Le destin dans l'Énéide : exploration du thème de la prédestination dans le poème
Le destin dans l’Énéide constitue un thème majeur qui explore la manière dont les Romains de l’Antiquité concevaient la prédestination. L’ensemble du poème repose sur le destin d’Énée, qui consiste à jeter les bases de la fondation de l’Empire romain.
Nous apprenons de l’Énéide que le destin est gravé dans le marbre et que rien, ni divin ni humain, ne peut en modifier le cours. Cet article examinera le thème du destin et fournira des exemples pertinents de la façon dont il se manifeste dans l’Énéide.
Qu’est-ce que le destin dans l’Énéide ?
Le destin dans l’Énéide illustre la façon dont Virgile traite la prédestination dans son poème épique. On peut déduire de l’Énéide que ce qui est destiné à se produire se produira, quels que soient les obstacles. Les dieux comme leurs instruments humains sont impuissants à changer le destin.
Le destin dans l’Énéide
Le destin est l’un des thèmes majeurs de l’œuvre de Virgile. Ses différentes facettes sont exposées et développées ci-dessous :
Le destin d’Énée
Énée était voué par le destin à fonder Rome et, quels que soient les obstacles rencontrés, sa destinée s’est accomplie. Il dut affronter la vindicative reine des dieux, Junon, qui fit tout en son pouvoir pour contrarier sa destinée, mais Énée fit preuve d’un héroïsme remarquable dans l’Énéide.
Héra avait conçu une haine profonde à l’égard des Troyens (le peuple d’Énée) lorsque leur prince, Pâris, avait choisi Aphrodite comme la plus belle des déesses, la préférant à elle. Sa colère la poussa à se venger de la cité, qu’elle abattit après une guerre prolongée de dix ans.
Cependant, sa vengeance n’étant pas satisfaite, lorsqu’elle apprit que les Troyens ressurgiraient par l’entremise d’Énée, elle le poursuivit de sa vindicte. Junon usa de la force et de la persuasion pour empêcher Énée d’accomplir sa destinée. Elle persuada le gardien des vents, Éole, de déchaîner une tempête qui engloutirait Énée et sa flotte. Elle agit par la fureur d’Allecto pour inciter à la violence contre Énée et pour lui dissimuler sa promise, Lavinia.
Junon utilisa également Didon, la reine de Carthage, pour détourner Énée de son objectif d’atteindre l’Italie. Elle manipula l’amour d’Énée pour Didon et faillit réussir, car Énée faillit oublier sa destinée pour s’établir avec elle.
Jupiter, son époux, dont le rôle était de veiller à l’accomplissement des destinées, intervint et maintint Énée sur sa voie. Ainsi, bien que les dieux et les humains eussent la volonté de choisir et d’agir librement, ils restaient impuissants face au destin — une situation que l’on nomme la primauté du destin.
Junon et le destin dans l’Énéide
Junon reconnaît son impuissance face au destin, mais s’obstine à le combattre. Elle se demande si elle doit renoncer, si elle est vaincue ou impuissante à empêcher le roi des Teucriens d’atteindre l’Italie. Puis elle s’interroge : est-ce le destin qui l’en empêche ?
Le destin d’Ascagne
Bien qu’Ascagne tienne un rôle secondaire dans l’Énéide, il était, comme son père, promis à jouer un rôle crucial dans la fondation de Rome. Ce n’est pas un simple coup du sort si lui, son père Énée et son grand-père Anchise échappèrent aux flammes consumant Troie.
Il accompagna son père dans toutes ses péripéties, jusqu’à leur établissement final dans le Latium. Une fois sur place, Ascagne tua accidentellement le cerf apprivoisé de Sylvie, la fille de Tyrrhée, lors d’une partie de chasse.
Cette méprise faillit lui coûter la vie, car les Latins rassemblèrent des troupes pour le traquer. Voyant les Latins approcher, les Troyens protégèrent Ascagne, et les dieux leur accordèrent la victoire sur les Latins.
Pendant l’escarmouche, Ascagne pria Jupiter de « favoriser son audace » tandis qu’il lançait une lance sur Numanus, l’un des guerriers latins. Jupiter exauça sa prière et la lance tua Numanus — signe que les dieux favorisaient Ascagne.
Après la mort de Numanus, Apollon apparut au jeune Ascagne et lui adressa une prophétie. Selon le dieu de la prophétie, de la lignée d’Ascagne naîtraient « des dieux pour fils ». Apollon ordonna ensuite aux Troyens de protéger l’enfant des affres de la guerre jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge adulte.
Les dieux savaient qu’il poursuivrait l’œuvre de son père en Italie jusqu’à l’établissement de Rome. Tout comme son père, Ascagne était voué par le destin à jouer un rôle éminent dans la fondation de Rome, et il s’accomplit.
Le destin dans l’Énéide et les rois de Rome
Les rois de Rome, en particulier ceux de la gens Julia, font remonter leur ascendance à Ascagne, également connu sous le nom de Iulus. Par exemple, Auguste César s’appuya sur la prophétie d’Apollon à Ascagne pour légitimer son pouvoir. Puisque la prophétie annonçait que les descendants d’Ascagne compteraient « des dieux pour fils », le gouvernement d’Auguste César s’attribua une puissance et une autorité divines. L’Énéide fut également composée sous le règne d’Auguste César sur l’Empire romain ; le poème servit ainsi à propager sa propagande d’origines divines.
Le libre arbitre dans l’Énéide
Bien que les personnages fussent soumis au destin dans l’Énéide, ils demeuraient libres de choisir la voie qu’ils souhaitaient emprunter. Leur destinée ne leur était pas imposée, comme le démontre Énée lorsqu’il choisit librement d’aimer Didon, bien qu’il eût une mission à accomplir. Leurs destinées leur étaient présentées, et ils décidaient de les suivre. Cependant, les choix issus de leur libre arbitre ne purent que peu ou prou entraver leurs destins — illustrant la relation complexe entre fatalité et libre arbitre.
Conclusion
Nous avons exploré le thème du destin dans l’Énéide et examiné plusieurs exemples de la manière dont il se déploie dans le poème épique de Virgile. Voici un récapitulatif des points abordés dans cet article :
- Le destin, tel qu’exposé dans l’Énéide, reflète la manière dont les Romains concevaient la prédestination et le rôle du libre arbitre.
- Dans le poème, Énée était voué à fonder Rome, et quels que fussent les obstacles dressés sur sa route, la prophétie finit par s’accomplir.
- Les dieux comme les humains étaient impuissants face au destin, comme le démontre Junon, qui tenta tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher Énée d’accomplir la prophétie, mais en vain.
- Ascagne, le fils d’Énée, était également promis à poursuivre l’héritage de son père ; aussi, lorsqu’il tua Numanus, les dieux ordonnèrent qu’il fût protégé jusqu’à sa majorité.
- Les rois de Rome exploitèrent le destin décrit dans le poème pour légitimer leur règne et affirmer leur autorité et puissance divines, en faisant remonter leur ascendance à Ascagne.
Le libre arbitre dans le poème signifiait que les personnages étaient libres de prendre des décisions, mais celles-ci n’eurent que peu d’effet sur leurs destinées ultimes. En définitive, le destin mena à la résolution de l’Énéide, qui fut l’établissement de la paix dans la terre d’Italie.
Par Monde Mythique
Créé : 16 février 2024

