Le vizir de l'Égypte antique : Le premier ministre du monde
L’Égypte antique était gouvernée par le pharaon, mais c’est le vizir de l’Égypte antique qui l’aidait à gouverner le pays, à régler les litiges, à superviser les affaires provinciales et à veiller à l’exécution des ordres du souverain. En quelque sorte, le vizir était l’équivalent d’un premier ministre dans l’Égypte antique.
L’essor d’une bureaucratie complexe dans l’Égypte antique rendit nécessaire la nomination par le souverain d’un haut fonctionnaire chargé de superviser la gouvernance quotidienne. Malgré son importance, le vizir de l’Égypte antique demeure une figure énigmatique, souvent négligée par les historiens et les égyptologues. Dans cet article, nous mettrons en lumière l’importance et le rôle du vizir dans l’Égypte antique.
Une fonction très ancienne
L’histoire de l’Égypte antique remonte à plusieurs millénaires et commence avec la période prédynastique, que la plupart des égyptologues situent au IVe millénaire av. J.-C. Après l’unification politique de l’Égypte sous l’autorité d’un souverain unique, la nécessité de déléguer une partie du pouvoir pharaonique se fit sentir afin de gouverner le pays nouvellement uni de manière plus efficace. Bien que l’on ignore la date exacte de l’institution de la fonction vizirale, les égyptologues estiment que celle-ci fut créée durant la période thinite.
Quel rôle le vizir jouait-il dans l’Égypte antique ?
Tout au long de l’histoire égyptienne, le pharaon demeura un souverain absolu, exerçant simultanément les fonctions de chef politique, religieux et militaire, mais c’est le vizir qui supervisait la machine gouvernementale. La tâche principale du vizir consistait à assurer l’exécution des ordres de son pharaon et à veiller au bon fonctionnement des diverses administrations. En substance, le vizir agissait comme le chef du gouvernement, auquel les autres hauts fonctionnaires étaient directement subordonnés.
Le vizir avait de nombreuses attributions. Celles-ci comprenaient :
- Le règlement des litiges fonciers
- La supervision des nomarques (gouverneurs provinciaux)
- Le contrôle des finances du pays
- La nomination des juges et d’autres responsables de l’application de la loi
- La nomination des généraux et l’approbation de leurs subordonnés
- La supervision de la planification et de la construction des monuments, y compris la tombe royale
- La planification et la construction de routes, de digues, de barrages et de canaux à travers l’Égypte
- L’assistance au souverain dans l’accomplissement des rituels religieux et la nomination des grands prêtres
Quel était l’origine sociale du vizir ?
Les hauts fonctionnaires du gouvernement égyptien antique devaient être hautement instruits, et le vizir ne faisait pas exception. Afin d’accomplir ses diverses et complexes attributions, le vizir devait s’appuyer sur une éducation remarquable, ainsi que sur une expérience préalable au sein de l’administration. Les vizirs égyptiens étaient presque exclusivement formés comme scribes et appartenaient généralement aux classes supérieures.
Durant la période thinite, l’Ancien Empire et une grande partie du Moyen Empire, les vizirs étaient choisis parmi les plus proches parents du souverain. Les fils cadets du roi étaient souvent nommés vizirs ou grands prêtres. Par ce biais, les pharaons cherchaient à maintenir le contrôle du gouvernement et à garantir la loyauté des vizirs et des autres hauts fonctionnaires.
À la rencontre du mystérieux Imhotep, le vizir devenu dieu
Le pharaon Djéser, de la IIIe dynastie, est généralement considéré comme le premier souverain égyptien à avoir fait ériger un nouveau type de monument : la pyramide à degrés** de Saqqarah**.
Ce fut grâce au vizir de Djéser, Imhotep, que les Égyptiens accomplirent un bond considérable dans la construction monumentale. Une seule génération sépara les modestes mastabas en briques crues des souverains de la période thinite des impressionnantes pyramides des pharaons des IIIe et IVe dynasties.
Architecte, prêtre et vizir : Imhotep, le premier polymathe connu au monde
Bien que l’on sache peu de choses sur la vie d’Imhotep, il est admis qu’il était d’origine modeste et qu’il accéda à la fonction vizirale grâce à ses nombreux talents et compétences. Imhotep servit comme grand prêtre de Ptah sous le pharaon Djéser, ainsi qu’architecte royal.
Imhotep est crédité d’avoir conçu la pyramide à degrés et d’avoir transformé la forme traditionnelle des tombes royales, passant des mastabas à base rectangulaire aux pyramides à base carrée. Imhotep fut également le premier à utiliser la pierre plutôt que les briques crues dans la construction des tombes royales, inaugurant ainsi une nouvelle ère de l’histoire égyptienne — l’ère des pyramides.
Les contributions d’Imhotep furent reconnues par ses contemporains. Après sa mort, le pharaon lui rendit un honneur sans précédent en l’autorisant à être inhumé sous la pyramide à degrés et en faisant inscrire son nom sur les monuments royaux, un privilège jusque-là réservé aux seuls souverains.
Imhotep fut finalement divinisé et vénéré comme le dieu de la médecine. Il aurait contribué au développement de techniques de momification avancées qui permirent aux Égyptiens de préserver les corps des pharaons.
Qui nommait le vizir et quel pouvoir possédait-il ?
Les vizirs étaient nommés par les pharaons. Ils ne répondaient qu’au souverain et pouvaient être nommés ou révoqués à sa guise. Il semble qu’il n’y ait eu qu’un seul vizir jusqu’à la période du Nouvel Empire (v. 1570 – 1069 av. J.-C.), époque à laquelle deux vizirs furent nommés, l’un pour la Haute-Égypte et l’autre pour la Basse-Égypte.
La coutume de choisir les vizirs parmi les membres de la famille continua d’être pratiquée tout au long de l’histoire égyptienne. Lorsque les vizirs n’étaient pas choisis parmi les parents du roi ou les membres de sa famille immédiate, ils étaient généralement sélectionnés parmi ses conseillers de confiance. Imhotep constitue une exception notable à cette règle.
Sans le vizir, le pharaon ne pouvait gouverner l’Égypte
L’Égypte atteignit l’apogée de sa puissance et de sa richesse sous les XVIIIe et XIXe dynasties du Nouvel Empire. L’expansion territoriale et la croissance démographique rendirent impératif le transfert de davantage de ressources vers l’administration, ainsi que la nomination de fonctionnaires compétents chargés de superviser les affaires courantes du gouvernement.
Deux vizirs furent nommés par le pharaon et étaient égaux en pouvoir et en prestige. Les vizirs ne étaient surpassés que par les pharaons quant au pouvoir qu’ils exerçaient sur l’Égypte. Il était exigé d’eux qu’ils fussent impartiaux, justes et respectueux des lois, et qu’ils incarnassent le concept de maât, qui exigeait de tous les Égyptiens, quel que fût leur rang, de défendre la vérité et de coopérer dans l’harmonie. Les vizirs portaient de longues robes blanches qui symbolisaient leur pureté et leur engagement envers l’harmonie et la justice.
Le pharaon et le vizir : une symbiose parfaite
Il n’était pas rare que les vizirs servent plusieurs pharaons. Les jeunes pharaons inexpérimentés s’appuyaient souvent sur leurs vizirs pour gouverner le pays durant leur minorité. Les vizirs gouvernaient également le pays lorsque le roi était en campagne militaire et jouaient un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre et de la loi en temps de guerre et de conflits.
Malgré leur grand pouvoir, seuls quelques vizirs tentèrent d’usurper le pouvoir, et plus encore rares furent ceux qui parvinrent à devenir pharaons. La grande stabilité de la structure gouvernementale égyptienne plonge ses racines dans le concept susmentionné de maât et dans les valeurs d’ordre et d’harmonie que tous les Égyptiens étaient tenus de respecter.
Les vizirs égyptiens avaient de nombreuses attributions
La découverte de la tombe de Rekhmirê dans la nécropole thébaine mit au jour de nombreux détails jusqu’alors inconnus sur les attributions du vizir durant la période du Nouvel Empire. Rekhmirê servit comme vizir sous deux pharaons, Thoutmôsis III (1479 – 1425 av. J.-C.) et Aménhotep II (v. 1425 – 1397 av. J.-C.).
Sa tombe richement décorée contient une copie intégrale de l’Installation du vizir, qui décrit les devoirs de la charge, la méthode de sélection et la manière dont le titulaire devait se comporter dans l’exercice de ses fonctions.
Les vizirs, défenseurs des opprimés
Selon le texte inscrit sur les parois de la tombe de Rekhmirê, la tâche principale du vizir était de rendre la justice et de résoudre les litiges. Les devoirs du vizir sont ainsi résumés dans cet extrait de l’inscription trouvée dans la tombe de Rekhmirê :
« J’ai défendu la veuve sans mari. J’ai établi le fils et héritier sur le siège de son père. J’ai donné du pain à celui qui avait faim, de l’eau à celui qui avait soif, de la viande, des onguents et des vêtements à celui qui n’avait rien. J’ai secouru le vieillard, lui donnant mon bâton, et faisant dire à la vieille femme : “Quelle belle action !” J’ai haï l’iniquité et ne l’ai point commise, faisant attacher les hommes faux la tête en bas. »
Le crime et le châtiment dans l’Égypte antique
Comme nous l’avons vu précédemment, l’une des plus importantes attributions du vizir dans l’Égypte antique était de punir les coupables. L’ordre et la loi étaient primordiaux dans l’Égypte antique, et le vizir devait veiller à ce que tous obéissent à la loi.
Le châtiment dans l’Égypte antique était généralement rapide et sévère. Les criminels condamnés étaient parfois noyés dans le Nil, ce qui signifiait qu’ils ne pourraient jamais recevoir de sépulture digne de ce nom et ne seraient pas en mesure d’accéder à l’au-delà. C’était le châtiment le plus sévère qu’un Égyptien pût recevoir.
Tous les Égyptiens, du plus humble ouvrier au pharaon lui-même, cherchaient à atteindre l’au-delà et à passer l’éternité en compagnie des dieux. Effacer le nom d’un homme de la mémoire équivalait à lui infliger une mort véritable, à le vouer à l’oubli. Par conséquent, ce type de châtiment n’était réservé qu’aux pires criminels.
Le vizir, premier magistrat du pharaon
En théorie, le pharaon seul était responsable de l’application de la loi et du maintien de l’ordre, ainsi que de la préservation de l’harmonie entre l’Égypte et les dieux qui veillaient sur le pays et son peuple, mais il devint nécessaire pour les souverains de déléguer leur pouvoir. Ce ne fut cependant qu’à la période du Nouvel Empire que le vizier commença à jouer un rôle plus important dans le gouvernement.
Les pharaons gouvernaient désormais l’Égypte par l’entremise de leurs vizirs, qui étaient responsables de l’instruction des affaires criminelles, de la supervision des travaux publics et du Trésor, ainsi que du contrôle des nomarques. Un vizir compétent coordonnait le travail des diverses administrations et maintenait la cohésion politique et économique du pays. Sans les vizirs, il aurait été impossible de gouverner l’Égypte et de maintenir le contrôle sur son vaste territoire.
L’armée et le vizir
Après l’expulsion des Hyksôs et l’établissement de la XVIIIe dynastie, les pharaons entreprirent une série de campagnes militaires en Nubie, en Libye et au Levant, afin d’étendre et de sécuriser les frontières de l’Égypte et d’affirmer sa position de puissance militaire prééminente au Proche-Orient. L’Égypte atteignit l’apogée de son expansion territoriale sous le règne du belliqueux pharaon Thoutmôsis III, qui mena des campagnes jusqu’au cœur de la Mésopotamie et conquit la Syrie.
Les généraux de l’armée étaient responsables devant le pharaon mais devaient rendre compte au vizir pour les questions militaires importantes telles que la stratégie et la logistique. On sait peu de choses sur le rôle exact que joua le vizir dans les affaires militaires. Il est très probable que le vizir servait d’intermédiaire entre le pharaon et ses généraux, et qu’il recevait les rapports des généraux et d’autres fonctionnaires stationnés aux confins de l’Empire égyptien durant le Nouvel Empire.
Les vizirs qui ont façonné l’histoire égyptienne
L’histoire égyptienne compte de nombreux vizirs, mais seuls quelques-uns laissèrent une empreinte durable sur la société égyptienne, et dont les noms et les hauts faits résistèrent à l’épreuve du temps. Imhotep est le premier vizir connu de l’histoire égyptienne, ainsi que le plus célèbre.
Les vizirs servaient leurs pharaons, mais certains devinrent rois à part entière
Le vizir du roi Khéops, Hémiounou, fut probablement responsable de la construction de la Grande Pyramide, mais on ne sait presque rien d’autre de lui. Ptahhotep Ier servit sous le pharaon Djedkarê Isési de la Ve dynastie et est connu pour son œuvre Les Maximes de Ptahhotep, un recueil de préceptes énumérant les diverses vertus nécessaires pour mener une vie bonne et conforme au concept de Maât.
Le premier vizir connu qui devint pharaon de plein droit fut Amenemhat Ier. Il servit comme vizir sous Montouhotep IV et finit par lui succéder sur le trône et fonder une nouvelle dynastie. La fin du Moyen Empire fut marquée par une instabilité politique croissante, l’affaiblissement du pouvoir central et l’invasion des Hyksôs. Les vizirs jouèrent un rôle éminent durant la Deuxième Période intermédiaire.
Le vizir Ankhou servit sous le roi Sobekhotep II de la XIIIe dynastie et son héritier Khendjer. Il aurait servi sous pas moins de cinq rois. Ankhou fut vizir durant une période d’instabilité politique et aurait joué un rôle important dans le maintien de la continuité du pouvoir.
Aÿ : le vizir d’Akhenaton qui aurait assassiné Toutânkhamon
Aÿ était un noble qui s’éleva à la prominente durant la période d’Amarna et le règne de l’énigmatique pharaon Akhenaton (v. 1353 – 1336 av. J.-C.). Aÿ conserva sa position durant les troubles qui suivirent la mort d’Akhenaton. Lorsque le fils d’Akhenaton, Toutânkhamon, monta sur le trône, Aÿ était le dirigeant de facto de l’Égypte en tant que grand vizir.
Selon une théorie, le jeune pharaon aurait été assassiné sur l’ordre de son vizir Aÿ, mais la plupart des égyptologues considèrent que Toutânkhamon mourut de causes naturelles. Aÿ succéda à Toutânkhamon, bien qu’il n’eût pas été désigné comme son héritier, et gouverna l’Égypte pendant quatre ans. Il fut remplacé par Horemheb, un général expérimenté qui bénéficiait du soutien de l’armée.
La fonction vizirale fut abolie lors de l’annexion de l’Égypte par l’Empire romain
Les vizirs gouvernèrent l’Égypte pendant des millénaires. La fonction continua d’être confiée aux hommes les plus compétents et survécut même après que l’Égypte antique fut tombée aux mains d’envahisseurs étrangers. Les vizirs étaient choisis au mérite, mais la grande majorité d’entre eux étaient d’origine noble, ou cousins ou fils du pharaon.
Les anciens Égyptiens attendaient de leurs vizirs qu’ils fussent impartiaux, responsables, désintéressés et qu’ils incarnassent le concept de maât. La grande majorité des vizirs, tout au long de l’histoire égyptienne, servirent fidèlement leurs pharaons et le peuple. Les pharaons n’auraient pu édifier leurs grands monuments sans l’expertise de leurs vizirs. Les vizirs étaient impliqués dans presque tous les aspects du gouvernement.
Le lent déclin de l’Égypte comme grande puissance
La XIXe dynastie du Nouvel Empire fut l’époque à laquelle l’Égypte atteignit sans doute l’apogée de sa puissance et de son prestige. Ramsès II (1279 – 1213 av. J.-C.) affronta l’Empire hittite à la bataille de Qadesh mais reste surtout célèbre pour les nombreux monuments qu’il fit ériger à travers l’Égypte. Son vizir Khay jouissait de la confiance et du respect du souverain et participa vraisemblablement à la planification et à la construction de nombreux temples, monuments et villes que Ramsès commandita durant son long règne.
Cependant, la puissance de l’Égypte déclina vers la fin de la XIXe dynastie, et bien que l’Égypte demeurât un pays riche pendant des siècles après la mort de Ramsès, elle tomba aux mains d’une succession d’envahisseurs étrangers et cessa d’exister en tant que pays indépendant après le suicide de la reine Cléopâtre VII en 30 av. J.-C. L’annexion de l’Égypte à l’Empire romain en expansion marqua la fin d’une civilisation qui avait existé pendant plus de trois millénaires.
Conclusion
Les vizirs jouèrent un rôle crucial dans tous les aspects du gouvernement. Les pharaons gouvernaient l’Égypte par l’entremise de leurs vizirs, qui assumaient de nombreuses responsabilités. Selon les égyptologues, la définition du vizir correspond à la position la plus puissante de l’Égypte antique après celle du pharaon. Les vizirs devaient :
- Agir conformément à la loi
- Être impartiaux
- Incarner le concept d’équilibre et d’harmonie connu sous le nom de maât
- Appliquer les décrets du pharaon et maintenir l’ordre et la loi
Les vizirs de l’Égypte antique étaient des hauts fonctionnaires qui supervisaient les travaux publics, maintenaient l’ordre et la loi, nommaient d’autres responsables, résolvaient les litiges et recevaient les rapports des généraux. Il est impossible d’imaginer l’Égypte antique sans les habiles vizirs qui contribuèrent à édifier cette grande civilisation.



