1. Accueil
  2. Récits
  3. Armée sumérienne : Le mode de vie caché révélé par les archéologues

Armée sumérienne : Le mode de vie caché révélé par les archéologues

L’armée sumérienne a contribué dans une large mesure au succès de la civilisation sumérienne, l’une des plus anciennes au monde. S’épanouissant entre 4500 et 1900 av. J.-C., les Sumériens cultivaient les terres le long des vallées des deux fleuves qui définissaient la Mésopotamie : le Tigre et l’Euphrate.

Bas-relief d'un guerrier sumérien à cheval

S’agissant d’une société essentiellement tournée vers l’agriculture, comment s’y prenaient-ils en temps de guerre ? Quelles furent les inventions qui les aidèrent ? Dans cet article, nous examinerons tout ce qu’il faut savoir sur l’armée sumérienne.

Les guerres sumériennes

À mesure que les communautés humaines se développaient, les guerres entre tribus et établissements étaient inévitables. Comme on peut le constater à l’époque actuelle, les raisons pour lesquelles un groupe s’oppose à un autre vont du trivial au fondamental. Il peut s’agir de divergences idéologiques, d’intolérance, de ressources ou de territoire. Pour les civilisations antiques, il n’en allait pas autrement.

Ce qui rendait les guerres sumériennes survenues durant cette période singulières, c’était la documentation des événements – du moins en partie. Les Sumériens comptaient parmi les premiers peuples à développer l’écriture cunéiforme. Outre les archives tenues par les scribes, certaines œuvres d’art illustrent les exploits victorieux des souverains de l’époque lors de conflits contre leurs ennemis. La Standard d’Ur et la Stèle des Vautours en sont deux exemples éloquents.

Guerres intra- et inter-sumériennes

Les guerres sumériennes survenues au cours de cette civilisation peuvent être globalement classées en deux catégories :

  • Les guerres intra-sumériennes
  • Les guerres inter-sumériennes

À mesure que le commerce et l’agriculture prospéraient sur les terres sumériennes, la puissance politique s’accrut également. Elles se développèrent en cités-États indépendantes, gouvernées par un prêtre-gouverneur qui assumait ses fonctions au nom de la divinité patronale.

Des conflits éclatèrent pour le contrôle des terres agricoles et des ressources en eau à mesure que la population explosait. Cela conduisit à des guerres entre cités-États telles qu’Umma, Ur, Nippur, Uruk, Lagash, Ebla et Hamazi, pour n’en citer que quelques-unes. Rivalité et hostilité s’installèrent tandis que ces entités politiques s’affrontaient pour la domination, de 3000 à 2500 av. J.-C.

Alors que les États rivaux se battaient entre eux pour la suprématie sur la région de Sumer, des invasions provenaient également d’autres dynasties, proches ou lointaines. Un adversaire typique fut le souverain akkadien Sargon, qui conquit plusieurs cités et les unit en un seul empire. L’Empire akkadien dura environ 200 ans. Il connut également quelques révoltes de la part des États conquis.

La structure militaire sumérienne

La structure militaire sumérienne reposait sur la Stèle des Vautours, d’après laquelle leur roi menait l’armée sumérienne. Cependant, il est difficile d’affirmer avec certitude comment ils déterminaient les grades. Un consensus laisse entendre que le roi se déplace en char accompagné de princes et d’autres nobles.

Outre la Stèle des Vautours, un autre témoignage de la structure militaire sumérienne se trouve dans la Standard d’Ur. Toutefois, cette source ne permet de constater que l’existence d’un chef central et d’une infanterie. La seule information supplémentaire est que l’infanterie sumérienne était bien organisée et professionnelle. Cela résulte également de déductions tirées des études menées sur la Stèle des Vautours.

D’autres études ont toutefois montré que certains titres désignent des grades individuels. Parmi les grades notables figurent les Nu-Bandas, supérieurs chargés de plusieurs unités de l’armée sumérienne. À l’époque de Sargon d’Akkad, le puissant souverain qui fonda l’Empire akkadien, il nommait des généraux auxquels il conférait le titre de Sagi-mah, ou Grand Échanson.

Guerriers et organisation sumériens

L’armée sumérienne organisait ses guerriers selon une structure à la fois individuelle et collective. Il convient de noter que le concept de soldat était encore nouveau à cette époque. Cependant, à mesure que les conflits continuaient de s’intensifier, la nécessité de disposer d’un système de défense permanent composé de soldats sumériens se fit sentir.

D’après les découvertes archéologiques, l’apparence typique d’un guerrier sumérien dépendait de la division à laquelle il appartenait. Par exemple, les membres de l’infanterie légère portaient généralement un équipement consistant uniquement en un pagne orné de plumes. Toutefois, il était possible de voir d’autres guerriers dotés d’accessoires plus élaborés pour leur protection, conformément à leur grade.

Les effectifs d’une seule unité militaire pouvaient atteindre 60 à 100 hommes, et les archives indiquent qu’une armée entière pouvait compter jusqu’à 4 000 unités. Au combat, ils s’organisaient en formation de phalange. Chaque unité portait un titre d’identification associé à ses fonctions.

  • Le Niksum était l’unité à laquelle étaient attribuées les terres domestiques. Pour maintenir leur emprise sur ces terres, ils veillaient à fournir un approvisionnement constant en hommes issus de leur clan à l’armée.
  • Le Nim constituait l’unité de tirailleurs ou l’infanterie légère. Il s’agissait de guerriers à pied dont la mission consistait à affaiblir la force de l’ennemi par des attaques irrégulières, en coupant leurs approvisionnements, en sapant leur moral ou en perturbant leurs plans.
  • Le Shub-Lugal était la troupe royale et formait le noyau central de l’armée. Ses fonctions comprenaient la coordination des unités ainsi que la protection du roi.

Armes et armures sumériennes

Guerrier sumérien armé d'une lance

Les Sumériens développèrent également des armes et des armures destinées à être déployées en temps de guerre. À mesure que les besoins techniques évoluaient, celles-ci se transformèrent pour devenir plus efficaces et plus meurtrières. Parmi les principales armes sumériennes figuraient :

  • Boucliers sumériens

Les boucliers sumériens étaient rectangulaires et les fantassins les utilisaient pour se protéger lors de leur avancée. Ils étaient fabriqués en bronze et se révélaient principalement efficaces lors des combats à l’épée, mais aussi pour se prémunir contre les flèches. La plupart étaient suspendus au corps par des lanières de cuir afin de garder les deux mains libres.

  • Épées sumériennes

Les épées sumériennes provenaient d’Égypte et mesuraient généralement entre 20 et 24 pouces de longueur. Elles étaient forgées en bronze et se révélaient utiles pour dépouiller l’adversaire de son bouclier ou piéger ses mains, sans compter les blessures qu’elles infligeaient, bien entendu.

  • Chars de guerre sumériens

Il s’agissait de la première tentative des Sumériens pour fabriquer un char de guerre. Bien que la conception ne fût pas robuste et n’atteignît pas le niveau de manœuvrabilité souhaité, il servait à transporter les souverains. Dotés de quatre roues, ces chars étaient destinés à percer les rangs ennemis.

  • Arc composite

L’arc composite constituait une amélioration de l’arc en bois. Il apparut après que l’Empire akkadien eut établi son emprise sur la région. L’arc composite propulsait des flèches à plus grande distance et avec une puissance accrue.

Les autres éléments de l’armement sumérien comprenaient les casques, fabriqués en cuivre ou en bronze. Parmi les autres armes de combat rapproché figuraient les masses d’armes, les poignards et la hache de guerre.

La Stèle des Vautours sumérienne

La Stèle des Vautours revêtait une importance symbolique capitale dans l’étude de l’armée sumérienne et de ses guerres. Elle s’apparente aux armoiries modernes. C’est une œuvre monumentale témoignant du génie artistique sumérien. Les Sumériens la sculptèrent durant la première phase de la troisième dynastie pour célébrer la victoire d’une cité – Lagash – sur une autre cité mésopotamienne. Cette stèle constitue l’un des témoignages archéologiques authentiques de la guerre sumérienne.

Les illustrations de la Stèle des Vautours

La Stèle comporte deux faces qui, selon l’interprétation moderne, sont symboliques respectivement de la mythologie et de l’histoire sumériennes. Sur la première face figure la silhouette d’un homme de grande taille.

Dans la main droite de la figure masculine se trouve une masse d’armes et, juste en dessous, on aperçoit les corps nus d’hommes pris dans un filet. Derrière la figure masculine se tient une figure féminine (la déesse Ninhursag). Ces deux divinités possédaient des temples consacrés à leur culte, qui constituaient un aspect fondamental de la vie quotidienne.

L’autre face de cette Stèle révèle une quantité considérable d’informations sur la structure militaire sumérienne. Elle comporte quatre sections distinctes. La section supérieure montre le souverain du peuple de Lagash (appelé l’Ensi).

Dans l’ordre de commandement, l’Ensi est chargé de diriger une unité de soldats (appelée phalange) lors d’une bataille victorieuse. À l’observation, on voit des ennemis piétinés sous leurs pieds ainsi que des vautours. La Stèle tire son nom de ces vautours, portant dans leur bec les têtes des ennemis vaincus.

Sur la deuxième partie figurent des illustrations d’un soldat sumérien armé de lances. L’illustration représente les soldats marchant derrière un roi monté sur un char. Enfin, la troisième partie présente l’image d’un prêtre qui semble accomplir ce qui ressemble à un rituel.

Le prêtre apparaît nu et se tient sur un amoncellement de corps d’animaux devant une figure assise. Devant cette figure se trouve également une vache attachée à un poteau, ainsi que quelques ouvriers en pagne portant des paniers sur la tête.

Enfin, personne n’a pu décrire avec exactitude ce qu’illustrait la quatrième partie. Malheureusement, le temps et la nature ont infligé des dégâts considérables à ces sections.

Conclusion

Archers sumériens

Finalement, la splendeur et la puissance de la civilisation sumérienne commencèrent à décliner sous l’effet de conflits récurrents. S’il y eut des périodes d’unité où ils se retrouvèrent sous un seul empire, les révoltes persistèrent. Le coup de grâce fut porté par les changements climatiques, qui affectèrent l’approvisionnement en eau nécessaire à l’irrigation.

Les ressources épuisées, il ne fallut rien de moins que quelques invasions de la part des peuples sémitiques pour mettre la civilisation à genoux. Cependant, comme vous avez pu le découvrir dans cet article, les exploits héroïques de l’armée sumérienne continueront de fasciner pendant des centaines, voire des milliers d’années.

Créé : 11 janvier 2022

Modifié : 13 mars 2024