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Le destin dans l'Iliade : analyse du rôle du destin dans le poème épique d'Homère

Le destin dans l'Iliade — illustration de mythologie grecque

Le destin dans l'Iliade

Qu’est-ce que le destin dans l’Iliade ?

Le destin dans l’Iliade désigne « la manière dont les dieux déterminent la destinée des personnages » du poème épique, ainsi que la façon dont les actes de ces personnages les conduisent vers leur fin inéluctable. L’Iliade elle-même est considérée comme déjà vouée par le destin, puisqu’il s’agit d’un récit ancien transmis de génération en génération.

Zeus et le destin dans l’Iliade

Bien que les autres divinités jouent un rôle dans la détermination du destin des personnages du poème, la responsabilité ultime incombe avant tout à Zeus. Au début de la guerre de Troie, les dieux de l’Olympe prennent parti et « s’efforcent d’influencer l’issue » du conflit par de multiples interventions.

Zeus, en revanche, incarne le juge impartial qui veille à ce que la guerre suive son cours prédestiné. Il est « le gardien de la paix » qui maintient l’ordre dans les deux camps et fait respecter la discipline parmi les dieux.

Les divinités reconnaissent cette autorité, c’est pourquoi elles sollicitent l’autorisation de Zeus avant d’intervenir dans la guerre. Sa propre épouse, Héra, reine des dieux et partisane des Grecs, demande à Zeus la permission de relancer les hostilités afin d’assurer la chute de Troie.

Thétis, la nymphe, sollicite également son accord pour « faire pencher la balance en faveur des Troyens ». Tout cela illustre que Zeus est la divinité toute-puissante dont la parole est souveraine en matière de destin.

Conscientes de cela, certaines divinités « tentèrent de tromper Zeus » pour obtenir un jugement en faveur du camp qu’elles soutenaient. Un exemple flagrant est celui d’Héra qui séduit Zeus afin de donner l’avantage aux Grecs pendant la guerre.

Cependant, Zeus s’efforce de rester équitable et de maintenir un parfait équilibre, même si cela implique la perte de son propre fils, Sarpédon, dans le conflit. Le rôle de Zeus était de veiller à ce que le destin des personnages et de la guerre s’accomplisse, même si cela lui causait une profonde affliction.

Le destin d’Achille dans l’Iliade

Achille s’engage dans la guerre de Troie en sachant pleinement que la mort l’attend, mais il ne se laisse pas décourager. Sa mère lui offre le choix entre une longue vie sans gloire et une brève existence remplie de gloire, dont son nom resterait gravé dans les annales de l’histoire. Bien qu’il choisisse d’abord la longue vie sans gloire, « la mort de son meilleur ami aux mains d’Hector » le pousse à opter pour la seconde voie. Ainsi, nombreux sont ceux qui estiment qu’Achille maîtrise entièrement son destin et peut choisir à sa guise.

Toutefois, d’autres érudits estiment que « les dieux avaient condamné Achille à choisir une vie brève et glorieuse ». Ils soutiennent que les dieux ont sciemment déclenché certains événements pour garantir le retour d’Achille sur le champ de bataille.

Selon eux, les dieux entendent « châtier Achille pour son hubris (démesure) » parce qu’il avait refusé de porter secours aux Achéens. Cela explique pourquoi les dieux guident une flèche, qui aurait manqué sa cible, vers le point précis du talon d’Achille, là où il est le plus vulnérable.

Cependant, certains considèrent que le destin d’Achille se situe à la croisée du contrôlable et de l’incontournable. D’une part, il détermine la durée de son existence ; d’autre part, les dieux décident de son sort. Néanmoins, il aurait pu se tenir à l’écart de la guerre, mais « la mort de son ami » et la restitution de sa captive le poussèrent à y participer.

Il est probable qu’« Achille a pesé les deux options » et a conclu que toutes deux menaient à la mort — simplement, l’une surviendrait plus tôt, mais avec la gloire, et l’autre plus tard, dans l’obscurité. Il opta donc pour la première.

Le rôle du destin dans l'Iliade

Le rôle du destin dans l'Iliade

Le destin d’Hector dans l’Iliade

Hector n’a pas le luxe de choisir le destin qui doit s’abattre sur lui. Il n’a aucune idée de ce qui l’attend. Il part au combat avec honneur, acceptant ce que le destin lui réserve. Son épouse lui annonce qu’il va mourir, mais il lui rappelle son devoir de protéger Troie.

Au cours de la bataille, Hector rencontre Patrocle, qu’il tue avant de périr. Patrocle, mourant, prophétise la mort d’Hector des mains d’Achille. Cela ne dissuade cependant pas Hector, qui attend devant les remparts de Troie son ennemi Achille, tandis que les autres guerriers troyens se réfugient dans la cité. Face à Achille, « les forces et le courage d’Hector l’abandonnent » : il tourne les talons et s’enfuit, poursuivi par Achille qui le fait courir trois fois autour de la ville. Finalement, Hector rassemble quelque courage et affronte son adversaire.

Les dieux contribuent à précipiter « son funeste destin » lorsque Athéna prend l’apparence de Déiphobe, le frère d’Hector, et vient à son secours. Cela redonne à Hector un bref regain de confiance et il lance une lance vers Achille, mais il manque sa cible.

Cependant, il comprend que son destin est scellé lorsqu’il se retourne pour chercher d’autres lances et ne trouve personne, car Athéna, déguisée, l’a abandonné. Le destin d’Hector est irrémédiablement fixé, et il ne peut rien y faire — mais ce qui est plus admirable encore, c’est qu’il accepte son destin avec un remarquable sang-froid.

Le destin de Pâris dans l’Iliade

Contrairement à Hector et à Achille, « le destin de Pâris est connu » bien avant sa naissance. Selon l’Iliade, la mère de Pâris, Hécube, rêve de son fils à naître portant une torche enflammée. Elle consulte le devin Ésacos, qui prophétise que l’enfant apportera de grands malheurs au royaume de Troie, qui culmineront avec la chute de la cité. Pour empêcher l’accomplissement de cette funeste prophétie, Hécube et son époux, le roi Priam, confient l’enfant à un berger avec l’ordre de le mettre à mort.

Incapable d’accomplir un tel acte, le berger abandonne l’enfant sur une montagne pour qu’il y meure, mais, par la volonté du destin, Pâris est retrouvé et nourri par une ourse. Le berger revient, constate que l’enfant est vivant et « y voit un signe » que les dieux veulent qu’il survive.

Il ramène l’enfant chez lui et présente une langue de chien au roi Priam et à son épouse « comme preuve de la mort de l’enfant ». Le jeune Pâris se lance dans de nombreuses aventures, mais il les surmonte toutes car son destin n’est pas encore accompli.

En effet, parce qu’il n’est pas destiné à mourir pendant la guerre de Troie, Pâris y survit même lorsqu’il manque de perdre la vie face à Ménélas. Au moment où Ménélas s’apprête à lui porter le coup fatal, « la déesse Aphrodite enlève Pâris » et le transporte directement dans sa chambre. Le destin de Pâris dans l’Iliade est considéré comme plus favorable que celui de son frère Hector, qui vécut une vie courte et laissa derrière lui une épouse et un fils, Astyanax. Cela peut sembler injuste, mais c’est ainsi qu’opère le destin, tant dans les œuvres littéraires grecques que dans la vie réelle.

Le destin et le libre arbitre dans l’Iliade

Bien qu’il puisse sembler que l’ensemble du récit de l’Iliade soit prédéterminé et que les personnages n’aient aucun libre arbitre, il n’en est rien. Homère équilibre subtilement le destin et le libre arbitre, car « les dieux n’imposent pas de choix » aux personnages.

Les personnages sont libres de choisir ce qu’ils souhaitent, mais leurs décisions ont des conséquences. L’un des exemples de libre arbitre dans l’Iliade est le moment où Achille se voit offrir la possibilité de choisir entre une longue vie sans gloire et une courte vie glorieuse.

Initialement, il opta pour la première, mais son goût immodéré de la vengeance le conduisit vers la seconde. Même après la mort de son meilleur ami, il aurait pu choisir de rester à l’écart de la guerre, mais il décida d’y participer. « Les choix d’Achille ne lui furent pas imposés » ; il prit librement la décision qui le mena à son destin ultime.

Conclusion

Tout au long de cet article, nous avons étudié l’un des « thèmes les plus saillants de l’Iliade » et examiné quelques exemples majeurs du destin dans le poème épique. Voici un récapitulatif de nos analyses :

  • Le destin désigne la manière dont les divinités ordonnent les événements pour accomplir la destinée d’un mortel, ainsi que les actions que l’homme entreprend pour la hâter.
  • Zeus a le dernier mot dans la détermination du destin ; il est également chargé de le faire respecter et de veiller à ce que les divinités ne s’y soustraient pas.
  • Bien que les personnages de l’Iliade soient soumis au destin, ils conservent la capacité de faire des choix, comme l’illustre Achille lorsqu’il opta pour une vie brève mais honorable plutôt qu’une longue vie dans l’obscurité.
  • D’autres personnages comme Hector, Pâris et Agamemnon firent également des choix, mais ne purent in fine échapper à leur destinée.
  • Homère équilibre avec finesse la balance entre destin et libre arbitre en montrant que les choix des mortels ne sont pas imposés mais librement consentis.

L’essai sur le destin dans l’Iliade nous enseigne que nous avons encore « une part de responsabilité dans notre destin » et que nos actes nous conduisent progressivement vers notre destinée.

Créé : 16 février 2024

Modifié : 28 décembre 2024