La Vengeance de Kriemhild
- La Cour de Kriemhild
- L’Invitation à une Fête
- Les Nibelungen à Pöchlarn
- La Bataille dans la Salle
- La Dernière Résistance des Nibelungen
La Cour de Kriemhild
Treize ans après la mort de Siegfried, Etzel (Atli ou Attila), roi des Huns ou de Hongrie, devint veuf lorsque sa belle épouse Helche (Erka) mourut. Ses vassaux et ses amis conseillèrent au roi de prendre une nouvelle épouse. Ils estimaient que Kriemhild était la candidate la plus digne d’Etzel.
Kriemhild demeurait la plus belle femme du monde. Etzel connaissait la réputation du prouesse martiale du défunt mari de Kriemhild. D’abord réticent, car il était païen tandis que Kriemhild était chrétienne, il finit par accepter de tenter au moins de la conquérir.
Etzel décida d’envoyer Rüdiger (Rudiger), margrave de Pöchlarn (en Autriche), comme ambassadeur. Rudiger, vivant en exil, était devenu vassal d’Etzel. Il résidait à Pöchlarn avec son épouse Gotelind et sa fille, qui n’est pas nommée dans le récit. Rudiger connaissait également Kriemhild et sa famille, y compris Hagen. Il avait visité la Rhénanie dans sa jeunesse.
Les rois burgondes accueillirent favorablement l’émissaire d’Etzel. Lorsqu’ils entendirent la requête de Rudiger, les trois princes approuvèrent l’arrangement. Seul Hagen s’opposa à la proposition de mariage avec Kriemhild. Avec Etzel comme époux, avertit-il, Kriemhild aurait assez de puissance pour le détruire lui et la maison burgonde.
Kriemhild s’opposa elle aussi à cette union, car elle portait encore le deuil de Siegfried. Elle répugnait également à épouser un païen. Après quelques jours de réflexion, elle comprit que ce mariage lui offrirait les moyens de venger la mort de Siegfried.
Lorsqu’elle obtint de Rudiger un serment par lequel il s’engageait à venger tout affront, elle consentit enfin au mariage avec Etzel. Rudiger assuma la tutelle légale de Kriemhild.
Les préparatifs de son voyage en Hongrie furent rapidement organisés. Eckewart, un margrave burgonde qui l’avait suivie aux Pays-Bas, l’accompagna en Hongrie. Cent dames voyageèrent avec elle. Kriemhild fut escortée dans l’empire d’Etzel par cinq cents guerriers de Rudiger.
Bien que Hagen eût coulé la plus grande partie du trésor de Kriemhild, le poète remarque qu’elle possédait encore plus que ce que cent bêtes de somme pourraient porter. Hagen souhaitait toujours dérober le reste du trésor à Kriemhild, ce qui la contrariait ainsi que ses frères.
Elles firent d’abord étape à Pöchlarn, le fief de Rudiger. Kriemhild rencontra l’épouse du margrave (Gotelind) et sa fille (sans nom). Kriemhild combla Rudiger de présents : douze bracelets d’or et de riches étoffes.
Kriemhild traversa de nombreuses villes avant de rencontrer Etzel à Tulln, en Autriche. Parmi les vassaux d’Etzel qui vinrent à la rencontre de Kriemhild figurait Dietrich von Bern.
Sur le conseil de Rudiger, Kriemhild salua Etzel d’un chaste baiser. Lorsqu’elle retira son voile, elle révéla à tous les assistants qu’elle était plus belle encore que la regrettée reine Helche.
Puis Etzel et ses vassaux escortèrent Kriemhild jusqu’à Vienne, en Autriche. Ils furent mariés à Vienne, le jour de la Pentecôte, et les festivités durèrent dix-sept jours. Durant cette période, elle s’attira de nombreux partisans par sa générosité. Elle combla le peuple de ses largesses. Les autres vassaux d’Etzel suivirent son exemple et offrirent également des présents.
Le dix-huitième jour, ils quittèrent Vienne et se rendirent à Etzelnburg, la capitale d’Etzel en Hongrie.
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L’Invitation à une Fête
Sept ans après son mariage avec Etzel, Kriemhild donna naissance à un fils nommé Ortlieb (Aldrian dans la Thriðreks saga).
Treize ans s’étaient désormais écoulés depuis son mariage avec Etzel, et pourtant Kriemhild continuait de pleurer la mort de Siegfried. Durant ces années, elle s’était acquis les faveurs du peuple, y compris de nombreux et puissants vassaux de son époux. Elle décida qu’il était temps d’accomplir sa vengeance contre Hagen et son frère aîné, Gunther.
Elle persuada Etzel d’envoyer une invitation à ses frères pour la fête de la Saint-Jean. Elle savait qu’Hagen répugnerait à la rencontrer en Hongrie, mais elle savait aussi que son ennemi suivrait Gunther en dépit du danger. Etzel, ignorant ses desseins, expédia ses deux ménestrels ou violoneux, nommés Werbel et Swemmel, comme émissaires en Burgondie.
Comme prévu, Hagen s’opposa à ce que les princes burgondes rendent visite à leur sœur en Hongrie. Tous ses arguments selon lesquels Kriemhild causerait leur perte demeurèrent vains. Les frères de Kriemhild étaient résolus à la revoir.
Hagen parvint à persuader Gunther de se faire accompagner au moins d’une escorte armée de mille hommes. Toujours fidèle à Gunther, Hagen décida de l’accompagner en Hongrie. Gunther laissa Rumold, le maître queux, comme régent de Burgondie en son absence.
Il convient de noter qu’à ce stade du récit, lorsque les trois frères décidèrent d’entreprendre ce voyage en Hongrie, le poête commença à désigner les Burgondes sous le nom de Nibelungen. À l’origine, les Nibelungen étaient un peuple issu du pays mythique de Nibelungland, devenus vassaux de Siegfried après qu’il eut tué les deux rois et s’empara de leur fabuleuse richesse. Dans cette seconde partie du poème, Burgondes et Nibelungen ne forment plus qu’un. Soit les Nibelungen étaient un autre nom pour les Burgondes, soit c’était celui de la dynastie régnant sur la Burgondie.
Le jour de leur départ, leur mère (Uote) tenta de retenir ses fils, car elle avait eu la vision de leur mort et de la ruine de la dynastie. Mais cette fois, Hagen était résolu à se rendre en Hongrie et affronter la colère de Kriemhild, d’autant que Gernot l’avait raillé sur sa lâcheté.
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Les Nibelungen à Pöchlarn
Au cours du voyage vers la Hongrie, Hagen partit en quête d’un bac sur le Danube et rencontra un groupe de nymphes. L’une d’elles l’avertit de faire demi-tour, car tous étaient condamnés à périr. Seul le chapelain survivrait à ce voyage. Comme il ne les croyait pas, elles le dirigèrent vers le passeur. La nymphe conseilla à Hagen de traiter le passeur avec respect.
Cependant, le passeur leur refusa le passage et attaqua Hagen. Celui-ci, de son épée, trancha la tête du passeur. Puis Hagen utilisa lui-même le bac pour faire traverser Gunther et ses guerriers. En apercevant le chapelain, Hagen se fâcha de la prophétie des fées selon laquelle seul le prêtre réchapperait. Il tenta de noyer le chapelain en le précipitant par-dessus bord. Le chapelain, comprenant qu’Hagen cherchait à le tuer, regagna la rive à la nage et retourna chez lui. Les rois et les guerriers furent stupéfaits et outrés de l’agression du prêtre par Hagen.
Hagen expliqua aux rois pourquoi il avait tenté de noyer le chapelain, tué le passeur, et leur relata la prophétie de leur perte en Hongrie. Cela attrista les guerriers nibelungen. Ils poursuivirent néanmoins leur chemin et furent alors attaqués par deux margraves. Ceux-ci étaient furieux de l’agression commise contre leur vassal (le passeur). Au cours du combat, Dancwart, le frère d’Hagen, tua l’un des margraves, nommé Gelpfrat, tandis que l’autre prenait la fuite.
Les Nibelungen arrivèrent sains et saufs à Pöchlarn, où le margrave Rudiger les reçut somptueusement. C’est là que Giselher rencontra la fille de Rudiger et demanda sa main. Ils furent mariés sur-le-champ, avant que Rudiger ne se mît en route avec les rois burgondes vers la Hongrie.
Gotelind, l’épouse de Rudiger, offrit un présent d’adieu à chaque convive. Lorsqu’elle s’apprêta à offrir un cadeau à Hagen, celui-ci refusa tout, à l’exception du magnifique bouclier accroché au mur. Ce bouclier avait appartenu à un guerrier nommé Nuodung (Nauðung), tué à la guerre par Witege. Cette guerre avait opposé Ermanaric au héros Dietrich, lors de la bataille de Ravenne. C’est l’une des rares allusions à l’exil de Dietrich et à sa guerre contre son oncle. Le récit complet de Dietrich se trouve dans la Thidrekssaga, où le héros est appelé Thidrek. Ce souvenir tira des larmes à la margravine, car Nuodung était un parent de Gotelind.
Hagen se rendit maintenant en Hongrie, équipé de l’invincible épée de Siegfried (Balmung) et du fabuleux bouclier de Nuodung.
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La Bataille dans la Salle
Les Nibelungen arrivèrent dans leurs armures rutilantes à Gran, la capitale d’Etzel. Dietrich se réjouit peu de leur venue, car il savait que Kriemhild était résolue à dresser les vassaux d’Etzel contre les hôtes nibelungen. Dietrich salua les princes et Hagen ; il avertit ce dernier des desseins de Kriemhild.
Elle ne baisa que son plus jeune frère, Giselher. Le premier jour, Kriemhild ne parvint pas à dresser ses sujets contre Hagen. Kriemhild et Hagen se montrèrent discourtois l’un envers l’autre. Hagen refusa de lui témoigner la moindre marque de respect, tandis que Kriemhild l’accusait du meurtre de Siegfried et du vol de son trésor. Hagen ne nia pas sa culpabilité, mais il lui répondit avec brutalité qu’elle devait aimer son époux actuel (Etzel) au lieu de continuer à pleurer Siegfried, mort depuis vingt-six ans.
La nuit venue, Volker et Hagen montèrent la garde pendant que les rois nibelungen et leurs suivants dormaient. Les guerriers de Kriemhild ne purent les attaquer en découvrant Hagen et le Ménestrel en faction.
La première mort survint le lendemain, lors d’un bohord (une sorte de tournoi de joute). Volker tua un Hun, intentionnellement ou par accident. Etzel empêcha que le combat ne s’envenime entre les cavaliers huns indignés et ses hôtes.
Bien que Kriemhild suppliât Dietrich de soutenir sa vengeance, celui-ci refusa de l’aider. Elle se tourna alors vers Bloedelin, frère d’Etzel, lui promettant les terres autrefois possédées par Nuodung.
Lorsqu’Etzel demanda aux princes rhénans d’élever son fils Ortlieb comme guerrier en Burgondie, Hagen déclara impétueusement au roi des Huns qu’il ne servirait point Ortlieb et que la vie du prince serait de courte durée. Les paroles d’Hagen blessèrent Etzel, et ses puissants vassaux furent offensés par ce affront.
Pendant ce temps, Bloedelin mena des hommes en armes vers les quartiers des hôtes. Bloedelin accusa Dancwart et affirma que Gunther et Hagen avaient trahi le premier mari de la reine. Ne parvenant pas à dissuader Bloedelin (Bloedel), le maréchal burgonde frappa le premier, décapitant Bloedelin de son épée. Le combat éclata immédiatement. Tous les écuyers rhénans périrent dans les quartiers, à l’exception de Dancwart. Celui-ci parvint à se frayer un chemin jusqu’à la salle où Etzel recevait ses hôtes.
Hagen, apprenant que les hommes de Bloedelin avaient massacré tous les écuyers dans leurs quartiers, décapita Ortlieb, dont la tête roula sur les genoux de Kriemhild. Les guerriers huns furent stupéfaits par cette attaque contre leur prince. Hagen tua ensuite le précepteur d’Ortlieb et trancha la main de l’ambassadeur (Werbel). Le combat éclata dans la salle. Volker se joignit à Hagen pour occire les guerriers huns. Gunther et ses frères tentèrent d’arrêter le combat, mais comprirent vite qu’ils ne pouvaient rester à l’écart.
Gunther permit à Dietrich de quitter la salle. Dietrich emmena Kriemhild et Etzel hors de la salle. Giselher accorda un sauf-conduit à son beau-père (Rudiger). Dietrich et Rudiger emmenèrent leurs gens avec eux. Les trois rois burgondes, en revanche, refusèrent de laisser sortir les guerriers huns. Tous les chevaliers huns demeurés dans la salle furent massacrés.
Sur le conseil de Giselher, on jeta les cadavres des Huns hors de la salle, car tous savaient que le combat n’était pas terminé. Hagen nargua follement Etzel. La bataille reprit lorsqu’Hagen tua le margrave Iring du Danemark. Les Danois attaquèrent les Burgondes, mais furent massacrés dans la salle.
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La Dernière Résistance des Nibelungen
Avec la mort de son fils Ortlieb et d’un grand nombre de ses guerriers dans la salle, Etzel refusa d’accorder une trêve aux frères nibelungen. Kriemhild aurait permis à ses frères de quitter la Hongrie sains et saufs, à condition qu’ils lui livrent Hagen comme prisonnier. Ses frères refusèrent d’abandonner Hagen, et le combat reprit de plus belle. Au cours de la bataille, Kriemhild fit mettre le feu à la salle pour en chasser les Burgondes, mais de nombreux chevaliers huns périrent également.
Kriemhild rappela alors à Rudiger le serment qu’il lui avait prêté lorsqu’il l’avait persuadée d’épouser Etzel. Rudiger, qui avait garanti la conduite sûre des Nibelungen jusqu’à la cour d’Etzel, leur avait offert des présents et donné sa fille à Giselher. Il souhaitait demeurer neutre dans le combat. Cependant, Etzel et Kriemhild le pressèrent de combattre.
Gunther et ses frères tentèrent de dissuader Rudiger d’entrer en lice, mais il leur déclara qu’il était tenu par son serment de fidélité au roi et par sa promesse de venger Kriemhild. Au cours du combat, Gernot et Rudiger se tuèrent mutuellement. Gernot avait occis le margrave avec l’épée même que Rudiger lui avait offerte.
Les deux camps pleurèrent la mort de Rudiger. Lorsque Dietrich apprit la nouvelle, il fut accablé et envoya Hildebrand s’enquérir de la vérité auprès des Nibelungen. Hildebrand et ses compagnons lamentèrent la mort de Rudiger. Hildebrand souhaitait recueillir le corps de Rudiger pour des funérailles convenables, mais Volker nargua et provoqua les hommes de Vérone, en particulier Wolfhart, le neveu d’Hildebrand.
Un combat acharné éclata entre les Nibelungen et les chevaliers de Vérone. Lorsque Volker tua Sigestap, neveu de Dietrich, Hildebrand vengea sa mort en assénant à Volker un coup vertical sur la tête. Helpfrich tua Dancwart, tandis que Wolfhart et Giselher se tuaient mutuellement. Seuls Gunther, Hagen et Hildebrand survécurent.
Hagen attaqua Hildebrand, espérant venger la mort de Volker. Il ne parvint qu’à blesser le vieux guerrier avec Balmung (l’épée de Siegfried), qui s’enfuit auprès de Dietrich avec la nouvelle du massacre des Amelungs.
Dietrich pleura Rudiger, mais il subit un nouveau choc en constatant qu’Hildebrand était le seul survivant parmi ses hommes. Dietrich s’arma et partit affronter Gunther et Hagen.
Dietrich demanda à Gunther de se rendre à lui comme prisonnier. Il promit un sauf-conduit hors de Hongrie s’ils se soumettaient, s’engageant à raccompagner Gunther et Hagen dans leur patrie. En tant que guerrier et chevalier, Hagen refusa furieusement cette offre. Se rendre eût été ternir sa valeur et ses talents martiaux, et le marquer à jamais du sceau de la lâcheté.
Hagen attaqua donc Dietrich. Quoique armé de l’épée de Siegfried, Dietrich parvint à blesser son adversaire. Il le garrotta ensuite et le livra à son ennemie mortelle, la reine Kriemhild. Celle-ci se réjouit de la capture d’Hagen, mais Dietrich demanda à la reine de lui épargner la vie.
Puis Dietrich affronta le frère de Kriemhild : Gunther fut pareillement vaincu et lié, remis en captivité à sa sœur. Kriemhild tint son frère et son ennemi dans des cellules séparées.
Kriemhild affronta Hagen, exigeant la restitution du trésor de Siegfried en échange de sa liberté et de son retour en Burgondie. Hagen la railla, déclarant qu’il ne révélerait jamais la cachette du trésor tant que l’un des rois nibelungen serait en vie. Elle fit donc décapiter son frère.
Kriemhild apporta la tête de Gunther à Hagen. Puisque tous ses frères étaient morts, elle exigea qu’il révélât l’emplacement du trésor.
Hagen lui déclara qu’il ne lui dirait toujours pas où il avait coulé le trésor. Kriemhild saisit Balmung, l’épée de son époux. Hagen étant garrotté et impuissant, Kriemhild lui trancha la tête avec Balmung.
Etzel et Dietrich, découvrant Gunther et Hagen morts, déplorèrent qu’une femme eût tué Hagen. Hildebrand riposta immédiatement en exécutant la reine.
Ainsi prit fin « la dernière résistance des Nibelungen ».