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Thoutmôsis III : Le plus grand tacticien et le pharaon le plus fortuné de son époque

Thoutmôsis III fut le sixième pharaon de la XVIIIe dynastie, régnant d’environ 1479 av. J.-C. à 1425 av. J.-C., et est considéré comme le souverain au règne le plus long de l’histoire égyptienne.

Pharaon Thoutmôsis III

Il devint pharaon à l’âge de deux ans, ayant pour co-régente sa belle-mère, la reine Hatchepsout, pendant environ 22 ans.

Devenu pharaon si jeune, Thoutmôsis III est considéré comme le souverain le plus longtemps régnant de la XVIIIe dynastie, avec environ 53 ans de règne. Lisez la suite pour découvrir l’histoire de ce jeune pharaon couronné.

Qui était Thoutmôsis III ?

Le pharaon Thoutmôsis III était le fils du feu pharaon Thoutmôsis II et de sa seconde épouse, Iset. Son nom peut également s’écrire « Touthmosis » ou « Thotmès », ce qui signifie « Né du dieu Thot. » Thot était le dieu égyptien antique de la lune, de la sagesse, du calcul et de l’écriture. Quant à son nom de naissance, Menkhperre, il signifie « Éternelles sont les Manifestations de Rê. »

N’ayant pas de prince de sang pur à ses côtés, il fut immédiatement porté au trône à la mort de son père, succombant à une maladie inconnue. C’est alors que la reine Hatchepsout, « Grande Épouse Royale » du roi Thoutmôsis II, entra en scène.

Thoutmôsis III n’avait que trois ans à la mort de son père ; il passa donc ses jeunes années à étudier, à pratiquer l’athlétisme et, surtout, à s’instruire en tactique et en stratégie militaires. Il accompagna probablement certaines campagnes militaires ordonnées par sa tante et co-régente, la reine Hatchepsout, afin de parfaire ses compétences guerrières sur un véritable champ de bataille.

Durant cette période, il développa des compétences exceptionnelles en tir à l’arc, en équitation et au combat. Il consacra également du temps à l’étude de la culture et des valeurs de l’Égypte, et même au-delà de ses frontières.

De co-régent à pharaon du trône

Pendant que le jeune Thoutmôsis III passait ses jours à apprendre et à perfectionner ses aptitudes pour devenir un grand pharaon, la reine Hatchepsout, sa co-régente pendant sept ans, finit par se proclamer pharaon. Cet événement marqua les esprits, car il fallut remonter plusieurs siècles pour trouver une femme pharaon sur le trône d’Égypte. L’un des courtisans déclara : « Elle dirigeait tout le pays selon sa volonté. »

La reine Hatchepsout s’acquitta si brillamment de sa régence qu’elle fut considérée comme un pharaon puissant. Son époque est considérée comme l’une des périodes les plus prospères de l’histoire égyptienne. Plusieurs documentaires ont affirmé que Thoutmôsis III fut éclipsé par sa tante, mais il voyait cela d’un bon œil et la laissa exercer son pouvoir, ou ne l’a-t-il pas fait ?

Le début des campagnes militaires victorieuses

Après 22 ans de règne, la reine Hatchepsout mourut, et le roi Thoutmôsis III monta sur le trône pour régner seul, surpassant ce qu’avaient accompli les autres pharaons pour l’Égypte. Devenu le sixième pharaon de la XVIIIe dynastie, il entreprit immédiatement de restaurer l’autorité de l’Égypte sur les régions environnantes. Sa première campagne militaire, et la plus célèbre, fut la « bataille de Megiddo » — dans l’actuel Israël.

Le roi du Levant avait menacé le pharaon Thoutmôsis III d’envahir l’Égypte ou de se retourner contre l’empire. La réponse de Thoutmôsis III fut d’ignorer ces menaces et de déclencher plutôt un siège terrestre, en affamant les habitants pendant près de sept mois afin de les contraindre à la reddition. Ce fut le récit le plus détaillé de l’histoire d’une bataille.

Cette bataille fut documentée de manière exhaustive par son scribe militaire personnel, Thanouny, qui accompagna l’armée et consigna les événements par ordre chronologique dans un recueil d’inscriptions appelé les Annales de Thoutmôsis III. Il y enregistra également ses autres conquêtes et événements de son règne.

La tactique du Mitanni

Une autre campagne, non entièrement documentée dans les Annales, se déroula sur les ports de la côte phénicienne en Syrie, qui furent transformés en base logistique de l’Égypte. Le précieux centre commercial de Kadesh et d’autres vallées des villes environnantes furent conquis.

Pour prouver son redoutable talent de chef militaire, lors de sa huitième campagne, il lança une attaque contre l’État du Mitanni, un pays de langue hourrite doté d’une classe dirigeante indo-aryenne.

Cependant, pour atteindre le Mitanni, Thoutmôsis III et ses troupes durent traverser l’Euphrate. Cette expédition fit de lui le premier pharaon depuis son grand-père, Thoutmôsis Ier, à franchir l’Euphrate. Il commémora cette traversée en érigeant une seconde stèle à côté de celle de son grand-père, posée plusieurs décennies plus tôt.

Thoutmôsis III mena également une dernière campagne lors de sa 50e année de règne vers la Nubie. Il consigna un total de 18 campagnes et la conquête de 350 villes, sans qu’aucune défaite ne soit enregistrée.

Réalisations artistiques et monumentales

Le roi Thoutmôsis III ne perdit aucun temps pour prouver aux Égyptiens qu’il était digne du trône, malgré son statut de fils d’une seconde épouse. Bien que les progrès dans l’art du verre aient déjà été amorcés au début de la XVIIIe dynastie, ceux-ci furent perfectionnés par les artisans, qui purent ainsi créer des vases à boire en verre.

Cet artisanat antique est appelé faïence aujourd’hui. Cette forme d’art fut également développée au moyen de peintures élaborées dans les plus belles œuvres. Certains égyptologues ont avancé que le roi Thoutmôsis III avait rénové des tombes de ses prédécesseurs, les remplaçant par de nouvelles, dotées de détails plus complexes.

Constructions artistiques

Les artisans du roi Thoutmôsis III érigèrent des monuments, des bâtiments, des pylônes, des colonnes indépendantes et des obélisques que l’on peut encore admirer aujourd’hui. Il agrandit le temple d’Amon construit par le pharaon Ahmosis Ier à Karnak puis entreprit des projets au temple de Montou.

Obélisque de Thoutmôsis III

Il construisit deux obélisques somptueux que l’on peut aujourd’hui admirer debout à Rome papale et à Constantinople césaropapiste. À l’intérieur du temple d’Amon, Thoutmôsis III projeta de construire son tekhen waty, ou obélisque unique.

Malheureusement, cet obélisque ne fut pas érigé avant que Thoutmôsis IV ne monte sur le trône, 35 ans plus tard.

Il fut ensuite déplacé par le quatrième empereur romain, Constance II, via le Nil à travers la Méditerranée jusqu’à Rome, et placé devant le palais du Latran, où il se dresse encore aujourd’hui.

Il est considéré comme le plus grand obélisque égyptien au monde et est aujourd’hui appelé l’obélisque du Latran. Thoutmôsis III fut un grand bâtisseur ; il fit construire plus de 50 temples, bien que certains soient aujourd’hui perdus et ne soient mentionnés que dans des archives écrites.

Transmission de la culture

Tout en étendant son empire vers les régions environnantes, Thoutmôsis III ne manqua jamais de percevoir des tributs supplémentaires sous forme de cadeaux, de chasses aux éléphants et même de capitaux humains provenant des terres conquises. Il envoyait en Égypte les fils des souverains vaincus pour les éduquer à la cour.

Ces jeunes fils étaient instruits dans la culture égyptienne et gagnaient sa sympathie avant d’être renvoyés dans leurs pays pour devenir des rois fantoches. Il mit à son avantage l’armement des Hyksôs (les souverains envahisseurs de la Basse-Égypte, plusieurs siècles plus tôt) en apprenant à fabriquer et à utiliser leurs armes, telles que le char attelé aux chevaux et une épée appelée khopesh.

L’amour de la nature chez Thoutmôsis III

Canalisant son âme d’artiste et son amour de la nature, il encouragea les Égyptiens à aménager des jardins autour de leurs demeures. Il créa également des parcs publics, des lacs et des étangs pour le divertissement et le plaisir du peuple. Puis il aménagea son propre jardin privé dans l’arrière-cour de son palais et au temple de Karnak, y plantant toutes les espèces végétales et florales rapportées de ses campagnes militaires.

L’amour du pharaon pour la nature est représenté sur les artefacts en verre de son règne retrouvés dans le temple mortuaire de sa tombe.

La défiguration controversée de l’histoire

Revenons au règne de la reine Hatchepsout : la pharaone avait fait construire plusieurs monuments, bâtiments et temples, prouvant ainsi qu’elle pouvait être aussi puissante qu’un pharaon de sexe masculin.

La reine veilla à inscrire ce fait dans l’histoire en faisant réaliser au moins dix statues à taille humaine la représentant à genoux. Après sa mort, nombre de ses statues et monuments, y compris son célèbre temple mortuaire à Deir el-Bahari, furent retirés des lieux publics, défigurés et détruits.

Certaines théories ont avancé que Thoutmôsis III aurait pu nourrir du ressentiment envers sa tante pour s’être approprié le trône qui lui était destiné pendant deux décennies. Cette hypothèse fut réfutée, car les archives montrent que le roi Thoutmôsis III n’éradqua pas les œuvres religieuses et administratives d’Hatchepsout. Il avait même été nommé chef militaire, ce qui lui aurait permis de renverser facilement la reine Hatchepsout s’il avait conservé un ressentiment à son égard.

Néanmoins, en dehors de la suppression des monuments et statues publics d’Hatchepsout, ses images et son nom furent laissés intacts à l’intérieur de son temple mortuaire. Quelles que puissent être les raisons définitives de cet acte, Thoutmôsis III et ses successeurs reconnurent et honorèrent la reine en n’anéantissant pas toute trace de la pharaone.

Découvertes récentes

Les chercheurs modernes ont tenté d’expliquer cette effacement de l’histoire en interprétant les preuves comme un acte de damnatio memoriae (condamnation d’une personne à la suppression des comptes rendus officiels). La raison possible pour laquelle le roi Thoutmôsis III commit un tel acte aurait été d’assurer une succession fluide au sein de sa lignée, dans l’éventualité où une revendication égale, voire supérieure, au trône se présenterait.

La suppression du nom d’un pharaon n’est justifiée que s’il existe des preuves que la personne a commis des offenses graves, selon les Textes d’Exécration de l’Égypte ancienne. Or, le cas de la reine Hatchepsout ne fut pas établi comme une violation.

Une autre explication pourrait être liée à la valeur culturelle de l’Égypte elle-même. Il existait le concept dit de maât, qui signifie « harmonie et équilibre. » Ce concept désignait la tradition que les Égyptiens anciens conservateurs s’efforçaient de maintenir afin de préserver la stabilité et l’équilibre du pays.

Au fil des siècles, l’héritier légitime du trône était toujours le fils aîné ou un mâle de la famille royale. Cette tradition fut rompue lorsqu’Hatchepsout devint pharaon, ce qui pourrait également expliquer la défiguration de l’histoire d’Hatchepsout.

La famille de Thoutmôsis III

Assurer la continuité de la lignée était l’une des obligations majeures d’un pharaon. Le roi Thoutmôsis III épousa Satiah, qui lui donna son fils aîné, Amenemhat. Outre celle-ci, il eut trois épouses étrangères, nommées Menwi, Merti et Menhet, dont on découvrit qu’elles furent inhumées ensemble. Cependant, le successeur désigné de son trône, Aménhotep II, naquit de sa seconde épouse devenue Grande Épouse Royale, Merytre-Hatshepsout.

La titulaire initiale du titre de Grande Épouse Royale, Satiah, espérait la succession de son fils, mais celui-ci mourut lors de la 24e année de règne de Thoutmôsis III. La reine Satiah disparut à son tour lors de la 34e année de règne du pharaon. Cela entraîna le transfert du titre à Merytre-Hatshepsout, Aménhotep II devenant l’héritier légitime. Les enfants de Thoutmôsis III nés de Merytre-Hatshepsout comprenaient également Menkhperre, Nebetiunet, Meryetamun (C), Meryetamun (D) et Iset.

Il fit de son fils Aménhotep II son co-régent jusqu’à ce que celui-ci atteigne l’âge de 18 ans. Durant cette période, il se consacra essentiellement à la stabilisation, à la prospérité et à la paix de l’empire.

Les statues et les années de règne de Thoutmôsis III

La construction de statues à cette époque était plus avancée que celle des statues traditionnelles idéalisées des pharaons précédents. Le pharaon Thoutmôsis III fut représenté comme un homme grand et séduisant dans ses statues finement sculptées, qui étaient répandues durant le règne du roi.

Les incohérences dans les données relatives aux années de règne du pharaon font encore l’objet de débats aujourd’hui. La Basse et la Haute Chronologie d’Égypte fournissent deux dates différentes pour le début de son règne : 1479 av. J.-C. à 1425 av. J.-C. et 1504 av. J.-C. à 1450 av. J.-C.

Comment Thoutmôsis III mourut-il ?

Les chercheurs ont étudié les circonstances de la mort de Thoutmôsis III et ont conclu à une cause naturelle liée à la vieillesse. Heureusement, la durée du règne de Thoutmôsis III est connue grâce aux informations trouvées dans la tombe de son fonctionnaire de cour, Amenemheb. Celui-ci consigna la mort du pharaon lors de la 54e année de règne, le 13e jour du mois.

Momie et inhumation

Le roi Thoutmôsis III mourut en 1426 av. J.-C., et la momie de Thoutmôsis III fut la troisième à être inhumée dans la Vallée des Rois (KV34), dans la Thèbes occidentale. Elle fut découverte par Victor Loret en 1898, avec les momies des pharaons des XVIIIe, XIXe et XXIe dynasties.

Il était décrit comme un homme de petite taille, ne dépassant pas 1,60 m, au visage intact, avec un nez proéminent et un sourire figé sur le visage. Cela indique que le roi Thoutmôsis III mourut sans souffrance. Les égyptologues découvrirent également l’Amduat complet, un texte funéraire religieux du Nouvel Empire.

Certaines sources indiquèrent qu’il fut initialement inhumé à Deir el-Bahari, à côté du temple mortuaire de la reine Hatchepsout. Afin de protéger le roi Thoutmôsis III des pilleurs de tombes, il fut réinhumé dans la Vallée des Rois.

Le contexte biblique

La question de l’identité du pharaon mentionné dans le Livre de l’Exode fait longtemps l’objet de débats. Le pharaon d’Égypte décrit dans la Bible était fortuné, excellent dans les campagnes militaires et habile au maniement du char. Parmi tous les pharaons victorieux sans trace de défaite, Thoutmôsis III avait accru le trésor de l’Égypte grâce à ses campagnes, et il était réputé comme le pharaon le plus fortuné de son temps.

Thoutmôsis III et Moïse

Plusieurs sources notables ont mis en évidence le lien entre Thoutmôsis III et Moïse dans l’Exode.

Premièrement, avant qu’Aménhotep II ne devienne l’héritier légitime du trône, il avait un demi-frère nommé Amenemhet, que l’histoire indique comme mort sans cause définitive. Le contexte biblique mentionne la plaie des premiers-nés, selon laquelle le fils premier-né du pharaon jusqu’au fils premier-né d’une esclave mourraient à minuit (Exode 11, 4-9).

Deuxièmement, le Livre de l’Exode relate qu’une « fille du pharaon » retira un bébé du Nil et le nomma Moïse. Les dates chronologiques peuvent manquer de cohérence, mais la situation suggère que ce pouvait être la reine Hatchepsout dans sa jeunesse qui adopta le petit garçon et instruisit Moïse dans la culture et l’art militaire égyptiens. Ainsi, Thoutmôsis III et Moïse auraient pu se connaître avant l’exil de Moïse hors d’Égypte.

Troisièmement, ce fut Thoutmôsis III, avec son grand-père Thoutmôsis Ier, qui s’aventura au-delà du nord de la Syrie, et bien plus profondément encore vers le sud de la Nubie. Quant à la datation de l’Exode, elle se situerait au début de la moitié de la XVIIIe dynastie, alors que les Égyptiens étendaient également leur contrôle sur Canaan.

Au vu de toutes les théories et spéculations avancées, cette hypothèse ne saurait être prouvée, car chaque versant de l’histoire manque de preuves convaincantes permettant de confirmer les éléments suivants : la reine Hatchepsout comme ladite « fille du pharaon », le pharaon Thoutmôsis III comme pharaon de l’Exode, Amenemhat comme fils victime de la plaie, et la chronologie de la domination égyptienne sur la terre promise par le Dieu de Moïse.

Conclusion

Statue de Thoutmôsis III

Le règne du roi Thoutmôsis III fut l’une des époques les plus riches en événements qu’un pharaon ait pu connaître. De sa formation dès le plus jeune âge à sa prise de pouvoir sur le trône après sa tante passée de co-régente à pharaon, il mena l’Égypte à devenir l’empire le plus puissant de la XVIIIe dynastie.

Ce jeune homme d’exception parvint à conquérir près de 350 villes au cours de son règne, exploitant toutes les ressources pour faire progresser l’Égypte et engager des améliorations majeures que l’histoire de l’Égypte ancienne n’avait jamais connues.

Voici les réalisations remarquables de ses années de prospérité :

  • Le récit de bataille le plus célèbre et le plus détaillé de son règne de pharaon : la bataille de Megiddo
  • Un leadership, un athlétisme, un artisanat et des accomplissements militaires exceptionnels dès le plus jeune âge
  • L’expansion des régions environnantes et le perfectionnement de l’art du verre (vases en verre)
  • La promotion et la reconnaissance de l’importance de l’éducation, de l’art et de la musique
  • La construction et l’expansion de monuments, de temples et d’obélisques remarquablement préservés et visibles encore aujourd’hui
  • Le pharaon Thoutmôsis III vécut ses années de règne dans la quiétude, comme en témoigne sa momie.

Certains chercheurs considèrent même Thoutmôsis III comme le « Napoléon de l’Égypte », à la différence près que le pharaon Thoutmôsis III ne compta aucune défaite à son tableau. Assurément, son règne fut l’un des plus grands et des plus prospères d’Égypte.

Créé : 2 mars 2022

Modifié : 4 mars 2024