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Les Moires dans l'Odyssée : le destin d'Ulysse

Le destin dans l’Odyssée illustre les souffrances qu’Ulysse endura durant son long périple vers sa patrie, Ithaque. Le destin, défini comme le déroulement d’événements échappant au contrôle humain, est déterminé par une puissance surnaturelle et demeure susceptible d’être modifié selon la volonté de cette entité souveraine. Poursuivez votre lecture pour découvrir comment le destin se manifeste dans l’Odyssée et de quelle manière il infléchit le cours du voyage et de l’existence d’Ulysse.

Les Moires dans l’Odyssée

Dans la Grèce antique, la tendance était à diviniser les concepts abstraits. Le destin fut ainsi personnifié par les trois Moirai ou Moerae, à savoir Clotho, Atropos et Lachésis. Elles sont les gardiennes du destin de chaque être humain et gouvernent les vies des mortels depuis leur naissance jusqu’à leur trépas. La tradition les dit filles de Zeus, le roi des dieux, et de Thémis, la déesse de la justice — elles comptaient parmi les six enfants issus de cette union.

Représentation

Les trois Moires incarnent la naissance, la vie et la mort. Clotho est la fileuse du fil, symbole de la vie de chaque personne. Lachésis mesure ce fil, déterminant ainsi la durée de l’existence de chacun. Atropos, quant à elle, a charge de couper le fil, marquant l’instant de la mort.

Les Grecs redoutaient les Moires comme puissances fatidiques. Outre leur représentation sous des apparences peu flatteuses, c’est le fait même qu’elles tenaient entre leurs mains le moment de la mort de chacun qui les rendait si effrayantes aux yeux du peuple.

La maîtrise des dieux olympiens

L’Odyssée nous montre que le destin d’Ulysse était également conditionné par les dieux olympiens, qui tantôt le soutenaient et le protégeaient, tantôt se montrèrent courroucés à son égard. Ces divinités jouèrent un rôle déterminant dans les mésaventures du héros au cours de son voyage. Elles intervinrent à maintes reprises tout au long de l’épopée et orientèrent principalement le destin d’Ulysse.

Le dieu de la mer Poséidon fut invoqué par son fils Polyphème le Cyclope pour venger l’affront qu’Ulysse lui avait infligé. Le dieu marin s’exécuta et, en châtiment, prolongea le voyage d’Ulysse sur plusieurs années. Zeus, le roi des dieux, modifia également le cours des événements en punissant Ulysse — et plus encore ses compagnons — pour avoir abattu les bovins d’or d’Hélios.

Cependant, en définitive, Zeus fut aussi celui qui consentit à ce qu’Ulysse pût regagner son foyer ithaque. Il révéla le destin du héros, ainsi que le rapporta Hermès : au vingtième jour, Ulysse atteindrait le pays des Phéaciens. Il faisait allusion à la tempête qui rejeta Ulysse sur l’île.

Les conséquences

Quant à la déesse de la sagesse Athéna, l’une des constantes protectrices d’Ulysse dans l’Odyssée, elle facilita sa route en lui prêtant fréquemment secours grâce à ses pouvoirs divins, ce qui contribua à infléchir les événements en sa faveur. Ce fut elle qui supplia Zeus, son père, de persuader Calypso de libérer Ulysse, alors retenu captif par la belle nymphe.

Athéna veilla également sur la famille d’Ulysse en son absence. Elle aida Ulysse à évaluer la situation à Ithaque en le déguisant en mendiant à son retour, et elle assista Ulysse et Télémaque dans l’exécution de leurs plans contre les prétendants.

Tout au long du poème, alors qu’Ulysse affrontait diverses épreuves, des dieux et des déesses intervenaient et modifiaient le destin du héros. Il convient toutefois de garder à l’esprit que la réaction des dieux demeurait conditionnée par les actes d’Ulysse, les caractéristiques du destin étant perçues comme les conséquences découlant des actions propres de chaque individu.

Le destin et le libre arbitre

Le libre arbitre dans l’Odyssée constitue un aspect fondamental intimement lié au destin. Le libre arbitre se manifestait chaque fois qu’un personnage devait prendre une décision, tandis que le destin renvoyait aux conséquences qu’il subissait en raison de ses actes. Le libre arbitre rend les individus responsables de leurs propres actions, alors que le destin relève de l’emprise de l’intervention divine.

Libre arbitre et destin sont indissociables et considérés dans la Grèce antique comme un processus de cause à effet. Toutefois, le destin ne survenait pas de lui-même : il était façonné par les dieux qui intervenaient pour le provoquer, mais les mortels, ignorants de ces desseins, percevaient ces événements comme des manifestations du destin. Le libre arbitre était dépeint comme l’autorité pleine et entière d’un être sur sa propre vie, englobant ses décisions, ses aspirations et sa voie.

L’aveuglement de Polyphème

Un exemple tiré du poème est l’épisode où Ulysse aveugla Polyphème le Cyclope. Il exerça son libre arbitre en aveuglant le cyclope afin de pouvoir s’échapper de la caverne. Cependant, en représailles, Poséidon vengea l’affront subi par Polyphème et rendit le voyage de retour d’Ulyssemple d’adversités.

Cet épisode devint l’un des thèmes sous-jacents les plus célèbres et les plus significatifs du poème : la vengeance dans l’Odyssée — et c’est là le destin d’Ulysse. Son voyage fut périlleux et interminable parce qu’il choisit d’exercer son libre arbitre de manière imprudente.

Le châtiment

Lorsque les compagnons d’Ulysse massacrèrent et dévorèrent les bovins appartenant au dieu du soleil Hélios — troupeau qui lui était cher —, ils agirent ainsi malgré les mises en garde qu’ils avaient reçues. Poussés par la faim, ils n’en tinrent aucun compte. Ils choisirent de suivre leur libre arbitre et s’attirèrent la colère d’Hélios, sans songer au châtiment qui les attendait.

En conséquence, les dieux intervinrent à nouveau et modifièrent une fois de plus leur destin. Zeus anéantit leur navire et les fit tous périr, épargnant seul Ulysse, qui fut rejeté sur les rivages d’Ogygie, l’île gouvernée par la nymphe Calypso.

La détermination comme volonté

Calypso, dans l’Odyssée, habitait l’île où elle avait été reléguée en punition pour avoir soutenu son père. Ulysse fut retenu captif par la belle nymphe durant sept longues années. Elle s’éprit de lui et lui offrit le mariage en échange d’une promesse d’immortalité, mais Ulysse repoussa cette proposition, tant il brûlait de retrouver son épouse à Ithaque.

Calypso ne perdit pas espoir : elle l’enchantait et le séduisait, et la plupart du temps, elle le plongeait dans un charme et le tentait par ses offrandes. Cependant, Ulysse demeurait malheureux et misérable, préférant retourner chez lui. Athéna, voyant cela, pria Zeus de le délivrer de Calypso. Zeus chargea alors le messager des dieux, Hermès, de convaincre Calypso de libérer Ulysse.

Calypso obéit au roi des dieux et ne s’y refusa point, bien que ce fût contre sa volonté. Elle aida Ulysse à quitter l’île en l’assistant dans la construction de son embarcation et en lui fournissant des provisions et des vents favorables pour son voyage.

Au cours du périple d’Ulysse, le rôle de Calypso dans l’Odyssée se révéla également déterminant, car elle l’aida à se préparer aux épreuves imminentes qui l’attendaient. Calypso permit à Ulysse de reprendre la mer avec toutes ses forces, car elle fut pour lui un rappel constant de tout ce qu’il désirait retrouver au foyer, forgeant dans son cœur un désir profond de revenir à Ithaque.

En résumé, Ulysse reçut la capacité de choisir de ne pas céder à la tentation que lui proposait Calypso. Ulysse fit preuve de fidélité dans l’Odyssée, ce qui suscita la collaboration des dieux pour obtenir que Calypso le libérât. Voici un autre exemple où le destin d’un mortel fut modifié par des influences divines parce que le mortel avait suivi son libre arbitre.

Le manque de contrôle

Le destin dans l’Odyssée était mis en œuvre par les dieux olympiens, qui décidaient de ce qui devait advenir d’Ulysse et s’il atteindrait jamais son foyer. Ulysse ne maîtrise pas et ne peut maîtriser son propre destin. Il reçut de multiples occasions de rentrer chez lui, car Zeus révéla que sa volonté était qu’Ulysse atteignît son foyer sain et sauf, chargé de trésors, mais sans ses compagnons bien-aimés — tel était le destin.

En certaines occasions, le destin se manifestait par le biais des oiseaux dans l’Odyssée. Ils servaient de symbole annonçant des événements inéluctables. Ils étaient considérés comme des messages transitoires émanant des dieux.

Au chant XIX du poème, Pénélope fit un rêve d’oiseaux. Elle raconta qu’un aigle fondit sur ses vingt oies favorites et les tua toutes. L’aigle fut interprété comme Ulysse, et les oies comme les prétendants qu’Ulysse projetait de massacrer. Ces oiseaux annonçaient le destin des prétendants, conséquence de leur comportement dévoyé.

Homère sollicite l’aide des Muses dans l’Odyssée, qu’il invoqua pour obtenir la guidance nécessaire afin de relater le récit et la destination ultime d’Ulysse et de ses compagnons dans leur voyage — c’est-à-dire le destin. Homère pria la muse Calliope de lui accorder talent, savoir, inspiration et même l’émotion juste pour mener à bien son poème.

Conclusion

Le destin dans l’Odyssée joua un rôle majeur dans l’épopée, car il détermina la manière dont l’histoire se déroula et ce qui advint d’Ulysse et des autres personnages au fil des événements. Voici un bref rappel des points abordés :

  • Le destin d’Ulysse était gouverné par l’intervention divine des dieux olympiens.
  • Le libre arbitre était dépeint comme l’autorité complète de l’individu sur lui-même.
  • La vengeance constituait un élément essentiel de l’Odyssée.
  • Les oiseaux dans l’Odyssée étaient considérés comme des messages transitoires des dieux.
  • Homère invoqua une muse et demanda sa guidance pour pouvoir relater le destin du héros, Ulysse.

Le destin est l’un des thèmes principaux traités dans l’Odyssée, que l’on peut qualifier de véritablement captivant. C’est une raison supplémentaire pour laquelle ce poème est véritablement épique !

Créé : 16 février 2024

Modifié : 28 décembre 2024