Qarmatians: Origines, Histoire et Controverses
Les Qarmatiens étaient une secte de l’islam chiite dont les actions provoquèrent des ondes de choc dans le monde musulman après le sacrilège qu’ils commirent à La Mecque. Les visions et les idéaux de cette secte étaient centrés sur la création d’une société utopique. Cet article explique ce mouvement musulman complexe et l’empreinte qu’il a laissée dans l’histoire islamique.
Qui étaient les Qarmatiens ?
Les Qarmatiens étaient les membres d’un mouvement musulman chiite qui rejetaient la prétention du calife fatimide Ubayd Allah à l’Imamat. Le mouvement qarmatien prospéra en Irak, au Yémen et à Bahreïn aux IXe, Xe et XIe siècles.
Les informations sur les Qarmatiens sont peu abondantes. Certains considèrent toutefois que le groupe trouva son origine dans le sud de l’Irak durant le règne du califat abbasside (750–1258 apr. J.-C.). Ils faisaient initialement partie du mouvement ismaélien général, une branche du chiisme imamite.
Les Qarmatiens constituaient une ramification extrémiste de la sous-secte chiite de l’ismaélisme, qui visait à renverser l’islam sunnite. Ils s’opposaient à de nombreux enseignements deMahomet** et encourageaient l’égalité sociale entre nomades, citadins et paysans.
Les Qarmatiens tiraient leur nom de Hamdan Qarmat, qui dirigea la secte du sud de l’Irak dans la seconde moitié du IXe siècle. La secte se fit connaître par ses insurrections en Syrie et en Irak. Les figures les plus éminentes de l’histoire qarmatienne sont les dirigeants bahreïnis Abū Saʿīd al-Jannābī et son fils et successeur, Abū Ṭāhir Sulaymān. Ils envahirent l’Irak à de multiples reprises et, en 930 apr. J.-C., mirent La Mecque à sac et s’emparèrent de la Pierre Noire.
Le mouvement considérait que le sixième imam chiite, Ja’far al-Sadiq, avait désigné son fils Ismaël comme Imam. Cette croyance les distingue d’autres sectes chiites, les Duodécimains ou Ithna’acharites, qui considéraient que l’Imamat était revenu à Musa al-Kazim.
D’Ismaël, ils considéraient que l’Imamat passa à son fils Muhammad al-Maktum. À sa mort, la secte se scinda en deux groupes. L’un devint l’ancêtre du mouvement dirigé par Ubayd-Allah al-Mahdi, fondateur du califat fatimide. Il proclama publiquement l’Imamat des Ismaéliens pour lui-même et ses ancêtres.
Le second groupe refusa de reconnaître la mort de Muhammad al-Maktum. Cette secte est considérée comme l’ancêtre des Qarmatiens. Al-Maktum était censé réapparaître pour remplir la terre de justice.
Les Qarmatiens furent renversés en 1078 par des tribus sunnites locales, mais leur influence se perpétua à Bahreïn après leur déclin. À partir du XIIIe siècle, le chiisme imamite se répandit dans al-Ḥasā et Bahreïn. Parallèlement, la dynastie chiite septimaine des Jarwanides exerça le pouvoir politique jusqu’aux alentours de 1450.
Hamdan Qarmat : Fondateur des Qarmatiens
Hamdan Qarmat b. al-As’at fut le fondateur du mouvement ismaélien en Irak. Né en 874 apr. J.-C., il vit le jour dans un petit village à l’est de Koufa. Il exerçait la profession de charretier lorsqu’il fut converti par le da’i ismaélien Husayn al-Ahwazi.
Après la mort ou le départ d’al-Ahwazi, il devint l’organisateur du mouvement ismaélien dans le district du Sawad, aux côtés de son principal propagandiste et beau-frère Abdan. Hamdan et Abdan formèrent des da’is pour des missions à l’étranger et des affectations dans les différents districts du Sawad.
De nombreux érudits estiment que leurs doctrines étaient identiques à celles de Salamiya et aux écrits d’al-Nawbakhti et d’Ibn Babawayh. Ceux-ci annonçaient le retour imminent du septième imam, Muhammad ibn Isma’il, et donc l’avènement d’une ère nouvelle de justice.
Le Mahdi était attendu pour proclamer une loi nouvelle, remplaçant l’islam et révélant les vérités intérieures de la religion. Avant son retour, seuls ceux initiés à la doctrine pouvaient y accéder. En raison de ces croyances, les Qarmatiens abandonnaient souvent les lois et rituels islamiques traditionnels. En raison de l’hostilité des sources islamiques modernes à l’égard des Qarmatiens, il existe peu de sources fiables sur les doctrines de Qarmat.
La Pierre Noire de La Mecque : Ce qu’elle symbolise
La Pierre Noire de La Mecque est une relique musulmane qui, selon la tradition islamique, remonte à l’époque d’Adam et Ève. Elle est considérée comme la pierre angulaire orientale de la Kaaba, l’édifice de pierre ancien et sacré vers lequel les musulmans prient. Elle est également connue sous le nom d’Al Hajaru Al Aswad et communément appelée Hajar Aswad.
La pierre sombre constitue le centre de la Grande Mosquée de La Mecque. La pierre de la Kaaba a été polie par les mains de millions de pèlerins au fil des années. La Pierre Noire de La Mecque s’est brisée en fragments. Elle est désormais cimentée dans un cadre d’argent sur le côté de la Kaaba.
La pierre mesure environ 30 centimètres de diamètre et 1,50 mètre de haut. De nombreux pèlerins tentent d’embrasser la Pierre Noire, imitant le baiser qu’elle reçut du Prophète Mahomet. Certains considèrent qu’Ibrahim (Abraham) et son fils Ismaël découvrirent la pierre.
La Pierre Noire de La Mecque a été profanée et endommagée à de multiples reprises au fil des siècles. Les récits rapportent qu’elle fut frappée et brisée en morceaux lors du siège de La Mecque par le califat omeyyade en 683 apr. J.-C. Les fragments furent rassemblés par le dirigeant du califat basé à La Mecque, Abd Allah ibn al-Zubayr, au moyen d’une ligature d’argent.
En janvier 930 apr. J.-C., les Qarmatiens volèrent la pierre sacrée et la dissimulèrent dans leur base de Hajar. Les historiens estiment que leur souverain, Abu Tahir al-Jannabi, installa la Pierre Noire dans sa mosquée, la Masjid al-Dirar, afin de détourner le hajj (pèlerinage) de La Mecque.
Cette tentative échoua cependant car les pèlerins continuèrent à se rendre au site originel de la Pierre Noire. La pierre fut restituée en 952 apr. J.-C. Elle avait été retenue contre rançon par les Qarmatiens.
Après le paiement d’une somme importante, elle fut enveloppée dans un sac et jetée dans la mosquée du vendredi de Koufa. Elle était accompagnée d’un message déclarant : « Sur ordre, nous l’avons prise, et sur ordre, nous la rapportons. » Une fois restituée, désormais brisée en sept morceaux, elle fut enchâssée dans un cadre d’argent pour en garantir la préservation.
Au XIe siècle, un homme que le calife fatimide al-Hakim bi-Amr Allah aurait envoyé tentât de briser la Pierre Noire. Il ne parvint pas à causer de dommages significatifs et fut tué sur-le-champ.
La Révolution Qarmatienne
Un changement de direction en 899 apr. J.-C. déclencha la révolution qarmatienne. La minorité ismaélienne, dont le chef avait pris le contrôle du centre de Salamiya (dans l’actuelle Syrie), affirma que l’Imam Muḥammad était décédé. Le nouveau dirigeant à Salamiya était son descendant, qui sortit de sa clandestinité.
Qarmat et son beau-frère Abdan s’opposèrent à ces enseignements et rompirent avec les Salamiyides. Lorsqu’Abdan fut assassiné, Qarmat se cacha et se repentit. Qarmat devint par la suite un missionnaire du nouvel Imam, Abdullah al-Mahdi Billah, qui fonda le califat fatimide d’Afrique du Nord en 909.
Ce groupe dissident continua à se désigner sous le nom de Qarmatis. Leur place forte se trouvait à Bahreïn, d’où ils prirent le contrôle de l’Arabie orientale et des îles qui forment aujourd’hui le Bahreïn moderne. Les Qarmatiens s’emparèrent de la capitale de Bahreïn, Hajr, ainsi que d’al-Hasa en 899 apr. J.-C. Cette ville devint alors la capitale de la République qarmatienne.
La révolution qarmatienne provoqua un siècle de terreur à Koufa, ponctué de pillages et de razzias sur les routes de pèlerinage à travers la péninsule Arabique. L’assaut contre La Mecque, qui aboutit à la saisie de la Pierre Noire, causa la mort de 20 000 pèlerins.
La révolution qarmatienne et les exactions qui l’accompagnèrent choquèrent et terrifièrent le monde musulman. Au Xe siècle, la secte qarmatienne constituait la force la plus puissante du Moyen-Orient et du golfe Persique. Ils contrôlaient la côte d’Oman et recevaient les louanges du calife de Bagdad.
La République Qarmatienne
Les Qarmatiens étaient à l’origine des ismaéliens autoproclamés originaires de la région du Khuzestan en Perse et des environs de Koufa en Irak. Ils étaient des radicaux dissidents de la dynastie fatimide. Vers 899 apr. J.-C., la révolution qarmatienne débuta en Arabie orientale, dans l’actuelle région de Bahreïn.
Le dirigeant, Abu Sa’id al-Hasan al-Janabi, avait pour ambition de créer une société utopique fondée sur la raison et l’égalité. L’État était gouverné par un conseil de six personnes, avec un chef considéré comme le premier parmi ses pairs. L’ensemble des propriétés de cette communauté devait être réparti de manière équitable.
La République qarmatienne était organisée comme une société ésotérique, mais toutes les activités étaient publiques. Tout nouveau membre devait se soumettre à une cérémonie d’initiation. Tous partageaient la conviction que le monde se répétait en un cycle, les événements se reproduisant à de multiples reprises. Leur État de Bahreïn était structuré selon de forts principes égalitaires, évoluant vers une forme de république religieuse au XIe siècle.
Les territoires sous domination qarmatienne étaientextraordinairement prospères, cette richesse reposant principalement sur le travail servile. Le souci de la république pour le bien-être de la communauté et l’ordre social qui en découlait suscita l’admiration. Ils menèrent des expériences de propriété collective et de mise en commun des ressources.
Les érudits rapportent qu’une multitude d’esclaves éthiopiens cultivaient les terres. Les Qarmatiens recouraient aux services de ces esclaves pour exploiter de riches terres agricoles. Les territoires qarmatiens comprenaient de vastes domaines fruitiers et céréaliers, dont tous les revenus étaient versés à la communauté qarmatienne. Les recettes des droits de douane imposés à tous les navires traversant le golfe Persique et l’île d’Owal étaient réparties entre les descendants d’Abu Sa’id al-Jannabi.
Les habitants ne payaient aucun impôt. Les citoyens endettés pouvaient obtenir un prêt sans intérêt, et des jetons en plomb servaient de monnaie pour les transactions. Tout nouvel artisan arrivant dans la république recevait un prêt de démarrage pour l’aider à s’installer. Les réparations de propriétés privées et de moulins étaient prises en charge par l’État, tandis que le grain était moulu gratuitement dans les moulins publics.
Ces facteurs engendrèrent une prospérité économique et permirent le financement d’importants déploiements militaires et de campagnes de razzia. Les revenus issus des impôts prélevés par l’État en dehors de la communauté qarmatienne, des droits de protection acquittés par les caravanes de pèlerins et des butins de guerre étaient répartis entre différents groupes. Un conseil directeur allouait les revenus selon un ratio fixe, après avoir mis de côté un cinquième pour le Mahdi.
Abu Tahir : Seigneur de Guerre de l’État Qarmatien
Abu Tahir Sulayman al-Jannabi était un seigneur de guerre iranien et le dirigeant de l’État qarmatien à Bahreïn. Sous son autorité, l’État mena le sac de La Mecque en 930 apr. J.-C.
Il était le fils cadet d’Abu Sa’id al-Jannabi, le fondateur de l’État qarmatien.** Il accéda au pouvoir en 923 apr. J.-C.,** après la destitution de son frère Abu’l-Qasim Sa’id. Il étendit immédiatement l’État en 923 apr. J.-C., mettant à sac Bassora et Koufa. Il vainquit l’armée abbasside, menaçant la capitale abbasside de Bagdad en 928, avant de piller la majeure partie de l’Irak.
En 930 apr. J.-C., Tahir dirigea l’attaque la plus tristement célèbre des Qarmatiens, pillant La Mecque et profanant les lieux les plus sacrés de l’islam. N’ayant pu pénétrer dans la ville, il invoqua le droit de tout musulman d’y entrer. Il promit de venir en paix, mais une fois à l’intérieur des remparts, il se livra au massacre des pèlerins.
Conclusion
Les Qarmatiens constituent un exemple précoce de société mutualiste à tendance communiste. Celle-ci perdura pendant de nombreuses générations, devenant une secte puissante et économiquement prospère. Malgré leur république utopique, les Qarmatiens restent associés au sacrilège qu’ils commirent à La Mecque. En résumé :
- Les Qarmatiens étaient les membres d’un mouvement musulman chiite.
- Le mouvement qarmatien prospéra en Irak, au Yémen et à Bahreïn aux IXe, Xe et XIe siècles.
- Les Qarmatiens tiennent leur nom de Hamdan Qarmat.
- Ils considéraient que le sixième imam chiite, Ja’far al-Sadiq, avait désigné son fils Ismaël comme Imam.
- En janvier 930, la pierre sacrée fut volée par les Qarmatiens et restituée en 953.
- Abu Sa’id al-Hasan al-Janabi avait pour ambition de créer une société utopique fondée sur la raison et l’égalité.
- La république qarmatienne était un lieu utopique et égalitaire où des prêts sans intérêt étaient accordés. L’État n’imposait pas ses habitants.


