Électre

Classical

(Tragédie, grecque, v. 410 av. J.-C., 1 510 vers)

Introduction

Électre (en grec : Elektra) est une tragédie du dramaturge grec antique Sophocle, probablement composée assez tard dans sa carrière, vers 410 av. J.-C. ou ultérieurement. Elle s’inspire de l’histoire d’Électre et de son frère Oreste, et de la vengeance qu’ils exercent contre leur mère Clytemnestre et leur beau-père Égisthe pour le meurtre de leur père Agamemnon, dans les suites de la guerre de Troie. Elle est considérée comme l’une des œuvres dramatiques les plus accomplies de Sophocle.

Électre recevant les cendres de son frère Oreste par Jean-Baptiste Joseph Wicar

Électre recevant les cendres de son frère Oreste par Jean-Baptiste Joseph Wicar

Résumé

Personnages

  • ORESTE, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre
  • ÉLECTRE, sœur d’Oreste
  • CHRYSOTHÉMIS, sœur d’Oreste
  • UN VIEILLARD, ancien précepteur (pédagogue) d’Oreste
  • CLYTEMNESTRE
  • ÉGISTHE
  • CHŒUR DE FEMMES DE MYCÈNES
  • PYLADE, fils de Strophios, roi de Phocide, et ami d’Oreste

Pour situer le contexte de la pièce, le roi Agamemnon de Mycènes était rentré de la guerre de Troie avec sa nouvelle concubine, Cassandre. Son épouse, Clytemnestre, qui nourrissait une rancœur tenace à l’égard d’Agamemnon depuis qu’il avait sacrifié leur fille Iphigénie au début de la guerre de Troie afin d’apaiser les dieux, et qui avait entre-temps pris pour amant l’ambitieux cousin d’Agamemnon, Égisthe, avait mis à mort Agamemnon et Cassandre.

Oreste, le jeune fils d’Agamemnon et de Clytemnestre, avait été envoyé en Phocide pour sa sécurité, tandis que sa sœur Électre était restée à Mycènes (plus ou moins réduite à la condition de servante), de même que leur cadette Chrysothémis (qui, toutefois, ne protestait pas et ne cherchait nullement à se venger de leur mère et d’Égisthe).

Statue d'Oreste et Électre, sculpture grecque antique

Statue d'Oreste et Électre

Au début de la pièce, de nombreuses années après la mort d’Agamemnon, Oreste, devenu un homme adulte, arrive secrètement à Mycènes en compagnie de son ami Pylade de Phocide et d’un vieux précepteur. Ils élaborent un stratagème pour pénétrer dans le palais de Clytemnestre en annonçant la mort d’Oreste et en se présentant comme les porteurs d’une urne funéraire contenant ses restes.

Électre n’a jamais accepté l’assassinat de son père Agamemnon et se lamente de sa mort auprès du Chœur des femmes mycéniennes. Elle s’affronte amèrement avec sa sœur Chrysothémis, qu’elle accuse de se compromettre avec les meurtriers de leur père, ainsi qu’avec sa mère, à qui elle n’a jamais pardonné le meurtre. Son seul espoir repose sur le retour un jour de son frère Oreste pour venger Agamemnon.

Lorsque le messager (le vieillard de Phocide) arrive avec la nouvelle de la mort d’Oreste, Électre est anéantie, tandis que Clytemnestre éprouve un vif soulagement. Chrysothémis mentionne avoir aperçu des offrandes et une mèche de cheveux sur la tombe d’Agamemnon et en conclut qu’Oreste est de retour, mais Électre rejette ses arguments, persuadée qu’Oreste est désormais mort. Électre propose alors à sa sœur de tuer elles-mêmes leur haïssable beau-père Égisthe, mais Chrysothémis refuse de l’aider, soulignant l’impraticabilité de ce dessein.

Lorsqu’Oreste se présente au palais, portant l’urne censée contenir ses propres cendres, il ne reconnaît pas Électre dans un premier temps, et elle non plus ne le reconnaît pas. Réalisant finalement qui elle est, Oreste révèle son identité à sa sœur bouleversée, qui manque de trahir son secret dans l’effervescence de sa joie de le retrouver vivant.

Électre étant désormais associée à leur plan, Oreste et Pylade pénètrent dans la demeure et mettent à mort Clytemnestre, tandis qu’Électre monte la garde pour guetter le retour d’Égisthe. Ils dissimulent le corps sous un drap et le présentent à Égisthe lorsqu’il rentre, prétendant qu’il s’agit de la dépouille d’Oreste. Lorsqu’Égisthe soulève le voile et découvre le cadavre de son épouse, Oreste se dévoile. La pièce s’achève alors qu’Égisthe est entraîné pour être mis à mort au foyer, le lieu même où Agamemnon fut jadis assassiné.

Électre au tombeau d'Agamemnon par Frederic Leighton

Électre au tombeau d'Agamemnon par Frederic Leighton

Analyse

L’histoire s’inspire des « Nostoi », une épopée perdue de la littérature grecque antique faisant partie du « Cycle épique », qui couvre grossièrement la période comprise entre « L’Iliade » de Homère et son « Odyssée ». Elle constitue une variante du récit qu’Eschyle avait mis en scène dans « Les Choéphores » (partie de sa trilogie de l’« Orestie ») quelque quarante années plus tôt. Euripide composa également une « Électre » à peu près à la même époque que Sophocle, bien qu’il existe des différences notables entre les deux intrigues, en dépit de leur source commune.

Électre est généralement considérée comme la meilleure étude de caractères de Sophocle, en raison de la profondeur avec laquelle elle examine la moralité et les motivations d’Électre elle-même. Là où Eschyle racontait l’histoire en s’attachant aux questions éthiques qu’elle soulève, Sophocle (comme Euripide) aborde le problème du caractère et s’interroge sur la nature de la femme capable de désirer si ardemment le meurtre de sa mère.

Électre est un personnage d’une grande intensité émotionnelle, farouchement attachée aux principes de justice, de piété filiale et d’honneur (même si sa compréhension de ces principes paraît parfois discutable). Oreste, en revanche, est dépeint comme un jeune homme naïf et inexpérimenté, agissant davantage sur l’injonction de l’oracle d’Apollon que par une émotion profonde et intense. Chrysothémis est moins passionnée et plus détachée qu’Électre ; elle s’en tient au principe de l’opportunisme, dans l’espoir de maximiser son propre confort et son profit.

Le Chœur de la pièce, composé en l’occurrence des vierges du palais de Mycènes, est traditionnellement réservé et conservateur, bien que ce Chœur abandonne sa posture convenue pour soutenir sans réserve Électre et l’acte final de vengeance.

Les thèmes principaux explorés dans la pièce comprennent le conflit entre la justice et l’opportunisme (tels qu’ils s’incarnent respectivement dans les personnages d’Électre et de Chrysothémis) ; les effets de la vengeance sur celui qui l’exerce (à mesure que l’instant de la vengeance approche, Électre devient de plus en plus irrationnelle, révélant une emprise discutable sur le principe même de justice dont elle se réclame) ; et les effets dégradants du déshonneur.

Sophocle reconnaît les travers des « héros » et les qualités des « méchants », brouillant ainsi la frontière entre ces deux catégories et conférant à la pièce une tonalité moralement ambiguë. De nombreux exégètes sont divisés sur la question de savoir si la victoire d’Électre sur sa mère représente le triomphe de la justice ou la perte (voire la folie) d’Électre elle-même.

Ressources

Créé :24 octobre 2024

Modifié :22 décembre 2024