élysée.

Avant qu’une personne décédée ne puisse être réincarnée dans un nouveau corps, elle devait subir une purification spirituelle dans le monde inférieur (l’Érèbe). Tout le propos du culte orphique était de mener une vie austère et vertueuse, se libérant de sa nature mauvaise ou titanesque en traversant trois vies consécutives irréprochables, afin d’obtenir la paix éternelle dans les Champs Élysées. L’Élysée était pour les Grecs l’équivalent du paradis. Selon la croyance orphique, Perséphone était la juge ultime qui décidait si une personne pouvait entrer ou non dans l’Élysée.

Le culte orphique est attesté dès le VIe siècle av. J.-C. Il fut influencé par certaines religions orientales ainsi que par la philosophie de l’époque, notamment celle de Pythagore (v. 580-500 av. J.-C.), fondateur de l’école pythagoricienne (pythagorisme). Pythagore, à la fois philosophe et mathématicien, naquit sur l’île de Samos avant de s’établir à Crotone, dans le sud de l’Italie.

Les enseignements de la religion orphique exercèrent également une influence profonde sur d’autres écoles philosophiques, telles que le platonisme et le néoplatonisme. Platon fit de nombreuses références à l’orphisme dans ses écrits. Plusieurs auteurs néoplatoniciens ont écrit abondamment sur l’orphisme. Celui-ci semble aussi avoir exercé une influence sur le gnosticisme, par ses enseignements sur la nature double de l’être humain, l’emprisonnement de l’âme dans le corps physique et la vie après la mort.

Informations connexes

Sources

Hymnes orphiques.

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Créé :21 décembre 2002

Modifié :4 juillet 2024