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Thoutmôsis II : Le pharaon sous-estimé de la XVIIIe dynastie d'Égypte

Thoutmôsis II n’était pas de sang royal pur, mais il devint le quatrième pharaon de la XVIIIe dynastie. La durée de son règne fait l’objet de débats parmi les spécialistes et les historiens, car il fut bref et peu remarquable comparé à ceux de son prédécesseur, Thoutmôsis Ier, et de sa successiveure, Hatchepsout.

Histoire biblique de l'Ancien Testament

Il était généralement considéré comme un souverain faible, et de nombreux archéologues estiment que c’est Hatchepsout qui exerça une influence considérable sur son règne. Poursuivez votre lecture pour découvrir comment il vécut et régna sur l’Égypte.

Qu’était Thoutmôsis II connu ?

Bien que Thoutmôsis II fût pratiquement un enfant lorsqu’il devint pharaon, il parvint à réprimer plusieurs rébellions et à maintenir l’emprise égyptienne sur l’ensemble du territoire. Malheureusement, ses contributions demeurèrent largement méconnues, car les souverains qui lui succédèrent les effacèrent des registres ou détruisirent délibérément les monuments qu’il avait érigés.

Néanmoins, les succès qu’il put accomplir et l’héritage qu’il laissa derrière lui témoignent de son règne.

Qui était Thoutmôsis II ?

Thoutmôsis II (également lu Touthmôsis II, Thutmosis II en grec latinisé, ou Djehutymes en égyptien ancien, signifiant « Thoth est né ») était le fils du roi Thoutmôsis Ier et de son épouse secondaire ou femme du harem, Moutnofret. En Égypte, il était coutumier que la lignée pharaonique fût transmise de père en fils, généralement au fils d’une reine.

Toutefois, en l’absence de fils issus d’une reine, l’héritier désigné était le fils d’une des épouses secondaires. Dans le cas de Thoutmôsis II, ses deux demi-frères issus de la reine Ahmès, à savoir Ouadjmès et Amenmès, étaient déjà décédés, si bien qu’il fut le seul habilité à devenir l’héritier de Thoutmôsis Ier.

Tête de la reine Hatchepsout

Afin de consolider sa position, il épousa habilement sa demi-sœur de sang royal, Hatchepsout. Ainsi, lorsque le roi Thoutmôsis Ier mourut en 1493 av. J.-C., son fils Thoutmôsis II fut couronné comme son successiveur. Les historiens estiment qu’Hatchepsout avait environ douze ans lorsqu’elle devint reine d’Égypte. Ensemble, ils eurent une fille nommée Néférourê.

On dit que Thoutmôsis II engendra également un fils avec une épouse secondaire, Isis. Avant sa mort, il proclama son fils comme successiveur et le nomma Thoutmôsis III.

Néanmoins, l’enfant n’ayant qu’environ deux ans à l’époque, Hatchepsout prit le pouvoir et régna pendant plus de vingt ans, devenant l’une des pharaons les plus extraordinaires d’Égypte.

Thoutmôsis III

Lorsque Thoutmôsis III accéda au pouvoir, il prononça une « damnatio memoriae », ou condamnation de la mémoire, à l’encontre d’Hatchepsout, dans l’espoir de l’éradiquer complètement de l’histoire égyptienne. Cet acte de Thoutmôsis III fut interprété par les spécialistes comme une volonté de supprimer délibérément la mémoire d’Hatchepsout afin que la lignée de succession fût exclusivement masculine, de son grand-père Thoutmôsis Ier jusqu’à lui.

Thoutmôsis II comme pharaon de l’Exode

Selon certains historiens, le roi Thoutmôsis II était le candidat le plus probable au titre de pharaon de l’Exode, car il connut un règne bref et prospère suivi d’un effondrement soudain. Cette hypothèse fut avancée par Alfred Edersheim dans son ouvrage « Bible History: Old Testament ». Thoutmôsis II n’avait pas de fils pour lui succéder (à l’exception de Thoutmôsis III, qui n’était pas non plus de sang royal pur).

Dans Exode 4:19, Dieu ordonna à Moïse de retourner en Égypte car tous les hommes qui cherchaient à le tuer étaient déjà morts. Thoutmôsis II, également désigné sous le nom de Gardiner, était considéré comme le souverain du pays à cette époque. Parmi les éléments corroborants, on avance que son corps aurait été retrouvé après sa noyade présumée dans la mer Rouge, bien qu’Exode 14:30 relate que les Israélites constatèrent que les Égyptiens étaient morts sur le rivage.

Il fut également affirmé que la momie du roi Thoutmôsis II est la seule momie de pharaon présentant des kystes, ce qui pourrait constituer la preuve d’une épidémie qui ravagea les empires hittites à cette époque. En outre, si l’on prend les chronologies bibliques au pied de la lettre, l’Exode aurait eu lieu en 1497 av. J.-C., ce qui correspond presque exactement au règne de Thoutmôsis.

Opinions divergentes

Cependant, l’identité des momies royales égyptiennes et leurs périodes de règne demeurent incertaines. Cela tient principalement aux réinhumations et au réétiquetage effectués sous la XXIe dynastie. En conséquence, les opinions divergent quant à la datation du règne de Thoutmôsis II et quant à savoir s’il fut véritablement le pharaon qui régna à l’époque de l’Exode.

La durée du règne de Thoutmôsis II en débat

Un débat existe parmi les spécialistes concernant la durée du règne de Thoutmôsis II, mais il est généralement situé entre 1493 et 1479 av. J.-C. Certains affirment qu’il régna treize ans, tandis que d’autres soutiennent que son règne n’excéda pas dix ans et se rapprocha davantage de trois à quatre ans. Cela s’explique par le peu d’informations enregistrées sur Thoutmôsis II.

Arguments en faveur d’un règne court

L’une des preuves que Thoutmôsis II n’eut qu’un règne éphémère réside dans le fait qu’Ineni, un architecte égyptien qui servit sous Thoutmôsis Ier, était déjà âgé au temps du règne de Thoutmôsis II, mais vécut assez longtemps pour servir sous Hatchepsout et Thoutmôsis III. De plus, les monuments documentés et les mémoires funéraires des officiels du Nouvel Empire fournissent peu de témoignages sur Thoutmôsis II.

Hatchepsout s’appropria la majorité de ses monuments, et son fils Thoutmôsis III inscrivit le nom de Thoutmôsis II de manière agressive sur d’autres édifices, si bien qu’il est difficile de déterminer avec certitude le nombre de monuments construits sous son règne. En l’absence de documents datés, la méthode principale pour établir la durée d’un règne royal fait pratiquement défaut.

Bien que l’on dise que ces monuments peuvent être déplacés, les scarabées sont petits et de peu d’importance, de sorte que modifier leurs noms serait impraticable et peu rentable. Par conséquent, les scarabées offrent une perception significativement plus approfondie de cette période.

Luc Gabolde, égyptologue français, publia en 1987 une étude majeure comparant le nombre total de scarabées disponibles découverts sous les règnes d’Hatchepsout, de Thoutmôsis Ier et de Thoutmôsis II.

Une étude récente a révélé que le nombre de sceaux d’Hatchepsout s’élevait à 463, celui de Thoutmôsis Ier à 241, et celui de Thoutmôsis II à 65. Selon l’analyse de Gabolde, le faible nombre de scarabées de Thoutmôsis II indique que son règne fut de courte durée.

Sur la base de ces chiffres, il estima qu’Hatchepsout régna vingt-et-un ans et neuf mois, que Thoutmôsis Ier régna onze ans, et que Thoutmôsis II ne régna que trois ans. Ce point demeure un sujet vivement débattu parmi les égyptologues.

Arguments en faveur d’un règne long

L’autobiographie d’Ineni suggère que Thoutmôsis II était encore mineur lorsqu’il devint le pharaon Thoutmôsis II. Toutefois, il y est également mentionné qu’il eut deux enfants, Néférourê et Thoutmôsis III. Cela étaye la théorie d’un règne supérieur à trois ans, car il vécut assez longtemps pour engendrer des enfants.

Un autre fait renforçant l’hypothèse d’un long règne de Thoutmôsis II est qu’Hatchepsout célébra sa fête-Sed, un jubilé commémorant trente années sur le trône, alors qu’elle n’était qu’en sa seizième année de règne.

De nombreux historiens estiment qu’elle compta les années à partir de la mort de son père, Thoutmôsis Ier. Cela laisserait alors un intervalle de treize à quatorze ans entre les règnes de Thoutmôsis Ier et d’Hatchepsout.

Selon Catherine Roehrig, conservatrice au département d’art égyptien, la tombe KV20 dans la Vallée des Rois fut la sépulture initialement attribuée au roi Thoutmôsis II. On considérait généralement qu’elle avait été commandée par Hatchepsout. Si cette hypothèse est exacte, Thoutmôsis II entreprit un projet colossal qui aurait nécessité plusieurs années d’achèvement, ce qui implique un règne long pour ce souverain.

Touthmôsis II

Les accomplissements de Thoutmôsis II

La répression des rébellions

Lors de la transition du pouvoir depuis son père, les ennemis de l’Égypte perçurent une brève période de vulnérabilité et ourdirent une grande rébellion. Les forces égyptiennes n’eurent d’autre choix que de se replier et d’utiliser le bastion érigé par le roi Thoutmôsis Ier.

Cependant, à l’instar de son prédécesseur, le roi Thoutmôsis II n’était pas homme à perdre du temps. Il envoya immédiatement des troupes vers la garnison menacée de Koush pour réprimer la rébellion et ordonna l’exécution de tous les hommes nubiens qui y avaient participé.

Par stratégie, il ordonna également de capturer l’un des fils du chef nubien et de l’amener en Égypte, de l’élever comme un citoyen égyptien, puis de le nommer plus tard gouverneur local du pharaon à Koush. Il s’agissait d’une pratique courante permettant de s’assurer que les alliés demeuraient fidèles au trône en toute circonstance. L’historien Josèphe fit référence à cette campagne sous le nom de « guerre éthiopique ».

Selon un officiel égyptien qui servit sous Ahmôsis Ier, il semble que Thoutmôsis II combattit également dans le Sinaï contre le groupe nomade des Bédouins. Bien que cette expédition fût qualifiée d’opération mineure, il existe un témoignage préservé par Kurt Sethe qui relate la campagne dans le Retjénou supérieur, ou Syrie, semblant s’être étendue jusqu’à Niya, où Thoutmôsis Ier chassait habituellement après avoir parcouru l’Euphrate. Cela pourrait indiquer que l’opération ne fut menée qu’en route vers la Syrie.

Les traces effacées

Bien que le soulèvement ait été victorieusement écrasé, il fut avancé que le roi Thoutmôsis II ne devait pas en recevoir le mérite car il était trop jeune à l’époque et que les généraux militaires de son père en étaient les véritables artisans.

Quoiqu’une petite inscription dans le temple de Dayr al-Bahri et une stèle rupestre au sud d’Assouan attestent de la façon dont Thoutmôsis II mit fin aux révoltes, peu de choses sont connues sur ses accomplissements.

Cela s’explique par l’habitude qu’avaient les pharaons égyptiens d’effacer les traces de leurs prédécesseurs. Dans le cas de Thoutmôsis II, Hatchepsout effaça son nom et le remplaça par le sien.

Néanmoins, le successiveur d’Hatchepsout, Thoutmôsis III, avait quasi éliminé toute trace d’elle en tant que roi, y compris ses représentations royales sur les temples et les monuments qu’elle avait édifiés. On présume que son intention était de combler la lacune dans la lignée masculine de succession, ne voulant pas qu’une femme fût perçue comme ayant régné sur la nation.

La construction de monuments

Les pharaons sont principalement immortalisés par les monuments qu’ils érigèrent durant leur règne, y compris ceux dont ils amorcèrent la construction sans pouvoir l’achever. Les vestiges d’un temple bâti par Thoutmôsis II ont été mis au jour sur la rive ouest de Louxor, au nord du temple de Médinet Habou.

Ce petit temple, connu sous le nom de Shespet-ankh, ou Chapelle de la Vie, fut finalement achevé par Thoutmôsis III.

Le plus grand monument attribué à son règne est la porte calcaire en forme de pylône qu’il fit construire à Karnak. Elle se dressait autrefois devant la cour du Quatrième Pylône, ainsi qu’une autre structure calcaire, qui fut ultérieurement réutilisée dans les fondations du Troisième Pylône de Karnak. La porte a depuis été reconstituée dans le musée en plein air de Karnak.

Thoutmôsis II fit également ériger un complexe festif pour les Égyptiens de l’Antiquité. Toutefois, il est dit que les briques utilisées pour le portail furent par la suite démontées par Aménophis III lors de travaux de rénovation.

Monument subsistant

Le seul monument notable de Thoutmôsis II est un ensemble de blocs subsistants créés par le pharaon à Semna, Koumma et Éléphantine. Ce monument ne fut pas achevé sous le règne de Thoutmôsis II, mais sous celui de son fils, Thoutmôsis III, ce qui indique que le règne de Thoutmôsis II fut « essentiellement éphémère ». Thoutmôsis II et Hatchepsout furent représentés ensemble et séparément sur des images à l’entrée de Karnak.

De nombreux spécialistes estiment qu’Hatchepsout fut la véritable souveraine d’Égypte tout au long du règne de Thoutmôsis II, car on la considérait comme la inspiratrice des politiques de son époux. Hatchepsout le justifiait en affirmant que Thoutmôsis Ier, leur père, souhaitait qu’ils règnent ensemble.

Comment Thoutmôsis II mourut-il ?

Le corps du roi Thoutmôsis II fut exhumé d’une cache royale de momies située à Dayr al-Bahri, au-dessus du temple mortuaire d’Hatchepsout, en 1881. Sa momie fut ouverte et examinée le 1er juillet 1886 par Gaston Maspero, égyptologue français. Selon lui, la momie de Thoutmôsis II présentait une ressemblance frappante avec celle de son père, Thoutmôsis Ier.

Le corps de Thoutmôsis II fut sévèrement endommagé par des pilleurs de tombes antiques. Ses bras étaient brisés et sectionnés. Une hache avait entaillé son abdomen et une grande partie de son torse supérieur, et ses membres avaient également été tranchés. Toutes les blessures susmentionnées furent constatées après sa mort, bien que le corps révélât des indices d’une existence éprouvante.

D’après l’examen pathologique, Thoutmôsis II mourut dans la trentaine des suites d’une maladie inconnue. L’analyse révéla également qu’il était vraisemblablement un homme de constitution fragile, émacié et amaéri, doté de peu de masse musculaire, d’une tête aux zones dégarnies, et d’une peau criblée de lésions et de cicatrices que le procédé d’embaumement ne put dissimuler. Son état cutané pourrait avoir été le signe d’une maladie infectieuse qui finit par l’emporter.

La momie de Thoutmôsis II

La momie de Thoutmôsis II porte le numéro d’inventaire CG 61066. Lors d’un événement appelé le Défilé d’Or des Pharaons, la momie de Thoutmôsis II fut transférée au Musée égyptien en avril 2021, avec les momies d’autres reines et rois. L’identité de la momie a fait l’objet de contestations, car l’étiquette de réemballage semble l’identifier comme Thoutmôsis II, bien qu’il puisse s’agir d’une modification de Thoutmôsis Ier.

Conclusion

Musée en plein air de Karnak

Thoutmôsis II, fils de Thoutmôsis Ier et père de Thoutmôsis III, fut un pharaon controversé de l’Égypte ancienne. Bien qu’il ne fût pas de sang royal pur, les circonstances jouèrent en sa faveur.

  • Thoutmôsis II épousa sa demi-sœur issue d’une mère différente, Hatchepsout, fille de la reine Ahmès, afin d’assurer sa royauté.
  • Il devint finalement le quatrième pharaon de la XVIIIe dynastie.
  • De nombreux chercheurs et historiens considéraient Thoutmôsis II comme un homme faible et fragile, facilement influençable.
  • On pensait qu’Hatchepsout conseillait Thoutmôsis II dans la gestion du royaume en tant que pharaon. Cela est apparu évident au travers des similitudes entre les politiques menées sous Thoutmôsis II et celles du règne d’Hatchepsout.
  • Thoutmôsis II désigna son fils issu d’une épouse secondaire comme successiveur et le nomma Thoutmôsis III.
  • À la mort de Thoutmôsis II, son fils n’avait reportedly que deux ans et était incapable de régner. Hatchepsout devint sa régente et s’empara du trône, devenant ainsi le cinquième pharaon.
  • Elle tenta de supprimer et de remplacer le nom de Thoutmôsis II par le sien sur plusieurs monuments.
  • En raison de cela, la durée du règne de Thoutmôsis II est devenue un sujet de nombreux débats.
  • Le seul accomplissement notable du règne de Thoutmôsis II fut la répression des rébellions en Nubie et au Levant, ainsi que la répression des soulèvements des groupes nomades connus sous le nom de Bédouins.
  • En 1886, sa momie fut mise au jour dans la cache royale de Dayr al-Bahri, où l’on estima qu’il était dans la trentaine.
  • Son corps souffrit considérablement des mains des pilleurs de tombes antiques : ses membres furent sectionnés tandis que son torse supérieur jusqu’à l’abdomen semblaient avoir été fendus à la hache.
  • La cause la plus probable de sa mort fut une maladie qui semblait avoir ravagé sa peau, lui infligeant lésions et cicatrices.
  • Il fut considéré comme le candidat le plus probable au titre de pharaon de l’Exode.

Bien que l’on sache peu de choses sur Thoutmôsis II et son règne, l’impact et l’héritage qu’il laissa derrière lui sont indéniables.

Créé : 13 janvier 2022

Modifié : 4 mars 2024