Maât : La déesse qui veillait sur la vie quotidienne des Égyptiens anciens
Maât était à la fois une déesse et une notion abstraite qui régissait la société de l’Égypte ancienne. En tant que déesse, elle veillait à la vérité, la justice et l’ordre.
En tant qu’idéologie, elle garantissait que l’ordre cosmique établi au commencement de la création fût préservé.
Découvrez comment ces deux aspects de Maât contribuèrent au maintien de la loi et de l’ordre dans la société de l’Égypte ancienne.
Qui est Maât dans la mythologie égyptienne ?
Dans la mythologie égyptienne, Maât, également orthographiée Ma’at, est une déesse dont la mission était de maintenir la loi et l’ordre. Son influence s’étendait même jusqu’au monde souterrain, où elle participait activement au jugement des défunts.
Maât incarnait également les concepts d’équilibre, d’ordre, de vérité, de moralité, de loi, d’harmonie et de justice dans la société de l’Égypte ancienne. Sans Maât, régnait l’Isfet, c’est-à-dire le chaos total et le désordre dans l’univers.
Selon le mythe égyptien ancien, Maât ordonna les étoiles et les saisons. Elle maintenait également sous contrôle les actions de toutes les divinités et de tous les humains et fut chargée d’établir l’ordre au commencement de la création. Maât incarnait la nature et toute la création, et était associée au dieu solaire, Rê.
Son rôle dans la mythologie de l’Égypte ancienne était central pour maintenir l’ordre de la société égyptienne et de l’univers tout entier.
Les origines
Selon un mythe cosmogonique, avant que le dieu solaire Rê n’émerge du mont primordial, régnait le chaos. Il restaura l’ordre en créant sa fille Maât pour repousser le chaos. Une fois l’ordre rétabli, il incomba aux pharaons de le préserver (Maât).
La déesse Maât apparut pour la première fois dans l’Ancien Empire, selon les témoignages existants tirés des Textes des pyramides. Ces textes constituaient les récits les plus anciens parvenus jusqu’à nous sur la vie dans l’Égypte ancienne.
Ces documents décrivaient comment les habitants de l’Ancien Empire percevaient Maât comme l’incarnation de la nature et de la normalité. Les textes révélaient également le rôle qu’elle jouait dans l’au-delà pour garantir que la justice fût rendue.
Durant l’Ancien Empire, Maât était considérée comme la parède de Thot, le dieu de la sagesse. Cela n’avait rien de surprenant, les deux divinités partageant des qualités et des rôles similaires au sein du panthéon égyptien ancien. Après la création du monde, Maât combattit le chaos et l’injustice et les empêcha de s’emparer du monde. Plus tard, elle se rendit dans le monde souterrain, où sa plume fut déterminante pour décider du sort des défunts.
La plume de Maât
La plume de Maât était utilisée lors de la pesée du cœur, cérémonie qui déterminait comment les défunts passeraient l’éternité. Osiris, le dieu du monde souterrain, déposait le cœur sur la balance de Maât et le pesait contre sa plume.
Si les plateaux s’équilibraient, cela signifiait que le défunt était un homme juste ayant respecté tous les principes de Maât. Certains mythes désignaient la plume de Maât comme le symbole de la vérité, de la justice et de l’harmonie.
Maât et les pharaons
Par la suite, Maât devint la fille de Rê, et en tant que telle, elle devint un symbole des pharaons. C’est en vertu de ses principes et de ses lois que les pharaons gouvernaient l’Égypte et maintenaient l’harmonie sociétale.
Dans les peintures et les sculptures, les pharaons étaient représentés avec un symbole de Maât, afin de souligner leur autorité et leur pouvoir en tant que souverains du pays. Les Égyptiens croyaient que les pharaons vivaient selon Maât et rendaient la justice en son nom.
Ses principes
Afin de préserver la cohésion sociale et l’équilibre, la notion de Maât reposait sur des principes conçus pour instaurer et maintenir une vie harmonieuse. Les principes de Maât exigeaient des Égyptiens qu’ils agissent de manière à promouvoir l’unité du pays. Ces principes constituèrent le fondement sur lequel les lois de Maât furent établies. On disait qu’ils incarnaient Maât et que toute loi qu’elle décrétait était sacrée car elle émanait de son cœur.
Ce que couvrent ses principes
Les principes de Maât embrassaient tous les aspects de l’existence individuelle, y compris l’environnement, la société, la nation et la divinité. Ils enseignaient à l’individu comment vivre en harmonie avec tous ces aspects sans semer le chaos.
Maât couvrait également d’autres aspects tels que les saisons, les constituants des cieux, les rites religieux et l’équité. La finalité de Maât dépassait la simple harmonie sociétale pour s’étendre au maintien de l’équilibre de l’univers.
Troubler Maât
Les Égyptiens anciens nourrissaient un désir profond de sainteté et de communion avec l’univers. Pour y parvenir, chacun devait s’efforcer de suivre des rituels religieux stricts et de mener une vie honnête.
Ils croyaient que toute faute pouvait interrompre Maât et entraîner de graves conséquences, tant pour l’individu que pour la nation. Par exemple, les Égyptiens anciens croyaient qu’un souverain qui refusait de suivre les principes de Maât pouvait provoquer une famine dans tout le pays.
De même, quiconque parlait ou agissait contre les dieux risquait d’être frappé de cécité. Ces conséquences, parmi bien d’autres, contribuaient à maintenir l’individu et la nation dans le droit chemin. Après tout, nul ne souhaitait subir les épreuves associées à la transgression des principes de Maât.
Les sept principes de Maât
Les sept principes qui incarnaient l’idée de Maât étaient l’équilibre, l’ordre, l’harmonie, la vérité, la justice, la droiture et la moralité. Ces principes n’obéissaient à aucun ordre de priorité mais devaient être pratiqués conjointement. Les sept principes liaient tous les individus, des membres de la famille royale aux serviteurs. Les Égyptiens croyaient que les actions accomplies dans la vie exerçaient une influence déterminante sur l’au-delà, aussi veillaient-ils à respecter ces principes.
Les lois de Maât
Comme nous l’avons vu, les lois de Maât reposaient sur les principes de Maât. À l’instar des principes, les lois régissaient tous les aspects de la vie des Égyptiens anciens. Malheureusement, peu de sources nous éclairent sur la pratique du droit égyptien. Néanmoins, les lois de Maât s’attachaient à rendre la justice dans la vérité et l’équité plutôt qu’à rédiger de longs documents juridiques.
Les lois furent édictées pour préserver Maât et empêcher les forces du chaos de perturber l’ordre cosmique. Dès la Ve dynastie, les Égyptiens décernèrent le titre de prêtre de Maât au fonctionnaire chargé de rendre la justice.
Avec le temps, les juges des tribunaux portaient l’emblème de Maât pour marquer leur pouvoir et leur autorité. Ils rendaient la justice au nom de Maât et veillaient à agir avec vérité, honnêteté et équité.
Le Sebayt
Par la suite, les Égyptiens adjointirent aux lois certaines idées et concepts, connus sous le nom de Sebayt. Le Sebayt était un recueil de maximes et d’instructions qui régissaient la conduite sociale et professionnelle. Les Égyptiens mettaient en pratique ces sagesses et enseignements à la lumière des lois de Maât. Le Sebayt se caractérisait par son caractère pragmatique et accessible, ce qui facilitait sa citation et son application.
L’ère des Grecs
Lorsque les Grecs conquirent et gouvernèrent l’Égypte, ils n’abolirent pas les lois et les principes de Maât. Au contraire, ils introduisirent le droit grec à côté du droit égyptien fondé sur Maât.
Le droit égyptien garantissait les droits des femmes, y compris le droit de propriété. Cela influença les Grecs et les Romains, qui étaient plus conservateurs en matière de droits des femmes.
Les représentations de la déesse
La déesse égyptienne de la justice était représentée comme une jeune femme ailée ou une jeune femme portant une plume d’autruche. Parfois, elle déployait les ailes horizontalement ou les tenait d’un seul côté. Elle est figurée en position assise ou debout, et certaines sculptures la montrent tenant l’ankh de vie dans une main et le sceptre papyrus dans l’autre.
Elle était parfois représentée tenant le sceptre Ouas au lieu du sceptre papyrus. Comme c’était le cas pour la plupart des divinités de l’Égypte ancienne, sa peau était peinte en or. Elle portait une robe rouge à bretelles blanches ou rouges, et son cou était orné du symbole coloré de l’égide. La plume d’autruche sur sa tête était maintenue par un bandeau rouge.
Ses attributs étaient la balance de la justice et la plume d’autruche, essentiels pour évaluer l’âme du défunt. D’autres acteurs du jugement des morts comprenaient Anubis, Osiris et les 42 assesseurs de Maât.
La signification des symboles
Les spécialistes ne sont pas certains de la signification de l’image de Maât aux deux ailes. Pour certains, les deux ailes représenteraient celles d’un vautour. Les Égyptiens anciens considéraient ces oiseaux comme sacrés et les tenaient pour des symboles des pharaons. D’autres érudits estiment que les ailes étaient un symbole de protection, à l’instar du cas d’Isis.
Puisque Maât était la protectrice de l’ordre dans l’univers, il était naturel de la représenter les ailes déployées. L’ankh était un symbole de vie et représentait le rôle de Maât dans l’au-delà. Le sceptre Ouas indiquait le pouvoir dont elle disposait pour rendre la justice, tandis que sa peau d’or symbolisait son statut divin.
La plume d’autruche signifiait son jugement des défunts. Comme nous l’avons mentionné, le poids du cœur comparé à la plume de Maât déterminait comment le défunt passerait l’éternité. La plume d’autruche représentait également la vérité. Elle était placée sur la balance de la justice et comparée au cœur du défunt.
Sa famille et ses temples
Maât était l’épouse du dieu de la sagesse, Thot, avec lequel elle partageait de nombreuses caractéristiques. Les deux divinités étaient considérées comme les parents de la déesse Seshat, déesse de la sagesse et de la littérature. D’autres mythes désignaient Seshat comme la parède de Thot tout en maintenant Maât comme son épouse. Le père de Maât était Rê et sa mère était Hathor, déesse du ciel.
Le temple de Maât fut édifié durant le Nouvel Empire, en dépit de la notoriété de la déesse depuis l’Ancien Empire. Il se trouvait dans l’enceinte du temple de Karnak, à Louxor. Le temple fut construit par Aménophep le Grand, pharaon d’Égypte de 1386 à 1349 av. J.-C. Certains de ses temples se trouvaient à Memphis et dans le village de Deir el-Médineh.
L’au-delà
Les Égyptiens anciens croyaient qu’au décès d’une personne, son âme voyageait vers le monde souterrain appelé la Douât. Dans la Douât, le cœur du défunt était placé sur la balance de Maât et pesé contre sa plume.
Selon les coutumes funéraires égyptiennes, les cœurs étaient inhumés avec le défunt afin de pouvoir être pesés lors du jugement. Les Égyptiens croyaient que le cœur constituait une part intégrante de l’âme.
La plume de Maât
La plume était la représentation symbolique du concept de Maât. Ainsi, pour qu’une âme puisse accéder à l’au-delà, elle devait avoir respecté tous les concepts de Maât. Si tous les concepts de Maât étaient respectés, le cœur du défunt serait plus léger. La pesée du cœur se déroulait dans la Salle des Deux Vérités.
Le jugement
Les âmes dont le cœur était le plus léger étaient autorisées à passer dans l’Aaru, le paradis céleste de la mythologie égyptienne ancienne. Si le cœur était plus lourd que la plume de Maât, il était dévoré par la déesse démoniaque Ammit. L’âme était alors condamnée à passer l’éternité dans la Douât. Anubis, le dieu des morts, supervisait l’ensemble de la cérémonie de la pesée du cœur.
De nombreuses scènes funéraires représentaient le rituel de la pesée du cœur, avec Anubis veillant sur la cérémonie et Ammit guettant impatiemment l’occasion de dévorer les coupables. Les scènes montraient également la balance de Maât, avec sa plume d’un côté et un cœur dressé de l’autre. Ces représentations illustraient les différents rôles d’Anubis et de Maât dans l’au-delà.
Autres mythes
Selon certaines traditions, Anubis présentait les cœurs à Osiris, dieu du monde souterrain. Osiris pesait alors le cœur contre la plume de Maât tandis que l’âme récitait les 42 Confessions négatives. Il s’agissait de déclarations individuelles par lesquelles le défunt proclamait son innocence et sa conformité aux principes de Maât.
Les 42 Confessions de Maât
Pendant que l’âme récitait les 42 confessions négatives, un collège de juges appelé les 42 assesseurs de Maât observait. Les 42 assesseurs de Maât étaient 42 divinités qui assistaient Osiris dans la détermination du sort des défunts. Les 42 confessions négatives, également appelées les 42 confessions de Maât, correspondaient à chacun des 42 assesseurs, chaque divinité jugeant une confession distincte. L’âme récitait chaque confession pour éviter que les assesseurs ne la condamnent.
Chacun des 42 juges portait la plume de Maât comme symbole de justice, de vérité, de moralité et d’équité. L’ensemble du processus de confession consistait pour l’âme à se déclarer innocente des 42 offenses contre les principes de Maât. Immédiatement après les confessions, le poids du cœur était déterminé.
Les textes funéraires égyptiens
Les textes funéraires égyptiens étaient des inscriptions inhumées avec les défunts afin de les préparer à l’au-delà. Les inscriptions étaient le plus souvent rédigées en fonction de chaque défunt. Elles relataient la vie du défunt et sa moralité conformément à Maât, et exprimaient également l’innocence du défunt quant aux offenses contre Maât.
L’un des textes funéraires les plus célèbres, appelé le papyrus d’Ani, figurait dans le Livre pour sortir au jour, communément appelé le Livre des Morts. Le papyrus d’Ani, compilé par le prêtre Ani, présentait les 42 Confessions négatives visant à établir la droiture de ses actes. Les textes absolvait également le prêtre de tout péché contre Maât. Le Livre des Morts servait de guide pour l’âme du défunt dans l’étape suivante de son voyage.
La découverte du papyrus d’Ani
Le papyrus d’Ani fut compilé vers 1250 av. J.-C. et découvert en 1888 par un égyptologue anglais nommé E.A. Wallis Budge. En raison de son importance pour la compréhension de la culture de l’Égypte ancienne, Budge le fit sortir clandestinement d’Égypte pour l’étudier. Grâce à ce document, les égyptologues purent mieux comprendre la culture des Égyptiens anciens.
Résumé
Dans cet article, nous avons exploré les lois, les principes et les rôles de la divinité Maât ainsi que son influence sur la société de l’Égypte ancienne. Voici un récapitulatif de ce que nous avons lu :
- Maât était à la fois une idée et une divinité responsable de l’ordre dans l’Égypte ancienne.
- En tant que déesse, elle fut créée par Rê pour repousser le chaos et instaurer l’ordre dans l’univers.
- Sa mère était Hathor et son époux Thot, avec lequel elle engendra la déesse Seshat.
- Les Égyptiens la représentaient comme une jeune femme dotée des ailes d’un vautour, symbolisant ses capacités protectrices, et portant une plume d’autruche.
- En tant qu’idée, Maât constituait le fondement sur lequel reposaient les lois de l’Égypte ancienne.
- Sa plume était pesée contre le cœur du défunt pour déterminer le séjour éternel de son âme.
- Les Égyptiens utilisaient également des textes funéraires contenant les 42 confessions négatives pour les aider lors du jugement dans l’au-delà.
- Les justes qui réussissaient le jugement étaient admis au paradis pour l’éternité, tandis que ceux qui échouaient étaient dévorés par le démon Ammit.
- Lorsque les Grecs conquirent et gouvernèrent l’Égypte, ils n’abolirent pas les lois et les principes de Maât. Ils introduisirent plutôt le droit grec à côté du droit égyptien fondé sur Maât.
Ces principes restent pertinents aujourd’hui car ils contribuent à établir l’ordre même dans le monde moderne.


